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Le rire des déesses de Ananda Devi

Le rire des déesses de Ananda DeviLe rire des déesses, c’est un rire vengeur-moqueur-libérateur pour ces prostituées de La Ruelle, un quartier d’une ville du nord de l’Inde. Arrivées là car impossibles à marier et donc rejetées par leur famille, elles sont des dizaines et sans doute des centaines à servir d’exutoire à la violence des clients. Dans cet endroit abominable où la crasse et la misère tentent de se dissimuler sous les fleurs fraîches et les fards criards, des enfants naissent. Et survivent.
La petite a passé toute sa prime enfance dans un réduit, ne vivant que pour l’instant où elle retrouve chaque soir le corps effondré de sa mère. Même si elle ne mange pas toujours, même si elle ne reçoit ni nom ni amour maternel, la petite grandit et nourrit un feu de joie intérieur. Elle devient la petite protégée de quelques-unes qui se réchauffent le coeur à sa jeunesse, à son innocence et à sa tendresse.

Aussi, lorsque Chinti (fourmi) – c’est comme cela qu’elle s’est baptisée à 8 ans – est enlevée par un client (et par ailleurs homme de dieu respecté) , les prostituées se rassemblent pour la première fois et luttent ensemble pour sauver Chinti. L’heure de la révolte contre l’oppression et la domination des hommes a sonné !

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Revenir à Naples de Paco Ignacio Taibo II

NAD_Revenir-à-Naples-copieOnce upon a time in Veracruz

C’est un retour au bercail bien tardif pour Luciano Dorantes. A 93 ans, il retrouve le Naples de son enfance et constate avec joie que la jeunesse napolitaine est toujours aussi ombrageuse et indocile. Le vieil homme déambule dans les ruelles étroites du quartier espagnol où les femmes discutent de balcon en balcon. L’histoire qui se répercute dans les airs comme une légende, c’est celle de Lucio Doria un enfant de Naples qui s’était enfui au Mexique quelques 80 ans plus tôt, avec une poignée de compatriotes, à bord du San Gottardo.
Avec maestria, Paco Igancio Taibo II sautille du passé au présent pour évoquer une histoire méconnue du Mexique : celle de la colonisation des terres indiennes par des parias venus d’Europe et accueillis à bras ouverts par les dignitaires locaux. Ce roman se lit comme une aventure où se mêlent le pittoresque et le douloureux. Car ces italiens, tous plus fantasques et rebelles les uns que les autres, ne voudront pas être les complices du pouvoir en place, mais prendront fait et cause pour les opprimés.

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Division Avenue de Goldie Goldbloom

GODLBLOOMDivision Avenue, c’est une rue new-yorkaise où vit une importante communauté juive hassidique. Parmi elle, Surie, son mari Yidel et toute leur nombreuse descendance. Surie a 57 ans, cela a son importance dans l’histoire.
Lorsque le roman débute, elle marie l’une de ses filles. Ce mariage lui donne la nausée car livrer son enfant à un type sans importance est à ses yeux le summum du déclassement social.
Le regard des autres, le qu’en dira-t-on : voici ce que Surie craint le plus. Déjà honteuse d’avoir accouché par trois fois dans sa quarantaine – un âge canonique dans cette communauté – la fracassante nouvelle, qui tombe le jour du mariage, l’accable : Surie est enceinte de jumeaux.

Cette fois, c’en est fini du prestige familial, plus aucune famille ne voudra s’apparier à la sienne en mariant ses derniers enfants. Sa fille aînée, très religieuse, la méprisera. Ses petites-filles adorées seront dégoûtées. Son voisinage sera choqué d’apprendre que Surie est une femme lubrique qui aime encore son mari.
Seule avec son secret, sa vie est alors dominée par la solitude, l’anxiété et le déshonneur, tandis que les semaines passent…

La romancière australienne Goldie Goldbloom dresse le portrait d’une femme tiraillée entre son devoir et ses aspirations, livrée au  jugement d’une communauté religieuse qui craint le changement par-dessus tout.

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Ce matin-là de Gaëlle Josse

JOSSEClara vend des crédits à la consommation. C’est un bon petit soldat « corporate », subissant en silence un « soft harcèlement » du moment qu’il va de pair avec des éloges réguliers. Mais un jour, à l’occasion d’un recadrage hiérarchique, tout craque en elle : son corps, sa raison, sa joie, son envie de vivre. S’ensuit un long arrêt maladie lors duquel elle commence à perdre pied.
Avec une écriture sublime de délicatesse, Gaëlle Josse propose un livre intelligent sur le burn-out et la mécanique de la dépression- isolement social, dissimulation et minimisation de son état, perte de l’élan vital, manque d’énergie, incompréhension des proches – et sur la mécanique, non moins complexe, de la renaissance.

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rendez-vous des lecteurs 2021/2

voici les romans qui ont été présentés lors du rendez-vous des lecteurs de vendredi 30 avril.

3 auteurs que les participants du jury du Prix Summer connaissent bien :
Sylvain Prudhomme revient avec un recueil de nouvelles, Les orages, 13 pépites dans lesquelles vibrent toutes les qualités d’écriture qu’on avait aimé dans Par les routes.
Tiffany Tavernier avait raflé le Prix Summer en 2019 pour Roissy. Avec L’ami, elle déploie à nouveau une histoire originale, prétexte pour elle d’explorer la question de l’attachement et de l’amitié.
Autant salué par la critique que par les lecteurs l’œuvre de Jean-Baptiste Andréa s’installe tranquillement mais durablement dans le paysage littéraire en seulement 3 romans. Des diables et des saints a raflé le Grand Prix RTL-Lire cette année.

Une fois n’est pas coutume nous quittons la littérature pour explorer le journal de voyage de Nick Hunt, marcheur à la rencontre des vents d’Europe. Où vont les vents sauvages ? : un sujet original et passionnant au croisement de la géographie, de la science et de la culture.

Un bref instant de splendeur de Ocean Vuong, c’est le livre numéro 1 aux Etats-Unis l’année dernière. Ce premier roman d’un jeune poète américain d’origine vietnamienne frappe par son écriture très crue et sa volonté de dire tout, y compris le désastre, tout en restant un récit initiatique lumineux.

Autre roman lumineux sur un sujet plutôt sombre : Ce matin-là raconte la dépression d’une jeune employée de banque subissant un management déshumanisé et absurde. L’écriture sensible de Gaëlle Josse convient à merveille pour raconter ces états d’âme où on sombre sans que rien ni personne n’y puisse rien.

Le doigt est un roman intelligent sur la violence et l’insécurité : qui suscite la violence, celui qui la provoque ou celui qui y succombe ? Dalie Farah décortique les réactions de la société face à une enseignante qui refuse la peur.

Suri est mère et grand-mère de nombreux enfants. Au début du livre, elle apprend qu’elle est enceinte. Comment va réagir sa famille, son mari, et la communauté de juifs hassidiques de la Division Avenue ? Une lecture addictive, pour tous ceux qui aiment les histoires de famille. Par Goldie Goldbloom.

Bonnes lectures !

L’ami arménien de Andreï Makine

makineIl y a du Grand Meaulnes dans cette histoire d’amitié entre un enfant timoré et un ado mystérieux !

Le petit russe a 13 ans lorsqu’il rencontre Vardan, un jeune arménien vivant avec sa communauté dans le quartier du « bout du monde ». C’est là que sont reléguées (parquées même) toutes les nationalités d’exilés qui terminent leur course au fin fond de la Sibérie. Etre admis parmi les arméniens est une aventure qu’il vit avec intensité. Lui qui est orphelin et n’a aucune attache, il découvre toute la chaleur des mères, la douceur d’un foyer.  Il est aussi marqué par le fort sentiment patriotique de ces hommes fiers qui chérissent leurs racines.

Mais ces arméniens sont étroitement surveillés par le Kremlin, ainsi que tous ceux qui les approchent…

Ces évènements sont racontés avec la distance du temps qui a passé, alors que les personnages ont disparu, certains tragiquement, et que l’intensité de ces temps aventureux a fait place à une certaine fadeur et aux émotions aseptisées pour l’enfant devenu adulte. Cela confère une nostalgie qui sied particulièrement à la belle écriture classique d’Andreï Makine.

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Un crime sans importance d’Irène Frain

FRAINIrène Frain revient sur les jours et les mois qui ont suivi le meurtre d’une femme, qui vivait seule dans un pavillon de banlieue et qui a été assassinée en plein jour dans son jardin. Cette femme, c’était sa soeur, Denise.

 
On découvre que la police n’a pas mis beaucoup de moyens dans la recherche du coupable – qui court toujours- et ne s’est pas vraiment encombrée du devoir de tenir informés les proches des circonstances du meurtre, ni du déroulement de l’enquête. D’ailleurs, les proches n’ont pas été prévenus qu’un crime « sans importance » les avait touchés. Ils l’ont appris plusieurs jours plus tard.
Irène Frain cherche ce que chacun est en droit de savoir dans ce cas : les circonstances, le coupable, le mobile. Face à une justice mutique et une enquête bâclée, elle tente elle-même de trouver des réponses en interrogeant les voisins, les journalistes du coin : les volets étaient-ils ouverts ou fermés, a-t-on fouillé le petit bois attenant, quel temps faisait-il ce jour-là, qui a découvert le corps ?

 
Ce récit, pudique et édifiant n’est pas qu’une charge contre la police et la justice. C’est aussi l’hommage empathique d’une soeur à une autre qui lui avait fait découvrir le goût et l’importance de la littérature.

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