Le nouveau de Tracy Chevalier

chevalierC’est le premier jour d’Osei dans sa nouvelle école. Immédiatement, il cristallise l’animosité des autres enfants et attise malgré lui un racisme primaire chez certains des professeurs : il s’exprime parfaitement bien, il est issu d’un milieu social supérieur, il a voyagé, sa peau est noire. Seule Dee, la fille la plus populaire de l’école semble l’apprécier…

Shakespeare est vivant !
Le projet Hogarth Shakespeare a vu le jour en 2012, à l’occasion des 400 ans de la mort du plus célèbre et énigmatique dramaturge anglais. Afin de vivifier son oeuvre, l’éditeur a demandé à plusieurs écrivains de choisir une pièce et d’en faire une réecriture. Parmi les plus courageux à s’attaquer au mythe, Jo Nesbo, Margaret Atwood, Gillian Flynn et donc Tracy Chevalier.

 
Othello en cm2
Transposer Othello en 1974 dans la banlieue de Washington D.C. et en faire un enfant de 10 ans, c’est risqué. Mais bizarrement, cela fonctionne. Car l’auteur s’est inspirée de sa propre expérience : enfant blanche scolarisée dans une école majoritairement noire dans les années 70 à Washington justement. Elle explique avoir voulu se servir de ses impressions et souvenirs de cette époque pour traiter le sujet principal d’Othello : la différence.

Bientôt disponible

Les assoiffés de Jim Tully

tullyJim Tully, né dans l’Ohio en 1886, fils d’immigrés irlandais a eu plusieurs vies avant de se consacrer à l’écriture.

Tour à tour ouvrier en usine dès l’âge de 15 ans, garçon de ferme, boxeur ou encore vagabond du rail, il s’est attaché, tout au long de sa vie d’écrivain à rendre compte de ses multiples expériences et aventures d’une manière quasi journalistique.

Ici, il témoigne avec un réalisme et un sens aigu du détail, de la condition des immigrés irlandais dans l’Amérique du début du XX ème  en brossant les portraits hauts en couleur des membres de sa famille à leur arrivée aux Etats-Unis.

Ainsi le grand-père, grand conteur et gros buveur devant l’éternel,  jamais à court d’une truculente histoire , le père, maçon, un colosse au grand coeur, myope et fou de littérature,  la  mère si pieuse et fragile,  ou encore l’oncle, véritable canaille devenu banquier, tous composent une galerie de personnages pittoresques qui nous dit la vie difficile des exilés, leur isolement, leurs colères aussi, tout autant que leur volonté de s’intégrer dans ce pays qui n’était pas encore tout à fait le leur…

Poésie, humour, justesse de ton. On ne peut que se réjouir de la l’édition aujourd’hui en français de ce livre paru pour la première fois en 1928 et se laisser surprendre par son étonnante modernité de thème et de style.

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Dans le faisceau des vivants de Valérie Zenatti

zenattiImpossible de parler de ce livre sans d’abord aborder son sujet : Aharon Appelfeld. Fils unique d’une famille bourgeoise juive assimilée de Roumanie, il a 8 ans quand sa mère est assassinée par les purges du régime. Déporté dans un camp de concentration avec son père, il parvient à s’échapper quelques années plus tard.

Pendant presque une année, il se cache dans une forêt. Il passe l’hiver chez des paysans puis est récupéré par l’Armée Rouge. Il va alors parcourir l’Europe avant qu’une association le prenne en charge et l’envoie en Israël. Il a alors 13 ans. Il doit apprendre une nouvelle langue, prendre un nouveau prénom, tout recommencer.
Cette suite d’arrachements et de pertes, c’est tout le sujet de son oeuvre. Une oeuvre traduite par Valérie Zenatti.

Le récit de Valérie Zénatti commence alors qu’elle va rendre visite à l’écrivain, hospitalisé. Entre le moment où elle achète son billet d’avion et celui du départ, elle apprend son décès. Le voyage prend alors une autre tournure et devient un pèlerinage, une errance, un cheminement intérieur vers un deuil impossible. Avec une écriture perceptive, Valérie Zenatti rend hommage à son ami avec ce très beau texte. Ou plutôt, elle rend hommage aux liens extraordinaires qui les nouent depuis leur rencontre.

Il lui avait dit « écris, continue d’effleurer les tendons et les nerfs les plus sensibles en toi. Et ne laisse personne t’empêcher d’aller là où tu sens que tu dois aller ».

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Les outrages de Kaspar Colling Nielsen

AVT_Kaspar-Colling-Nielsen_2737Stig est galeriste d’art contemporain, une profession qu’il a pu exercer par hasard, les tribulations de sa jeunesse désœuvrée et en quête d’excitation l’ayant mené là. Elisabeth sa femme est une scientifique, experte en intelligence artificielle. Elle peut profiter d’une offre d’emploi très intéressante qui les contraindrait à quitter Copenhague pour vivre dans une campagne réservée à une certaine élite. Stig refuse pour l’instant. Emma, leur fille de 20 ans, souffre d’une profonde dépression. Soignée, elle a encore du mal à s’en sortir. Christian de son côté est l’artiste phare de Stig. Ses œuvres sont appréciées, mais Christian lui a plutôt les yeux tournés vers les charmes féminins qu’il trouve aujourd’hui en Mia, une jeune fille excentrique qui s’intéresse à lui. Mais attention aux dégâts…

Chapitre après chapitre, entrecoupé de dialogues entre Jack la pie et Wilhelm le chien, nous découvrons les aventures de tous ces personnages qui se déroulent dans un Danemark en butte à des conflits ravageurs qui opposent les danois de souche aux hommes et aux femmes qui ont immigrés dans ce pays, et qui vivent aujourd’hui dans des ghettos fermés. Le gouvernement danois a mis en œuvre une politique radicale : tous ces immigrés contestataires seront déplacés de force dans un vaste territoire au Mozambique.

La truculence de ces récits fait tout le charme de ce roman. Kaspar Colling Nielsen nous emmène dans un pays futur qui semble coupé de nos valeurs ordinaires, en même temps qu’il développe des techniques qui arrivent à faire parler des animaux… Pour toutes celles et ceux qui aiment rire, et peut être réfléchir.

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Rendez-vous des lecteurs 2019/1

Le 23 février dernier a eu lieu le dernier rendez-vous des lecteurs. Voici les titres présentés :

Commençons par l’épopée post apocalyptique de Laurent Whale, aux éditions Critic. Par la mer et les nuages est à la croisée du roman d’aventures, du roman maritime et de la science-fiction. Accrochez-vous au bastingage !

Bernhard Schlink s’est emparé du destin d’Olga dont il restitue la vie grâce à une écriture magnifiée.

Valérie Zénatti est la traductrice des romans d’Aharon Appelfeld. Mais leurs liens dépassent la simple relation d’un écrivain avec son traducteur. Dans le faisceau des vivants est un récit qui commence au moment où elle apprend la mort de d’Appelfeld.

Le rituel des dunes de Jean-Marie Blas de Roblès est tissé de mille histoires. C’est onirique, c’est mélancolique, c’est beau !

L’atmosphère de La Havane merveilleusement reconstituée par la puissance de l’écriture de Leonardo Padura : La transparence du temps nous entraîne à travers les époques sur les traces d’une Vierge Noire. On retrouve avec bonheur le personnage de Mario Conde.

Le héros de La légende de Santiago du chilien Boris Quercia est un flic un peu paumé. Il a l’occasion de rafler un sachet de cocaïne sur une scène de crime. Mauvaise idée …

Les porteurs d’eau est un roman qu’il faut lire et laisser reposer comme une pâte à pain. Les deux histoires contées en parallèle par Atiq Rahimi ne se rejoignent jamais. C’est au lecteur d’y voir des ponts, des liens, des résonances.

Les assoiffés a paru en 1938 et ressort aujourd’hui grâce aux éditions du Sonneur dont le travail est de faire découvrir des romans oubliés qui font écho à notre époque contemporaine. Découvrons donc l’histoire des émigrés irlandais de la famille de l’auteur, Jim Tully.

Vladimir Maramzine s’est toujours farouchement battu pour l’indépendance de la culture. Russe exilé à Paris depuis une cinquantaine d’année, il livre avec Un tramway long comme la vie, le portrait de l’union soviétique d’après guerre et des russes exilés. 13 histoires aux colorations différentes : sarcastiques, tendres, révoltées …

 

La marcheuse de Samar Yazbek

Samar Yazbek nous offre avec La marcheuse non seulement une performance littéraire, mais aussi la manière la plus subtile de nous immerger dans la réalité de la guerre en Syrie : celle de la fiction.

Rima est adolescente, elle nous dit son histoire depuis la Syrie. Elle s’adresse en effet directement à nous, lecteur. Le ton est familier :  elle nous tutoie, nous sommes définitivement à ses côtés.

Extrait : « Plus tard, j’essaierai de t’expliquer ce que signifie la faim, mais vu que j’essaie de te présenter mon récit de la manière la plus structurée que possible, je vais laisser de côté cette sensation qui ressemble à un triangle ».

Dans ce récit qui emprunte les chemins du conte, on apprend comment elle a perdu l’usage de la parole un jour de fuite où, rattrapée par un passant, elle s’est trouvée dans l’incapacité de crier. Elle décrit sa capacité singulière à marcher sans pouvoir s’arrêter. C’est pourquoi sa mère, puis son frère la maintiennent attachée.

C’est donc muette et entravée que Rima nous dit tout de la guerre : du bruit des bombardements, des odeurs et des couleurs des attaques chimiques. Elle est seule dans la partie assiégée de la Ghouta, coincée dans une espèce de souterrain où l’air se fait rare.

RimaMarcheuse Yazbek tire son énergie vitale de la littérature : elle a dévoré (entre autre) Le petit Prince, et Alice au pays des merveilles dans la bibliothèque de l’école où sa mère faisait le ménage.  Dans son adresse au lecteur, elle  décrit ses planètes  secrètes et ses sensations d’être démesurément grande dans un petit espace. On comprend assez vite qu’il s’agit pour elle de conter pour ne pas mourir…

Nous voici donc pauvre lecteur coincé dans ce récit magnifique et désespéré, impuissant devant la  souffrance de Rima – qui est celle de la Syrie.

Lire ce roman requiert quelque effort,  c’est vrai et l’on ressort de sa lecture assez ébranlé. Mais il appartient à la littérature de venir parfois nous secouer et nous ouvrir les yeux.

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Rien d’autre sur terre, de Conor O’Callaghan

 

Voilà un Rien d'autre sur terrepremier roman bien singulier que nous offre ici le poète irlandais Conor O’Callaghan. Un livre  OVNI à mi-chemin de la chronique sociale et du polar, tantôt d’un hyper réalisme frisant le documentaire, tantôt intrigant et mystérieux aux limites du surnaturel.

Un soir d’été caniculaire, en Irlande, le narrateur, – un prêtre d’une cinquantaine d’années-  ouvre sa porte à une gamine hagarde et dépenaillée, manifestement déboussolée et qui lui avoue dans un souffle : « Mon papa a disparu… Lui aussi. »

S’ensuit alors un long flash-back hallucinant où l’on va découvrir l’histoire de la famille de cette fillette venue s’installer dans un décor improbable : une villa témoin sur le chantier d’un lotissement inachevé, laissé à l’abandon.

Que s’est il passé-t-il dans cette maison ? Quels sont ces bruits étranges entendus parla mère juste avant qu’elle ne disparaisse ? D’où provenaient ces inscriptions écrites sur la poussière des vitres  ? Pourquoi l’eau et l’électricité sont-elles coupées sans explication ? Et surtout : qu’est-il advenu des membres de cette famille qui semblent s’être un à un effacés au monde ?

La force de ce roman  énigmatique  est d’impliquer le lecteur  dans une quête de la vérité aussi troublante qu’inquiétante, en l’amenant à apporter  lui-même ses réponses aux interrogations restées en suspens et en laissant toute la place au doute et à l’implicite.

« Rien d’autre sur Terre » est un roman original et envoutant. Vraiment un très beau moment de lecture.

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