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A l’ombre du baobab de Alexandra Fuller

A l'ombre du baobabPar Michelle

Lorsque l’auteure britannique Alexandra Fuller débute cette saga familiale, Tim, son père, vient de mourir à Budapest, loin de sa ferme en Zambie. Ce voyage qui se devait être de simples vacances en Europe avec sa femme et sa fille se révélera donc le dernier. Ce sera L’occasion pour elle de revenir sur l’existence mouvementée de ce père aventurier et amoureux de la vie et de livrer un récit joyeux plein de vitalité et de rebondissements.

Parce que c’est bien certainement l’esprit d’aventure qui amène ce jeune anglais de bonne famille à quitter l’Angleterre au début des années 60 pour aller tenter sa chance dans « les colonies ». Finalement, de petits boulots en petits boulots, il aura rencontré l’amour et se sera enfin fixé en Rhodésie du sud (actuelle Zambie) avec sa famille.

A partir de ses souvenirs d’enfance, Alexandra Fuller nous raconte les péripéties de ce couple peu conventionnel que formaient son père et sa mère. Cet amour fou qui les unissait, mais aussi, les éloignements, -quand Tim est mobilisé lors de la guerre du Bush- les faillites dans les projets, la perte de plusieurs enfants qui chaque fois laissait la mère exsangue… Malgré tout, elle raconte surtout la joie, les engouements, la connivence, sans occulter une réalité historique des plus sombre, comme l’Apartheid ou la survie difficile en temps de guerre.

Beaucoup de pudeur dans ce récit familial tout en sensibilité qui se lit comme un véritable roman d’aventure, autour de l’hommage rendu au père.

Bientôt disponible à la Médiathèque

Basse naissance de Kerry Hudson

HUDSONDans son premier roman (Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman), l’écossaise Kerry Hudson décrit les conditions de vie difficile d’une enfant dans les quartiers défavorisés d’Aberdeen. Dans La couleur de l’eau (Prix Femina étranger 2015), elle met en scène une jeune femme fragile qui se démène avec les zones d’ombres d’un passé douloureux.
Avec Basse naissance, on découvre qu’elle déroulait sa propre vie : celle d’une petite fille issue d’une famille pauvre, entre un père alcoolique et absent et une mère vulnérable.

« 1 mère célibataire
2 séjours en famille d’accueil
9 écoles primaires
1 enquête de la Protection de l’enfance pour abus sexuel
5 collèges
2 agressions sexuelles
1 viol
2 avortements »
Voilà la biographie glaçante des jeunes années de Kerry Hudson.

Les ravages de la pauvreté et son mécanisme sournois sont implacablement illustrés par cette vie révoltante. L’amour, la sécurité, la culture et l’accès à l’information, une alimentation saine, l’intimité : chacun en a besoin pour grandir. Manquer de tout cela produit de la violence, de l’ignorance, de la peur, du désespoir et très concrètement, une mortalité précoce.

Kerry Hudson a pulvérisé son plafond de verre. C’est une écrivain reconnue, elle est instruite, voyage dans le monde entier, est aimée d’un homme charmant. Mais une petite fille terrorisée vit encore en elle. Les répliques sismiques de son enfance viennent régulièrement l’atteindre : fragilité, honte et fatigue la frappent à tous moments.

« Je me suis élevée au point d’écrire ces mots et de croire que quelqu’un pourrait les lire ».
Pour tous ceux qui ont eu une enfance « ordinaire », la pauvreté est une notion quasi-abstraite. Car être pauvre, c’est avant tout l’éprouver dans son corps. Et c’est bien tout l’art d’écrire de Kerry Hudson que de nous faire ressentir l’injustice de cette indignité que le monde combat aussi mollement.

Bientôt disponible à la Médiathèque

Lake success de Gary Shteyngart

SHTEYNGARTBarry Cohen a réussi sa vie : il possède une belle maison, une belle collection de montres de luxe, des vêtements de marque, il voyage en business class… il pense que le monde lui appartient mais tombe de haut aujourd’hui : le voilà enlisé dans un bourbier conjugal avec Seema, et on vient de diagnostiquer l’autisme de son fils Shiva.

«Tout le monde peut repartir à zéro. C’est ça l’Amérique. Quand un rêve meurt, y’en a toujours un autre ».
Celui de Barry, c’est de refaire le chemin qui le conduisait naguère à son amour de jeunesse Layla. Et si elle avait été la seule personne à l’avoir aimé vraiment ? A chaque fois que son moral baisse, que la vie ne le comble pas comme il le souhaite, sa pensée le ramène immédiatement à la gare routière d’où partent les grands bus Greyhound qui sillonnent l’Amérique avec à leur bord tous ceux qui n’ont pas les moyens de se payer un billet d’avion.

La destination est un détail, c’est le voyage qui est important.
Le roman débute dans la gare routière où ce personnage mi-arrogant mi-attachant achète son billet de bus et part à la rencontre de l’Amérique profonde, qu’il ne connaît pas et qu’il n’aime pas vraiment. Au bout du chemin, il ne rencontrera pas forcément ce qu’il cherche, ne deviendra pas plus sensible à l’être humain sans le sous, mais trouvera sa raison d’exister.

Plus qu’un pittoresque road- trip pour notre richissime propriétaire d’un fond de pension, Lake success c’est aussi et surtout un grand roman social sur l’Amérique post-Trump (on est à la veille de l’élection) qui démontre comment et pourquoi le fossé entre riches et pauvres a entraîné l’avènement de Trump.

Empruntez Lake Success

Direction fiction, le rendez-vous des lecteurs 2020/1

Compte-rendu des livres présentés samedi dernier lors du premier rendez-vous des lecteurs de l’année.

Le champ de Robert Seethaler donne voix aux gisants d’un cimetière. Par leurs récits, leurs voix, ils racontent ce que furent leurs vies dans ce village autrichien. Un livre étonnant et touchant.

Qui ne dit mot, consent ? Le consentement est au coeur du récit de Vanessa Springora, victime de l’écrivain Gabriel Matzneff avec qui elle a eu une relation à 14ans, une relation forcément destructrice.

Tu seras un homme mon fils, c’est le vers ultime du célèbre poème de Rudyard Kipling. Et c’est le titre du dernier roman de Pierre Assouline qui revient avec cette biographie romancée du célèbre auteur anglais.

Le bal des ombres de Joseph O’Connor part sur les traces d’un trio virevoltant : les comédiens Henry Irving et Ellen Terry et leur ami et admirateur Bram Stoker, futur auteur de Dracula. Un régal de lecture et une peinture éblouissante de la vie culturelle londonienne à la fin du 19e siècle.

Suite à plusieurs coups du sort, un millionnaire décide de tout plaquer et de prendre le bus qui l’emmenait 20 ans auparavant vers sa petite amie de l’époque. Lake success de Gary Shteyngart nous emmène de New York au Nouveau Mexique, à travers l’Amérique post Trump.

Leila, prostituée à Istanbul, est tuée et son corps est balancé dans une benne à ordures. Alors qu’elle meurt, son esprit et son âme vivent encore durant 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange. C’est le laps de temps pendant lequel elle va passer sa vie en revue et c’est le nouveau roman d’Elif Shafak.

Gaëlle Nohant nous régale une fois de plus avec son inimitable écriture picturale et ses histoires touchantes.  La femme révélée raconte la fuite d’une américaine à Paris dans les années 50.

Un premier roman très remarqué de Delia Owens. Là où chantent les écrevisses, c’est un marais hostile dont tout le monde veut s’échapper. Mais la petite Kya va y rester malgré la dureté de la vie …

Il y a une dizaine d’années, des parents ont perdu leur petite fille de 4 ans. Mais la mère semble discerner partout des preuves de vie d’Hortense. D’ailleurs, la fille des voisins lui ressemble beaucoup. Marche blanche est à la fois haletant et glaçant. C’est signé Claire Castillon.

Antoine Laurain nous régale avec cette histoire aux multiples rebondissements : arrive un jour au Service des manuscrits d’un éditeur parisien,  un texte qui raconte avec exactitude une partie cachée de la vie de Violette, la cheffe du service !

Prochaine rendez-vous : samedi 11 avril à 14h

 

L’éternel printemps de Marc Pautrel

PAUTRELFuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve
Il est écrivain, pas loin de la cinquantaine. Elle est libraire, une dizaine d’années en plus. Quand ils se rencontrent par le biais d’amis communs, commence entre eux une amitié intellectuelle faite de rendez-vous – au restaurant, en librairie,  dans les parcs.
Elle sort peu, mais elle aime aller au restaurant. Parler sans fin en mangeant est également un de mes grands plaisirs.

L’amitié se mue rapidement en attirance sensuelle. Mais derrière une attitude solaire et joyeuse,  il découvre une femme angoissée – par son âge, son image, le temps qui passe, la mort. Elle ne s’autorise pas cet élan qui sied mieux à la jeunesse, pense-t-elle. Ce mouvement qui trahirai un désir qui n’est plus de son âge, pense-t-elle. Les tentatives d’approche sont silencieusement repoussées. Pour autant une relation lumineuse éclot entre eux : un printemps qu’elle veut éternel, figé, afin que leur histoire ne s’abîme dans l’automne de leurs vies respectives et pire, dans l’hiver qui menace toute vie. L’éternel printemps est un très beau roman d’amour qui saisit deux personnages dans leur complexité.
« tu vois les trois dernières fenêtres, là, au dernier étage, c’est chez moi ». Je souris, tout cela est un peu ridicule, elle me désigne de loin son appartement et elle me montre où elle vit, mais à distance […] je suis abasourdi et pourtant je souris, elle m’attire, elle m’émeut tellement, elle est si touchante, si sûre d’elle dans ses choix, si erronés soient-ils, elle est si impressionnante quand elle n’hésite pas et qu’elle n’a plus peur de choisir, quand elle agit aveuglément mais avec assurance.

Empruntez L’éternel printemps

Direction Fiction, le rendez-vous des lecteurs 2019/5

Il y a deux semaines se tenait le dernier rendez-vous des lecteurs de l’année 2019. Compte-rendu :

Après avoir remporté un immense succès populaire en Espagne, le prodigieux roman de Manuel Vilas remporte le prix Femina étranger en France. Ordesa est un récit autobiographique touchant du début à la fin. L’auteur y construit patiemment, mot à mot, un superbe mausolée pour ses défunts parents.
Peter Farris, auteur du remarqué Le diable en personne, revient avec un roman âpre autour d’un meurtre déguisé en accident. Les mangeurs d’argile met en scène une galerie de personnages hauts en couleurs.
Dans les années 80, un collégien isérois se fait renvoyer pour avoir participé à une mauvaise blague raciste. Devenu adulte, il exhume cette histoire peu glorieuse de son passé et écrit Mikado d’enfance en forme de pardon. Ce collégien, c’était Gilles Rozier. Lire la suite …

Sept petites douceurs lie érotisme et pâtisserie 100% pur sucre. En retraçant une histoire d’amour, Shaun Levin nous livre des recettes pour garder son amoureux et survivre à la rupture.
Emmanuelle Favier plonge dans la petite enfance de Virginia, son apprentissage du sensible, ses émotions premières pour montrer comment elle est devenue la future géniale écrivain Virginia Woolf.
Quel roman délicat que L’éternel printemps ! Un écrivain très épris d’une libraire déambulent dans un Paris caniculaire et jouent la partition de l’amour courtois. Par Marc Pautrel.
Ils sont jeunes, désargentés, mais ils s’aiment fort. Pour Pete Fromm, il fallait un terrible coup du sort (la mort prématurée de la jeune fille) pour écrire La vie en chantier.
Un ancien commando marine dont la mort a été simulée, une mystérieuse organisation para-gouvernementale, un médaillon au pouvoir surnaturel, le tout dans un pays en plein chaos, c’est Répliques d’Emmanuel Delporte. Le premier épisode prometteur des aventures du Styx.
Une mère et sa jeune fille, deux personnages fracassés par la vie, vont fuir leur quotidien et rencontrer Starlight, un homme d’une grande bienveillance qui va les remettre d’aplomb. Un grand livre du regretté Richard Wagamese sur le pouvoir de guérison de la nature sur des êtres malmenés. Lire la suite …
A vos agendas : prochain rdv le samedi 15 février 2020 à 14h

 

Mikado d’enfance de Gilles Rozier

Mikado d'enfance de Gilles RozierDans ce récit pudique et sensible, Gilles Rozier revient sur un évènement qui semble avoir déterminé sa vie : alors qu’il était collégien à Vizille dans l’Isère, il s’est fait renvoyé avec deux de ses camarades pour avoir adressé une lettre antisémite à un professeur.  Ce qui aurait pu se régler avec deux heures de colle et une éducation à l’histoire juive, s’est transformé en tribunal implacable. Toute une machinerie punitive s’est mise en branle afin d’accuser, de stigmatiser, de porter la honte sur les fronts des trois écervelés. Bien qu’il n’a fait que fournir l’adresse du professeur pour rendre service à ses camarades – et sans doute se faire aimer de ces fils d’ouvriers, lui le fils de nantis qui possède le bottin téléphonique – cet enfant un peu naïf sera dès lors habité par une culpabilité immense.

Commencera alors un cheminement vers une prise de conscience, notamment à travers le passé familial, et qui le conduira plus tard à apprendre le yiddish et à devenir le spécialiste français de la culture juive.

C’est avec ce livre touchant que Gilles Rozier répare l’enfant qu’il a été.

Empruntez Mikado d’enfance