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Revolver de Duane Swierczynski

41dUD+CNtxL._SX195_1965 Philadelphie. Stan Walczak, d’origine polonaise, est un policier consciencieux bien qu’il préfère maintenant une certaine tranquillité, boire quelques bières. Il travaille avec George Wildey, noir, depuis que son ancien coéquipier Taney, a pu se trouver juste en dessous d’un canapé en feu lancé du haut d’un immeuble. Philadelphie est en proie à des émeutes raciales, la population noire de la ville réclame des droits et du respect. Stan et Goerge  doivent encore intervenir, mais ils attendent aujourd’hui dans ce bar un informateur qui peut leur révéler notamment des informations sur les auteurs de l’attentat contre Taney. La porte du bar s’ouvre et au lieu de ça ils font face à un revolver. Ils sont exécutés.

1995 Philadelphie. Jim est policier comme son père Stan.  Son  meurtrier présumé vient d’être libéré, et Jim veut reprendre l’enquête, démontrer enfin sa culpabilité et le renvoyer au moins en prison. Mais ce n’est pas facile, il doit aussi s’occuper du meurtre d’une jeune femme blanche que l’on a retrouvée dans les beaux quartiers de la ville.

802-duane-swierczynski2015 Philadelphie. Audrey est la fille de Jim, la petite fille de Stan, qu’elle n’a pas connu. Elle vit à Houston, où elle est élève, elle aussi, dans une école de police scientifique. Elle est surtout partie pour oublier sa famille encombrante. Elle les rejoint aujourd’hui parce que la police et la municipalité rendent un hommage à Stan et à George, morts dans l’exercice de leurs fonctions il y a cinquante ans de cela. Elle repartira demain. Sauf que. Audrey s’intéresse aussi au meurtre de son grand père. On dirait qu’elle veut mener sa propre enquête, à sa façon, directe, sans détours, un Bloody Mary quand il le faut. Va-t-elle y parvenir !?

Trois générations, trois moments de vie d’une famille, trois témoignages qui en révèlent tour à tour les aspects, étonnants. En même temps que se déroulent les enquêtes de Stan, de Jim et d’Audrey la fanfaronne. Jusqu’à ce dénouement! On aime lire ce genre de livre.

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Richesse oblige de Hannelore Cayre

Elle s’appelle Blanche, Blanche de Rigny, elle est née sur cette île perdue de Bretagne qu’elle s’efforce d’ignorer. Cette île et son père, marin, il n’a jamais voulu de sa fille qui a tué sa femme en accouchant. Mais elle se rend à  son anniversaire, sur ce bateau, il pleut, des gens parlent ici et là. Ce groupe, 3 personnes, un homme éploré, qui vient rendre là un dernier hommage à sa jeune fiancée, morte au Népal. La presse en a parlé, un tremblement de terre, Alice l’une des victimes. Alice de Rigny. Tiens !editions-metailie.com-richesse-oblige-richesse-oblige-hd-bandeau-300x460

A l’évidence, de Rigny n’est pas un patronyme typiquement breton. Comme les Botquelen, Malgorn ou autre Jezequel. Blanche fait des recherches, se découvre une ascendance prestigieuse, dont Auguste de Rigny, sans doute son arrière grand père, fiévreux communard, au scandale de sa famille, même s’il essaie aussi d’être dispensé de cette guerre fatale contre l’ogre prusse. Alice est en somme une cousine.

Blanche, avec son amie Hildegarde et Juliette sa fillette, vont œuvrer pour entrer dans cette famille. Dont elles vont connaitre les mœurs douteuses, ou méprisantes, ignorantes au moins du bien commun. Elles vont faire en sorte de les retirer de la circulation, Blanche comme dernière héritière. Elle a avec Hildegarde des ambitions pour son pays et pour le monde ! Anarchistes peut être. Mais il faut avoir des armes, des moyens… !

Un roman truculent, où l’on s’attache au charme, à l’énergie de ces deux personnages handicapés pourtant  l’un et l’autre. Bourgeoisie qui gouverne ce monde, prends garde à toi !

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Trois petits tours et puis reviennent de Kate Atkinson

Les lecteurs de Kate Atkinson gardent un tendre souvenir du détective privé Jackson Brodie. On le rencontre plusieurs fois, dans La Souris bleue en 2004, ou dans  Les choses s’arrangent mais ça ne va pas mieux en 2006. Un personnage qui a des façons toutes britanniques de faire face.CVT_trois-petits-tours-et-puis-reviennent_7556

Jackson n’avait  pas vraiment trouvé l’intérêt de l’angoisse existentielle. Si on n’aimait pas quelque chose, on le modifiait, et si on ne pouvait le changer, on prenait sur soi et on avançait. Rappelle-moi de ne surtout pas m’adresser à toi si je cherche un thérapeute dit Julia.

Nous retrouvons enfin Jackson Brodie dans ce nouvel opus, détective encore, un fils, Nathan, ado, dont il partage la garde avec Julia dont il est séparé. Julia, dixit, a son petit caractère, que Jackson supporte avec cette grandeur d’âme. Même s’il lui arrive de soupirer.

D’autres personnages : Katja et Nadja, roumaines, elles ont trouvé un travail de serveuse à Londres grâce à une agence de recrutement. Thomas, Andrew et Vince, des joueurs de golfs, amis le club en main, dans ce lieu propice aux distinctions. C’est Steeve, l’ami de Vince, qui lui à permis de faire ces rencontres. Cristal encore, la femme, belle femme de Thomas, qui a eut une enfance difficile, très difficile, et qui profite aujourd’hui de la situation de son mari.  Reggie et Ronnie aussi, deux jeunes inspectrices vives et efficaces, à qui l’on soumet une vieille affaire pas toute encore élucidée, l’affaire Bassani et Carmody, organisateurs d’un réseau pédophile.

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Tous ces personnages se retrouvent étrangement dans le dénouement de cette enquête, qui révèle aussi d’autres actes délictueux. Dont Cristal est au centre, victime hier, spectatrice éberluée aujourd’hui. Jackson de son côté fait de son mieux. On jubile de retrouver le détective, et on apprécie aussi ce roman, sa construction,  son petit monde, l’enquête, ses sombres révélations.

 

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La Maison d’Emma Becker

 

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Emma vient d’emménager à Berlin avec ses sœurs, elles ont quitté Paris, elle a 24 ans. Emma est écrivaine, elle s’interroge sur le thème de son prochain roman. Elle garde un souvenir pugnace et tendre de ces femmes fortes décrites par Maupassant ou Romain Gary,  qui soulagent les hommes de leurs désirs irrépressibles. A moins qu’il ne s’agisse d’autres choses. A son tour, de son point de vue de femme, elle veut écrire sur les prostituées. En tant que prostituée.

« Quand ai-je commencé à y penser vraiment ? J’ai eu une certaine quantité d’idées à la con dans ma vie, mais il me semble que celle-ci a toujours été là, plus ou moins consciente ».

 La prostitution est légale en Allemagne, ces femmes arpentent la rue juchées sur leurs hautes bottes blanches brillantes, ou se vendent dans ces maisons closes. Emma ouvre une de ces portes. Il ne s’agit pas d’enquêter ni d’interviewer, mais de vivre avec elles, de se lier à leur sort, de vivre peut être leurs forces, les liens qu’elles tissent entre elles. Emma va connaître  cela. Le roman décrit ces femmes, leur vie en commun, sans fards, dont Emma est une fervente spectatrice. Subjuguée ! Dans cette maison qui leur laisse toute liberté. Elles travaillent quand elles le veulent, refusent qui elles veulent, mènent leur petit monde. Ces hommes souvent étonnants, maladroits. Un roman sur une profession méprisée, décriée, qui le serait peut être moins exercée dans ces conditions.

« Et que Calaferte me pardonne de l’avoir si mal compris en le lisant à quinze ans ; ce n’est ni un caprice ni une fantaisie d’écrire sur les putes, c’est une nécessité. C’est le début de tout. Il faudrait écrire sur les putes avant que de pouvoir parler des femmes, ou d’amour, de vie ou de survie. »

La Maison, qui a reçu le prix roman des étudiants France Culture-Télérama, est le troisième roman d’Emma Becker, où on retrouve une réflexion, des témoignages, colorés, sur le désir et tout ce qui l’entoure. On n’est donc pas dépaysé. Un auteur en tout cas à découvrir.

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Les assassins de R. J. Ellory

Il y a des romans policiers qui se démarquent, qui enrichissent peut- être ce genre par une approche particulière, une façon de faire qu’on lit moins souvent. Et on prend plaisir à redécouvrir ces récits qui détonnent. R. J. Ellory est certainement l’un de ceux qui écrit ces romans là.

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Il porte une attention particulière aux personnages, à leurs vies, leurs manies, leurs problèmes, qu’il prend le temps de raconter au détriment peut être du souci d’un suspens. L’enquête s’enracine dans ceux-ci, s’ancrent dans la vie des personnages.  Et on prend plaisir à entrer dans  cette familiarité.

Dans Assassins, des meurtres se suivent dans un quartier de New York, qui a priori n’ont aucun lien. Ray Irving s’occupe de quelques unes de ces affaires, dont aucun élément jusque là ne permet de les élucider. Peut être que Karen Langley pourra l’aider. Karen travaille au New York City Herald, elle est responsable des pages faits divers de ce journal. Elle travaille avec Jhon Costello, son enquêteur, un drôle de personnage victime d’un serial killer alors qu’il avait quinze ans. Il a pu en réchapper, son amie non.

Jhon Costello a notamment une mémoire étonnante, et il semble surtout l’utiliser à justement  dresser la liste de tous ces meurtres en série commis par de célèbres meurtriers. Et Jhon fait remarquer à Karen que les assassinats qui viennent d’être perpétrés ressemblent à d’autres plus anciens. Un autre meurtrier en série semble vouloir imiter ses grands précurseurs. Karen révèle cette information à Ray…

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Stoneburner de William Gay

Thibodeaux et Stoneburner ont fait la guerre du Vietnam ensemble. ThibodeauAVT_William-Gay_2564x en soldat fantasque, excentrique, exhubérant, qui exaspère quelques fois ses camarades et même son ami Stoneburner.

De retour de guerre, Thibodaux est tel qu’il est. Il vivote, il va et vient dans son pick-up hors d’âge, il s’intéresse à la très jolie Cathy Meecham, serveuse dans un bar et amie de Cap Holder. Cap est depuis longtemps un personnage de cette petite ville, il sait en imposer. Thibodaux en sait quelque chose.

Il a repéré l’étrange ballet d’un petit avion qui se pose régulièrement sur une piste désaffectée. Il se cache, furète, espionne. Il s’approche, un soir, ouvre la porte d’une camionnette, vole une petite mallette. Thibodeaux est très riche tout à coup, il veut en faire profiter Cathy. Ils partent tous les deux, en quête de gloire et de vie facile.

Stoneburner part à sa recherche. Il est détective privé,  il ne voit plus Thibodeaux depuis son retour de guerre, il aspire à vivre tranquillement désormais, il entreprend de se construire une maison en bois. Cap lui demande de le retrouver. De lui ramener Cathy, et la mallette. La tâche ne semble pas insurmontable. Thibodeaux se montre partout où il va.

William Gay sait raconter ces existences particulières, cette ambiance où la volonté, les caprices de quelques uns semblent prévaloir sur un ordre des lois et des usages, et tissent une réalité. Laissons-nous envouter…!

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Et boire ma vie jusqu’à l’oubli de Cathy Galliègue

51a+RpbKAqL._SX327_BO1,204,203,200_« La dame est sortie en catastrophe, un docteur est arrivé avec une infirmière collée à ses semelles. Il m’a demandé de me calmer un peu, et là, vous voyez, là, j’aurais voulu faire un arrêt sur image, arrêter le temps, que plus rien ne bouge, qu’ils restent tous les deux, là, figés, qu’ils se taisent, surtout qu’ils se taisent ! J’ai placé mes mains sur mes oreilles, j’ai fermé les yeux et secouez la tête. Taisez-vous ! »

Simon est mort. Simon est le mari de Betty, médecin, ils partaient chacun à leur  travail ce matin là, il avait neigé durant la nuit, ils se dirigeaient vers la gare ou Betty prend son train. Mais en face de lui, Simon évite une voiture et s’enfonce sur le bas côté.

Betty refuse cette vie. Le jour elle s’occupe de Raphaël, leur enfant, elle se dévoue à lui, une maman attentionnée. La nuit elle boit. Pour oublier, pour s’anesthésier, fermer les yeux, ses larmes vont la noyer. Betty refuse cette vie. Là, dans ce retranchement, dans cette existence arrêtée, elle raconte sa mère, majestueuse, qui l’a abandonnée enfant, son père, qui ne lui a jamais expliqué cette disparition. D’autres ruptures encore…

On est touché, tout au long de ce roman, par la détresse de Betty qui ne peut faire face, sauf à protéger son enfant. Cathy Galliègue nous place au centre du désarroi de Betty, au bord de sa folie, qui nous bouleversent nous aussi. Mais peut être va-t-elle s’en sortir… ?

Empruntez  Et boire ma vie jusqu’à l’oubli