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L’abattoir de verre de John Maxwell Coetzee

COETZEESept fragments épars, écrits sur une quinzaine d’années, constituent ce roman. Sept tableaux indépendants, mais qui, accolés, forment subitement le portrait d’un personnage cher à l’auteur : l’écrivain Elizabeth Costello. L’alter égo féminin de Cotzee a fait l’objet d’un roman en 2003, l’année même où l’écrivain sud-africain recevait le Prix Nobel de littérature. Elizabeth y affrontait déjà les affres du vieillissement et se désespérait du pouvoir dérisoire de l’écriture face au néant.

Ici on la retrouve dans tous les âges de sa vie en prise avec des questions morales qui traversent les derniers livres de l’auteur : adultère, souffrance animale, culpabilité et liberté dans les relations familiales… Coetzee l’ausculte de manière précise et froide, on pourrait dire cruelle, si on ignorait qu’il parle de lui-même. Et sous une apparente simplicité, il restitue toute la profondeur de sa pensée.

Une ou deux fois par semaine, elle se rend en ville, chez un homme, se déshabille, fait l’amour avec lui, quitte les lieux, va à l’école récupérer sa fille et celle d’une voisine. Dans la voiture, elle écoute le récit de leur journée scolaire. Ensuite, pendant que les deux filles prennent leur goûter et regardent la télévision, elle se douche, se lave les cheveux, se fait toute fraîche, toute neuve. Sans culpabilité. Fredonnant.

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Disgrâce de John Maxwell Coetzee

J.M. CoetzeeJ’ai ouvert ce roman dans le train, dès les premières pages il m’a complètement déstabilisée… et pourtant je l’ai lu d’une traite, sans décrocher !

David Lurie est blanc et professeur de poésie au Cap en Afrique du Sud. A 52 ans, sa vie sentimentale et professionnelle semble sur le déclin. Coup de grâce, il se fait renvoyer à de l’université après avoir couché avec une étudiante. Il décide alors de rejoindre sa fille à la campagne, où elle vit assez modestement en vendant les produits de sa ferme sur le marché et en hébergeant des chiens.

Il pense trouver derrière l’ennui apparent de sa nouvelle existence sinon la paix du moins le temps d’écrire un opéra sur la vie de Byron, projet qui lui tient à cœur depuis des années… Et il tente de trouver un équilibre entre son bénévolat à la SPA, qu’il vit comme une sorte de rédemption, un peu de travail dans la ferme et de longues plages d’écriture.Disgrace, de J.M. Coetzee

Mais très rapidement la descente aux enfers continue. Sa fille est violée par trois jeunes noirs, sans doute trahie par l’homme –noir aussi– qui travaille pour elle mais cherche petit à petit à racheter toutes ses terres. Pétrie de culpabilité après des siècles de dominations blanche, elle refuse de porter plainte ou de partir. Lurie n’accepte pas son silence et sa soumission alors même qu’il a montré auparavant qu’il était lui aussi coupable d’user de son pouvoir sur une élève manifestement perturbée…

Ce livre m’a profondément troublée car la manière dont les personnages agissent et réagissent est à l’opposé de ce que je pourrais imaginer faire et penser dans une situation semblable. Il montre bien à quel point la société sud africaine peine à se reconstruire après l’apartheid. Et combien il est difficile de rétablir des rapports sociaux « normaux » lorsqu’on porte une histoire aussi dure. Ainsi la violence semble faire partie de la société, et être acceptée. Personne n’en parle directement mais tout le monde sait…

La fille de Lurie en vient à penser que ce qui lui arrive est normal : le prix à payer pour avoir à nouveau le droit de vivre sur une terre qui a été volée… Elle confie : « Oui c’est humiliant. Mais c’est peut-être un bon point de départ pour recommencer. C’est peut-être ce que je dois apprendre à accepter. Repartir du sol. Sans rien. Sans atouts, sans armes, sans propriété, sans droits, sans dignité […] comme un chien. »

Car il est aussi question de chiens dans ce livre étrange. Un étonnant parallèle est fait entre rapports blancs/noirs et rapports hommes/chiens. Pris dans ce tourbillon calme de violence masquée, David Lurie cherchera au moins à aider les chiens à mourir le plus paisiblement possible… Cela ne l’aidera pas à trouver des réponses, mais à garder un minimum de dignité.

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