Tous les articles par michel

La Maison d’Emma Becker

 

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Emma vient d’emménager à Berlin avec ses sœurs, elles ont quitté Paris, elle a 24 ans. Emma est écrivaine, elle s’interroge sur le thème de son prochain roman. Elle garde un souvenir pugnace et tendre de ces femmes fortes décrites par Maupassant ou Romain Gary,  qui soulagent les hommes de leurs désirs irrépressibles. A moins qu’il ne s’agisse d’autres choses. A son tour, de son point de vue de femme, elle veut écrire sur les prostituées. En tant que prostituée.

« Quand ai-je commencé à y penser vraiment ? J’ai eu une certaine quantité d’idées à la con dans ma vie, mais il me semble que celle-ci a toujours été là, plus ou moins consciente ».

 La prostitution est légale en Allemagne, ces femmes arpentent la rue juchées sur leurs hautes bottes blanches brillantes, ou se vendent dans ces maisons closes. Emma ouvre une de ces portes. Il ne s’agit pas d’enquêter ni d’interviewer, mais de vivre avec elles, de se lier à leur sort, de vivre peut être leurs forces, les liens qu’elles tissent entre elles. Emma va connaître  cela. Le roman décrit ces femmes, leur vie en commun, sans fards, dont Emma est une fervente spectatrice. Subjuguée ! Dans cette maison qui leur laisse toute liberté. Elles travaillent quand elles le veulent, refusent qui elles veulent, mènent leur petit monde. Ces hommes souvent étonnants, maladroits. Un roman sur une profession méprisée, décriée, qui le serait peut être moins exercée dans ces conditions.

« Et que Calaferte me pardonne de l’avoir si mal compris en le lisant à quinze ans ; ce n’est ni un caprice ni une fantaisie d’écrire sur les putes, c’est une nécessité. C’est le début de tout. Il faudrait écrire sur les putes avant que de pouvoir parler des femmes, ou d’amour, de vie ou de survie. »

La Maison, qui a reçu le prix roman des étudiants France Culture-Télérama, est le troisième roman d’Emma Becker, où on retrouve une réflexion, des témoignages, colorés, sur le désir et tout ce qui l’entoure. On n’est donc pas dépaysé. Un auteur en tout cas à découvrir.

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Les assassins de R. J. Ellory

Il y a des romans policiers qui se démarquent, qui enrichissent peut- être ce genre par une approche particulière, une façon de faire qu’on lit moins souvent. Et on prend plaisir à redécouvrir ces récits qui détonnent. R. J. Ellory est certainement l’un de ceux qui écrit ces romans là.

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Il porte une attention particulière aux personnages, à leurs vies, leurs manies, leurs problèmes, qu’il prend le temps de raconter au détriment peut être du souci d’un suspens. L’enquête s’enracine dans ceux-ci, s’ancrent dans la vie des personnages.  Et on prend plaisir à entrer dans  cette familiarité.

Dans Assassins, des meurtres se suivent dans un quartier de New York, qui a priori n’ont aucun lien. Ray Irving s’occupe de quelques unes de ces affaires, dont aucun élément jusque là ne permet de les élucider. Peut être que Karen Langley pourra l’aider. Karen travaille au New York City Herald, elle est responsable des pages faits divers de ce journal. Elle travaille avec Jhon Costello, son enquêteur, un drôle de personnage victime d’un serial killer alors qu’il avait quinze ans. Il a pu en réchapper, son amie non.

Jhon Costello a notamment une mémoire étonnante, et il semble surtout l’utiliser à justement  dresser la liste de tous ces meurtres en série commis par de célèbres meurtriers. Et Jhon fait remarquer à Karen que les assassinats qui viennent d’être perpétrés ressemblent à d’autres plus anciens. Un autre meurtrier en série semble vouloir imiter ses grands précurseurs. Karen révèle cette information à Ray…

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Stoneburner de William Gay

Thibodeaux et Stoneburner ont fait la guerre du Vietnam ensemble. ThibodeauAVT_William-Gay_2564x en soldat fantasque, excentrique, exhubérant, qui exaspère quelques fois ses camarades et même son ami Stoneburner.

De retour de guerre, Thibodaux est tel qu’il est. Il vivote, il va et vient dans son pick-up hors d’âge, il s’intéresse à la très jolie Cathy Meecham, serveuse dans un bar et amie de Cap Holder. Cap est depuis longtemps un personnage de cette petite ville, il sait en imposer. Thibodaux en sait quelque chose.

Il a repéré l’étrange ballet d’un petit avion qui se pose régulièrement sur une piste désaffectée. Il se cache, furète, espionne. Il s’approche, un soir, ouvre la porte d’une camionnette, vole une petite mallette. Thibodeaux est très riche tout à coup, il veut en faire profiter Cathy. Ils partent tous les deux, en quête de gloire et de vie facile.

Stoneburner part à sa recherche. Il est détective privé,  il ne voit plus Thibodeaux depuis son retour de guerre, il aspire à vivre tranquillement désormais, il entreprend de se construire une maison en bois. Cap lui demande de le retrouver. De lui ramener Cathy, et la mallette. La tâche ne semble pas insurmontable. Thibodeaux se montre partout où il va.

William Gay sait raconter ces existences particulières, cette ambiance où la volonté, les caprices de quelques uns semblent prévaloir sur un ordre des lois et des usages, et tissent une réalité. Laissons-nous envouter…!

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Et boire ma vie jusqu’à l’oubli de Cathy Galliègue

51a+RpbKAqL._SX327_BO1,204,203,200_« La dame est sortie en catastrophe, un docteur est arrivé avec une infirmière collée à ses semelles. Il m’a demandé de me calmer un peu, et là, vous voyez, là, j’aurais voulu faire un arrêt sur image, arrêter le temps, que plus rien ne bouge, qu’ils restent tous les deux, là, figés, qu’ils se taisent, surtout qu’ils se taisent ! J’ai placé mes mains sur mes oreilles, j’ai fermé les yeux et secouez la tête. Taisez-vous ! »

Simon est mort. Simon est le mari de Betty, médecin, ils partaient chacun à leur  travail ce matin là, il avait neigé durant la nuit, ils se dirigeaient vers la gare ou Betty prend son train. Mais en face de lui, Simon évite une voiture et s’enfonce sur le bas côté.

Betty refuse cette vie. Le jour elle s’occupe de Raphaël, leur enfant, elle se dévoue à lui, une maman attentionnée. La nuit elle boit. Pour oublier, pour s’anesthésier, fermer les yeux, ses larmes vont la noyer. Betty refuse cette vie. Là, dans ce retranchement, dans cette existence arrêtée, elle raconte sa mère, majestueuse, qui l’a abandonnée enfant, son père, qui ne lui a jamais expliqué cette disparition. D’autres ruptures encore…

On est touché, tout au long de ce roman, par la détresse de Betty qui ne peut faire face, sauf à protéger son enfant. Cathy Galliègue nous place au centre du désarroi de Betty, au bord de sa folie, qui nous bouleversent nous aussi. Mais peut être va-t-elle s’en sortir… ?

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Les outrages de Kaspar Colling Nielsen

AVT_Kaspar-Colling-Nielsen_2737Stig est galeriste d’art contemporain, une profession qu’il a pu exercer par hasard, les tribulations de sa jeunesse désœuvrée et en quête d’excitation l’ayant mené là. Elisabeth sa femme est une scientifique, experte en intelligence artificielle. Elle peut profiter d’une offre d’emploi très intéressante qui les contraindrait à quitter Copenhague pour vivre dans une campagne réservée à une certaine élite. Stig refuse pour l’instant. Emma, leur fille de 20 ans, souffre d’une profonde dépression. Soignée, elle a encore du mal à s’en sortir. Christian de son côté est l’artiste phare de Stig. Ses œuvres sont appréciées, mais Christian lui a plutôt les yeux tournés vers les charmes féminins qu’il trouve aujourd’hui en Mia, une jeune fille excentrique qui s’intéresse à lui. Mais attention aux dégâts…

Chapitre après chapitre, entrecoupé de dialogues entre Jack la pie et Wilhelm le chien, nous découvrons les aventures de tous ces personnages qui se déroulent dans un Danemark en butte à des conflits ravageurs qui opposent les danois de souche aux hommes et aux femmes qui ont immigrés dans ce pays, et qui vivent aujourd’hui dans des ghettos fermés. Le gouvernement danois a mis en œuvre une politique radicale : tous ces immigrés contestataires seront déplacés de force dans un vaste territoire au Mozambique.

La truculence de ces récits fait tout le charme de ce roman. Kaspar Colling Nielsen nous emmène dans un pays futur qui semble coupé de nos valeurs ordinaires, en même temps qu’il développe des techniques qui arrivent à faire parler des animaux… Pour toutes celles et ceux qui aiment rire, et peut être réfléchir.

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Là où les chiens aboient par la queue de Estelle-Sarah Bulle

bulleIl y a le grand père Hilaire, un patriarche capricieux et débonnaire, haut en couleur. Il y a Eulalie sa femme, une béké qu’il a fièrement conquise contre la volonté de sa famille. Il y a aussi leurs 3 enfants, Antoine, Lucinde et Petit Frère. Il y a enfin Estelle, la fille de Petit Frère qui va revenir vers les siens pour les interroger et sans doute redécouvrir et replonger dans ses racines

C’est Antoine qui va nous faire découvrir cette Guadeloupe pittoresque et archaïque du milieu du siècle précédent. Antoine est une jeune fille volontaire, une diablesse peste sa sœur Lucinde. Antoine nous raconte cette vie villageoise sur un territoire perdu de cette île, « là où les chiens aboient par la queue ». Une vie régentée par ce père fantasque qui semble indifférent au confort de sa propre famille. Antoine raconte aussi la vie de ceux qui à Pointe à Pitre vivent misérablement dans des masures nichées à flanc de colline. Et qui ressentent, qui subissent cette ségrégation imposée par ceux qui se sont enrichis sur cette île, un sentiment d’exclusion qui va les pousser à la lutte.

Ces récits sont commentés, contestés par Lucinde et Petit Frère, qui vont évoquer à leurs façons cette Guadeloupe qu’ils ont connue et leurs installations et leurs vies en France, à Paris. Un récit familial émouvant, où l’on s’attache à tous ces personnages.

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Le disparu de Jean-Pierre Le Dantec

contributor_11100_195x320Loic Quemener est un professeur de français qui est apprécié par ses élèves. Nous sommes en 1959, en Bretagne. François et Pierre Alain sont amis, quoique partageant des idées bien différentes, et c’est par eux que nous entrons dans cette classe de troisième, ainsi que dans l’ambiance de cette France du siècle passé. Avec ses codes, son langage, son odeur.

A l’initiative de leur professeur, la classe prépare un spectacle autour d’une pièce de Molière. C’est un défi, parce que les habitudes du lycée ne vont pas dans ce sens. C’est pourtant une réussite, qui resserre encore les liens. Mais la nouvelle tombe, au grand désarroi des élèves. Loic Quemener doit rejoindre l’armée française en Algérie.

Il n’en reviendra pas. Il sera tué « en opération », selon les termes de la lettre adressée par l’armée à sa mère. François aujourd’hui raconte ce professeur respecté, l’enquête qu’il mène sur sa mort inexpliquée avec l’aide de son ami Pierre Alain qu’il rencontre inopinément dans cette gare, et qui est un général en retraite. Il raconte aussi cette France de ses quinze ans où affleure ici et là une touchante nostalgie.

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