L’infinie patience des oiseaux de David Malouf

Infinie patience des oiseauxAustralie, Queensland, 1914. Ashley revient sur le domaine dont il vient d’hériter, après un long voyage en Europe. Un jour, en arpentant ses terres, il va tomber  sur Jim, un jeune homme de son âge, embusqué dans les fourrés, en train d’observer les oiseaux à la jumelle.

Entre le fils de propriétaire terrien un peu snob, et le  fils de paysan simple et peu cultivé, des liens vont toutefois se nouer au travers de leur passion commune pour la nature sauvage et les oiseaux en particulier. Ensemble et flanqués de Miss Harcourt, une vieille photographe  anglaise solitaire, ils vont nourrir un rêve : créer sur le domaine, un sanctuaire pour les oiseaux migrateurs.

Cette première partie du livre offre au lecteur des pages d’absolue délicatesse.  La splendeur de ces étendues vierges et de ces côtes sauvages du Queensland,  magnifiée par le regard subjugué que Jim porte sur ces petits êtres à plumes d’à peine quelques grammes, capables de les parcourir (et sans escale !) sur plusieurs milliers de kilomètres est rendue par l’auteur en petites touches impressionnistes : phrases ciselées, style épuré, qui confèrent au récit une atmosphère de sérénité palpable.

Lorsque la guerre commence à déchirer l’Europe,  comme tous les pays du Commenwealth, l’Australie est impliquée dans le conflit. Jim et Ashley sont mobilisés. On les retrouve en France, dans les tranchées. Basculement dans l’horreur. Obus. Déflagrations. Flots de sang. La misère et la terreur au quotidien.

Sans se déparer de sa poésie et de sa pudeur, David Malouf livre ici un hymne d’amour et de paix où se côtoient la brutalité d’un carnage sans nom et une humanité restée intacte. Plus qu’une inscription sur un monument, les noms d’Ashley et Jim raisonnent longtemps en nous. Peut-être ont-ils rejoint le paradis des oiseaux…

Oiseaux migrateurs

(-> Vérifier la disponibilité de ce document à la médiathèque <-)

Les rêveurs d’Isabelle Carré

Dans sIsabelle Carré Les rêveurson premier roman autobiographique, la discrète Isabelle Carré raconte son passé douloureux et rend hommage aux siens.
Elle nous confie ses angoisses, son enfance sans tendresse, sa difficulté à se construire, ses rêves contrariés qui l’ont conduite à commettre le pire.
Elle évoque la difficulté à grandir avec des parents mal unis : une mère dépressive, un père qui se découvre homosexuel.
Isabelle se sent seule et abandonné des siens, et pourtant ne porte aucun jugement déplacé.
Malgré cette souffrance et cette solitude, elle va s’en sortir grâce au théâtre. Un livre très touchant.

Empruntez Les rêveurs

Le disparu de Jean-Pierre Le Dantec

contributor_11100_195x320Loic Quemener est un professeur de français qui est apprécié par ses élèves. Nous sommes en 1959, en Bretagne. François et Pierre Alain sont amis, quoique partageant des idées bien différentes, et c’est par eux que nous entrons dans cette classe de troisième, ainsi que dans l’ambiance de cette France du siècle passé. Avec ses codes, son langage, son odeur.

A l’initiative de leur professeur, la classe prépare un spectacle autour d’une pièce de Molière. C’est un défi, parce que les habitudes du lycée ne vont pas dans ce sens. C’est pourtant une réussite, qui resserre encore les liens. Mais la nouvelle tombe, au grand désarroi des élèves. Loic Quemener doit rejoindre l’armée française en Algérie.

Il n’en reviendra pas. Il sera tué « en opération », selon les termes de la lettre adressée par l’armée à sa mère. François aujourd’hui raconte ce professeur respecté, l’enquête qu’il mène sur sa mort inexpliquée avec l’aide de son ami Pierre Alain qu’il rencontre inopinément dans cette gare, et qui est un général en retraite. Il raconte aussi cette France de ses quinze ans où affleure ici et là une touchante nostalgie.

Empruntez Le disparu

Jusqu’à la bête de Timothée Demeillers

Jusqu'à la bête de Timothée DemeillersVous ne regarderez plus une barquette de viande de supermarché de la même façon …

Erwan est prisonnier d’une existence fade dont il ne peut s’arracher (si tant est qu’il a pu ou voulu le faire un jour). Il travaille dans un abattoir où la course au profit fait sans cesse augmenter la cadence. Pour tenir, il repense à son enfance, à sa jeunesse, à une parenthèse enchantée nommée Laeticia. Et ravive par-là même ses angoisses : l’impression de n’être personne, de ne servir à rien, de tout rater. Une chose est sûre, ça ne peut plus durer, quelque chose doit advenir et faire voler en éclats l’implacable répétition des jours. Erwan doit agir.

Disons le tout net : cette lecture ne vous fera pas atteindre des sommets de félicité, mais plutôt plonger dans un tourbillon dépressionnaire d’où vous ressortirez un peu essoré.
Alors pourquoi ce coup de coeur ? Bah, parce que la littérature, c’est pas QUE pour passer le temps/un bon moment/ se divertir/ oublier nos soucis. Elle sert aussi à faire comprendre le monde (en l’occurrence ici : la triste réalité sociale de la France d’en-bas). Et à nous faire réfléchir sur toutes les petites choses qu’on peut changer pour dévier, même d’un millionième de millimètre, la trajectoire rectiligne entre ce monde et un grand mur bien épais.

Vous voilà prévenu(e) !

Empruntez Jusqu’à la bête

Rendez-vous des lecteurs, 2018/1

La Havane des années 60, Paris de la Belle époque, Vallée d’Aoste dans les années 80, Hongrie en 40 et même Amérique du futur … nous avons voyagé à travers le temps et l’espace samedi dernier lors du rendez-vous des lecteurs !

La cubaine Karla Suarez continue d’explorer l’histoire de son pays et propose le portrait émouvant du Fils du héros. Brusquement propulsé chef de famille à 12 ans, Ernesto n’aura de cesse de recomposer le puzzle des circonstances de la mort de son père en Angola.

On change d’époque et de continent avec un premier roman très maîtrisé : Minuit Montmartre se déroule comme son titre l’indique, dans le célèbre quartier parisien en plein effervescence du siècle naissant. On y croise Picasso et Apollinaire, on y danse la java au Lapin Agile, on suit l’ombre leste de Vaillant, le chat de l’affiche du Chat Noir. Bref, tout l’adn poétique de Montmartre est admirablement restitué par l’auteur, Julien Delmaire.

Direction le Brésil et son histoire récente tourmentée. Guiomar de Grammont propose cette première traduction en français d’une de ses œuvres : Les ombres de l’Araguaia revient sur les vingt années que dura la dictature militaire à travers l’histoire d’une sœur partie à la recherche des dernières traces laissées dans la jungle amazonienne par son frère, guérillero poursuivi par l’armée.

Deux romans qui peuvent se lire alternativement, tant ils se font écho l’un l’autre. Deux livres contre la veulerie et contre l’oubli.

Siemens, Krupp, Varta, et d’autres… nous les connaissons mais savons-nous que ces entreprises ont participé activement aux heures les plus noires de l’Allemagne ? Eric Vuillard a reçu le prix Goncourt pour L’ordre du jour, récit qui revient sur ces industriels qui ont financé le nazisme. Un texte qui tient sa force de sa simplicité et de sa rigoureuse véracité historique.

Le premier roman de Sébastien Spitzer, quant à lui, interprète brillamment les dernières heures du nazisme à travers le personnage de Magda Goebbels. Un livre difficile  sur la folie des uns mais nécessaire pour ne pas oublier le sacrifice et l’héroïsme de nombreux autres. Son titre : Ces rêves qu’on piétine

La regrettée Magda Szabo nous offre l’inédit Abigaël, un roman d’initiation déjà chroniqué ici.

La Vallée d’Aoste, c’est le décor des livres de Paolo Cognetti. Dans Les huit montagnes, il aborde la relation père-fils avec une grande sensibilité. C’est dans les montagnes que se trouvent les réponses …

Zéro K, c’est le degré de congélation d’un corps humain. Celui par exemple de la jeune femme d’un homme richissime. Elle est condamnée par les médecins. Que peut-il lui offrir ? L’immortalité ! L’américain Don DeLillo revient sur l’un de ses thème favori et nous livre une question à méditer : qu’est-ce que vivre si la mort est abolie ?

Rendez-vous des lecteurs, 2017/4

Voici une sélection presque unanimement féminine des romans présentés lors du dernier rendez-vous des lecteurs :

 La jeune chinoise Li Juan nous fait voyager en Asie avec Sous le ciel de l’Altaï. Tandis que Audur Ava Olafsdottir propose un voyage intérieur sur le thème de la réparation dans le délicat Ör.

Ron Rash sort Par le vent pleuré, un retour en 69, année terriblement érotique pour deux jeunes frères. Une histoire à la croisée du polar et de la littérature blanche.

 Dans son dernier roman Un loup pour l’homme, Brigitte Giraud s’attaque à la guerre d’Algérie. Et Alice Ferney visite l’histoire politique et sociologique de la France du  20ème siècle à travers l’histoire d’une famille, Les Bourgeois.

 Une femme qui a trimé toute sa vie pour finalement n’avoir rien obtenu trouve un second souffle lorsqu’elle se met à dealer un gros paquet de cannabis tombé du ciel. C’est La daronne dans le jubilatoire dernier roman de Hannelore Cayre.

 Lola Lafon nous replonge dans une vieille histoire quasiment oubliée : l’enlèvement de Patty Hearst en 74. Mercy Mary Patty s’interroge sur celles qui se rebellent contre leur milieu pour emprunter des chemins de traverse.

Marie-Hélène Lafon propose Nos vies, un jeu de miroir sur fond d’ultra moderne solitude.

Quand on est né fille dans un corps de garçon, comment retrouver son moi, son genre, son orientation ? Léonor de Recondo tend une boussole à son personnage dans Point cardinal.

Abigaël de Magda Szabo

Voilà un beau roAbigaëlman comme on les aime ! Du romanesque, un souffle puissant, du suspense dans ce récit initiatique ancré dans la réalité historique de la Hongrie pendant la seconde guerre mondiale.
Qu’arrivera-t-il à Gina, adolescente choyée lorsque son père militaire avec lequel elle a grandi dans un environnement privilégié et bourgeois, lui ordonne d’être pensionnaire dans la très rigoriste institution Matula à Arkod ville protestante du nord de la Hongrie ?
Pourquoi cette décision de la part de son père chéri, quand a-t-elle démérité ? Rétive à l’autorité, Virgina Vitay va se heurter aux règles de l’établissement, aux enseignants et être rapidement ostracisée par ses camarades de classe.
Dans sa grande solitude et ses questionnements, une lueur d’espoir surgit un beau jour, avec un message bienveillant signé Abigaël, nom de la statue qui trône dans le jardin du pensionnat. Qui se cache derrière Abigaël ?
Au fil des semaines et des humiliations, Gina va peu à peu trouver le sens de ce cataclysme qui a bouleversé son existence dorée. Elle va changer, notamment avec ses camarades qu’elle traitait de haut.
La guerre rode à l’extérieur, Matula forteresse hors du temps, échappera t’elle à la fureur ambiante ?
L’écriture de Magda Szabo est superbe, on est immédiatement embarqué dans cette histoire tant par le style impeccable que par la profondeur des personnages.

Empruntez Abigaël

vous trouverez d’autres titres de cette auteur à la médiathèque : Le vieux puits, L’instant, La ballade d’Iza, Le faon

Magda Szabo