Tous les articles par Michelle

Rien d’autre sur terre, de Conor O’Callaghan

 

Voilà un Rien d'autre sur terrepremier roman bien singulier que nous offre ici le poète irlandais Conor O’Callaghan. Un livre  OVNI à mi-chemin de la chronique sociale et du polar, tantôt d’un hyper réalisme frisant le documentaire, tantôt intrigant et mystérieux aux limites du surnaturel.

Un soir d’été caniculaire, en Irlande, le narrateur, – un prêtre d’une cinquantaine d’années-  ouvre sa porte à une gamine hagarde et dépenaillée, manifestement déboussolée et qui lui avoue dans un souffle : « Mon papa a disparu… Lui aussi. »

S’ensuit alors un long flash-back hallucinant où l’on va découvrir l’histoire de la famille de cette fillette venue s’installer dans un décor improbable : une villa témoin sur le chantier d’un lotissement inachevé, laissé à l’abandon.

Que s’est il passé-t-il dans cette maison ? Quels sont ces bruits étranges entendus parla mère juste avant qu’elle ne disparaisse ? D’où provenaient ces inscriptions écrites sur la poussière des vitres  ? Pourquoi l’eau et l’électricité sont-elles coupées sans explication ? Et surtout : qu’est-il advenu des membres de cette famille qui semblent s’être un à un effacés au monde ?

La force de ce roman  énigmatique  est d’impliquer le lecteur  dans une quête de la vérité aussi troublante qu’inquiétante, en l’amenant à apporter  lui-même ses réponses aux interrogations restées en suspens et en laissant toute la place au doute et à l’impliciConor O'Callaghante.

« Rien d’autre sur Terre » est un roman original et envoutant. Vraiment un très beau moment de lecture.

 

 

 

 

(-> Vérifier la disponibilité de ce document à la médiathèque <-)

Les Suprêmes chantent le blues d’Edward Kelsey Moore

A PLes supremes chantent le blueslainview  Indiana, Forrest Payne, le patron octogénaire du sulfureux club de Striptease Le Pinkslipper , s’apprête à épouser Béatrice Jordan, une dévote exaltée de 82 ans, adepte de la Calvary Baptist Church, qui n’a pas son pareil pour exprimer sa ferveur et son aversion pour les fornicateurs de tout poil avec force gesticulations et vociférations.

Autant dire que cette union pour le moins surprenante  fait jaser, et chez Earl, la gargote locale où les habitants se retrouvent pour échanger des potins, les langues vont bon train. D’autant plus que pour jouer son morceau de blues préféré le jour de ses noces, le futur marié fait appel à son vieil acolyte et guitariste :  El Walker qu’on n’avait plus revu dans les parages depuis une petite quarantaine d’années.

L’arrivée en ville du vieux bluesman va bouleverser les coeurs et raviver  des souvenirs parfois douloureux…

Passé tourmenté, blessures d’enfances, drogues et alcoolisme, poids des conventions sociales et de la religion, Edward Kelsey Moore met à jour les fêlures de ses personnages sans jamais tomber dans le pathos.

L’humour et l’amitié dominent  dans ce beau roman musical autant par la langue qui y est donnée à lire que par la bande son qui jalonne l’histoire . Le climat qui y règne est empreint de générosité et démontre que la résilience est toujours possible quand les comptes se règlent dans la bienveillance. Une lecture plaisante et revigorante !

Empruntez Les Suprêmes chantent le blues

 

 

 

 

 

 

Lucia et l’âme russe de Vladimir Vertlib

Lucia et l'âme russeC’est parce qu’elle s’est brisé le fémur, et qu’elle vit seule,  que Lucia Binar, enseignante à la retraite de  83 ans fait appel à un service de livraison de repas à domicile.

Mais le vendredi,  le repas de midi n’arrive pas. Celui du soir non plus…  Et quand elle  parvient enfin à joindre les services sociaux, l’opératrice,  Elisabeth,  la reçoit vertement et lui conseille de grignoter gaufrettes et biscottes en attendant le lundi !

Il n’en faut pas plus à Lucia pour que son sang ne fasse qu’un tour et qu’elle décide à quitter son immeuble Viennois de la Mohrengasse, autant pour acheter de quoi se sustenter que pour retrouver cette fameuse Elisabeth et lui apprendre la politesse…

Armée de sa canne et  accompagnée de Moritz, un jeune voisin androgyne qui veut lui faire signer une pétition, (Pour changer Mohrengasse en Möhrengasse, c’est à dire Rue des Maures en Rue des carottes, afin d’effacer toute connotation xénophobe. C’est le petit tréma qui fait toute la différence !) elle va quitter son appartement et découvrir avec incrédulité que son immeuble se délabre et qu’il abrite désormais une faune bruyante et bigarrée d’individus peu recommandables…

Mais qu’a t-il bien pu se passer durant ces 10 jours où elle n’est pas sortie,  pour que l’immeuble où elle est née et où elle compte bien finir ses jours en paix, soit devenu un véritable dépotoir où règne le chaos ?  Lucia compte bien le découvrir.

 

Vladimir Vertlib, auteur natif de Saint Petersbourg et autrichien d’adoption, brosse ici une satyre implacable de l’Autriche depuis 1945 à nos jours  où la gravité sous-jacente est toujours désamorcée par  un humour décapant proche à la fois du burlesque et de l’absurde. On se régale.

Empruntez Lucia et l’âme russe

 

 

 

 

L’infinie patience des oiseaux de David Malouf

Infinie patience des oiseauxAustralie, Queensland, 1914. Ashley revient sur le domaine dont il vient d’hériter, après un long voyage en Europe. Un jour, en arpentant ses terres, il va tomber  sur Jim, un jeune homme de son âge, embusqué dans les fourrés, en train d’observer les oiseaux à la jumelle.

Entre le fils de propriétaire terrien un peu snob, et le  fils de paysan simple et peu cultivé, des liens vont toutefois se nouer au travers de leur passion commune pour la nature sauvage et les oiseaux en particulier. Ensemble et flanqués de Miss Harcourt, une vieille photographe  anglaise solitaire, ils vont nourrir un rêve : créer sur le domaine, un sanctuaire pour les oiseaux migrateurs.

Cette première partie du livre offre au lecteur des pages d’absolue délicatesse.  La splendeur de ces étendues vierges et de ces côtes sauvages du Queensland,  magnifiée par le regard subjugué que Jim porte sur ces petits êtres à plumes d’à peine quelques grammes, capables de les parcourir (et sans escale !) sur plusieurs milliers de kilomètres est rendue par l’auteur en petites touches impressionnistes : phrases ciselées, style épuré, qui confèrent au récit une atmosphère de sérénité palpable.

Lorsque la guerre commence à déchirer l’Europe,  comme tous les pays du Commenwealth, l’Australie est impliquée dans le conflit. Jim et Ashley sont mobilisés. On les retrouve en France, dans les tranchées. Basculement dans l’horreur. Obus. Déflagrations. Flots de sang. La misère et la terreur au quotidien.

Sans se déparer de sa poésie et de sa pudeur, David Malouf livre ici un hymne d’amour et de paix où se côtoient la brutalité d’un carnage sans nom et une humanité restée intacte. Plus qu’une inscription sur un monument, les noms d’Ashley et Jim raisonnent longtemps en nous. Peut-être ont-ils rejoint le paradis des oiseaux…

Oiseaux migrateurs

Empruntez L’infinie patience des oiseaux

Cognetti

Les huit montagnes de Paolo Cognetti

CognettiQuotidien d’une famille italienne dans les années 80.

Pietro, le petit garçon est le narrateur.

La famille vit à Milan l’hiver et tout l’été à Grana dans le Val d’Aoste, où Pietro retrouve Bruno, une petit gosse du coin élevé à la dure par un oncle et avec lequel il découvrira la montagne et nouera une belle amitié.

Le père, lui, est un fou de montagne. Il la ressent viscéralement, et ce n’est qu’en gagnant les sommets où son fils le suit péniblement,  qu’il parvient à trouver la consolation. Il est un homme dur, emporté, perpétuellement en colère. Contre les patrons, l’armée, les curés, les petits chefs… Et si la mère, qui est une femme volontaire, estime que l’éducation passe par l’école, a contrario, pour le père, l’apprentissage de la vie se fait par la montagne : « C’est là où les derniers conifères cèdent la place aux hauts pâturages que se trouvent les réponses »

La trame de ce récit pourrait faire penser un peu à « La gloire de mon père » avec ce garçon de la ville un peu timoré, face au garçon de la montagne plein d’un bon sens très pragmatique. Mais on est loin de la mièvrerie pagnolesque. Chaque membre de la famille est en constant décalage, ce qui rend difficile la communication et laisse l’impression que chacun est dans une grande solitude.  Cette solitude, Pietro la ressentira tout au long de son existence, elle l’accompagnera partout dans sa vie d’homme libre qu’il se choisit, et du Val d’Aoste à l’Everest, lui aussi, comme son père, escaladera les sommets pour trouver les réponses…

« Les huit montagnes » est un très beau roman d’apprentissage, de filiation et d’amitié où l’émotion affleure à chaque page.

                           Emprunter Les huit montagnes

Le coeur sauvage de Robin MacArthur

Les onze no00-Le coeur sauvageuvelles de ce « cœur sauvage » se déroulent dans l’état du Vermont où Robin MacArthur suggère plus qu’elle ne dit l’attachement viscéral à la terre natale.

Petites bourgades reculées, prairies verdoyantes, forêts profondes, montagnes, lacs, rivières… composent cette Nature sauvage grandiose où s’enracine le sentiment d’appartenance des personnages à cette région préservée du Nord-Est des Etats-Unis.

Et c’est bien ce lien indéfectible qui les relie. Qu’ils soient paysans, ouvriers, bûcherons o00-Vermont verdoyantu charpentiers, qu’ils en soient partis ou qu’ils y aient vécu toute leur vie en nourrissant des rêves d’ailleurs, ils ont tous leur pays chevillé au corps, ce pays âpre où se côtoient agriculteurs ruinés, anciens hippies, ados rebelles, ou encore solitaires fauchés vivant dans des mobil-homes déglingués.

Peut-être est-ce parce que Robin 00-Portrait Robin MacArthurMacArthur  est aussi chanteuse de folk- song (Groupe Red Heart The Ticker) que son écriture est si musicale et l’on ne peut que tomber sous le charme de ces nouvelles toutes en subtilité où elle évoque avec sensibilité autant la nature bucolique que les relations humaines.

Empruntez Le coeur sauvage

 

A coups de pelle, de Cynan Jones

Daniel  est un jeune fermier éleveur de brebis au Pays de Galles.

On est en pleine saison d’agnelage quand sa femme bien aimée, son alter ego, meurt soudainement d’un coup de sabot de cheval.

Il devra faire face. A son immense chagrin tout d’abord, au sentiment violent de perte qui l’étreint, mais aussi à la solitude et à la difficulté de devoir assumer seul tous les travaux de la ferme et ses responsabilités.

Il devra également affronter « Le Grand Gars », un individu rustre et brutal commandité par d’autres paysans pour les débarrasser des rats et des renards, un être dénué de toute compassion, fasciné par la mort et la violence. Et là n’est pas sa seule activité : « Le Grand Gars » n’hésite pas à braconner sur les terres de Daniel pour y déloger des blaireaux dans leur terrier. Ces pauvres animaux serviront d’appâts vivants lors de combats de chiens qu’il organise et pour lesquels des hommes de la ville, amateurs de spectacles sanglants se livrent à des paris clandestins lors d’expéditions nocturnes aussi cruelles qu’illicites…

On va suivre tour à tour cet éleveur doux et sensible plein de compassion pour ses brebis, touchant, dans son acharnement à préserver la vie coûte que coûte, (Une scène où il aide une agnelle à mettre bas et où il épargne l’agneau trop malingre, est bouleversante) et ce braconnier sanguinaire, animé par une cruauté sordide et par la cupidité.

Pulsion de vie contre pulsion de mort. Cynan Jones nous plonge au cœur de cette lutte muette et fantomatique : les deux personnages ne s’adressant quasiment jamais la parole. Tout juste s’ils s’aperçoivent  de loin en loin, ombres furtives ou voix lointaines devinées dans l’obscurité de la lande…

Comme dans  le précédent roman de l’auteur : « Une longue sécheresse », la langue est précise, sans fioritures. L’écriture témoigne d’une puissante simplicité, émeut ou horrifie, mais ne laisse jamais indifférent et Cynan Jones, lui-même paysan dans cette contrée rude et sauvage malmenée par les vents et les pluies battantes,  sait de quoi il parle.

Avec « A coup de pelle », il livre un chant d’amour poignant. Une ode à la terre, sa terre, mais aussi à son épouse disparue, à l’Amour, à la Nature, à un monde rural simple et pur qui se meurt, confronté aux exigences toujours plus contraignantes de la globalisation. Surtout, il compose un hymne à la vie. Celle qui palpite dans le ventre des agnelles qu’il aide à mettre bas, celle qui persiste au fil des saisons, nous nourrit, nous réchauffe et nous émerveilleRésultat de recherche d'images pour "cynan jones", face à la noirceur des hommes et du monde.

 

 

 

 

 

 

-> Vérifier la disponibilité de ce document à la médiathèque <-