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L’infinie patience des oiseaux de David Malouf

Infinie patience des oiseauxAustralie, Queensland, 1914. Ashley revient sur le domaine dont il vient d’hériter, après un long voyage en Europe. Un jour, en arpentant ses terres, il va tomber  sur Jim, un jeune homme de son âge, embusqué dans les fourrés, en train d’observer les oiseaux à la jumelle.

Entre le fils de propriétaire terrien un peu snob, et le  fils de paysan simple et peu cultivé, des liens vont toutefois se nouer au travers de leur passion commune pour la nature sauvage et les oiseaux en particulier. Ensemble et flanqués de Miss Harcourt, une vieille photographe  anglaise solitaire, ils vont nourrir un rêve : créer sur le domaine, un sanctuaire pour les oiseaux migrateurs.

Cette première partie du livre offre au lecteur des pages d’absolue délicatesse.  La splendeur de ces étendues vierges et de ces côtes sauvages du Queensland,  magnifiée par le regard subjugué que Jim porte sur ces petits êtres à plumes d’à peine quelques grammes, capables de les parcourir (et sans escale !) sur plusieurs milliers de kilomètres est rendue par l’auteur en petites touches impressionnistes : phrases ciselées, style épuré, qui confèrent au récit une atmosphère de sérénité palpable.

Lorsque la guerre commence à déchirer l’Europe,  comme tous les pays du Commenwealth, l’Australie est impliquée dans le conflit. Jim et Ashley sont mobilisés. On les retrouve en France, dans les tranchées. Basculement dans l’horreur. Obus. Déflagrations. Flots de sang. La misère et la terreur au quotidien.

Sans se déparer de sa poésie et de sa pudeur, David Malouf livre ici un hymne d’amour et de paix où se côtoient la brutalité d’un carnage sans nom et une humanité restée intacte. Plus qu’une inscription sur un monument, les noms d’Ashley et Jim raisonnent longtemps en nous. Peut-être ont-ils rejoint le paradis des oiseaux…

Oiseaux migrateurs

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Cognetti

Les huit montagnes de Paolo Cognetti

CognettiQuotidien d’une famille italienne dans les années 80.

Pietro, le petit garçon est le narrateur.

La famille vit à Milan l’hiver et tout l’été à Grana dans le Val d’Aoste, où Pietro retrouve Bruno, une petit gosse du coin élevé à la dure par un oncle et avec lequel il découvrira la montagne et nouera une belle amitié.

Le père, lui, est un fou de montagne. Il la ressent viscéralement, et ce n’est qu’en gagnant les sommets où son fils le suit péniblement,  qu’il parvient à trouver la consolation. Il est un homme dur, emporté, perpétuellement en colère. Contre les patrons, l’armée, les curés, les petits chefs… Et si la mère, qui est une femme volontaire, estime que l’éducation passe par l’école, a contrario, pour le père, l’apprentissage de la vie se fait par la montagne : « C’est là où les derniers conifères cèdent la place aux hauts pâturages que se trouvent les réponses »

La trame de ce récit pourrait faire penser un peu à « La gloire de mon père » avec ce garçon de la ville un peu timoré, face au garçon de la montagne plein d’un bon sens très pragmatique. Mais on est loin de la mièvrerie pagnolesque. Chaque membre de la famille est en constant décalage, ce qui rend difficile la communication et laisse l’impression que chacun est dans une grande solitude.  Cette solitude, Pietro la ressentira tout au long de son existence, elle l’accompagnera partout dans sa vie d’homme libre qu’il se choisit, et du Val d’Aoste à l’Everest, lui aussi, comme son père, escaladera les sommets pour trouver les réponses…

« Les huit montagnes » est un très beau roman d’apprentissage, de filiation et d’amitié où l’émotion affleure à chaque page.

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Le coeur sauvage de Robin MacArthur

Les onze no00-Le coeur sauvageuvelles de ce « cœur sauvage » se déroulent dans l’état du Vermont où Robin MacArthur suggère plus qu’elle ne dit l’attachement viscéral à la terre natale.

Petites bourgades reculées, prairies verdoyantes, forêts profondes, montagnes, lacs, rivières… composent cette Nature sauvage grandiose où s’enracine le sentiment d’appartenance des personnages à cette région préservée du Nord-Est des Etats-Unis.

Et c’est bien ce lien indéfectible qui les relie. Qu’ils soient paysans, ouvriers, bûcherons o00-Vermont verdoyantu charpentiers, qu’ils en soient partis ou qu’ils y aient vécu toute leur vie en nourrissant des rêves d’ailleurs, ils ont tous leur pays chevillé au corps, ce pays âpre où se côtoient agriculteurs ruinés, anciens hippies, ados rebelles, ou encore solitaires fauchés vivant dans des mobil-homes déglingués.

Peut-être est-ce parce que Robin 00-Portrait Robin MacArthurMacArthur  est aussi chanteuse de folk- song (Groupe Red Heart The Ticker) que son écriture est si musicale et l’on ne peut que tomber sous le charme de ces nouvelles toutes en subtilité où elle évoque avec sensibilité autant la nature bucolique que les relations humaines.

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A coups de pelle, de Cynan Jones

Daniel  est un jeune fermier éleveur de brebis au Pays de Galles.

On est en pleine saison d’agnelage quand sa femme bien aimée, son alter ego, meurt soudainement d’un coup de sabot de cheval.

Il devra faire face. A son immense chagrin tout d’abord, au sentiment violent de perte qui l’étreint, mais aussi à la solitude et à la difficulté de devoir assumer seul tous les travaux de la ferme et ses responsabilités.

Il devra également affronter « Le Grand Gars », un individu rustre et brutal commandité par d’autres paysans pour les débarrasser des rats et des renards, un être dénué de toute compassion, fasciné par la mort et la violence. Et là n’est pas sa seule activité : « Le Grand Gars » n’hésite pas à braconner sur les terres de Daniel pour y déloger des blaireaux dans leur terrier. Ces pauvres animaux serviront d’appâts vivants lors de combats de chiens qu’il organise et pour lesquels des hommes de la ville, amateurs de spectacles sanglants se livrent à des paris clandestins lors d’expéditions nocturnes aussi cruelles qu’illicites…

On va suivre tour à tour cet éleveur doux et sensible plein de compassion pour ses brebis, touchant, dans son acharnement à préserver la vie coûte que coûte, (Une scène où il aide une agnelle à mettre bas et où il épargne l’agneau trop malingre, est bouleversante) et ce braconnier sanguinaire, animé par une cruauté sordide et par la cupidité.

Pulsion de vie contre pulsion de mort. Cynan Jones nous plonge au cœur de cette lutte muette et fantomatique : les deux personnages ne s’adressant quasiment jamais la parole. Tout juste s’ils s’aperçoivent  de loin en loin, ombres furtives ou voix lointaines devinées dans l’obscurité de la lande…

Comme dans  le précédent roman de l’auteur : « Une longue sécheresse », la langue est précise, sans fioritures. L’écriture témoigne d’une puissante simplicité, émeut ou horrifie, mais ne laisse jamais indifférent et Cynan Jones, lui-même paysan dans cette contrée rude et sauvage malmenée par les vents et les pluies battantes,  sait de quoi il parle.

Avec « A coup de pelle », il livre un chant d’amour poignant. Une ode à la terre, sa terre, mais aussi à son épouse disparue, à l’Amour, à la Nature, à un monde rural simple et pur qui se meurt, confronté aux exigences toujours plus contraignantes de la globalisation. Surtout, il compose un hymne à la vie. Celle qui palpite dans le ventre des agnelles qu’il aide à mettre bas, celle qui persiste au fil des saisons, nous nourrit, nous réchauffe et nous émerveilleRésultat de recherche d'images pour "cynan jones", face à la noirceur des hommes et du monde.

 

 

 

 

 

 

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Gabacho d’Aura Xilonen

1ère scène du romAura Xilonenan : un jeune garçon, Liberio, qui travaille dans une librairie d’une petite ville américaine, se fait méchamment passer à tabac par une bande de voyous, pour avoir défendu une belle jeune fille, Aireen, dont il va tomber éperdument amoureux.

Le livre débute par un uppercut donc, et c’est bien de cela dont il s’agit avec ce premier livre  d’Aura Xilonen, jeune auteure mexicaine de 19 ans. Le lecteur encaisse dès les premières pages une prose sidérante de vitalité, qui le place d’emblée au coeur d’un récit palpitant.

Liberio est mexicain. C’est un jeune clandestin qui a traversé seul le Rio Bravo à la nage. « J’ai plongé dans le Rio Bravo et j’en suis ressorti à la force de mes bras des heures plus tard, la peau sur les os et à moitié mort, respirant comme si c’était la première fois. »  Il est un modèle d’expertise en survie. Son quotidien, c’est : se cacher, fuir, encaisser les coups… Se relever, toujours. Se laisser abattre, jamais.  Il est un concentré d’énergie avec un seul but : sauver sa peau.

C’est tout ce que l’on sait de lui. Il n’a pas de papiers d’identité, ne connait ni son âge ni sa famille. Son corps est marqué de tout ce qu’il a vécu.  Ses cicatrices racontent son histoire. Il n’a rien, donc  rien à perdre. Pas de parents, pas d’amis. Jamais été à l’école. Vierge de tout apprentissage, si ce n’est celui de la rue. De ce fait, le regard qu’il porte sur le monde qu’il doit affronter n’est parasité par rien et témoigne d’une acuité et d’une lucidité hors normes. maxresdefaultLorsqu’il délivre ses impressions, c’est dans une langue éblouissante, originale et hilarante. Aura Xilonen, à travers la voix de Liberio donne ici la parole à ceux qui ne l’ont quasiment jamais. Elle délivre un récit de survie drôle et vivifiant dans une prose à la fois lyrique et réaliste qui fait de Gabacho un roman punchy que l’on oubliera pas de sitôt.

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L’homme qui fouettait les enfants d’Ernest J. Gaines

L'homme qui fouettait les enfants

Le roman débute dans la salle du tribunal d’une petite bourgade de Louisiane. Un jeune  noir, Jean-Pierre,  vient d’être reconnu coupable par le jury. (On ne sait pas encore de quoi)  Juste à l’instant où les deux policiers en faction le prennent par le bras pour l’emmener, un cri résonne dans la salle : « Fils ! » Juste ce mot, suivi d’un coup de feu et le jeune homme s’écroule, abattu par le vieux Brady Sims, son propre père… Grand branle-bas dans le tribunal donc, et lorsque les 2 adjoints du shérif s’apprêtent à arrêter le meurtrier, celui-ci  ne se démonte pas plus que ça et annonce qu’il exige 2 heures. 2 heures de temps, pour régler quelques affaires… Et  quitte le tribunal !

A l’étonnement de tous, Mapes, le shérif, lui accordera ces 2 heures. Pourquoi Mapes, ce shérif blanc, brutal et réputé intraitable cède t-il à la requête d’un vieux noir dépenaillé qui vient d’abattre un homme, – et de surcroît son propre fils- en plein tribunal ? Mystère !

Louis Guérin, jeune journaliste qui débute dans la feuille de chou locale est chargé par son rédacteur en chef de faire du vieux Brady « un portrait humain ». Mais comment faire le portrait d’un homme dont on ne sait rien et dont personne ne veut parler ?

A moins de passer l’après-midi chez le barbier local, à écouter discutailler les vieux du patelin… D’anecdotes en digressions erratiques, (C’est que l’on prend son temps pour raconter les histoires quand on est vieux et desoeuvré dans ce coin-ci de l’Amérique !) ils vont révéler la personnalité du vieux, mais pas que.

Louis a 2 heures pour écrire son article…Brady a 2 heures pour régler « ses affaires »…Et nous, lecteurs, avons 2 heures, (111p)  pour un régal de lecture.

 

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Avec la mort en tenue de bataille, de José Alvarez

 

Espagne, 1935. Leopoldo,  Inès et leurs cinq enfants forment une famille petite bourgeoise sobre et unie.  Si Inès est une femme aimante, Leopoldo, qui est capitaine au long cours, reste un mari secret.   Lorsqu’ éclate la guerre civile, le navire de indexLeopoldo est à l’ancre à Buenos Aires. Inès l’attend…. Bientôt, il ne donnera plus de nouvelles et elle finira par se rendre à l’évidence : son époux a déserté son pays et sa famille. Il ne reviendra pas.

Autour d’elle gravitent Don Alfonso,  prêtre et ami de la famille, Conception, la sœur inséparable d’Inès, Pedro, leur frère, engagé  avec les   partisans républicains et Francisco, son ami, qui vivent cachés chez elle.

Inès sans son mari est seule dans la tourmente et se retrouve brusquement et bien malgré elle promue chef de famille. Désemparée,  sans réelle conscience politique, elle peine à réaliser ce qui est en train d’arriver à son pays.  Lorsqu’elle commet l’erreur de se confier au prêtre Don Alfonso qu’elle estimait être son ami, le lendemain, son frère est emmené par les miliciens et battu à mort. A leur tour, les 2 sœurs seront arrêtées et emprisonnées dans les arènes, aménagées par les franquistes en camp de concentration, et Inès perdra la trace de ses enfants.  Massacres, humiliations, tortures : « L’Espagne était entrée dans une ère nouvelle dont elle percevait l’épouvante. »

A l’intérieur du camp, Inès va rapidement s’affirmer et entrer en résistance. Elle va soigner et sauver des hommes, accoucher des femmes… On découvre alors sous cette apparence de jeune mère timide et effacée, un être volontaire et combattif. « C’était comme si une force mystérieuse lui commandait d’agir. Contre son passé, contre son éducation, contre la religion, même… »

Au delà de ce beau portrait de pasionaria, l’intérêt fondamental de ce roman est qu’au fur et à mesure de l’évolution de son personnage, l’auteur nous  immerge au coeur de ce chaos général que fût la guerre civile espagnole.  Par là-même et loin de tout manichéisme, il  dévoile avec  subtilité les mécanismes diaboliques qui ont mené l’Espagne à ces affrontements fratricides. Les références historiques sont précises et très documentées. Du coup, on apprend beaucoup. Notamment que la cruauté et  et la trahison ne sont pas toujours l’apanage de l’ennemi…

 

 

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