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Exposition Alexis Nesme

du mardi 28 avril au vendredi 29 mai

Dans le cadre du 16e festival BDécines qui se tient cette année les 23 et 24 mai, la médiathèque vous invite à découvrir toute l’étendue du talent d'Alexis Nesme.

Des albums jeunesse à la bande dessinée, l'auteur passe d’un univers à l’autre avec aisance. Au travers de croquis, d’essais, et de planches originales d’une beauté à couper le souffle vous vous laisserez embarquer dans les univers foisonnants de l’artiste créateur de l'extraordinaire adaptation du roman de Jules Verne en bande dessinée : Les Enfants du Capitaine Grant.

Deux visites guidées par l'auteur lui-même vous sont proposées pendant le festival le samedi 23 mai à 11 h et le dimanche 24 mai à 15 h. Tout public, entrée libre et gratuite.

Sa biographie

Né à Villefranche sur Saône, Alexis Nesme veut faire du dessin dès l’école primaire.

Il passe alors un Bac Arts Appliqués puis développe son talent pour l’illustration à l’école des Arts Décoratifs de Strasbourg où il fréquente l’atelier de Claude Lapointe axé sur l’illustration jeunesse et la BD.

Il décroche le prix Alph’Art Graine de Pro en 1996 à Angoulême avant même d’obtenir son diplôme.

Alexis travaille ensuite pour  la presse, la communication et réalise aussi des couvertures de livres de poche.

Il propose également des projets de bandes dessinées jeunesse en parallèle de son travail d’illustrateur. C’est ainsi que commence un premier travail en collaboration avec le scénariste Eric Omond sur la série Les Gamins en 2000. Trois tomes seront réalisés.

Puis la bande dessinée Grabouillon voit le jour en 2003. Elle fera l’objet d’une adaptation en dessins animés un peu plus tard. Entre temps d’autres travaux collectifs vont être publiés comme Le Grimoire du petit peuple ou La Fontaine aux Fables.

C’est en entendant parler de l’intention de l’éditeur Delcourt de publier des adaptations de romans de Jules Verne qu’Alexis se lance en 2009 dans Les Enfants du Capitaine Grant qui se construit autour de trois superbes tomes.

Alexis Nesme a également réalisé l’affiche du festival BDécines cette année.

 

Sa bibliographie :

Albums : série P’tit garçon (à partir de 2006) / Bébé koala (à partir de 2006) / P’tit héros (à partir de 2010)

BD : Les Enfants du Capitaine Grant (2009-2014) (3 tomes)

Les Fables de la Fontaine et Hitler (2010) (collectif)

Le Grimoire du petit peuple (2005) (collectif)

La Fontaine aux fables (2004-2006) (collectif)

Grabouillon  (2003-2007) / scénario et illustration, Alexis Nesme

Les Gamins (2000-2002 (3 tomes) / scénario : Éric Omond,  illustrations et couleurs : Nesme, Alexis

L'interview

Bonjour Alexis, est-ce que tu peux nous parler un petit peu de ton parcours

J’avais envie de faire du dessin depuis la primaire, donc après le collège j'ai fait un bac Arts Appliqués (F12 qui s'appelle STI maintenant) qui nous faisait travailler sur des arts très variés (architecture, design, textile, dessin, communication...) et nous ouvrait un peu à tout.

Après j'ai fait l'école des arts décoratifs de Strasbourg et dans cette école, il y avait l'atelier d'illustration de Claude Lapointe. C'était un atelier que j'aimais bien, qui était diversifié entre l'illustration jeunesse et la bande dessinée.

On était beaucoup à faire de la jeunesse dans cet atelier, donc c'est par là que j'ai commencé, en travaillant dans la presse, sur des couvertures de poches, sur des boulots de com'

En parallèle de ce travail d'illustrateur jeunesse, j'ai toujours proposé des projets BD jeunesse comme "Les Gamins" ou "Grabouillon" et puis après j'ai proposé des projets avec des dessins plus réalistes, et notamment dans des projets collectifs : "Le Grimoire du petit peuple", "La Fontaine aux fables"...

 

Tu as aussi travaillé dans l'animation...

En fait c'était plutôt une adaptation de ma bande-dessinée, je n'ai pas trop travaillé sur le côté animation. J'étais surtout sollicité sur la création de nouveaux personnages et de nouveaux décors sur la première saison. J'avais juste un regard sur ce qui se passait, j'étais consulté à toutes les étapes de travail notamment sur la première saison, un peu moins sur la deuxième et ensuite elle a vécu sa vie sans moi. J'avais une totale confiance dans le réalisateur, je trouvais que ce qu'il faisait était sympa et dynamique.

 

Qu'est ce qui t'a lancé dans la bande dessinée alors ?

L'envie de dessiner depuis tout petit me venait surtout de la BD, je n'ai découvert le monde de l'illustration jeunesse qu'une fois étudiant. Après ce qui m'a donné envie, c'est bien entendu mes lectures. Mes premiers chocs de BD quand j'étais au collège c'était Loisel "La Quête de l'oiseau du temps", Makyo, tous ces auteurs qui changeaient un peu de la BD franco-belge de ma jeunesse.

En tant qu'étudiant aux arts-déco, je me suis vraiment intéressé à l'image un peu plus travaillée qu'on a chez des américains comme Bill Sinkiewicz ou Kent Williams. Il y avait aussi des auteurs français qui me plaisaient bien avec des techniques un peu différentes comme Nicolas de Crécy par exemple.

 

En dehors du monde de la bande dessinée, quelle sont tes influences artistiques ? Est-ce que tu as des univers particuliers qui te sont chers ?

En fait ce qui me plaît beaucoup, et ca vient de mon cursus, c'est l'art en général (notamment la peinture italienne de la Renaissance et la peinture flamande). D'ailleurs le fait de m'inspirer de tout ça dans « Les enfants du Capitaine Grant » m'a permis de me replonger dans beaucoup d'univers qui m'étaient un peu étranger comme la peinture marine pour la documentation. Et ça m'a donné des envies de m'imprégner de cet univers là, notamment au niveau des couleurs, du traitement du ciel.

J'aime beaucoup la peinture flamande qui est souvent très sombre et un peu froide qu'on voit un peu moins souvent que la peinture italienne mais qui est aussi très riche.

Ensuite évidemment j’aime beaucoup le cinéma d'animation. Tous les dessinateurs trippent sur les films d'animations de Pixar et de Miyazaki qui sont des maîtres de l'invention et de la création, donc difficile de ne pas rentrer dans cette passion là.

Hormis ceux-là, je travaille l'illustration et la BD plutôt avec le goût du dessin. Ce qui n'est pas forcément le cas quand on est lecteur où c'est souvent l'histoire qui nous intéresse.

Donc ce qui me plait avant tout c'est de voir ce qu'il se passe en dessin, que ce soit en BD, en illustration jeunesse, en peinture... c'est un peu tout ces mondes qui me parlent.

Ce qui me plaît particulièrement, et que j'essaie de faire dans « Les enfants du Capitaine Grant », c'est surtout le travail sur les couleurs et la lumière, les contre jours, les couleurs chaudes, les contrastes... et j'aime bien retrouver ce travail chez un artiste ou un illustrateur.

 

Justement, quelle technique tu as utilisé sur « Les Enfants du Capitaine Grant » ?

C'est un mélange de technique. Picturalement ce qui m'avait donné envie de faire ça, c'était ce que j'avais déjà fait dans les Fables de la Fontaine, le collectif auquel j'avais participé chez Delcourt. J'avais un melting-pot de technique un peu simple avec beaucoup de pastel gras, pastel sec, d'encre, de crayons...

Avec « Les enfants du Capitaine Grant », je me suis rendu compte que je rentrais dans quelque chose de compliqué avec beaucoup de cases par planches et beaucoup de personnages par cases. Donc j'ai été obligé de me diriger progressivement vers des techniques un peu plus fines et précises.

Finalement c'est pratiquement que de la gouache avec un peu d'huiles et des fonds d'encre.

 

Combien de temps tu passes par planches en moyenne ?

Ca dépend des planches évidemment, mais en moyenne : une semaine par planche.

 

Tu nous parles beaucoup de dessins, mais tu as aussi fait un travail scénaristique avec « Les Enfants du Capitaine Grant ». Comment ca s'est passé pour toi ?

C'est ce qui m'a motivé pour rentrer dans cette collection d'adaptations littéraire : on a une excellente histoire, mais tout le travail de mise en scène, découpage, de choix des plans, de réécriture des dialogues sont à faire. Et c'est un boulot qui m'a beaucoup plu.

Parce que je n'avais pas de bonnes histoires en tête et je n’étais pas convaincu par les histoires des scénaristes que j'avais rencontré.

Cette liberté que j'ai eu m'a vraiment plu, j'avais un peu une approche de la mise en scène par des images un peu cinématographiques, avec beaucoup de zooms, de retours en arrière, avec des découpages un peu singulier, comme se balader dans un paysage découpé en cases, mais qui serait toujours le même. Des petits éléments comme ça qui sont des envies de dessinateur et de raconteurs, et qu'un scénariste ne m'aurait pas donné l'occasion de faire.

C'était vraiment ma première motivation pour faire cette adaptation. Et puis l'autre motivation bien sûr c'était l'univers très riche de Jules Verne avec la possibilité de faire des images différentes qui me plaisaient.

 

Et cet univers de Jules Verne, est-ce que c'est quelque chose qui te parle beaucoup ?

Comme beaucoup de gens, je n'avais pas lu les romans de Jules Verne depuis ma jeunesse. Mais je pense que c'est un univers qui a marqué beaucoup de personnes, entre les adaptations télévisuelles, en BD, en dessins animés... Il y a eu beaucoup d'interprétations de son univers notamment sur les voyages, les découvertes…

J'ai l'impression que c'est un monde qui nous touche un peu tous. Mais c'est vrai que je ne baignais pas particulièrement dans l'écriture de Jules Verne

 

Et maintenant tu aurais envie de voir quelqu’un d’autre scénariser tes dessins ? Ou au contraire ça t’a vraiment plu de travailler seul ?

J’aime beaucoup faire la mise en scène. Je n’ai pas trop envie qu’on me dise « ici tu vas faire une contre-plongée, ici tu vas faire ce personnage… ». J’ai envie de faire ces choix, de faire le découpage. Là je travaille notamment sur un projet jeunesse avec un écrivain/scénariste de BD et j’ai justement choisi un écrivain pour qu’il me donne juste une idée de ce qui se passe dans la planche et un dialogue découpé pour que tout le travail de mise en scène soit encore à faire. Sur la plupart des prochains projets j’ai envie de bosser comme ça.

 

Tu continues à travailler sur « Le Ptit’ Garçon », « Bébé Koala » etc. ?

Oui, ce sont des collections qui ont 6-8 ans. Avant ces collections, je travaillais dans tous les domaines. Je faisais un peu de presse, des boulots de communication et c’est vrai que ces collections se sont mises à bien marcher. Elles sont assez demandées. Je fais entre 5 et 12 bouquins chaque année dans chacune des collections. C’est un univers qui me plaît bien, c’est assez rigolo à faire parce que c’est de la 3D. Et puis ça me permet de consacrer le reste de mon temps à la bande dessinée.

 

Ce n’est pas trop compliqué de passer de deux techniques complètement différentes ? De passer de la 3D à un travail artisanal comme pour « Les Enfants du Capitaine Grant » ?

D’abord c’est reposant de passer de l’un à l’autre parce que rester toute une semaine sur une planche c’est épuisant. Et passer toute une semaine sur un écran d’ordi c’est épuisant aussi.  Donc jongler entre les deux est plutôt reposant et agréable. Le problème c’est quand ça se croise plusieurs fois par jour dans les délais plutôt serrés. C’est-à-dire, repasser de l’un à l’autre en étant parasité par des mails qui nous demandent une modification de l’un alors qu’on est en train de travailler sur l’autre.

Par contre au départ dans les deux images pour moi c’est le même goût de la lumière et de la couleur qui me fait travailler mes images. Bon dans la 3D c’est plutôt systématique, j’ai maintenant un univers qui est calé. Mais au départ mon goût pour la 3D et notamment dans Grabouillon c’était vraiment de faire des lumières un peu plus chaudes  et des couleurs un peu plus rigolotes que ce qu’on voyait dans la 3D à l’époque. Je parle d’un temps où la 3D, c’était hyper froid. Maintenant ça a tellement évolué que toutes les 3D sont magnifiques. Toutes les séries de notre jeunesse ont été refaites en 3D. Pas une seule n’y est pas passée ! J’ai vu Calimero y a pas longtemps, Maya l’abeille, les Cités d’or…

 

Est-ce que tu peux nous raconter comment tu travailles sur une planche de BD du début à la fin ? Pour « Les Enfants du Capitaine Grant » par exemple dans quel ordre tu as travaillé ?

Le premier travail, notamment pour présenter à l’éditeur mais aussi pour moi c’est de découper planche par planche en notant ce qui va se passer dans chaque planche. C’est une idée d’une ligne : « Là ils prennent la mer et il vont là-bas... » ou « ils rencontrent tel ou tel personnage… ». Ensuite tout cela va être modulable selon comment le découpage va se passer mais c’est important d’essayer de savoir page par page le déroulement de l’histoire.

Après quand j’attaque une planche avec cette phrase qui va me dire qu’il va se passer ceci ou cela, et bien il faut que je l’imagine. C’est un travail qui se passe beaucoup dans la tête. On imagine le découpage et la mise en forme. Et puis ensuite je fais des petits dessins-outils. Je fais des petits crayonnés où il y a trois ou quatre cases.

Ensuite j’écris les dialogues. Et puis quand j’ai tout ça, je commence mon crayonné avec les cases. Bien sûr le crayonné évolue selon chaque planche. Il y en a qui sont plus compliqués que d’autres. Quand c’est des planches de personnages j’essaie de trouver des cadrages qui changent un peu, pour rythmer le truc : champs, contre-champs, vues de loin… Quand c’est des planches de mises en forme de grands espaces c’est un peu plus compliqué. C’est pour ça qu’il y a plusieurs crayonnés sur certaines planches.

Pendant que je fais ce travail d’imagination du découpage, j’ai toujours en tête ce qui m’intéresse visuellement aussi. Est-ce que ça va être une ambiance très chaude, de forêt où je vais me faire plaisir avec l’image pour avoir quelque chose de très riche où l’œil va se perdre. Ou alors est-ce que je vais avoir quelque chose de très froid parce que c’est angoissant et qu’il va falloir rythmer autrement. J’essaye de le noter dans les crayonnés.

Après il y a le passage de la couleur. Là j’ai beaucoup de techniques différentes. Je ne sais jamais vraiment où je vais. Il m’est arrivé de commencer des planches avec beaucoup d’encre parce que c’est des planches qui sont plus rapides, où il y a beaucoup d’eau ou de nuit. Parfois j’ai envie de retrouver une ambiance que j’ai retrouvée dans une photo ou dans une peinture que j’ai déjà en tête. Je vais essayer de la retrouver avec des matières plus fortes comme la gouache. Et parfois je me plante (rires). Je commence tout à l’encre parce que je voulais faire comme une belle aquarelle que j’avais vu et c’est tout raté. Je ne refais pas tout mais je suis obligé de trouver des matières recouvrantes.

 

Tu travailles en aplat direct sur tes planches, sans filet ?

Oui c’est de la couleur directe. Il n’y a pas de contour. 

Parfois on se rend compte en dessinant une main par exemple ou un visage, que le contour c’est hyper utile. Par exemple, moi j’avais beaucoup de problème avec les mains. C’est assez rapide de dessiner une main dynamique quand on est avec le contour, le crayonné. Mais par contre quand on la remplit en volume, souvent on arrive à avoir des saucisses à la place des doigts ou des trucs tous mous. C’est compliqué à trouver. La justesse des personnages c’est pareil : c’est facile de tenir un personnage par le dessin mais c’est plus compliqué par le volume ou quand c’est un peu plus réaliste. C’est beaucoup de perte de temps et d’énergie avec cette technique.

Il y a aussi beaucoup de recherche. Par exemple, je regarde un tutoriel sur internet sur un type qui bosse à l’acrylique et je me dis « tiens je vais le faire à l’acrylique ça ira plus vite ».  Et puis je commence une demie planche à l’acrylique et je me rends compte que je patine et donc je la finis à la gouache. Environ une planche sur deux est un peu un laboratoire. Je me dis pas le matin « tiens je sais faire de la gouache donc je vais faire une planche à la gouache ». Pour chaque planche j’ai des techniques pour aller plus vite ou des techniques pour rendre quelque chose de précis. C’est un peu des expériences et c’est ça qui est un peu plus marrant quand on travaille avec une planche. Parce que ça peut vite devenir un boulot de machine quand on fait 46 planches !

 

Tu nous parles de ton travail de la couleur et de la lumière tu nous parles des peintures de la Renaissance. Tu n’as jamais voulu faire du très grand format ? Des tableaux ?

Je n’ai pas le temps de faire d’autres choix que ceux que je fais en ce moment. Je cours après le temps tout le temps pour faire ma BD et poursuivre mes collections avec des éditeurs qui sont très demandeurs. Le seul temps que j’ai à côté c’est des cours de modèles vivants dans la semaine. Je fais des croquis aussi avec des copains qui sont dans le dessin. On fait des croquis dans la nature, des peintures à l’huile...

Ça m’arrive aussi de faire des croquis à l’huile qui sont un peu plus grands qui ne sont pas de l’image BD. Ca pourrait me plaire. Mais j’ai une préférence pour le livre quand même. Quand on travaille dans la peinture on s’y implique vraiment. Comme dit un copain on voudrait être le nouvel Ingres. Moi je me vois plutôt comme un artisan. Soit on fait ça pour soi et se faire plaisir. Moi je trouve que c’est plus intéressant de partager des images par le livre.

 

Est-ce que tu peux nous parler précisément de tes projets actuels ?

A part les nombreux bouquins que je fais pour les collections jeunesses, je travaille sur un one shot jeunesse, toujours chez Delcourt. Ce sera un univers sans animaux, avec des humains. Mais toujours avec la même technique picturale que pour « Les Enfants du Capitaine Grant », avec des grandes planches assez travaillées. Je travaille avec un écrivain qui fait aussi de la bande dessinée qui s’appelle Olivier Bleys. Et je ne suis pas tellement avancé (rires). Les idées pour la suite ne sont pas encore complètement arrêtées.

 



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