L’éternel printemps de Marc Pautrel

PAUTRELFuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve
Il est écrivain, pas loin de la cinquantaine. Elle est libraire, une dizaine d’années en plus. Quand ils se rencontrent par le biais d’amis communs, commence entre eux une amitié intellectuelle faite de rendez-vous – au restaurant, en librairie,  dans les parcs.

 
Elle sort peu, mais elle aime aller au restaurant. Parler sans fin en mangeant est également un de mes grands plaisirs.

L’amitié se mue rapidement en attirance sensuelle. Mais derrière une attitude solaire et joyeuse,  il découvre une femme angoissée – par son âge, son image, le temps qui passe, la mort. Elle ne s’autorise pas cet élan qui sied mieux à la jeunesse, pense-t-elle. Ce mouvement qui trahirai un désir qui n’est plus de son âge, pense-t-elle. Les tentatives d’approche sont silencieusement repoussées. Pour autant une relation lumineuse éclot entre eux : un printemps qu’elle veut éternel, figé, afin que leur histoire de s’abîme dans l’automne de leurs vies respectives et pire, dans l’hiver qui menace toute vie. L’éternel printemps est un très beau roman d’amour qui saisit deux personnages dans leur complexité.

 
« tu vois les trois dernières fenêtres, là, au dernier étage, c’est chez moi ». Je souris, tout cela est un peu ridicule, elle me désigne de loin son appartement et elle me montre où elle vit, mais à distance […] je suis abasourdi et pourtant je souris, elle m’attire, elle m’émeut tellement, elle est si touchante, si sûre d’elle dans ses choix, si erronés soient-ils, elle est si impressionnante quand elle n’hésite pas et qu’elle n’a plus peur de choisir, quand elle agit aveuglément mais avec assurance.

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Direction Fiction, le rendez-vous des lecteurs 2019/5

Il y a deux semaines se tenait le dernier rendez-vous des lecteurs de l’année 2019. Compte-rendu :

Après avoir remporté un immense succès populaire en Espagne, le prodigieux roman de Manuel Vilas remporte le prix Femina étranger en France. Ordesa est un récit autobiographique touchant du début à la fin. L’auteur y construit patiemment, mot à mot, un superbe mausolée pour ses défunts parents.
Peter Farris, auteur du remarqué Le diable en personne, revient avec un roman âpre autour d’un meurtre déguisé en accident. Les mangeurs d’argile met en scène une galerie de personnages hauts en couleurs.
Dans les années 80, un collégien isérois se fait renvoyer pour avoir participé à une mauvaise blague raciste. Devenu adulte, il exhume cette histoire peu glorieuse de son passé et écrit Mikado d’enfance en forme de pardon. Ce collégien, c’était Gilles Rozier. Lire la suite …

Sept petites douceurs lie érotisme et pâtisserie 100% pur sucre. En retraçant une histoire d’amour, Shaun Levin nous livre des recettes pour garder son amoureux et survivre à la rupture.
Emmanuelle Favier plonge dans la petite enfance de Virginia, son apprentissage du sensible, ses émotions premières pour montrer comment elle est devenue la future géniale écrivain Virginia Woolf.
Quel roman délicat que L’éternel printemps ! Un écrivain très épris d’une libraire déambulent dans un Paris caniculaire et jouent la partition de l’amour courtois. Par Marc Pautrel.
Ils sont jeunes, désargentés, mais ils s’aiment fort. Pour Pete Fromm, il fallait un terrible coup du sort (la mort prématurée de la jeune fille) pour écrire La vie en chantier.
Un ancien commando marine dont la mort a été simulée, une mystérieuse organisation para-gouvernementale, un médaillon au pouvoir surnaturel, le tout dans un pays en plein chaos, c’est Répliques d’Emmanuel Delporte. Le premier épisode prometteur des aventures du Styx.
Une mère et sa jeune fille, deux personnages fracassés par la vie, vont fuir leur quotidien et rencontrer Starlight, un homme d’une grande bienveillance qui va les remettre d’aplomb. Un grand livre du regretté Richard Wagamese sur le pouvoir de guérison de la nature sur des êtres malmenés. Lire la suite …
A vos agendas : prochain rdv le samedi 15 février 2020 à 14h

 

Starlight, de Richard Wagamese

Emmy eStarlightt sa fille WInnie vivent dans une bicoque avec deux hommes violents, deux brutes épaisses qui abusent d’Emmy et la maltraitent. Pour protéger sa fille à qui ils menacent de s’en prendre, elle supporte ces sévices. Mais un jour, la coupe est pleine.  Suite à une énième humiliation, elle assomme ses agresseurs,  met le feu à la maison et prend la fuite.

S’ensuit une cavale désespérée où elles tentent de survivre en commettant des petits larcins dans les fermes, dérobant des vêtements sur les cordes à linge et de quoi se nourrir dans les épiceries. Le but d’Emmy est de protéger sa petite coûte que coûte et de l’éloigner de la violence des hommes…

Sur leur route, elles vont rencontrer Franklin Starlight qui va leur proposer l’hébergement contre du travail.

Quand il n’est pas occupé au travaux de la ferme, cet homme rude et solitaire parcourt la nature sauvage et réalise des clichés d’une incomparable beauté. Petit à petit, avec douceur, il va réussir à gagner la confiance des deux fugitives, les aider à se reconnecter avec leur moi profond en leur faisant approcher au plus près cette faune sauvage qu’il connait si bien. Au fur et à mesure, les blessures vont se refermer, la paix va s’installer et Starlight va leur apprendre l’humanité, comme l’avait fait des années auparavant « Le vieil homme », celui qui l’avait recueilli quand il était enfant.

Ce roman dRichard Wagamese at the Eden Mills Writers' Festival in 2013e Richard Wagamese, indien d’origine amérindienne, est un très beau livre sur la transmission. C’est aussi une très belle histoire de résilence contée dans une langue claire, lumineuse et touchante.

 

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Mikado d’enfance de Gilles Rozier

Mikado d'enfance de Gilles RozierDans ce récit pudique et sensible, Gilles Rozier revient sur un évènement qui semble avoir déterminé sa vie : alors qu’il était collégien à Vizille dans l’Isère, il s’est fait renvoyé avec deux de ses camarades pour avoir adressé une lettre antisémite à un professeur.  Ce qui aurait pu se régler avec deux heures de colle et une éducation à l’histoire juive, s’est transformé en tribunal implacable. Toute une machinerie punitive s’est mise en branle afin d’accuser, de stigmatiser, de porter la honte sur les fronts des trois écervelés. Bien qu’il n’a fait que fournir l’adresse du professeur pour rendre service à ses camarades – et sans doute se faire aimer de ces fils d’ouvriers, lui le fils de nantis qui possède le bottin téléphonique – cet enfant un peu naïf sera dès lors habité par une culpabilité immense.

Commencera alors un cheminement vers une prise de conscience, notamment à travers le passé familial, et qui le conduira plus tard à apprendre le yiddish et à devenir le spécialiste français de la culture juive.

C’est avec ce livre touchant que Gilles Rozier répare l’enfant qu’il a été.

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Direction Fiction, le rendez-vous des lecteurs 2019/5

Voici la liste des livres présentés samedi 19 octobre, lors du traditionnel rendez-vous des lecteurs.

L’amour est aveugle de William Boyd
Le plus francophile des écrivains anglais signe un roman éblouissant autour d’un personnage attachant, Brody, accordeur de piano. Avec lui, on parcourt l’Europe du 19e siècle et toute l’actualité musicale de l’époque, qui est restituée avec panache et précision.

Ici n’est plus ici de Tommy Orange
Le livre dont tout le monde parle aux Etats-Unis est un roman choral, où 12 personnages parlent tour à tour pour dire l’histoire cruelle d’un peuple, celui des indiens d’Amérique, et sa mort programmée. Coup de coeur des bibliothécaires, lire la chronique

Mes vrais enfants de Jo Walton
Patricia ne se souvient plus très bien quelle a été sa vie. A-t-elle été mariée à Mark ou bien à Bee ? A-t-elle eu 4 enfants ou 3 ? Une histoire invraisemblable et totalement addictive. Coup de coeur des bibliothécaires, lire la chronique

Pars s’il le faut de Marie-Ange Guillaume
récit d’une femme qui voit arriver ses 70 ans avec étonnement et mélancolie. Parisienne forcenée, elle avait décidé d’aller vivre à Sète où depuis une dizaine d’années, elle trimballe sa solitude. Qu’est-ce qu’une vie, sinon une suite d’évènements rarement voulus et maîtrisés ? Avec élégance et lucidité, elle se repenche sur le passé, dans un style très personnel où l’humour est toujours présent.

Nous étions nés pour être heureux de Lionel Duroy
Paul est brouillé avec ses frères et sœurs depuis une vingtaine d’années. Ce livre est le roman de leur réconciliation. Le temps d’un repas de famille dans le jardin, ils règlent leurs comptes, mais de façon bienveillante. Ce sont de beaux personnages à découvrir.

La mer à l’envers de Marie Darrieussecq
En croisière avec ses enfants, Rose assiste une nuit au sauvetage de migrants en pleine mer. Elle donne le téléphone de son fils à l’un des jeunes hommes. Un très beau roman sur une femme qui oscille entre passivité et engagement.

Les 5 romans en lice pour le Prix Summer :

Monde sans rivage de Hélène Gaudy
En 1930, on retrouva les débris d’une expédition suédoise qui survolait en ballon le Pôle Nord 30 ans plus tôt. Parmi les restes, un film non développé, un carnet de bord, des lettres… Hélène Gaudy s’empare de ces matériaux pour aborder le monde de l’exploration au 19ème siècle.

Cora dans la spirale de Vincent Message
C’est le portrait d’une femme qui reprend son travail après un congé maternité.L’entreprise va mal et malmène ses salariés. Beaucoup plus qu’un roman social, ce livre vaut aussi pour son style amusant et original.

Avant que j’oublie de Anne Pauly
La mort du père ou comment recomposer un puzzle familial avec des souvenirs tantôt sublimes, tantôt moches.
Anne Pauly sera à la médiathèque de Décines le samedi 18 janvier à 14h !

Par les routes de Sylvain Prudhomme
Bien qu’il soit ancré dans la vie, « l’auto stoppeur », a toujours besoin de fiche le camp ailleurs, de rencontrer des gens, des paysages, de se créer ses propres aventures, d’inventer sa vie au fil des surprises. Un beau roman original sur la France des villages et du temps suspendu.

Propriété privée de Julia Deck
Un couple de quincas parisiens devient propriétaire d’un appartement neuf dans un éco-quartier calme de la proche banlieue. Calme ? Jusqu’au jour où des voisins sans-gêne emménagent dans l’appartement mitoyen…

A vos agendas : prochain rendez-vous Samedi 14 décembre à 14h

Ici n’est plus ici, de Tommy Orange

DouzOrange livree personnages et un auteur en colère…

Pour son premier roman, ce jeune auteur américain de 37 ans d’origine cheyenne nous immerge au coeur de la communauté indienne de la ville d’Oakland. D’une écriture toute aussi vive que son propos, il dégomme un à un tous les clichés éculés que les non-indiens associent systématiquement à son peuple.

Non ! Les indiens ne vivent pas tous dans des réserves ! Non ! Ils ne ressemblent pas tous au géant fou du film « Vol au dessus d’un nid de coucou », pas plus qu’ils ne passent leur temps à fabriquer des attrape-rêves, des ceintures de perles ou des masques ornés de plumes. Ils ne dansent pas en tapant du pied et en criant des borborygmes comme dans les westerns. La majorité des indiens d’Amérique d’aujourd’hui sont des indiens urbains.

Extrait :  » Les villes se forment de la même façon que les galaxies.  Les indiens urbains se sentent chez eux quand ils marchent à l’ombre d’un building. Nous sommes désormais plus habitués à la silhouette des gratte-ciel d’Oakland qu’à n’importe quelle chaîne de montagnes sacrées, au hurlement des trains dans le lointain qu’à celui des loups, nous sommes plus habitués à l’odeur d’essence, de béton coulé de frais et de caoutchouc brûlé qu’à celle du cèdre, de la sauge, voire du frybread – ce pain frit qui n’a rien de traditionnel, comme les réserves n’ont rien de traditionnel ».

Tommy Orange donne la parole à tour de rôle à chacun de ses personnages qui sont tous des descendants d’autochtonesTommy Orange-portrait. Tous ont en commun une vie difficile et tous se posent la même question : « C’est quoi, être indien à l’heure actuelle en Amérique ? »

Il dresse ainsi le portrait de tout un panel des populations indiennes issues de différentes ethnies. Hommes, femmes, jeunes ou moins jeunes, sang-mêlés, enfants adoptés… Tous sont liés, même sans le savoir, soit par les liens du sang, soit par des évènements antérieurs souvent dramatiques. Les destins se croisent, s’entrechoquent, s’éloignent, pour finalement converger  ensemble vers une apothéose flamboyante qui explose en une inexorable déflagration au grand pow-wow annuel d’Oakland.

Ce roman puissant, plein de « bruit et de fureur » est un implacable plaidoyer contre la volonté de domination d’un peuple sur un autre.  Il est aussi, plus largement un roman moderne de l’histoire amérindienne qui s’inscrit dans la réalité de l’Amérique trumpienne à l’ère d’internet, des jeux vidéo, des drones espions ou encore des imprimantes 3 D susceptibles de rendre possible la fabrication d’une arme en quelques clics…

 

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Mes vrais enfants de Jo Walton

WALTONQuelle aurait été votre vie si vous n’aviez pas pris telle décision importante ?
Patricia est dans le grand âge. Confuse, elle confond les visages du personnel de l’ehpad. Elle se rappelle avoir monté un étage en ascenseur, là où aujourd’hui, elle ne trouve qu’un escalier. Un jour, elle est sûre d’avoir été mariée et avoir eu 4 enfants. Le lendemain, elle ne jure plus de rien. Au fond, qui est celle qu’on appelle simultanément Pat, Trish, Patsy ou Tricia ?

Remontons le fil de son existence pour découvrir qu’elle semble s’être dédoublée …
Jo Walton explore les orientations possibles d’une vie : Patricia est dans le premier récit une femme soumise qui renonce à sa vocation d’enseignante pour devenir femme au foyer, mariée à un homme terne et macho. Dans le second, c’est une femme qui lutte pour faire valoir ses choix de femme et trouver le bonheur.

 
Mes vrais enfants est un roman qui parle surtout de la condition des femmes dans les 50’s et son évolution dans les décennies suivantes. Ces vies simples et simplement restituées par l’auteur, font écho en nous. D’ailleurs, en lisant, on ne peut s’empêcher de se dire « quelle aurait été ma vie si … »

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