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La fille avec la robe à pois de Beryl Baindbridge

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Dernier livre écrit par Beryl Baindbridge, il parait après sa mort en 2010.   Anglaise plusieurs fois présente sur la short liste du fameux « booker   prize », citée par le « Times » comme l’un des cinquante plus importants écrivains anglais depuis 1945. Elle  reste peu connue en France.  C’est sans doute le moment de la rencontrer avec ce livre où elle renoue avec l’univers de ses premiers romans et les années 70.
Le livre, road-novel  d’une traversée des Etats-Unis. L’année 1968, dans une Amérique en plein doute, traumatisée par la guerre du Vietnam et après les assassinats de Martin Luther King et de JFK. Nous sommes en pleine campagne électorale et Bobby Kennedy se présente aux primaires démocrates en Californie.
Nous voici embarqués dans un camping car d’occasion avec un duo improbable. Washington Harold et Rose. Ces deux là n’ont rien pour se rencontrer sinon qu’ils sont à la recherche du Docteur Wheeler. Elle, l’anglaise issue de la classe ouvrière, désinvolte, inattendue et très « négligée » et lui l’heureux propriétaire du véhicule qui trimbale certainement plus de blessures que  sa placidité ne laisse percevoir. L’histoire de deux chemins qui se touchent sans se rencontrer et qui s’accompagnent pour trouver à deux la raison de continuer. Toutes leurs rencontres sont le fil à suivre de cette quête, des pièces de puzzle qui s’emboîtent.
Nous n’apprendrons jamais vraiment qui il est, ni qui elle est. Il a sans doute quelque chose à reprocher à Wheeler quant à elle le Docteur semble être une marque indélébile sur sa vie. Ils nous dresseront le portrait d’une Amérique souvent déroutante et pas si puritaine et bien pensante. Une Amérique plus humaine que cliché. Récit teinté d’humour et lucide. Loin de « l’American way of life » et d’une image pixélisée.
 Un point final en forme d’interrogation.  Aucune énigme n’est résolue mais Wheeler est bien le nœud de l’histoire. Rose est-elle la fille à la robe à pois ? Wheeler, le Docteur W. ou Bob Kennedy ? Qui a tué qui ?
Ce livre reste le regard d’une Anglaise sur les Etats-Unis . Miss Beryl Baindbridge avait fait ce voyage dans les années 70 et nul doute qu’il y a un peu d’elle-même dans ces pages.
En tout cas pour nous, un voyage surprenant, des rencontres émouvantes, attachantes et parfois dérangeantes.

 

Nos folles années de Linda Grant

Voici le « roman-portrait » critique d’une génération, celle des baby-boomers. C’est à travers Stephen, jeune juif américain qui traverse l’Atlantique pour suivre ses études à Oxford que nous remontons l’histoire et l’esprit d’une époque.

Récit d’une vie jusqu’à l’âge où père à son tour ses enfants lui renverront l’image de ce qu’il est devenu. De ce qu’ils sont devenus, jeunes gens qui voulaient renverser le monde, le vieux monde bourgeois. Une génération et ses idéaux qui s’est rêvée différente.
L’écriture sans artifice, sans effet de style nous restitue avec sensibilité et justesse les temps « peace and love ». Aujourd’hui leurs enfants, sans doute moins naïf et rêveurs, les mettent devant la réalité. N’étaient-ils pas de simples « poseurs ».
Qu’ont-ils construit ? Qu’ont-ils laissé de côté ? Et même que reste-t-il de la planète ? Une génération peut-être privée d’avenir par leurs aînés.
Ici se pose la question de l’héritage où la jeunesse se demande ce qu’elle peut espérer du futur. Leurs parents ont-ils usé du monde sans rien inventer.

L’auteur dont c’est le troisième roman paru en français est née à Liverpool en 1951. Ce n’est pas un hasard, elle en connaît les odeurs, les vêtements, l’atmosphère.
Images des seventies et d’une fin de siècle à découvrir ou à revivre.

Nu féminin de Patrick de Bayser

Roman-enquête sur un Modigliani disparu. Arnaud Ducamp, marchand d’art et tableauiste obsessionnel n’est pas au plus fort de sa forme, il a besoin de se « refaire ». En pleine crise de la cinquantaine et après un divorce qui a éloigné ses enfants, il part à la recherche d’un Modigliani. Ce tableau devrait lui permettre de réaliser une « honnête » belle affaire. Il va devoir remonter le temps et l’histoire de cette œuvre pour comprendre pourquoi elle a disparu de toutes les collections alors qu’il en retrouve la trace sur un catalogue de Maurice Rheims.

Dans cette recherche il croisera la route d’une jeune femme étudiante en Histoire de l’Art, c’est le début d’un amour passionnel. Elle deviendra sa documentaliste et complice dans cette quête. Tous deux rassembleront les pièces d’un puzzle pour découvrir l’énigme de ce tableau jamais passé dans une vente. Elle jouera de charme et de déduction et lui de la connaissance du milieu de l’art pour trouver l’homme qui détient le secret et surtout venir à bout de son mutisme.

Ce roman léger et allègre nous ouvre les portes du milieu des marchands d’art, des collectionneurs et des salles de vente. C’est aussi un regard informé sur la Ruche, la vie de bohème des peintres parisiens au début du 20ème siècle. Laissez vous séduire par l’humour de ce récit et embarquer dans une initiation à la peinture placé sous les auspices de l’amour.

Ma chère Lise de Vincent Almendros

Voici le premier roman d’un auteur de 34 ans : Vincent Almendros, édité aux éditions de minuit.
Histoire d’amour d’un homme jeune et une adolescente arrogante ? Ou roman d’une ambition, vie facile et argent sans peine ? Conte de l’ordinaire ?

Le titre, une lettre commencée qui ne s’écrira pas. Oui, mais dès le début le lecteur perçoit un malaise. L’histoire est trop lisse pour ne pas sombrer, comme un pull de soie dont l’étiquette nous griffe la peau. Notre narrateur a peur de la mort, il la conjure par jeu. Être riche et célèbre semble être sa parade à la fin commune.

Lui l’enfant des vies modestes et grises, des pavillons de banlieues et des parents ternes que l’on voudrait cacher, voit le destin lui sourire sous les traits de la rencontre amoureuse. Expérience de sentiments qui dévorent ? Brûlure des corps? Non, plutôt apaisement d’une vie où il n’a plus à subir mais choisir. Il sera professeur particulier pour Lise, jeune-fille aisée aux parents d’une libéralité placide. Il vivra cette vie sans aspérité ou la sensualité elle-même assourdit les sentiments.

Mais que devient l’amour d’une adolescente si elle le vit sans passion. Ne trouvera t-il pas sa limite ? L’inconstance est-elle la clef ? Les dernières pages nous révèlent l’issue de cette relation pourtant si légère…

Un court récit et une écriture à fleur de peau, de sensations, de corps, d’odeurs. Pas de souffle épique ni de lyrisme. Une histoire qui se dévoile à peine qui ne se vit presque pas. Pourtant à travers ces quelques moments esquissés le héros deviendra un autre, peut-être un homme.

Une interview de l’auteur

La grande maison de Nicole Krauss


Nicole Krauss a connu d’emblée un large succès international avec « L’Histoire de l’amour », publié en France en 2006. Ce jeune Auteur New Yorkais s’impose aux fils des livres comme un écrivain brillant et sensible. Avec « La Grande maison » paru en 2011 aux éditions de l’Olivier elle nous emmène en littérature et croyez moi nous n’avons plus envie de lui lâcher la main. Saluons au passage cette maison d’édition qui nous prouve au fils des ans la justesse des choix de son catalogue de littérature étrangère.

La « Grande maison » de Nicole Krauss tisse l’histoire croisée de plusieurs personnages qui auront pour point commun un bureau ayant appartenu à Federico Garcia Lorca. Mais bien sûr l’essentiel n’est pas là. Tous ces fils de vies ne se mêleront pas.

Ils nous conduisent de New York à Londres, d’Oxford à Jérusalem. Si les villes sont différentes, elles sont toutes le lieu de l’amour. L’amour d’un homme pour sa femme qui en s’évanouissant dans la maladie, se révèle dans son mystère et sa part d’ombre. L’amour d’un père pour un fils si différent, amour qui n’a jamais pu se dire. L’amour sensuel d’une femme vieillissante qui croyait que son corps n’existait plus. Féminité éveillée par la jeunesse d’un homme et le souvenir d’une brève relation jamais oubliée…

Bien sûr Nicole Krauss n’a pas choisi par hasard un bureau d’écrivain: c’est de l’écriture dont elle nous parle. C’est l’écriture des mémoires qui traverse le roman. Si « la construction » de cette

« Grande Maison » vous semble complexe vous n’aurez aucun mal à la pénétrer, vous serez touchés par la force des sentiments et la fragile humanité que nous partageons tous avec ses personnages. C’est par son écriture qu’elle fait de l’intime des vies une littérature forte.

Au fait, ce n’est qu’à la fin du livre à la page 323 que nous apprendrons ce qui construit la « Grande Maison »…., patience.
V.