No no boy, de John Okada

Après l’attaque de Pearl Harbour en décembre 1941, les Etats-Unis firent interner plus de 200 000 citoyens d’origine japonaise qui vivaient sur le territoire américain. A tous ceux susceptibles de combattre, un questionnaire  était soumis : étaient-ils prêts à s’incorporer dans les forces américaines et renonçaient-ils à obéir à l’empereur du Japon ?

On a surnommé « no no boys » ceux qui ont répondu non à ces deux questions et par là même  refusé l’ allégeance aux Etats-Unis.

Ichiro Yamada, 25 ans, personnage principal et narrateur du roman,  était l’un d’eux.

John Okada s’empare de l’histoire de ce jeune homme alors qu’il est de retour à Seattle, sa ville natale, après 4 années d’enfermement.

Il décrit le difficile retour en ces lieux qui jusque là lui étaient familiers : le campus de l’université où il étudiait pour devenir ingénieur, la petite épicerie familiale de ses parents, les rues, les bars enfumés ou autres salles de jeux où il avait l’habitude de retrouver ses amis…  Mais aux yeux des autres, Ichiro est un traître, un renégat qui a refusé de s’engager pour le pays qui a accueilli sa famille.

La tension est palpable à chaque page et la détresse d’Ichiro, égaré dans cet univers où tout lui est hostile, même au sein de sa propre famille,  nous prend aux tripes. Ostracisme, mépris, incompréhension, violence des réactions à son égard, tout contribue à renforcer la culpabilité et la rage qui l’assaillent. Au fil des rencontres qu’Ichiro fera lors de cette période de tentative de « réintégration » dans une Amérique certes victorieuse, mais profondément stigmatisée, on réalise l’ampleur de sa détresse. Ici,  John Okada met en exergue les difficultés de l’identité plurielle, encore augmentées en période de conflit.

No No boy est un roman composite qui offre une grande richesse de points de vue tout en amenant à une véritable réflexion  sociologique. Mais avant tout, c’est une belle oeuvre littéraire. Le style est sobre et délicat, et le propos résolument moderne.

On ne peut que saluer le travail des Editions du Sonneur d’avoir  traduit et édité en français cet unique roman de John Okada écrit en 1957. Cela nous permet de découvrir un  grand auteur.

 

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Un crime sans importance d’Irène Frain

FRAINIrène Frain revient sur les jours et les mois qui ont suivi le meurtre d’une femme, qui vivait seule dans un pavillon de banlieue et qui a été assassinée en plein jour dans son jardin. Cette femme, c’était sa soeur, Denise.

 
On découvre que la police n’a pas mis beaucoup de moyens dans la recherche du coupable – qui court toujours- et ne s’est pas vraiment encombrée du devoir de tenir informés les proches des circonstances du meurtre, ni du déroulement de l’enquête. D’ailleurs, les proches n’ont pas été prévenus qu’un crime « sans importance » les avait touchés. Ils l’ont appris plusieurs jours plus tard.
Irène Frain cherche ce que chacun est en droit de savoir dans ce cas : les circonstances, le coupable, le mobile. Face à une justice mutique et une enquête bâclée, elle tente elle-même de trouver des réponses en interrogeant les voisins, les journalistes du coin : les volets étaient-ils ouverts ou fermés, a-t-on fouillé le petit bois attenant, quel temps faisait-il ce jour-là, qui a découvert le corps ?

 
Ce récit, pudique et édifiant n’est pas qu’une charge contre la police et la justice. C’est aussi l’hommage empathique d’une soeur à une autre qui lui avait fait découvrir le goût et l’importance de la littérature.

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Direction Fiction, le rendez-vous des lecteurs 2021#1

le rendez-vous des lecteurs de la Médiathèque de Décines, Direction FictionVoici la liste des titres présentés samedi dernier :

Ma vie de cafard est un nouveau bijou de la géniale et prolifique Joyce Carol Oates. L’Amérique violente et raciste est la toile de fond de l’histoire du cafard en question : Violet, 12 ans, qui a balancé le crime de ses grands frères.
Ce genre de petites choses de l’irlandaise Claire Keegan, revient sur les errements du Couvent de la Madeleine, institution de blanchisseries qui étaient en fait de véritables asiles par lesquels sont passées des dizaines de milliers de femmes « dévoyées » réduites en esclavage.
L’écriture énergique de Katherine Pancol convient à merveille pour relater ses années de jeunesse en compagnie d’une pétroleuse nommée Eugene.
Yasmina Reza construit une immense œuvre, acclamée dans le monde entier, tant pour ses pièces de théâtre que pour ses romans. Serge est une chronique familiale hyper féroce et donc, forcément drôle.
Irène Frain publie un récit tout en pudeur et en douleur sur les jours et les mois qui ont suivi le meurtre de sa sœur, l’enquête bâclée et la catastrophique gestion par la justice d’Un crime sans importance.
L’ami arménien est un récit (autobiographique ?) d’Andrei Makine dans lequel on retrouve la belle écriture classique de l’un de nos écrivains français qui excelle le plus dans le registre de la nostalgie.
Ecrivain de la nature sauvage du Montana, Rick Bass renoue avec la nouvelle et publie La rivière en hiver, une odyssée dans un décor tantôt lugubre et dangereux, tantôt fascinant et réconfortant.

La vie joue avec moi de David Grossman

GROSSMANSouvenez-vous : David Grossman nous avait émus en 2008 avec l’histoire de cette mère dont le fils s’était porté volontaire pour partir combattre alors que son service militaire s’achevait. Elle avait décidé de fuir à pied et sans téléphone pour ne pas apprendre la terrible nouvelle, avec le père de ce fils qui n’était alors plus son mari. Une femme fuyant l’annonce avait reçu le Prix Médicis étranger.

Aujourd’hui, il revient avec une autre histoire forte. Cette fois, les femmes ne fuient pas la vérité, mais au contraire, la recherchent. Véra, Nina, Giuli : 3 femmes de la même lignée, brisées par un secret aussi lourd qu’incompréhensible. A l’occasion des 90 ans de Véra, la grand-mère, Nina sa fille et Giuli, sa petite-fille, font le voyage vers sa Croatie natale pour y révéler les traumatismes d’un destin hors du commun.  En compagnie de Raphaël, le gendre tendre et bienveillant.  La vie joue avec moi rappelle que la vérité est parfois « une zone incandescente, un foyer de métastases ».

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Lettre d’amour sans le dire d’Amanda Sthers

STHERSNi heureuse, ni aimée ou aimante, Alice voit sa vie se déliter sans bien comprendre ce qu’il se passe. Et ça n’est pas sa nouvelle installation à Paris – à la seule initiative de sa fille –  qui va arranger les choses.  Un jour d’ennui, elle entre dans un salon de thé, et au hasard d’un quiproquo, se voit offrir un massage shiatsu.

La lettre du titre, c’est celle qu’elle adresse à Akifumi, le masseur qui – sans le savoir – a provoqué le déclic la menant à se reconnecter au monde, aux autres, à elle-même. Akifumi avec qui elle n’a échangé aucun mot, mais communiqué beaucoup par la peau, celle de ses mains à lui sur son corps a elle. Quelque chose est passé entre eux, quelque chose d’assez profond pour la sortir de sa léthargie.

Avec subtilité et maîtrise, Amanda Sthers nous offre un petit miracle à lire, aussi distrayant qu’émouvant, aussi original qu’universel.

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Se cacher pour l’hiver de Sarah St Vincent

Après la mort tragique de son mari, Amos,  dans un accident de la Se cacher pour hiverroute dont elle-même a réchappé de justesse, Kathleen s’installe chez sa grand-mère, dans un petit village de Pennsylvanie, au coeur des Blue Ridge Montains.

Kathleen est une jeune femme solitaire qui souffre en silence. Blessée dans son corps, elle est aussi meurtrie à l’intérieur. Intuitivement, elle ressent qu’on lui reproche d’être en vie, tandis qu’Amos, l’ami, le frère, le fils, manque si cruellement. Alors, elle s’isole, s’enferme sur elle-même et s’épuise au travail.

Elle n’a plus de lien social, si ce n’est sa relation d’amitié avec Martin, le gérant du snack où elle est serveuse, et Beth, l’amie d’enfance, dont l’époux, militaire est en mission en Irak.

Un jour, Daniil, qui dit venir d’Ousbekistan,  pousse la porte du snack… Manifestement, c’est un homme traqué. Que fuit-il ? Quelque chose ou quelqu’un ? Son passé ?

Au fil des rencontres, ces deux solitudes qui ont bien peu de choses en commun, si ce n’est de vivre dans l’ombre,  vont se livrer l’un à l’autre et de confidences en confidences, on découvrira le terrible secret que chacun cache au plus profond de lui-même.

Se cacher pour l’hiver est un très beau roman noir sur fond de nature glacée.

 

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Direction Fiction, le rendez-vous des lecteurs 2020/4

Voici la liste des titres présentés lors du dernier rendez-vous des lecteurs de l’année 2020.

L’immense auteur israëlien David Grossman qui nous avait frappé avec Une femme fuyant l’annonce, prix Médicis 2008, revient avec une autre histoire terrible et bouleversante. Dans La vie joue avec moi, une lignée de 3 femmes cherche la vérité en dénouant les fils du passé tourmenté de Véra, la grand-mère.

Trencadis, c’est un mot espagnol qui désigne le miroitement d’un objet brisé. Et c’est un mot qui convient parfaitement à Niki de Saint Phalle, dont la vie s’est brisée à l’âge de 11 ans mais qui a fini par rayonner à travers sont art. Une biographie-mosaïque, particulièrement incarnée, que nous livre Caroline Deyns.

Dans Mariage en 10 actes de l’anglais Nick Hornby, un couple qui bat de l’aile entame une thérapie. Mais une thérapie à l’anglaise : avec moults sarcarsmes et des litres de bière.

On a connu Bergsveinn Birgisson avec La lettre à Helga, coup de coeur des lecteurs de la Médiathèque en 2013 et best-seller mondial. Voilà son premier roman enfin traduit : Du temps qu’il fait. En grand (ra)conteur, l’auteur nous embarque dans un fjord isolé et nous touche avec la chronique des jours qui passent au sein d’une petite communauté de pêcheurs islandais.

Comment est le dernier Djian ? C’est un bon millesime pour les admirateurs de cet auteur qui revient avec … une fable écologiste ! L’histoire : en 2030, on se demande pourquoi on a continué à foncer dans le mur ces 10 dernières années, tandis que la végétation a presque complètement disparu, que l’eau est une denrée rare et que les pannes d’électricité rythment le quotidien. Cette course à la destruction aura-t-elle une fin ? Ca n’est pas sûr …

C’est l’histoire d’Un gars et son chien à la fin du monde. Le monde s’est dépeuplé depuis que le taux de fécondité à dramatiquement baissé. Seuls quelques milliers d’humains peuplent la planète désormais. Griz fait partie de l’une de ces rares familles. Un jour, un homme mal intentionné débarque chez lui et lui vole son chien. L’écossais C. A. Fletcher nous embarque dans un roman d’aventures palpitant.

La chienne est le premier roman de la colombienne Pilar Quintana et il explore le désir d’enfant contrarié. Damaris n’a pas pu en avoir et reporte son affection sur un chiot que lui donne sa voisine.

La narratrice de L’amour sans le dire d‘Amanda Sthers écrit une longue lettre à un homme, praticien du massage shiatsu, qu’elle a rencontré par hasard. Cette femme qui passait à côté de sa vie a été révélée à elle-même par le toucher, la douceur et la fermeté des mains de cet homme.

Hélène Cixous explore l’histoire de sa branche maternelle, des juifs allemands installés à Osnabruck en Basse-Saxe. Elle retourne arpenter les Ruines bien rangées du passé douloureux de cette ville où on a beaucoup noyé, lapidé, brûlé (des sorcières, des sages femmes, des juifs …)