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Les amochés, de Nan Aurousseau

nan aurousseau - les amochésIl est des écrivains qui s’apaisent avec le temps et qui au fil des livres  perdent en causticité, s’abandonnent aux digressions  existentielles ou au repli sur soi. Avec Nan Aurousseau, on est rassuré, on réalise dès les premières pages qu’il n’en sera rien!

Avec « Les amochés« , il poursuit une oeuvre singulière au ton vif et à l’ironie mordante. Il choisit ici le biais de la fable et du fantastique pour nous dire son aversion pour cette société qui laisse sur le carreau les plus vulnérables et il le fait avec une élégance et une clairvoyance qui décapent.

Abdel, le narrateur vit seul, retranché dans le petit hameau abandonné d’un village  provençal avec pour seuls voisins Monette et Jacky,  un vieux couple de montagnards peu expansifs. Il vit modestement, lit, bricole, coupe du bois, et surtout s’évertue à « descendre en ville » le moins possible. Il avait bien rencontré une amoureuse, une fois, à la fête du village… Une psychologue venue du bourg. Mais la belle n’avait pas tenu trois mois. Tu parles ! Lorsqu’elle s’en était allée en le gratifiant d’un : »Je t’aime, mais…  » il avait encaissé. Durement, salement. Et puis la vie avait repris son cours. Un peu plus amère, peut-être. La solitude moins bien assumée, du coup.

Et un matin,  Abdel s’était éveillé  et tout était distordu. Les miroirs fondaient et coulaient sur eux-mêmes. Monette et Jacky : disparus. Electricité : coupée. Batteries : à plat. Les routes : évaporées pour s’élever dans les airs comme de gros serpents. Et surtout plus âme qui vive dans les parages. Ou presque.

Dès lors, le lecteur se retrouve embarqué avec le narrateur dans une épopée ubuesque où il avance à l’aveugle. Cauchemar ? Démence ? Réalité apocalyptique ? Entre chronique sociale, dystopie anxiogène et franche rigolade, on n’est pas loin des Frères Coen…

Extrait : « Alors quoi ? Des siècles de culture n’auraient servi qu’à ça, il avait fallu plus de 5000 ans de souffrances inouïes depuis le 1er homme dit moderne pour aboutir à ça : un type affalé sur le canapé avec sa canette de bière, un type dont toute la science se résumait à connaître par coeur les résultats sportifs. A aduler des milliardaires roulant en voiture de luxe. Tout juste capable de jongler avec ses pieds sur un terrain de foot, de taper dans une raquette pendant au moins 3 heures ou bien de hurler comme un macaque rhésus en bandant ses muscles bourrés d’anabolisants après avoir traversé une piscine un tout petit peu plus vite que les autres ? … On allait même jusqu’à imposer une minute de silence nationale lors du décès d’un chanteur de variétés adoré par la beaufitude et à pleurer en direct devant les caméras, afin de faire remonter les sondages, la cote de popularité. »

 

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Quartier charogne

nanaurousseauNan Aurousseau écrit en force; il taille dans le réel, souvent fort, très fort, pas pour les âmes sensibles. De lui nous avions lu des « fictions » ; des fictions… pas si sûr. Ici il nous livre son premier récit autobiographique.

Pourtant ces hommes, ces vies ressemblent aux vies cabossées que nous avons souvent croisées dans ses précédents romans. Part de réel, part de fiction ? Qu’importe, c’est l’écriture, ce sont ces histoires de mauvaises graines montées trop vite qui nous donnent envie de le lire. Ce ne sont pas les idées qui agitent Nan Aurousseau, c’est la vie. Dans ses pages on croise ceux grandis hors des lignes blanches. Ils vivent dans l’instant, pas à l’économie. Personnages à la morale réfractaire mais n’allez pas croire qu’il n’y a pas de sentiments dans ces livres là.

Dans ce dernier récit il nous livre son enfance et son adolescence, son père, sa mère, ses rencontres, son quartier. C’est sans concession à la nostalgie, au pathos d’une vie de « pauvres ». Ici on donne des coups comme on en reçoit et on ajoute ceux du mauvais sort. Pas de regard attendri sur ce passé, sur un père violent et alcoolique. Nan  Aurousseau lui a pardonné même si d’emblée il nous le présente comme un salaud. Il lui a pardonné comme on pardonne à ceux qu’on aime.

C’est aussi une époque, son âpreté. Les quartiers étaient des villages, la toile du web ne reliaient pas la planète entière, l’échange était frontal et on le comprend vite avec ce récit de vie.

De ce livre j’aurai moins retenu de l’intime de l’auteur que de cette atmosphère, de ce quotidien populaire, de ces rapports humains. Ce n’était pas la misère puisqu’on aimait la vie.

De ce livre encore et là on est proche de notre aujourd’hui, je garderai que la violence des expulsions de logement, marque un enfant jusqu’à son âge d’homme.

Vous pouvez retrouver une interview de Nan Aurousseau

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