Tous les articles par Sandrine

Le nouveau de Tracy Chevalier

chevalierC’est le premier jour d’Osei dans sa nouvelle école. Immédiatement, il cristallise l’animosité des autres enfants et attise malgré lui un racisme primaire chez certains des professeurs : il s’exprime parfaitement bien, il est issu d’un milieu social supérieur, il a voyagé, sa peau est noire. Seule Dee, la fille la plus populaire de l’école semble l’apprécier…

Shakespeare est vivant !
Le projet Hogarth Shakespeare a vu le jour en 2012, à l’occasion des 400 ans de la mort du plus célèbre et énigmatique dramaturge anglais. Afin de vivifier son oeuvre, l’éditeur a demandé à plusieurs écrivains de choisir une pièce et d’en faire une réecriture. Parmi les plus courageux à s’attaquer au mythe, Jo Nesbo, Margaret Atwood, Gillian Flynn et donc Tracy Chevalier.

 
Othello en cm2
Transposer Othello en 1974 dans la banlieue de Washington D.C. et en faire un enfant de 10 ans, c’est risqué. Mais bizarrement, cela fonctionne. Car l’auteur s’est inspirée de sa propre expérience : enfant blanche scolarisée dans une école majoritairement noire dans les années 70 à Washington justement. Elle explique avoir voulu se servir de ses impressions et souvenirs de cette époque pour traiter le sujet principal d’Othello : la différence.

Bientôt disponible

Dans le faisceau des vivants de Valérie Zenatti

zenattiImpossible de parler de ce livre sans d’abord aborder son sujet : Aharon Appelfeld. Fils unique d’une famille bourgeoise juive assimilée de Roumanie, il a 8 ans quand sa mère est assassinée par les purges du régime. Déporté dans un camp de concentration avec son père, il parvient à s’échapper quelques années plus tard.

Pendant presque une année, il se cache dans une forêt. Il passe l’hiver chez des paysans puis est récupéré par l’Armée Rouge. Il va alors parcourir l’Europe avant qu’une association le prenne en charge et l’envoie en Israël. Il a alors 13 ans. Il doit apprendre une nouvelle langue, prendre un nouveau prénom, tout recommencer.
Cette suite d’arrachements et de pertes, c’est tout le sujet de son oeuvre. Une oeuvre traduite par Valérie Zenatti.

Le récit de Valérie Zénatti commence alors qu’elle va rendre visite à l’écrivain, hospitalisé. Entre le moment où elle achète son billet d’avion et celui du départ, elle apprend son décès. Le voyage prend alors une autre tournure et devient un pèlerinage, une errance, un cheminement intérieur vers un deuil impossible. Avec une écriture perceptive, Valérie Zenatti rend hommage à son ami avec ce très beau texte. Ou plutôt, elle rend hommage aux liens extraordinaires qui les nouent depuis leur rencontre.

Il lui avait dit « écris, continue d’effleurer les tendons et les nerfs les plus sensibles en toi. Et ne laisse personne t’empêcher d’aller là où tu sens que tu dois aller ».

Empruntez Dans le faisceau des vivants

 

 

 

Rendez-vous des lecteurs 2019/1

Le 23 février dernier a eu lieu le dernier rendez-vous des lecteurs. Voici les titres présentés :

Commençons par l’épopée post apocalyptique de Laurent Whale, aux éditions Critic. Par la mer et les nuages est à la croisée du roman d’aventures, du roman maritime et de la science-fiction. Accrochez-vous au bastingage !

Bernhard Schlink s’est emparé du destin d’Olga dont il restitue la vie grâce à une écriture magnifiée.

Valérie Zénatti est la traductrice des romans d’Aharon Appelfeld. Mais leurs liens dépassent la simple relation d’un écrivain avec son traducteur. Dans le faisceau des vivants est un récit qui commence au moment où elle apprend la mort de d’Appelfeld.

Le rituel des dunes de Jean-Marie Blas de Roblès est tissé de mille histoires. C’est onirique, c’est mélancolique, c’est beau !

L’atmosphère de La Havane merveilleusement reconstituée par la puissance de l’écriture de Leonardo Padura : La transparence du temps nous entraîne à travers les époques sur les traces d’une Vierge Noire. On retrouve avec bonheur le personnage de Mario Conde.

Le héros de La légende de Santiago du chilien Boris Quercia est un flic un peu paumé. Il a l’occasion de rafler un sachet de cocaïne sur une scène de crime. Mauvaise idée …

Les porteurs d’eau est un roman qu’il faut lire et laisser reposer comme une pâte à pain. Les deux histoires contées en parallèle par Atiq Rahimi ne se rejoignent jamais. C’est au lecteur d’y voir des ponts, des liens, des résonances.

Les assoiffés a paru en 1938 et ressort aujourd’hui grâce aux éditions du Sonneur dont le travail est de faire découvrir des romans oubliés qui font écho à notre époque contemporaine. Découvrons donc l’histoire des émigrés irlandais de la famille de l’auteur, Jim Tully.

Vladimir Maramzine s’est toujours farouchement battu pour l’indépendance de la culture. Russe exilé à Paris depuis une cinquantaine d’année, il livre avec Un tramway long comme la vie, le portrait de l’union soviétique d’après guerre et des russes exilés. 13 histoires aux colorations différentes : sarcastiques, tendres, révoltées …

 

L’abattoir de verre de John Maxwell Coetzee

COETZEESept fragments épars, écrits sur une quinzaine d’années, constituent ce roman. Sept tableaux indépendants, mais qui, accolés, forment subitement le portrait d’un personnage cher à l’auteur : l’écrivain Elizabeth Costello. L’alter égo féminin de Cotzee a fait l’objet d’un roman en 2003, l’année même où l’écrivain sud-africain recevait le Prix Nobel de littérature. Elizabeth y affrontait déjà les affres du vieillissement et se désespérait du pouvoir dérisoire de l’écriture face au néant.

Ici on la retrouve dans tous les âges de sa vie en prise avec des questions morales qui traversent les derniers livres de l’auteur : adultère, souffrance animale, culpabilité et liberté dans les relations familiales… Coetzee l’ausculte de manière précise et froide, on pourrait dire cruelle, si on ignorait qu’il parle de lui-même. Et sous une apparente simplicité, il restitue toute la profondeur de sa pensée.

Une ou deux fois par semaine, elle se rend en ville, chez un homme, se déshabille, fait l’amour avec lui, quitte les lieux, va à l’école récupérer sa fille et celle d’une voisine. Dans la voiture, elle écoute le récit de leur journée scolaire. Ensuite, pendant que les deux filles prennent leur goûter et regardent la télévision, elle se douche, se lave les cheveux, se fait toute fraîche, toute neuve. Sans culpabilité. Fredonnant.

Empruntez L’abattoir de verre

Direction Fiction, le rendez-vous des lecteurs 2018/4

Voici les livres présentés lors du dernier rendez-vous des lecteurs samedi dernier :

Côté français, deux bonnes trouvailles dans des styles très différents :
On adore l’œuvre de Julia Kerninon. La jeune prodige sort son 3ème roman : Ma dévotion. C’est la longue adresse d’une femme de 80 ans à celui avec qui elle a partagé 40 ans de sa vie et qu’elle croise par hasard longtemps après leur séparation.
Quant à Antonin Varenne, il publie aussi son 3ème roman. Après deux romans d’aventures et de grands espaces, La toile du monde resserre son intrigue dans le Paris 1900 de l’Expo Universelle.
Restons en Europe avec le poète John Burnside. Ce (ra)conteur hors pair sait parfaitement composer des atmosphères calmes et douces, propices aux souvenirs.  Le bruit du dégel est un grand roman sur l’écoute, l’attention, la bienveillance.
On est  fasciné par la beauté du texte de Moi, Marthe et les autres, de Antoine Wauters. Le jeune belge publie chez Verdier un roman condensé, très fort sur l’instinct de survie. Lire la chronique de ce livre.
On aime aussi le catalogue des éditions suisses Zoé qui proposent en ce moment  deux romans intéressants au ton très personnel :
33 tours de David Chariandy relate l’histoire tragique de deux frères et de leur mère immigrée de Trinidad dans une banlieue anglaise. Lire la chronique de ce livre.
Elisa Shua Dusapin évoque avec délicatesse le désarroi de Claire face à son identité fragmentée. Les billes de Pachinko est un subtil roman sur les incompréhensions et les difficultés à communiquer.
Direction Lampedusa où Davide Enia a fait plusieurs séjours ces trois dernières années. Il publie La loi de la mer un texte d’une grande force sur la tragédie qui s’y déroule, donnant la parole à tous ceux qui sont forcés par l’Histoire à agir : sauveteurs , médecins, migrants, pêcheurs …
Traversons l’Atlantique jusqu’en Guadeloupe au cœur du dernier roman de Gisèle Pineau, Le parfum des sirènes. Qui a tué la belle Séréna et pourquoi ?
Enfin le dernier roman de J M Coetzee (Prix Nobel de littérature en 2003) , L’Abattoir de verre, est en fait la réunion de plusieurs fragments écrits à des dates différentes. Mis bout à bout, ils composent le portrait d’un personnage cher à l’auteur et qui avait fait l’objet d’un de ses meilleurs romans : Elizabeth Costello.

 

Moi, Marthe et les autres de Antoine Wauters

Antoine WautersVoilà un texte très singulier d’un jeune auteur belge. Un texte condensé, hanté et qui hante aussi le lecteur. Un texte d’une intense beauté qui dit que c’est notre principal travail que de toujours chercher la joie au fond de nous.

Imaginez un monde en lambeaux où des groupes de survivants auraient presque tout oublié de notre monde actuel tout en vivant sur ses ruines. Hardy est l’un de ces hommes. Il ne connaît pas son passé, autrement que par les dires du Vioque, qui a connu « l’Evènement » précipitant la fin du monde. Hardy appartient à la génération de l’Après : que faut-il faire, quel est l’avenir, comment trouver du sens à cette vie ? Tout ce qu’il sait, c’est qu’il doit se battre pour sa survie et chercher du réconfort pour tenir.
Extraits :

« J’empoche ma large dague et je descends en ville par le funicul, car nous n’avons plus de vin, plus de riz, plus rien. C’est la banque rouge, dit Harma. Banqueroute ! reprend Jurgen. Tu comprends rien ma pauvre. Et de la punir de six solides coups de poing. De la coucher dans les buissons. De recouvrir son corps. De l’embrasser. »

« Nous trouvons parfois des objets dont nous ne savons que faire, alors nous arpentons les ruines de la Biblioth Natniale à la recherche de solutions. Elle avait explosé du temps où Gil vivait, quand il vivait encore. Mais nous n’y trouvons plus que du cuir caramélisé, des signets en morceaux, une demi-bible fendue en deux que Marthe glisse dans son cabas. »

« Même ce que nous n’avons pas connu nous manque, dit Marthe. Elle se reprend : surtout ce qu’on n’a pas connu. Elle fixe la lune par la petite ouverture. Ma mère me manque, dit-elle. Elle s’appelait Haïda. Elle s’appelait Hilda. Je suis sûre qu’elle s’appelait Sandra. »

Empruntez Moi, Marthe et les autres

rendez-vous des lecteurs 2018/3

Lors du dernier rendez-vous, ces livres ont été présentés :

Gros coup de cœur de cette rentrée : Yves Bichet retourne en mai 68 à Lyon avec Trois enfants du tumulte.

Enfin un nouveau roman de l’américaine Laura Kasischke : avec Eden Springs, elle revient sur l’histoire de jeunes filles sous l’emprise d’une secte.

Les Suprêmes chantent le blues, d’Edward Kelsey Moore renoue avec le ton de la comédie de mœurs assez positive qui avait fait le succès des Suprêmes. On retrouve avec bonheur les trois amies devenues sexagénaires. Lire la chronique complète.

Un premier roman très original qui mêle aventures rocambolesques, histoire de famille, épopée industrielle. C’est Le roi chocolat de Thierry Montoriol. Lire la chronique complète.

L’auteure franco algérienne Nina Bouraoui parle de son enfance en Algérie et son adolescence en France dans un roman de formation écrit avec pudeur et élégance. Son titre est tiré de la Métaphysique d’Aristote : Tous les hommes désirent naturellement savoir.

L’anglaise d’origine mauricienne Natasha Soobramanien publie ce premier roman Genie et Paul dans la célèbre collection Continents Noirs chez Gallimard. Lire la chronique complète.

Yasmina Khadra décortique le processus de radicalisation en nous montrant le parcours de Khalil, un jeune homme kamikaze.

Premier roman très remarqué, My absolut darling de Gabriel Tallent montre une jeune fille sous l’emprise de son père abusif. Un livre d’une prodigieuse maîtrise dans l’écriture et la composition. Lire la chronique complète

Le dernier roman de Nancy Huston, Lèvres de pierre, trace des ponts entre sa propre vie et l’histoire récente du Cambodge et de son sinistre Pol Pot.

Prochain rendez-vous : 15 décembre !