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Un silence brutal, de Ron Rash

Ouvrir un nouveau roman de Ron rash, c’est un peu comme pousser la portUn silence brutale d’un bon restaurant où l’on a ses habitudes. On se dit que l’on va bien manger mais on se demande toutefois si le chef a ajouté quelques pépites à sa nouvelle carte.

Avec « Un silence brutal », on est sûr que les amateurs du roman noir américain trouveront cette fois encore de quoi surprendre et satisfaire leurs exigeantes papilles.

Dans une bourgade des « Blue Ridge Mountains« , au coeur des Appalaches, Les, un shérif à quelques jours de la retraite, se voit contraint de devoir gérer un conflit entre le vieux Gerald et les Tucker, une famille d’entrepreneurs mercantiles qui a racheté des terres en bordure du parc national pour une bouchée de pain afin d’organiser des parties de pêche pour hommes d’affaire fortunés.

Les Tucker veulent faire arrêter le vieux Gerald, un vieil amoureux de la Nature et des truites sauvages,  arguant que ce dernier se serait livré au braconnage sur leurs terres et aurait empoisonné la rivière avec du kérosène.

Il va sans dire que Les se serait bien passé de devoir prendre parti dans cette affaire, d’autant plus que les évènements se précipitent et qu’il doit aussi chapeauter une descente musclée dans une fabrique de meth… Finalement, ces trois semaines qu’il aurait pu laisser s’écouler tranquillement avant de devoir rendre  son étoile de shérif  vont virer au cauchemar et l’enquête révélera maints petits arrangements, vieilles rancoeurs et autres manigances pas jolies jolies…

Une fois encore, Ron Rash livre un roman âpre et mélancolique  qui nous renvoie l’image d’une Amérique écartelée.  Ces personnages sont  attachants, souvent cabossés, mais ils s’accrochent, se confient, s’entraident face à l’adversité et quelque soit la noirceur du constat,  Ron rash est un auteur qui  fait vibrer et donne de l’émotion, et c’est ce qu’on aime.

 

 

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Whiskey de Bruce Holbert

Whiskey 1

1991, près de la réserve indienne de Colville dans l’état de Washington.

Smoker apprend que son ex femme a confié leur fille Bird à une communauté située en pleine cambrousse et de surcroît dirigée par un pasteur bien allumé.  lorsqu’il entreprend de partir la récupérer, il fait tout naturellement appel à Andre, son inséparable frangin qui bien que sachant que Smoker n’a pas son pareil pour aller se mettre jusqu’au cou dans les ennuis n’hésite pas un instant à l’accompagner.

Les deux frères sont de sacrés loustics et comme on peut l’imaginer, l’aventure ne sera ni triste ni de tout repos…

Ce qui est très touchant  dans ce roman c’est la complicité et l’attachement indéfectible que ces deux hommes adultes ont l’un pour l’autre.  L’auteur laisse entrevoir la tendresse sous les manières rudes et les paroles bourrues et il faut peu de temps au lecteur pour entrer en sympathie avec ces deux là.  D’autant plus qu’au fil de leur périple, on découvre leur univers familial, leur enfance, leur vie d’homme, de père, de mari, tout ce qu’ils ont traversé ensemble et qui a scellé pour toujours le ciment de leur fraternité.

L’écriture est puissante, poétique, sobre. L’humour toujours présent, même dans les pires situations.

Très beau moment de lecture donc. Bruce Holbert est un de ces auteurs que l’on inscrit sur sa liste pour surtout ne pas rater la sortie du prochain livre !

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Les femmes de Heart Spring Mountain de Robin MacArthur

 

Heart Spring Mountain

Après un remarquable recueil de nouvelles, Le Coeur sauvage, publié en 2017, Robin MacArthur retrouve la collection Terres d’Amérique des éditions Albin Michel pour son premier roman : les femmes de Heart Spring Mountain.

Août 2011 : l’ouragan Irene ravage l’état du Vermont, laissant derrière lui une nature et une population dévastées.  Vale, alors strip-teaseuse dans un bar de la Nouvelle Orleans apprend par sa tante que sa mère est portée disparue. Ni une ni deux, elle fait son sac, et part sur les traces de Bonnie, cette mère alcoolique et droguée -mais néanmoins aimante-  qu’elle n’a plus revue depuis 8 ans. Elle en est convaincue : Bonnie est vivante et elle va la retrouver.

A la suite d’un road-trip hallucinant où elle constate avec effroi l’ampleur des dégâts occasionnés  par l’ouragan, Vale finit par se fondre à nouveau dans ce lieu qu’elle avait quitté des années plus tôt, fuyant ce qu’elle considérait à l’époque comme un environnement toxique.  La recherche de Bonnie devient alors comme un fil rouge qui la guidera sur le chemin de de reconstitution de sa propre histoire et de celle de sa famille, de cette improbable lignée de femmes sans hommes, de combattantes, d’amoureuses, de mères louves.

Ce beau roman  porté par la poésie de l’écriture est animé d’un souffle vital puissant, tout aussi puissant que le sentiment d’amour maternel qui est au coeur de l’intrigue. C’est surtout un roman du présent qui s’inscrit dans une actualitRobin MacArthuré américaine de catastrophes naturelles à répétition et de fracture sociale, qui nous dit que notre salut est peut-être bien dans le respect de nos origines et  de notre espace naturel.

Extrait : « Elle regarde la rivière en crue, tumultueuse, et toutes les choses qu’elle charrie en contrebas, arrachées à la berge : des branchages, des tonneaux, une botte en caoutchouc vert, des arbres, un frigo. Elle cligne des yeux, incrédule. Eclate de rire. « Putain que c’est beau ! » s’écrie-t-elle, le son de sa voix couvert par les flots.

Elle revoit la ferme où elle a grandi, à une quinzaine de kilomètres en amont, à la source de cette rivière et de ce qu’elle recèle. « Purifie-nous tous », lui souffle-t-elle, les bras tendus vers ses eaux bouillonnantes. Elle n’entend que leur rugissement. La pluie lui trempe le visage, les cheveux, transperce son sweat-shirt, son pantalon, ses baskets. La tête en arrière, offerte, elle affronte cette pluie. »

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offutt

Nuits Appalaches, de Chris Offutt

offutt1954 : fin de la guerre de Corée. Tucker, jeune vétéran, rejoint son Kentucky natal. Sur la route, qu’il fait le plus souvent à pied, il rencontre Rhonda, une toute jeune fille, qu’il va sauver des griffes de son oncle, un homme veule qui tentait de la violenter.

Tucker est un homme simple. Un paysan peu causant, amoureux de ses montagnes. Honnête, plein de bon sens. Son récent passé de soldat lui a forgé un esprit pratique hors norme et un instinct de survie implacable. Entre lui et Rhonda, la complicité s’installe comme une évidence.  Ces deux solitaires feront route ensemble…

1964 : on retrouve le couple installé dans une petite maison en pleine nature. Tucker travaille comme coursier pour un bootleger local. Lui et Rhonda ont 4 enfants dont 3 sont handicapés. La vie est rude. Ils sont loin de tout. Mais ils tiennent bon. Toujours soudés, toujours aimants, tendres et bienveillants avec leurs petits. Ils se débrouillent. Sans hôpital, sans spécialistes, sans même une sage-femme alentours pour aider Rhonda lors des accouchements. Qu’importe. Ils font face. Jusqu’au jour où un médecin de la sécu un peu trop zélé se déplace jusque chez eux et décide de  faire enlever leurs enfants par les services sociaux.

Alors, l’instinct de combattant de Tucker se réveille… Et c’est le début de gros ennuis…

PortrChris Offuttait magnifique de héros ordinaires, Nuits Appalaches signe le retour de Chris Offutt à la littérature pour notre plus grand plaisir.

 

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Les amochés, de Nan Aurousseau

nan aurousseau - les amochésIl est des écrivains qui s’apaisent avec le temps et qui au fil des livres  perdent en causticité, s’abandonnent aux digressions  existentielles ou au repli sur soi. Avec Nan Aurousseau, on est rassuré, on réalise dès les premières pages qu’il n’en sera rien!

Avec « Les amochés« , il poursuit une oeuvre singulière au ton vif et à l’ironie mordante. Il choisit ici le biais de la fable et du fantastique pour nous dire son aversion pour cette société qui laisse sur le carreau les plus vulnérables et il le fait avec une élégance et une clairvoyance qui décapent.

Abdel, le narrateur vit seul, retranché dans le petit hameau abandonné d’un village  provençal avec pour seuls voisins Monette et Jacky,  un vieux couple de montagnards peu expansifs. Il vit modestement, lit, bricole, coupe du bois, et surtout s’évertue à « descendre en ville » le moins possible. Il avait bien rencontré une amoureuse, une fois, à la fête du village… Une psychologue venue du bourg. Mais la belle n’avait pas tenu trois mois. Tu parles ! Lorsqu’elle s’en était allée en le gratifiant d’un : »Je t’aime, mais…  » il avait encaissé. Durement, salement. Et puis la vie avait repris son cours. Un peu plus amère, peut-être. La solitude moins bien assumée, du coup.

Et un matin,  Abdel s’était éveillé  et tout était distordu. Les miroirs fondaient et coulaient sur eux-mêmes. Monette et Jacky : disparus. Electricité : coupée. Batteries : à plat. Les routes : évaporées pour s’élever dans les airs comme de gros serpents. Et surtout plus âme qui vive dans les parages. Ou presque.

Dès lors, le lecteur se retrouve embarqué avec le narrateur dans une épopée ubuesque où il avance à l’aveugle. Cauchemar ? Démence ? Réalité apocalyptique ? Entre chronique sociale, dystopie anxiogène et franche rigolade, on n’est pas loin des Frères Coen…

Extrait : « Alors quoi ? Des siècles de culture n’auraient servi qu’à ça, il avait fallu plus de 5000 ans de souffrances inouïes depuis le 1er homme dit moderne pour aboutir à ça : un type affalé sur le canapé avec sa canette de bière, un type dont toute la science se résumait à connaître par coeur les résultats sportifs. A aduler des milliardaires roulant en voiture de luxe. Tout juste capable de jongler avec ses pieds sur un terrain de foot, de taper dans une raquette pendant au moins 3 heures ou bien de hurler comme un macaque rhésus en bandant ses muscles bourrés d’anabolisants après avoir traversé une piscine un tout petit peu plus vite que les autres ? … On allait même jusqu’à imposer une minute de silence nationale lors du décès d’un chanteur de variétés adoré par la beaufitude et à pleurer en direct devant les caméras, afin de faire remonter les sondages, la cote de popularité. »

 

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Les assoiffés de Jim Tully

tullyJim Tully, né dans l’Ohio en 1886, fils d’immigrés irlandais a eu plusieurs vies avant de se consacrer à l’écriture.

Tour à tour ouvrier en usine dès l’âge de 15 ans, garçon de ferme, boxeur ou encore vagabond du rail, il s’est attaché, tout au long de sa vie d’écrivain à rendre compte de ses multiples expériences et aventures d’une manière quasi journalistique.

Ici, il témoigne avec un réalisme et un sens aigu du détail, de la condition des immigrés irlandais dans l’Amérique du début du XX ème  en brossant les portraits hauts en couleur des membres de sa famille à leur arrivée aux Etats-Unis.

Ainsi le grand-père, grand conteur et gros buveur devant l’éternel,  jamais à court d’une truculente histoire , le père, maçon, un colosse au grand coeur, myope et fou de littérature,  la  mère si pieuse et fragile,  ou encore l’oncle, véritable canaille devenu banquier, tous composent une galerie de personnages pittoresques qui nous dit la vie difficile des exilés, leur isolement, leurs colères aussi, tout autant que leur volonté de s’intégrer dans ce pays qui n’était pas encore tout à fait le leur…

Poésie, humour, justesse de ton. On ne peut que se réjouir de la l’édition aujourd’hui en français de ce livre paru pour la première fois en 1928 et se laisser surprendre par son étonnante modernité de thème et de style.

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Rien d’autre sur terre, de Conor O’Callaghan

 

Voilà un Rien d'autre sur terrepremier roman bien singulier que nous offre ici le poète irlandais Conor O’Callaghan. Un livre  OVNI à mi-chemin de la chronique sociale et du polar, tantôt d’un hyper réalisme frisant le documentaire, tantôt intrigant et mystérieux aux limites du surnaturel.

Un soir d’été caniculaire, en Irlande, le narrateur, – un prêtre d’une cinquantaine d’années-  ouvre sa porte à une gamine hagarde et dépenaillée, manifestement déboussolée et qui lui avoue dans un souffle : « Mon papa a disparu… Lui aussi. »

S’ensuit alors un long flash-back hallucinant où l’on va découvrir l’histoire de la famille de cette fillette venue s’installer dans un décor improbable : une villa témoin sur le chantier d’un lotissement inachevé, laissé à l’abandon.

Que s’est il passé-t-il dans cette maison ? Quels sont ces bruits étranges entendus parla mère juste avant qu’elle ne disparaisse ? D’où provenaient ces inscriptions écrites sur la poussière des vitres  ? Pourquoi l’eau et l’électricité sont-elles coupées sans explication ? Et surtout : qu’est-il advenu des membres de cette famille qui semblent s’être un à un effacés au monde ?

La force de ce roman  énigmatique  est d’impliquer le lecteur  dans une quête de la vérité aussi troublante qu’inquiétante, en l’amenant à apporter  lui-même ses réponses aux interrogations restées en suspens et en laissant toute la place au doute et à l’implicite.

« Rien d’autre sur Terre » est un roman original et envoutant. Vraiment un très beau moment de lecture.

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