Ici n’est plus ici, de Tommy Orange

DouzOrange livree personnages et un auteur en colère…

Pour son premier roman, ce jeune auteur américain de 37 ans d’origine cheyenne nous immerge au coeur de la communauté indienne de la ville d’Oakland. D’une écriture toute aussi vive que son propos, il dégomme un à un tous les clichés éculés que les non-indiens associent systématiquement à son peuple.

Non ! Les indiens ne vivent pas tous dans des réserves ! Non ! Ils ne ressemblent pas tous au géant fou du film « Vol au dessus d’un nid de coucou », pas plus qu’ils ne passent leur temps à fabriquer des attrape-rêves, des ceintures de perles ou des masques ornés de plumes. Ils ne dansent pas en tapant du pied et en criant des borborygmes comme dans les westerns. La majorité des indiens d’Amérique d’aujourd’hui sont des indiens urbains.

Extrait :  » Les villes se forment de la même façon que les galaxies.  Les indiens urbains se sentent chez eux quand ils marchent à l’ombre d’un building. Nous sommes désormais plus habitués à la silhouette des gratte-ciel d’Oakland qu’à n’importe quelle chaîne de montagnes sacrées, au hurlement des trains dans le lointain qu’à celui des loups, nous sommes plus habitués à l’odeur d’essence, de béton coulé de frais et de caoutchouc brûlé qu’à celle du cèdre, de la sauge, voire du frybread – ce pain frit qui n’a rien de traditionnel, comme les réserves n’ont rien de traditionnel ».

Tommy Orange donne la parole à tour de rôle à chacun de ses personnages qui sont tous des descendants d’autochtonesTommy Orange-portrait. Tous ont en commun une vie difficile et tous se posent la même question : « C’est quoi, être indien à l’heure actuelle en Amérique ? »

Il dresse ainsi le portrait de tout un panel des populations indiennes issues de différentes ethnies. Hommes, femmes, jeunes ou moins jeunes, sang-mêlés, enfants adoptés… Tous sont liés, même sans le savoir, soit par les liens du sang, soit par des évènements antérieurs souvent dramatiques. Les destins se croisent, s’entrechoquent, s’éloignent, pour finalement converger  ensemble vers une apothéose flamboyante qui explose en une inexorable déflagration au grand pow-wow annuel d’Oakland.

Ce roman puissant, plein de « bruit et de fureur » est un implacable plaidoyer contre la volonté de domination d’un peuple sur un autre.  Il est aussi, plus largement un roman moderne de l’histoire amérindienne qui s’inscrit dans la réalité de l’Amérique trumpienne à l’ère d’internet, des jeux vidéo, des drones espions ou encore des imprimantes 3 D susceptibles de rendre possible la fabrication d’une arme en quelques clics…

 

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2 réflexions sur “ Ici n’est plus ici, de Tommy Orange ”

  1. Très bon livre !

    Je l’ai fini la semaine et il est très prenant.
    On sent l’énervement de l’auteur et sa tristesse par rapport à l’avancé que prend sa ville, et plus largement le monde.

    Comme vous le dites, les préjugés que l’on a sur le peuple indien qui serait,  » des fabricants d’« attrapes rêves », est totalement démonté et laisse place à la vraie vie des indiens d’aujourd’hui.

    Je conseille ce livre fortement à toutes les personnes qui ont des racines indiennes. Vous vous reconnaîtrais à travers ces lignes.

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