La première main de Rosetta Loy

Se pencher sur son enfance est un exercice périlleux pour un écrivain. Il prend le risque d’embellir une vie tout à fait ordinaire ou, au contraire, de rester dans la banalité, l’anecdotique, ou encore de verser dans une nostalgie ennuyeuse. Je connais deux autobiographies évitant ces écueils : Un ange à ma table de Janet Frame et Le vieux puits de Magda Szabo, passionnants autoportraits d’écrivains en devenir, et d’une grande qualité littéraire. Désormais, j’ajoute La première main de Rosetta Loy.
Ici, une douce poésie naît du regard de l’enfant sur son environnement. On se laisse porter par une écriture élégante qui oppose le mouvement intérieur de cette petite fille faisant mille expériences (des plus douces aux plus difficiles) au mouvement extérieur – soit l’arrivée du fascisme en Italie dans les années 30 et de la guerre. L’histoire familiale de Rosetta Loy vient alors éclairer toute son œuvre romanesque qui, elle aussi, ne cesse de mêler éléments biographiques et passé collectif de l’Italie – avec les outils de la fiction. Une œuvre dans laquelle je compte bien me plonger dès à présent.
Si vous connaissez d’autres autobiographies d’écrivains … laissez moi un commentaire !

Rosetta Loy sera en conversation avec Laure Adler aux prochaines Assises Internationales du Roman.
Disponibles à la médiathèque : son autobiographie et 6 titres parmi ses romans les plus emblèmatiques.

Le bout de ses peines

J’ai toujours aimé l’expression « arriver au bout de ses peines ». Ces quelques mots simples donnent l’impression d’un achèvement définitif. Il faut se méfier des impressions ! C’est un peu ce que l’on se dit une fois un roman d’Olivier Adam terminé : on est arrivé au bout de ses peines. Puis comme on est incorrigible, on s’interroge : lui-même, est-il arrivé au bout ? Le malaise de ses personnages qu’il trimballe de livre en livre permet-il d’arriver au bout de ses peines ? Ces peines-là, ce sont les siennes ou celles qu’il invente pour les Sarah, Clara, ou autre Antoine? Il y a en effet un fil douloureux dans son oeuvre, une oeuvre qu’il faut parcourir et apprécier, depuis Je vais bien ne t’en fais pas jusqu’au Coeur régulier en passant par Falaises (sans se fier non plus aux titres…) . Il énerve avec ses peines, il agace ! Vous savez, comme une plaie qui commence à cicatriser, ça démange, on gratte et… ça saigne, à nouveau. Pourtant, quand on commence un roman d’Olivier Adam, on va jusqu’au bout de toutes les peines qu’il décrit. Et probablement qu’on lira le prochain, dès qu’il paraîtra pour aller au bout, encore une fois. Alors, à bientôt Olivier ! On en parle entre lecteurs, le 31 mars à 19h et puis bien sûr en mai.

Villa Amalia de Pascal Quignard

L’adieu au monde est un thème cher à Pascal Quignard.
En découvrant l’infidélité de son mari, Ann décide de tout plaquer : son mari, sa maison, ses meubles, ses engagements professionnels, son piano, ses amis. Tout est abandonné, vendu, donné, brûlé. Ce qui la pousse à agir aussi brusquement n’est pas tant l’infidélité du mari qu’une blessure ancienne, ressurgie à la vue du baiser signant l’adultère . Sa disparition programmée à la hâte et son errance prennent l’aspect d’une fuite. Mais une fuite vers la liberté totale. Car Ann va renaître sous le soleil italien, vivant quasiment en ascète, dans une petite maison abandonnée surplombant la mer : la Villa Amalia.
Quignard décrit les étapes de la mue de son personnage, changeant de vie et de tête, sans s’encombrer beaucoup de psychologie, mais plutôt de sensations. Voilà une histoire qui nous dit qu’une vie paraissant vide et inconfortable peut être beaucoup plus dense et riche qu’une vie remplie à ras-bord d’occupations et de compromis.

Dans le documentaire que Jacques Malaterre lui a consacré (A mi-mots, disponible à la médiathèque en dvd), Pascal Quignard se raconte et se dévoile comme il l’a rarement fait. Un écrivain majeur peu médiatisé qui promeut la discrétion au sein de notre société tyrannique, voilà qui est intéressant !

Découvrez les romans de Pascal Quignard à la médiathèque, en particulier Les escaliers de Chambord, où il est également question de rompre et de changer de vie. Et venez le rencontrer à Lyon aux prochaines Assises Internationales du Roman.

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L’Islande n’a pas fini de nous surprendre

L’Islande, petit pays par sa superficie (103 000 km2) et par son nombre d’habitants (320 000) est un grand pays par sa culture : une langue phénoménale qui n’a pas bougé depuis des siècles, cela doublé d’un attachement à l’écrit sans faille. Son audace politique récente mérite également le détour. La crise de 2008 a secoué l’île, jeté les Islandais dans la rue : armés de casseroles, ils ont contraint le gouvernement de l’époque à la démission. La rédaction d’une nouvelle Constitution est en cours. En 2010, le Best party, fondé par Jon Gnarr, comédien et rocker – six mois plus tôt – remporte les élections. Jon Gnarr est désormais maire de Reykjavik. Il est l’invité du Monde et de la Villa Gillet pour la table ronde « Culture et politique : l’exemple islandais » en compagnie de membres du Best Party.

Et la littérature dans tout ça ? La voici, remarquablement portée par Sjon, poète et romancier, également parolier de Björk. On lira avec bonheur Sur la paupière de mon père, un roman qui tient du conte, du mythe et même de l’Histoire. Sjon comme écrivain et membre du Best Party participera bien sûr à la table ronde islandaise.

Au fait, vous rêvez d’apprendre l’islandais ? A Lyon, c’est possible : à l’Université Lyon 2 !

Direction Fiction, le rendez-vous des lecteurs

Le dernier rendez-vous Direction Fiction était consacré à l’écrivain américaine Laura Kasischke. Nous avons eu le plaisir d’accueillir une partie de la classe de Mme Guellard (Lycée Chaplin), qui travaille sur l’œuvre de cette auteur, ainsi que des lecteurs décinois et chasselands.
Les romans de Kasischke ne laissent pas indifférents, nous avons pu le constater à travers les échanges suscités par la lecture de ses histoires si puissantes. Elle n’a pas son pareil pour faire monter l’angoisse et nous tenir dans son poing jusqu’aux dernières pages en décrivant l’enfer derrière la banalité du quotidien.
7 titres sont disponibles à la médiathèque : empruntez l’un ou l’autre, vous finirez par les lire tous !
Nous vous donnons rendez-vous le 31 mars, même heure, pour le 3ème rendez-vous. Il sera consacré à l’oeuvre d’un auteur que nous recevrons le 24 mai à la Médiathèque : Olivier Adam.

Sidney / Pas Sidney de Percival Everett


Sidney Poitier est le premier acteur noir à jouer des rôles antérieurement réservés aux blancs et le premier acteur noir oscarisé. Personnellement, je n’ai vu qu’un seul de ses films: Dans la chaleur de la nuit, où il interprète un flic en complet-veston aux poches bourrées de billets verts, enquêtant dans un état du Sud ségrégationniste dans les années 60. Un film tendu, crois-je me rappeler. En fait, je ne voulais pas parler de Sidney Poitier, mais de Pas Sidney Poitier. Pas Sidney est le narrateur du dernier livre de l’américain Percival Everett. Ainsi prénommé par une mère un peu fofolle, pour le dissocier du « vrai » Sidney Poitier, ce brave Pas Sidney hérite d’une fortune colossale à la mort de sa mère, cette dernière ayant eu la bonne idée d’investir dans une petite entreprise montante (CNN). Cet argent lui est très utile pour le sortir des nombreux mauvais pas dans lesquels il se fourre. Car Pas Sidney se retrouve à jouer dans sa vie réelle de personnage de fiction, les rôles tenus par l’acteur Sidney Poitier dans ses films. Vous me suivez ? Inutile de connaître la filmographie de Sidney par cœur pour savourer les aventures comiques de Pas Sidney. Ballotté d’aventures en péripéties, en proie à un racisme si primaire qu’il en devient drôle, ou à des femmes érotiquement dérangées, le personnage d’Everett montre en creux une Amérique hystérique, peinant à digérer son multiculturalisme.

Vous pourrez rencontrer Percival Everett aux Subsistances le dimanche 29 mai à 16h lors de la table ronde sur le thème de « l’expérience de l’isolement et de l’enfermement », qu’il partage avec Claudie et Jean-Pierre Haigneré, et Carlos Liscano.
En attendant, 5 de ses livres sont disponibles à la médiathèque, dont Pas Sidney Poitier

Que font les rennes après noël de Olivia Rosenthal


Dans Que font les rennes après Noël , Olivia Rosenthal met en regard le comportement de l’homme vis à vis de l’animal et des autres humains. D’abord, on entend la voix d’une petite fille qui se sent en captivité dans sa famille, sous la totale dépendance de sa mère, et qui désire ardemment un animal de compagnie, ce qui lui sera refusé. Alternent alors de courts paragraphes qui font intervenir des personnes dont les métiers sont en rapport avec les animaux et qui viennent « témoigner » de leurs savoirs et expériences : ils parlent des bêtes marquées, dressées, parquées, protégées, soignées, euthanasiées, dépecées, accommodées en sauce. La petite fille connaîtra une adolescence fragile puis, après quelques années de docilité, finira par comprendre où se trouve sa liberté. Sans rien démontrer, ce roman polyphonique tisse des liens entre l’apparente soumission des hommes et l’usage des animaux par l’homme et questionne le rapport de domination exercé sur la nature.
Si ce thème vous intéresse, je vous conseille la lecture de « Mémoires de la jungle » de Tristan Garcia, où un singe savant doit réapprendre les codes de la vie sauvage pour survivre.

Olivia Rosenthal participe à la table ronde intitulée « le rôle et la présence de l’animal dans le roman », en compagnie du romancier turc Yigit Bener et de l’allemand Marcel Beyer.