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Les lois de la frontière de Javier Cercas

lois de la frontièreIgnacio n’était pas destiné à devenir un gangster. Zarco lui avait tout pour le devenir.

Ils n’étaient pas nés du même côté de la « frontière » et pourtant ils se sont rencontrés.

1978, Gérone en Catalogne, sur les cendres encore chaudes du régime franquiste la bande de Zarco va bientôt se faire connaître. Ignacio lui, est un adolescent sans histoire issu de la classe moyenne, il essaie d’éviter tous les jours en sortant du lycée la bande de Batista qui en a fait sa tête de turque. Il a pris l’habitude de se réfugier dans une salle de jeu tenue par le vieux Mr Tomàs. C’est là qu’il rencontre pour la première fois Zarco et la jeune fille qui l’accompagne dont il tombera instantanément amoureux : Tere.

Zarco est le leader charismatique d’une bande de petites frappes qui  a fait de La Font son quartier général : un bar moisi dans le Quartier Chinois mal famé, là-bas de l’autre côté de cette frontière imaginaire, une frontière sociale, derrière laquelle sont parqués les mal-nés, frontière qu’Ignacio va franchir.

L’adolescent craintif devient le Binoclard membre important de la bande et enchaînera les coups avec ses nouveaux compagnons (Zarco, Tere, le Gros, Guille, Dracula, le Chinois, le Mégot…) : cambriolages, vols de bagnoles, vols de sacs à main.  Un coup tourne mal, Guille trouve la mort. Au lieu de calmer tout le monde l’accident tragique provoque l’escalade, la bande s’arme et se lance dans les braquages jusqu’à celui qui finit mal.

C’est ici que les chemins de Zarco et d’Ignacio le Binoclard vont se séparer une première fois. Zarco est devenu un personnage mythique, un de ces grands gangsters dont les médias raffolent.

Vingt ans plus tard les deux hommes se retrouvent, dans d’autres circonstances, beaucoup de choses ont changé…

Un livre qui se lit comme on regarde un très bon film grâce à un procédé narratif très intéressant. Des protagonistes de l’histoire, Ignacio, et le policier qui suivait la bande, se relaient pour raconter à un écrivain leurs souvenirs de Zarco et de cette époque. On suit avec passion cette bande d’adolescents qui vont mal tourner. Le rythme du roman s’accélère page après page. On est entraîné dans ce tourbillon merveilleusement mis en scène par Javier Cercas.

L’auteur casse peu à peu le romantisme et l’aspect mythique souvent attaché aux gangsters charismatiques et nous offre un regard passionnant sur une société en changement.

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Le cycliste de Tchernobyl de Javier Sebastian

Le cycliste de Tchernobyl de Javier SebastianParis. Qui est ce vieil homme abandonné dans un self-service des Champs-Elysées ? Pourquoi se sent-il traqué ? C’est à ces questions que se trouve confronté le narrateur, un haut fonctionnaire espagnol, venu participer à la « Conférence internationale des poids et mesures». Un peu par hasard il se retrouve en charge de ce vieillard égaré.

Quelques pages plus loin. Pripiat, Ukraine. A 3 kilomètres de la centrale nucléaire de Tchernobyl, cette ville fantôme a été désertée après la catastrophe. C’est ici que se cache un homme, dans la cabine des autos tamponneuses d’une fête foraine abandonnée. Dans ce décor apocalyptique quelques rares habitants, les Samosiol, sont revenus dans la zone d’exclusion affronter une mort certaine. Ils sont pour la plupart nés ici et ne veulent plus quitter cet endroit pourtant dévasté. Ces condamnés en sursis, souffrants des effets des radiations, font pourtant preuve d’une humanité et d’un optimisme incroyables.

Quel est le lien entre ces deux lieux ?  Entraînés de l’un à l’autre, nous ne tardera pas à comprendre. Tour à tour intrigué, étonné, indigné et ému le lecteur ne sort pas indemne de ce magnifique roman.

Pour la première fois traduit en français, Javier Sebastian nous offre ici un texte magnifique et profondément engagé. L’auteur espagnol manie parfaitement les contrastes. Il mélange avec brio les faits et les données scientifiques, l’horreur et l’apocalypse engendrée par l’accident nucléaire, la folie d’un régime totalitaire et l’incroyable lumière que nous apporte l’humanité de certains. Le tout, construit un peu à la manière d’un polar, nous tient en haleine tout du long.

Bref, je ne vous en dis pas plus et vous invite à découvrir de toute urgence ce superbe roman.

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La constellation du chien de Peter Heller

La Constellation du chien de Peter HellerSurvivre. Survivre dans un monde où 99,9 % de la population a été anéantie par une grippe. Survivre quand la nature montre elle aussi des signes de faiblesse, quand les sécheresses se font plus nombreuses et que les poissons des rivières disparaissent peu à peu. Et surtout survivre à ceux qui sont prêts à tuer pour s’en sortir.

Neuf ans après la Fin de Toutes Choses, l’homme au centre de ce premier roman, Hig ou Big Hig pour les intimes fait face à cette situation. Ce veuf éploré a tout perdu dans l’apocalypse. Amoureux de la pêche et de la nature, un peu contemplatif il n’a pas l’âme d’un survivaliste. En revanche, son comparse, Bangsley, lui, est toujours  prêt à dégainer lorsque son territoire est menacé. Le duo improbable s’est installé dans un aéroport abandonné du fin fond du Colorado parfois menacé par les intrusions de survivants envieux.

Bangsley utilise son arsenal pour repousser les divers assaillants et Big Hig effectue des rondes à bord de « La Bête », un solide petit Cessna de 1956, avec son chien en guise de copilote. Un jour, lors de son vol quotidien, Hig reçoit un appel radio. Lui vient alors à l’esprit qu’un ailleurs et qu’une autre vie sont possibles.

Dans ce premier roman, qui est pour moi une vraie surprise de cette dernière rentrée littéraire, Peter Heller aborde avec une écriture flamboyante les thèmes de la survie, du deuil, de l’amitié, de la nature et de l’amour toujours avec justesse.

Alors, si vous avez dévoré La Route de Cormac McCarthy, vous avez adoré  Je suis une légende de Richard Matheson et vous aimez aussi les « nature writers » américains, alors découvrez vite La Constellation du Chien.

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Le sable était brûlant de Roger Smith

Le sable était brûlant de Roger SmithCorruption, violence, maladie et inégalités, le rêve de Nelson Mandela semble bien loin dans l’Afrique du Sud d’aujourd’hui  dépeinte par Roger Smith. Dans ce thriller très noir, l’auteur invité du dernier Quais du Polar, nous entraîne dans une plongée vertigineuse au cœur des villages du Zululand non loin de Durban.

Nous allons suivre alternativement plusieurs personnages dont les chemins devront inévitablement se croiser. Dell, accusé à tort d’avoir assassiné sa famille, victime d’une machination orchestrée par des personnes haut placées. Son père, ancien membre de la CIA au passé plus que trouble, lui vient en aide. Inja Mazibuko, flic véreux et cruel chef de clan d’un township du Zululand, qui se meurt, atteint du SIDA. Sunday, belle adolescente miséreuse, danseuse en habits traditionnels dans les décors en carton pâte d’un village Zulu pour touristes et promise, contre son gré, à Inja. Et enfin, Disaster Zondi, qui a grandi dans le village Zulu d’Inja, ancien flic aujourd’hui installé à Johannesburg mais rattrapé par son passé.

Tous les ingrédients d’un bon thriller sont là : suspense, noirceur et personnages torturés. Et enfin, et c’est surtout en cela que ce roman mérite vraiment le détour, une ambiance sombre parfaitement rendue par l’écriture tourbillonnante et sans concession de Roger Smith, écrivain en colère contre les inégalités et la corruption insoutenable dans son pays.

Emportez le donc à la plage, où, je l’espère pour vous, le sable sera brûlant, ou chez vous, ou n’importe où finalement. J’espère que comme moi vous ne décrocherez pas avant d’avoir atteint la dernière page.

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Annabel de Kathleen Winter

Annabel de Kathleen WinterRares sont les premiers romans qui vous procurent une forte émotion, tout en vous laissant cette impression d’avoir lu un texte abouti et maîtrisé. C’est pourtant ce que j’ai ressenti en refermant Annabel. Ce roman, c’est d’abord la découverte d’une auteure, Kathleen Winter, et de son écriture émouvante, poétique et envoutante. C’est aussi un texte qui nous invite à réfléchir sur un sujet peu abordé en littérature : l’intersexualité

L’histoire débute au printemps 1968, dans un village perdu de la province du Labrador au Canada. Jacintha accouche entourée des femmes de la bourgade pendant que les hommes sont partis sur leurs lignes de trappe. Thomasina une voisine et amie qui fait ce jour-là office de sage-femme remarque tout de suite la… « différence ». L’enfant qui naît est doté d’organes génitaux masculins et féminins. Il est hermaphrodite comme on disait à cette époque.
Treadway, le père, souhaite que l’enfant soit élevé comme un garçon. Il s’appellera Wayne, sera opéré et suivra un traitement hormonal afin de gommer toute trace de féminité. Toutefois une femme, Annabel, sommeille dans le corps de Wayne et va peu à peu devenir une évidence.

Ainsi, on se laisse entraîner à la découverte de personnages touchants, simples et pourtant exceptionnels. De plus, la nature du Labrador canadien, où les arbres et les oiseaux semblent parler aux hommes, contribue à la dimension féérique qui entoure ce texte.

Très loin d’une étude de cas, encore plus du voyeurisme, Kathleen Winter fait preuve d’une délicatesse rare en nous offrant un premier roman assez exceptionnel sur la recherche de l’identité, la différence et la tolérance. A découvrir d’urgence.

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Chapardeuse de Rebecca Makkai

Chapardeuse makkai

Que se passe-t-il quand une  bibliothécaire se prend d’affection pour son plus fidèle lecteur ? Rebecca Makkai nous apporte une réponse un peu inattendue dans son premier roman.

Lucy, pas encore la trentaine, travaille et vit à Hannibal (Missouri). Elle refuse le stéréotype de la bibliothécaire à chignon mais en dehors de quelques sorties cinéma avec son collègue Rocky, son histoire d’amour avec un musicien raté et les répétitions des acteurs du théâtre au-dessus duquel se trouve son appartement, sa vie est assez ordinaire. Elle se questionne sur ses origines russes, sur son père un peu mafioso et un peu menteur aussi.

Ian, 10 ans est son plus fidèle lecteur. Ses parents sont chrétiens fondamentalistes et  lui permettent de lire uniquement des livres touchés par « un souffle divin ».
La bibliothécaire est très à cheval sur le premier amendement et la liberté d’expression : elle lui prête des livres en cachette,  l’initie à la littérature.

Un matin, Lucy découvre Ian caché dans les rayons de la bibliothèque : il a passé la nuit au milieu des livres. Au lieu de ramener l’enfant chez ses parents, sur un coup de tête, Lucy continue tout droit. La voilà kidnappeuse presque malgré elle.

On est alors entraîné dans un road-trip improbable, rempli d’humour et de références en littérature jeunesse. La force de Rebecca Makkai est dans la façon d’évoquer des thèmes graves sur un ton léger. Le jeune Ian est poussé par ses parents, qui s’interrogent sur sa sexualité, à fréquenter le séminaire de « rééducation spirituelle » du pasteur Bob Lawson afin de le ramener vers le « droit chemin ». La relation entre Ian et Lucy sonne particulièrement juste et l’auteure nous fait ressentir tout le malaise des protagonistes à aborder ce sujet.

Rebecca Makkai nous offre donc un roman très plaisant à lire. Je ne l’ai pas lâché avant d’en connaître la fin : j’espère qu’il en sera de même pour vous.

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