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Nickel boys, de Colson Whitehead

Nickel boysParfois, à l’instant où l’on referme un livre après avoir lu la dernière page,  on a la sensation d’avoir eu en main un ouvrage important. Nickel Boys est certainement de cette veine là.

C’est un article lu dans un journal local de Floride, -le Tampa Bay Times- qui amène Colson Whitehead (Deux fois Prix Pulitzer) à se lancer dans l’écriture de ce roman. En 2012, une équipe de jeunes archéologues découvre les traces d’ un véritable charnier : -54 corps de jeunes afro-américains non identifiés, non répertoriés- révélant ainsi l’existence d’un cimetière clandestin sur le site d’une ancienne école disciplinaire de Virginie, la Dozier School for boys.

Cet établissement, plus carcéral que pédagogique, était en fait une « maison de correction »avec un bâtiment réservé aux noirs et dans lequel ils étaient violentés, affamés, parfois violés ou torturés à mort. Ouverte à Marianna (Floride) en 1900, cette « école » ne fut fermée que très récemment… Hanté par cette révélation cauchemardesque, l’auteur décide alors de s’emparer de cette histoire et de la traiter par le biais de la fiction. Il va en faire un roman qu’il situera en Virginie dans les années 60.

Dans ce roman, on suit Elwood Curtis, un brave petit gars élevé par sa grand-mère.  Bon élève, travailleur et curieux de tout. Il essuie brimades et humiliations des blancs sans broncher,  avec dans la tête cette phrase de Martin Luther King qu’il écoute en boucle sur son électrophone et qui résonne comme un mantra : « Je vaux autant que n’importe qui « .

Le jour de sa première rentrée universitaire, sous un faux prétexte, il est arrêté par la police et emmené à la Nickel Academy : une école disciplinaire, « un endroit maudit où une couche de poisse vient s’ajouter à la malchance d’être né noir ». 

Colson Whitehead nous immerge alors dans un univers sordide où l’incompréhension des pensionnaires à intégrer le mode de fonctionnement si injuste et perverti de l’institution n’a d’égale que la violence gratuite des surveillants à leur égard.

Rapidement, on est atterré par ce que l’histoire d’Elwood nous dit de cette Amérique ségrégationniste des années 60, de ce qu’elle nous dit de l’Amérique d’aujourd’hui. Et c’est sans doute là le tour de force de l’auteur, d’amener son lecteur à réaliser le peu de progrès accomplis en matière de justice et d’égalité depuis le « I have a dream » de Luther King jusqu’au « Black Lives Matter » des mouvements antiségrégationnistes d’aujourd’hui.

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UNDERGROUND RAILROAD DE COLSON WHITEHEAD

Cora, 16 ans est esclave dans une grande plantation de coton du sud des Etats-Unis peu avant la guerre de Sécession. Le décor, simple, est planté. Rien ne nous est épargné : une cruauté, une oppression, une souffrance indicible de chaque instant. Le quotidien de Cora n’est pas sans nous rappeler certains récits des camps de la mort nazi, toute l’horreur institutionnalisée par un système qui prône les valeurs de supériorité d’une race sur une autre.
L’esclavage aux États-Unis a duré de 1619 à 1865, et, est lié inextricablement à l’essor du système capitaliste.
Aussi grand est le déni d’humanité, aussi forte est la puissance de vie de Cora, qui va, d’un Etat à l’autre, connaître le destin des esclaves évadés, traqués comme des animaux par des chasseurs de primes.
Au milieu du 19ème siècle, le sort des Noirs aux Etats-Unis change progressivement selon les Etats. Cora va donc rencontrer des affranchis et découvrir un incroyable réseau d’aide aux esclaves évadés, « l’Underground Railroad »(le chemin de fer clandestin), rendu possible grâce à des abolitionnistes –Noirs et Blancs- qui s’opposent à l’esclavage et à son système ignoble. Le romancier a choisi de donner littéralement vie à ce chemin de fer et insuffle ainsi au récit une dimension surréaliste.
Le roman de Colson Whitehead a été multi primé et a reçu un excellent accueil critique. L’auteur a beaucoup travaillé sur les archives pour écrire l’histoire de Cora. C’est donc aussi un livre d’Histoire des Etats-Unis. Un livre salutaire pour ne pas oublier que cette grande démocratie s’est aussi bâtie sur les pires injustices, le système esclavagiste et l’anéantissement des amérindiens. L’Amérique n’en a pas fini avec ses fantômes, l’Actualité nous le rappelle régulièrement. Des bataillons entiers de Cora et de ses semblables réclament justice et réhabilitation. Leur souffrance perdure à travers la destinée de leur descendance.
Pour aller plus loin sur la question raciale aux Etats-Unis, RACE histoires orales d’une obsession américaine de Studs Terkel chroniqué sur ce blog.
On peut aussi écouter le poignant negro spiritual No more Auction Block For Me (plus d’enchères pour moi) par Odetta.

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