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Ecoute la ville tomber de Kate Tempest

Kate TempestDe Kate Tempest, Je ne connaissais que la chanson « Europe is lost  » impitoyable réquisitoire de l’état déliquescent de nos sociétés européennes.

Aussi j’étais assez impatient de découvrir son nouveau roman : je n’ai pas été déçu !

Au cœur de la nuit Londonienne Becky, Harry et Leon s’échappent en voiture  emportant avec eux « une valise pleine de pognon qui trône sur la banquette aussi repue et grassouillette qu’un nourrisson ».  Pourquoi fuient-ils ?

L’auteure parvient à ménager le suspens puisqu’elle prend le temps tout au long du récit de revenir sur la vie de chacun d’eux.

Becky d’abord jeune serveuse à l’occasion masseuse, prête à tous les  sacrifices  pour réaliser son rêve : se réaliser en  tant que chorégraphe.

Ensuite Harry de son vrai nom Harriette, véritable garçon manqué à la double vie professionnelle : côté pile une cadre des ressources humaines, côté face dealeuse de cocaïne avec son garde du corps et ami d’enfance Leon.

On s’attarde également sur Pete, petit frère d’Harry  qui rumine à   satiété sa vie de looser.

Ce long flash back est l’occasion pour Kate Tempest de nous décrire une galerie de personnages gravitant dans l’environnement familial de nos trois protagonistes.

J’ai été emporté par le souffle Lyrique et la poésie métaphorique  de Kate Tempest.  Elle parvient à restituer les silences pesants, les non dits assourdissants. Les intériorités des personnages s’entrechoquent sans réellement parvenir à cohabiter : d’où les énormes frustrations ressenties.

L’une des grandes habiletés de la composition de ce roman réside dans la  mise en perspective permanente des généalogies familiales. Chaque personnage emporte avec lui les fantômes d’un passé beaucoup trop encombrant dont il ne sait bien souvent que faire. Ainsi Becky s’empêtre  à revivre les schémas parentaux dans ses rapports avec Peter et Harry  ce qui provoque des relations assez détonantes dans tous  les sens du terme.

La romancière sait aussi jouer avec les  registres littéraires. A cet égard le bouquet final de l’anniversaire de Pete se révèle particulièrement efficace. Une scène d’hystérie collective digne des plus grandes comédies anglaises.

On est touché par l’obstination, la volonté farouche de nos héroïnes : elles creusent coûte que coûte leurs sillons : Becky malgré la lourde filiation reste obsédée à se prendre en main,  Harry , sur le fil du rasoir,  et malgré les risques encourus,  n’hésite pas une seule seconde à s’affranchir de la légalité.

Pete  quant à lui est d’autant plus attachant qu’il a conscience de s’être perdu de vue alors qu’il avait dans son enfance toutes les cartes en mains pour briller en société.

Ces soifs d’absolu sont d’autant plus fortes qu’elles s’expriment dans une société anglaise à la dérive, encline à la guerre de tous contre tous, qui craque sous toutes ses coutures. Une société où l’on se drogue non plus pour s’évader mais pour rester debout. Où la vie sociale nocturne cède la place à la superficialité des mondanités professionnelles.

Un roman palpitant sans concession dont on ressort essoré par la transe et le rythme de l’écriture.

Ecoute la ville Tomber

 

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