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Le roi chocolat de Thierry Montoriol

Le roi chocolatNous sommes en 1910.

Victor Lardet, chroniqueur mondain, est envoyé en Argentine pour « couvrir » l’inauguration d’un nouvel opéra.
Accompagné d’Émile, un chauffeur qui n’a pas froid aux yeux, son voyage sera semé d’embûches et d’aventures rocambolesques, dans une Amérique latine hostile et en pleine mutation.

Victor  affronte quelques alligators, éprouve les pouvoirs magiques d’une amulette aztèque, et doit soumettre son estomac à l’épreuve redoutable d’un plat réservé aux hôtes de marques : l’iguane mariné, farci aux œufs de fourmis… Le tout sur fond de guérilla, alors que les ressources de l’Amérique latine sont sujettes à toutes les convoitises et que l’Europe s’apprête à vivre un des épisodes les plus tragiques de son histoire.
Lors de son périple Victor rencontre à plusieurs reprises deux énigmatiques jeunes femmes, mais se retrouve finalement marié à trois jeunes filles d’un chef indien qui lui révèleront la recette d’un breuvage local revigorant à base de cacao et de banane.
De retour en France, alors que la guerre vient de commencer, Victor distribue sa boisson cacaotée revigorante dans les tranchées et connaît la fortune. Mais son succès suscite bien des jalousies…

Quel palpitant roman d’aventures !
L’époque est remarquablement reconstituée, l’écriture est alerte, un joyeux mélange de Tintin, Jules Verne et  Gaston Leroux. L’auteur a parsemé ce récit incroyable d’une multitude de détails et de personnages réels qui rendent le récit extrêmement vivant, rythmé et passionnant. Plus extraordinaire encore : ce roman est la véritable histoire de Victor Lardet, le créateur de Banania, arrière-grand-père de l’auteur. Tout est vrai.

Thierry Montoriol  s’est énormément documenté et a levé de lourds secrets de famille. Car cette histoire n’est pas seulement celle d’une « invention ». C’est aussi celle de l’ascension et de la chute d’un homme, jalonnée de trahisons, d’amours passionnés et de crimes.  C’est celle d’une famille meurtrie, dont l’histoire et la fortune ont  été volées.

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Ton père de Christophe Honoré

christophe-honoreChristophe Honoré est cinéaste (son dernier film « Plaire, aimer et courir vite » a été présenté en compétition à Cannes cette année).
Il est aussi homosexuel, écrivain et parent.
Ses films parlent d’amour, de paternité (et de filiation), d’homosexualité et de Bretagne (il est aussi breton).

« Ton père » raconte à la première personne le quotidien bousculé de Christophe, écrivain cinéaste homosexuel et père d’une fille de 10 ans.

Bousculé, parce qu’un mot a été épinglé sur sa porte : « Guerre et paix : contrepèterie douteuse ».
Père et gay. Que signifie ce message ?
Suivent plus tard d’autres signes, anonymes eux aussi.

Hasard ? Mauvaises blagues ? Qui SAIT ? Qui est-ce que cela dérange ? Qui lui en veut ?

Le narrateur veut tenir sa fille à l’écart de ces malveillances nauséabondes. Il mène donc une enquête discrète, tout en continuant à mener sa vie de cinéaste, d’écrivain, de père et d’amant.

On suit donc au jour le jour le chemin de ses pensées, de ses flash-back douloureux, de ses questionnements. Au passage il raconte aussi ses rencontres et rendez-vous manqués avec des cinéastes ou écrivains admirés, il nous dévoile le contenu de sa bibliothèque. On le suit dans son travail, dans ses nuits de chasse (aux amants), dans les moments de complicité avec sa fille…

On partage ses doutes, ses colères, ses inquiétudes. On est blessé avec lui par des regards, des attitudes, parfois interprétés à tort.
Christophe s’interroge. Beaucoup. Sur tout et sur tous : fragilité de l’homme brûlé qui se méfie.
Et on comprend, de l’intérieur, la difficulté de vivre une sexualité soi-disant différente, et de tracer son propre chemin malgré tout.

Ton père est un roman (mais dans ce cas précis, où commence, où s’arrête le roman, la fiction ?) qui m’a profondément touchée.
Sincère, cru, tendre, vrai.

Le livre est illustré de photos d’écrivains, réalisateurs, photographes, morts du sida.

D’abord auteur de romans pour enfants et adolescents, dans lesquels il aborde les thèmes difficiles du suicide, du SIDA,  ou des secrets de famille, Christophe Honoré a également réalisé de nombreux longs-métrages. 

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Faire mouche de Vincent Almendros

Vincent Almendros - Faire moucheDès les toutes premières pages, on sent que quelque chose cloche.

 

Laurent se rend dans son village natal pour assister au mariage de sa cousine, qu’il n’a pas revue depuis des années. Pas plus qu’il n’a gardé de lien étroit avec le reste de sa famille. Son oncle est malade, sa mère le reçoit froidement, et Laurent lui-même tient tout le monde à distance.

A tous, il présente sa compagne Constance, censée être enceinte, dont on apprend très vite qu’elle se prénomme en fait Claire.

Au fil des rencontres, des conversations et du monologue intérieur de Laurent (c’est lui le narrateur), mêlés aux bribes de souvenirs que lui-même peine à faire remonter, on sent des gênes, on devine des secrets, des rancunes, des rumeurs.

Tout semble flou et rien ni personne n’est à sa place.

Jusqu’à la toute dernière page d’où surgit LA révélation, inavouable et crue.

Un court roman à l’écriture fine et précise, presque chirurgicale.

Vincent Almendros livre là son troisième roman, après Ma chère Lise  (2011) et Un été (2015, qui a obtenu le prix Françoise Sagan), également parus aux Editions de Minuit.

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Les filles au lion de Jessie Burton

les filles au lion - Jessie BurtonLondres, 1967.
Odelle,  jeune Jamaïcaine, s’ennuie ferme dans le magasin de chaussures où elle travaille depuis cinq ans. Le jour où elle est embauchée comme secrétaire dans une prestigieuse galerie d’art, elle pense enfin avoir trouvé un job à sa portée, elle qui ne rêve que d’art et d’écriture. Elle y fait la connaissance de l’étrange et lunatique Marjorie Quick, qui l’a recrutée, et de l’intimidant  directeur de la galerie.

Sa rencontre (fortuite ?) avec le séduisant Lawrie Scott va donner un tour nouveau à son existence monotone, car très vite le jeune homme lui montre un tableau hérité de sa mère, et dont il ne sait rien. La toile représente deux jeunes femmes et un lion dans une composition macabre, dont la force, le style et les couleurs intriguent immédiatement la jeune femme.

Soumis aux directeurs de la galerie, le tableau ne leur semble pas étranger…

En parallèle, l’auteur déroule une autre histoire : une trentaine d’années plus tôt en Andalousie, alors que l’Espagne s’apprête à vivre un des épisodes les plus douloureux de son histoire, on entre dans la maison d’un riche marchand d’art anglais, où il vit avec sa femme dépressive et leur fille Olive, qui se rêve en artiste peintre. Isaac et Teresa, deux jeunes gens du village, se rapprochent de la famille peu à peu, risquant de modifier un équilibre déjà fragile…

Les deux intrigues, on s’en doute, finiront par se croiser. Quel est le secret des Filles au lion ?

Après l’immense succès rencontré par Jessie Burton avec « Miniaturiste », voici un roman qui explore des thèmes forts : la place des femmes dans la création artistique, le colonialisme (britannique) et le racisme ordinaire, la quête d’identité dans un pays dont on est étranger….

Ce sont aussi des portraits de femmes fortes, qui doivent faire face à des choix difficiles pour exister.  Et qui nous rappellent les combats de celles qui nous ont précédées.

Empruntez Les Filles au lion

Les Brigands de la forêt de Skule, de Kerstin Ekman

Les brigands de la forêt de SkuleGourmand, curieux, Skord est un troll qui cherche à se rapprocher des hommes. Il apprend vite et se glisse rapidement dans le monde des humains, s’exprime avec leurs mots, même si ce qui les anime lui échappe toujours un peu.

D’abord il se lie avec la petite Bodel, Bodel la sage. Mais Bodel mourra avant lui, comme tous ceux dont il va croiser le chemin. Car Skord est immortel, et traverse les âges au gré de ses métamorphoses, depuis le haut Moyen Age jusqu’au 19e siècle.

Il va vivre ainsi parmi une bande de  brigands, puis au service d’un alchimiste, croiser un philosophe… autant de personnages auprès de qui, chaque fois, il se crée une nouvelle vie.  Sans mémoire, sans morale aucune, Skord voit avec le même détachement, sans surprise ni amertume, le monde changer. Les sciences évoluent, la religion aussi, qui modifient le cours de l’histoire des hommes. Des hommes qui ne sont guère reluisants : vols, viols, meurtres… La nature humaine s’exprime ici dans toute sa violence et sa brutalité.

De ce récit, écrit par une auteure suédoise, naissent constamment des images puissantes chargées d’odeurs, plus ou moins agréables : des parfums de cuisine, des odeurs animales, de sous-bois ou de putréfaction, … Odeurs parfois appétissantes, parfois nauséabondes.

La nature y est omniprésente, brute, sauvage, mais aussi refuge, comme un ventre maternel, pour le troll qui retourne parfois se cacher au fond de la forêt pour oublier, se faire oublier puis revenir parmi les hommes.

Ce n’est pas un roman de fantasy. Ce n’est pas un roman historique. Pas vraiment naturaliste non plus. Ni philosophique. Tout cela à la fois mais aussi autre chose : original, poétique, foisonnant, mélancolique aussi, et qui laisse comme un étrange regret, la dernière page tournée.

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Tango, de Elsa Osorio

tango-osorioTa main savante sur mes reins, ma jambe contre ta jambe, les joues qui se frôlent, ton souffle dans mon cou, la cheville glisse, talons sur le parquet, retour, arabesques des corps, …
Tango raconte le roman de ce « chaloupé de sauvages » sorti des bordels et qui devient danse de salon, à travers l’histoire de Luis, l’Argentin, et d’Ana la Française née à Buenos Aires. Réunis par le hasard de la danse, ils vont réaliser ensemble un film sur l’histoire de l’Argentine, et découvrir les tempêtes qui ont autrefois emporté leurs familles.
En même temps que l’amour naissant entre Ana et Luis, on suit ainsi les histoires parallèles d’Hernan le danseur, de Juan le compositeur, de Rosa, de Mercedes, et de beaucoup d’autres, au début du 20e siècle. On assiste aux tumultes qui secouent un pays au bord de la révolution, sur fond de crise économique, sociale et politique.
Au cours du récit, complexe, dont la construction pas du tout linéaire est rythmée comme les allers-retours d’un tango, les générations, les lieux, les époques s’entremêlent. On voyage avec les personnages, de Buenos Aires à Paris, sous l’œil bienveillant des ancêtres qui commentent l’action, et de Tango lui-même qui est ici un personnage à part entière : comme chez beaucoup d’écrivains latino-américains, le surnaturel n’est jamais bien loin !
Je me suis complètement laissé porter par le rythme de cette écriture où la violence le dispute à la sensualité, et qui m’a donné très envie… d’apprendre à danser le tango !
Elsa Osorio est argentine. Elle est l’auteure de quatre romans. Tous ont pour toile de fond l’histoire politique de l’Argentine, et mettent en scène l’amour, la quête de l’identité, et la recherche des racines.

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