Le rire des déesses de Ananda Devi

Le rire des déesses de Ananda DeviLe rire des déesses, c’est un rire vengeur-moqueur-libérateur pour ces prostituées de La Ruelle, un quartier d’une ville du nord de l’Inde. Arrivées là car impossibles à marier et donc rejetées par leur famille, elles sont des dizaines et sans doute des centaines à servir d’exutoire à la violence des clients. Dans cet endroit abominable où la crasse et la misère tentent de se dissimuler sous les fleurs fraîches et les fards criards, des enfants naissent. Et survivent.
La petite a passé toute sa prime enfance dans un réduit, ne vivant que pour l’instant où elle retrouve chaque soir le corps effondré de sa mère. Même si elle ne mange pas toujours, même si elle ne reçoit ni nom ni amour maternel, la petite grandit et nourrit un feu de joie intérieur. Elle devient la petite protégée de quelques-unes qui se réchauffent le coeur à sa jeunesse, à son innocence et à sa tendresse.

Aussi, lorsque Chinti (fourmi) – c’est comme cela qu’elle s’est baptisée à 8 ans – est enlevée par un client (et par ailleurs homme de dieu respecté) , les prostituées se rassemblent pour la première fois et luttent ensemble pour sauver Chinti. L’heure de la révolte contre l’oppression et la domination des hommes a sonné !

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Blackwood, de Michael Farris Smith

D’abord et avant toute chose, à Red Bluff, Mississippi, il y a le kudzu. Mais qu’est-ce que le kudzu ? On pourrait imaginer une entité surnaturelle, peut-être maléfique,  à l’instar des trolls, farfadets ou autres korrigans de nos landes bretonnes… Une langue ancienne, un genre musical d’une contrée inconnue ?  Il n’en est rien. Le kudzu est de l’ordre des végétaux et bel et bien réel.

Si vous êtes amateur de littérature américaine ou bien féru de botanique, sans doute l’avez-vous déjà croisé aux détours de vos lectures.  Skudzuinon, ce qu’il faut imaginer, c’est une plante grimpante, une liane vigoureuse, extrêmement envahissante, capable d’atteindre une hauteur de 20 à 30 m par saison et qui s’accroche aux arbres qu’elle finit par complètement recouvrir. Bref ! Un squatter sans-gêne qu’on est bien heureux de ne pas connaître sous nos latitudes !

Les habitants de Red Bluf eux, n’ont pas le choix. Le kudzu est là,  et bien là. Redoutable, envahissant, ensevelissant tout : les maisons, avec leurs secrets enfouis, mais aussi l’espoir des hommes et la vie. C’est toute l’ingéniosité de l’auteur, nous faire ressentir cette force inconnue et mystérieuse qui palpite, tapie sous les feuillages. Ce souffle qui murmure, qui psalmodie comme pour attirer ses personnages vers les profondeurs de la terre ou peut-être bien jusqu’aux tréfonds de leur âme.

Je ne dévoilerai rien ici de l’intrigue de ce roman puissant pour laisser à chacun le plaisir de la découverte. Je vous dirai juste que le lyrisme et la poésie de l’écriture nous emmènent loin. Pas seulement jusqu’au fin fond du Mississippi, mais aussi jusqu’aux frontières du secret, de l’invisible et de l’étrange…

 

 

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Les pondeuses de l’Iowa, de Deb Olin Unferth

Les pondeuses de l'Iowa

Janey, 15 ans,  mène une vie d’ado tout à fait classique avec sa mère à New-York. Mais le jour où celle-ci lui révèle l’identité de son père biologique, dont elle ne soupçonnait même pas l’existence, elle décide de fuguer et hop ! direction l’Iowa, histoire de voir à quoi ressemble ce géniteur et surtout pour punir sa mère de l’avoir maintenue jusqu’à présent dans l’ignorance de cette filiation.

Eh bien, la gamine ne va pas être déçue !  Le père, au chômage, vit dans un appart crasseux en se nourrissant de pizzas surgelées et de bière bon marché :  pas  un modèle de dynamisme…  et surtout, le monsieur ne semble pas particulièrement ravi de voir débouler dans son deux-pièces une ado inconnue trop gâtée et exigeante…

Un évènement imprévu (que je ne peux  divulguer ici, pour vous laisser la surprise) impliquera que Janey doive s’installer définitivement avec son père. Adieu les petites attentions maternelles, la cuisine diététique, les journées shopping avec les copines, et surtout  les rêves d’université et d’accomplissement de soi. Janey va devoir s’assumer. Elle va travailler pour la Fédération des producteurs d’œufs de l’Iowa.

Ce qui est fascinant  dans le roman, c’est  la dichotomie qui s’installe alors dans  l’esprit de la jeune fille. Une narratrice à deux têtes en quelque sorte. Il y a la Janey d’avant et la Janey d’aujourd’hui. Et le tour de force de Deb Olin Unferth est de parvenir à faire coïncider ces deux personnalités de façon très adroite tout en immergeant le lecteur dans une histoire rocambolesque trépidante où il sera à la fois question d’amour, de filiation,  d’entrée dans le monde adulte, ou encore de maltraitance animale, d’engagement et de destin.

Un très agréable instant de lecture.

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EN ROUTE, MAUVAISE TROUPE ! DE KENNETH COOK

CCOK

 

Première traduction en français d’un roman publié en 1963 en Australie.

 

 

« La famille Cook largue les amarres ».

 

Tout a commencé quand la voiture des Cook se mit à dévaler la côte devant leur maison.  Les  2 jeunes fils avaient enlevé le frein à main et riaient Inconscients,  enfermés dans le véhicule. Kenneth, le père était parvenu toutefois à stopper le véhicule en  se glissant par une fenêtre ouverte.

Après cet évènement, Kenneth va s’interroger sur sa vie. Si le quotidien est un tel danger ici, pourquoi ne pas en profiter ?  Voyager, voir d’autres lieux, rendre la vie plus trépidante…

Aussitôt dit aussitôt fait, Kenneth plaque tout, démissionne de son poste et entreprend de quitter l’Australie direction l’Europe, jusqu’en Grèce avec son épouse et leurs 4 enfants de 2, 4, 6 et 9 ans !

Sur le bateau : mélange de touristes et de migrants. Sa femme tombe malade, un de ses enfants attrape la diphtérie, l’autre la rougeole. Kenneth veut mourir !  Heureusement, à peine arrivés en Angleterre, une maison de production le contacte pour lui acheter les droits d’un de ses romans. 500 livres. Ouf ! Une rentrée d’argent : Kenneth va pouvoir  acheter un petit voilier.

Nappes de brouillard, avaries, contrebandiers,  séjours en prison… Rien ne sera épargné à la petite famille. Le tout raconté avec énormément d’humour.  Les aventures de cette famille, aussi inconsciente que malchanceuse ne sont autres que les tribulations inspirées de la vraie vie de la famille Cook et le récit est émaillé de photos inédites.

 

Extrait : « Au réveil, il était temps de se demander ce que nous allions faire.

-T’as intérêt à écrire quelques chose m’a dit Patricia.

-D’accord

-Et je me suis attelé à l’écriture de ce livre. »

 

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VLADIVOSTOK CIRCUS, D’ELENA SHUA DUSAPIN

Elisa Shua DusapinAprès la ville de Tokyo où Elisa Shua Dusapin situait son précédent roman Les billes de pachinko, la jeune auteure suisse d’origine franco-coréenne poursuit son odyssée littéraire et nous emmène cette fois du côté de Vladivostok, gigantesque port de l’Extrême-Orient russe.

Nathalie, toute jeune costumière doit y rejoindre un trio d’acrobates qui prépare un numéro à la barre russe, numéro de haute voltige qu’ils devront présenter au grand concours international de Oulan-Oudé en Sibérie quelques mois plus tard. Elle est chargée de penser,  créer et coudre leurs tenues de scène.

Avec elle, on pénètre  dans les coulisses du monde du cirque, mais  sur la pointe des pieds.

Pas de Mr Royal ici,  de coups de fouet ou de fanfare tonitruante.  Seulement des artistes en plein travail.  Silhouettes mutiques concentrées sur l’équilibre, Anton et Nino, les deux porteurs, ont un seul objectif : assurer la belle Anna pour qu’elle puisse réaliser son rêve de quadruple saut périlleux.

Il y a dans ce récit une atmosphère particulière peuplée de fantômesVladivostok circus et de silences qui maintient le lecteur comme en apesanteur.

L’écriture est d’une simplicité extrême, dépouillée, comme pour laisser toute sa place à la complexité des rapports humains et la mettre en lumière.

Vladivostok Circus est un roman sensible plein de grâce.

 

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Revenir à Naples de Paco Ignacio Taibo II

NAD_Revenir-à-Naples-copieOnce upon a time in Veracruz

C’est un retour au bercail bien tardif pour Luciano Dorantes. A 93 ans, il retrouve le Naples de son enfance et constate avec joie que la jeunesse napolitaine est toujours aussi ombrageuse et indocile. Le vieil homme déambule dans les ruelles étroites du quartier espagnol où les femmes discutent de balcon en balcon. L’histoire qui se répercute dans les airs comme une légende, c’est celle de Lucio Doria un enfant de Naples qui s’était enfui au Mexique quelques 80 ans plus tôt, avec une poignée de compatriotes, à bord du San Gottardo.
Avec maestria, Paco Igancio Taibo II sautille du passé au présent pour évoquer une histoire méconnue du Mexique : celle de la colonisation des terres indiennes par des parias venus d’Europe et accueillis à bras ouverts par les dignitaires locaux. Ce roman se lit comme une aventure où se mêlent le pittoresque et le douloureux. Car ces italiens, tous plus fantasques et rebelles les uns que les autres, ne voudront pas être les complices du pouvoir en place, mais prendront fait et cause pour les opprimés.

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Division Avenue de Goldie Goldbloom

GODLBLOOMDivision Avenue, c’est une rue new-yorkaise où vit une importante communauté juive hassidique. Parmi elle, Surie, son mari Yidel et toute leur nombreuse descendance. Surie a 57 ans, cela a son importance dans l’histoire.
Lorsque le roman débute, elle marie l’une de ses filles. Ce mariage lui donne la nausée car livrer son enfant à un type sans importance est à ses yeux le summum du déclassement social.
Le regard des autres, le qu’en dira-t-on : voici ce que Surie craint le plus. Déjà honteuse d’avoir accouché par trois fois dans sa quarantaine – un âge canonique dans cette communauté – la fracassante nouvelle, qui tombe le jour du mariage, l’accable : Surie est enceinte de jumeaux.

Cette fois, c’en est fini du prestige familial, plus aucune famille ne voudra s’apparier à la sienne en mariant ses derniers enfants. Sa fille aînée, très religieuse, la méprisera. Ses petites-filles adorées seront dégoûtées. Son voisinage sera choqué d’apprendre que Surie est une femme lubrique qui aime encore son mari.
Seule avec son secret, sa vie est alors dominée par la solitude, l’anxiété et le déshonneur, tandis que les semaines passent…

La romancière australienne Goldie Goldbloom dresse le portrait d’une femme tiraillée entre son devoir et ses aspirations, livrée au  jugement d’une communauté religieuse qui craint le changement par-dessus tout.

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