Lettre d’amour sans le dire d’Amanda Sthers

STHERSNi heureuse, ni aimée ou aimante, Alice voit sa vie se déliter sans bien comprendre ce qu’il se passe. Et ça n’est pas sa nouvelle installation à Paris – à la seule initiative de sa fille –  qui va arranger les choses.  Un jour d’ennui, elle entre dans un salon de thé, et au hasard d’un quiproquo, se voit offrir un massage shiatsu.

La lettre du titre, c’est celle qu’elle adresse à Akifumi, le masseur qui – sans le savoir – a provoqué le déclic la menant à se reconnecter au monde, aux autres, à elle-même. Akifumi avec qui elle n’a échangé aucun mot, mais communiqué beaucoup par la peau, celle de ses mains à lui sur son corps a elle. Quelque chose est passé entre eux, quelque chose d’assez profond pour la sortir de sa léthargie.

Avec subtilité et maîtrise, Amanda Sthers nous offre un petit miracle à lire, aussi distrayant qu’émouvant, aussi original qu’universel.

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Se cacher pour l’hiver de Sarah St Vincent

Après la mort tragique de son mari, Amos,  dans un accident de la Se cacher pour hiverroute dont elle-même a réchappé de justesse, Kathleen s’installe chez sa grand-mère, dans un petit village de Pennsylvanie, au coeur des Blue Ridge Montains.

Kathleen est une jeune femme solitaire qui souffre en silence. Blessée dans son corps, elle est aussi meurtrie à l’intérieur. Intuitivement, elle ressent qu’on lui reproche d’être en vie, tandis qu’Amos, l’ami, le frère, le fils, manque si cruellement. Alors, elle s’isole, s’enferme sur elle-même et s’épuise au travail.

Elle n’a plus de lien social, si ce n’est sa relation d’amitié avec Martin, le gérant du snack où elle est serveuse, et Beth, l’amie d’enfance, dont l’époux, militaire est en mission en Irak.

Un jour, Daniil, qui dit venir d’Ousbekistan,  pousse la porte du snack… Manifestement, c’est un homme traqué. Que fuit-il ? Quelque chose ou quelqu’un ? Son passé ?

Au fil des rencontres, ces deux solitudes qui ont bien peu de choses en commun, si ce n’est de vivre dans l’ombre,  vont se livrer l’un à l’autre et de confidences en confidences, on découvrira le terrible secret que chacun cache au plus profond de lui-même.

Se cacher pour l’hiver est un très beau roman noir sur fond de nature glacée.

 

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Direction Fiction, le rendez-vous des lecteurs 2020/4

Voici la liste des titres présentés lors du dernier rendez-vous des lecteurs de l’année 2020.

L’immense auteur israëlien David Grossman qui nous avait frappé avec Une femme fuyant l’annonce, prix Médicis 2008, revient avec une autre histoire terrible et bouleversante. Dans La vie joue avec moi, une lignée de 3 femmes cherche la vérité en dénouant les fils du passé tourmenté de Véra, la grand-mère.

Trencadis, c’est un mot espagnol qui désigne le miroitement d’un objet brisé. Et c’est un mot qui convient parfaitement à Niki de Saint Phalle, dont la vie s’est brisée à l’âge de 11 ans mais qui a fini par rayonner à travers sont art. Une biographie-mosaïque, particulièrement incarnée, que nous livre Caroline Deyns.

Dans Mariage en 10 actes de l’anglais Nick Hornby, un couple qui bat de l’aile entame une thérapie. Mais une thérapie à l’anglaise : avec moults sarcarsmes et des litres de bière.

On a connu Bergsveinn Birgisson avec La lettre à Helga, coup de coeur des lecteurs de la Médiathèque en 2013 et best-seller mondial. Voilà son premier roman enfin traduit : Du temps qu’il fait. En grand (ra)conteur, l’auteur nous embarque dans un fjord isolé et nous touche avec la chronique des jours qui passent au sein d’une petite communauté de pêcheurs islandais.

Comment est le dernier Djian ? C’est un bon millesime pour les admirateurs de cet auteur qui revient avec … une fable écologiste ! L’histoire : en 2030, on se demande pourquoi on a continué à foncer dans le mur ces 10 dernières années, tandis que la végétation a presque complètement disparu, que l’eau est une denrée rare et que les pannes d’électricité rythment le quotidien. Cette course à la destruction aura-t-elle une fin ? Ca n’est pas sûr …

C’est l’histoire d’Un gars et son chien à la fin du monde. Le monde s’est dépeuplé depuis que le taux de fécondité à dramatiquement baissé. Seuls quelques milliers d’humains peuplent la planète désormais. Griz fait partie de l’une de ces rares familles. Un jour, un homme mal intentionné débarque chez lui et lui vole son chien. L’écossais C. A. Fletcher nous embarque dans un roman d’aventures palpitant.

La chienne est le premier roman de la colombienne Pilar Quintana et il explore le désir d’enfant contrarié. Damaris n’a pas pu en avoir et reporte son affection sur un chiot que lui donne sa voisine.

La narratrice de L’amour sans le dire d‘Amanda Sthers écrit une longue lettre à un homme, praticien du massage shiatsu, qu’elle a rencontré par hasard. Cette femme qui passait à côté de sa vie a été révélée à elle-même par le toucher, la douceur et la fermeté des mains de cet homme.

Hélène Cixous explore l’histoire de sa branche maternelle, des juifs allemands installés à Osnabruck en Basse-Saxe. Elle retourne arpenter les Ruines bien rangées du passé douloureux de cette ville où on a beaucoup noyé, lapidé, brûlé (des sorcières, des sages femmes, des juifs …)

Sale bourge, de Nicolas Rodier

Premier roman de Nicolas Rodier, « Sale bourge » nous entraîne dans une spirale infernale de  violence au sein d’une famille bourgeoise des années 8rodier0.

A l’ouverture du roman, Pierre a une petite trentaine d’années. Il sort du tribunal où il vient d’être condamné pour violence conjugale :  4 mois avec sursis, assortis d’une mise à l’épreuve de 18 mois et d’une injonction de soins.

Pourtant, Pierre aimait et aime toujours sa femme. De toutes ses forces, il a lutté, poings serrés dans les poches, pour ne pas céder à ces pulsions irrépressibles qui lui donnaient une furieuse envie de cogner.  Mais rien n’y a fait. Il a commis l’irréparable.

L’auteur revient alors sur la vie de Pierre. Son enfance, son adolescence, sa jeunesse. Avec distance, presque avec froideur, il raconte la maltraitance. Les humiliations, les coups,  les sévices, qui ont fait de lui un individu bancal et incapable de contrôle.  Cette violence, somme toute devenue banale, exercée sur lui et ses frères et soeurs par une mère hystérique et dépressive.

Il dit aussi  la passivité du père, l’indifférence, le consentement de l’entourage familial. Il dénonce les valeurs réactionnaires, le racisme, l’homophobie, le mépris des petites gens… Tout cet environnement délétère qui a contribué à inscrire au plus profond de lui la brutalité et la violence comme modes de fonctionnement.

Certes, on pourrait reprocher à l’auteur d’ériger son personnage en victime et de le dédouaner de toute responsabilité. Mais il n’en est rien, car jamais il ne se prononce. Il ne fait que décrire, décortiquer par le menu un système éducatif barbare exacerbé par la fragilité psychologique de la mère.

Les phrases sont courtes.  L’écriture simple et factuelle rend compte sans jamais être démonstrative. C’est sûrement la grande force de petit livre  puissant qui vient s’inscrire au rang des grands romans sur l’enfance difficile, au même titre que « Vipère au poing » d’Hervé Bazin   ou « Enfance » de Nathalie Sarraute.

 

 

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Loin-Confins de Marie-Sabine Roger

ROGERTanah est la princesse du royaume de Loin-Confins. Son père est le roi en exil de ce paradis perdu, et souhaite le reconquérir avec son aide. Pour elle, il fait vivre ce lieu enchanté par la grâce et la puissance des mots : chaque soir, ils vont à la pêche aux crabes pinçons, déambulent au marché de Sainte Gambade ou déboulent les pentes de Grand’ Montagne Chaude.

Mais tout ça n’est qu’une histoire pour s’endormir et échapper à un quotidien pas très reluisant. Tanah sait bien que la réalité est tout autre. « La réalité qui transforme [nos rêves] en vieil imagier aux pages déchirés, aux coins souillés de traces, piquetés de moisi. ». En se penchant dans les albums photos, « quand les jours ont trop d’heures », elle comprend vers 9-10 ans, que ce père adoré, qui se fait roi tous les soirs, est en fait très fragile et qu’il a fait plusieurs séjours en hôpital psychiatrique. Mais sans le savoir, il lui fait le plus beau cadeau : le goût pour le rêve et l’imaginaire qu’elle cultivera toujours une fois adulte.

Marie-Sabine Roger délaisse les comédies sociales qui ont fait son succès pour un roman plus grave sur le pouvoir de la fiction qui nous entraîne parfois à transformer nos vies.

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Les roses fauves, de Carole martinez

ROSES FAUVESC’est loin de sa famille que la narratrice s’exile pour écrire son nouveau roman.

Installée à Trébuailles  en Bretagne, elle rencontre Lola qui  travaille à la poste du petit village.  Lola est une femme simple  sans artifice. Boiteuse, elle mène une existence solitaire et ne vit que pour son jardin. C’est elle qui  va raconter à Carole cette vieille coutume espagnole :

 « Dans la sierra andalouse quand une femme sentait la mort venir, elle fabriquait des cœurs de lin ligotés par une tige de rose dessinée à l’aiguille, dans lesquels elle glissait des dizaines de bouts de papier pliés où étaient inscrits ses inavouables secrets. » A sa mort sa fille ainée en héritait avec  l’interdiction de l’ouvrir.

Or un cœur s’est décousu. Bien sûr, Lola ne lirait pour rien au monde ce qu’il renferme.  Mais qu’en est-il de sa nouvelle amie ? … Quels secrets va-elle découvrir ? Lola est-il son vrai prénom ?

Les roses fauves est un roman mêlant merveilleux et fantastique qui se lit avec plaisir.

 

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Le grand vertige, de Pierre Ducrozet

Eco-fiction ? Etat des lieux de notre monde ? Chronique d’une mort annoncée  ? Ou bien formidable histoire d’une utopie et galerie de portraits sensibles ? le grand vertige-Ducrozet

Difficile de catégoriser ce « Grand vertige » de Pierre Ducrozet, tant il emprunte à des genres divers, s’attache à l’intime tant qu’à l’universel, oscille du réel au fictionnel, en empruntant à la fois les codes du polar, du roman d’espionnage  et les artifices de la fable.

Bruxelles. 2016. Adam Thobias, éminent scientifique est nommé à la tête d’une commission internationale (Le CICC) censée réfléchir au changement climatique et tenter d’élaborer un nouveau « contrat naturel ».  En bref : il s’agit « d’examiner le présent pour imaginer le futur ».   La tâche est rude, me direz-vous, et le monde est vaste. Certes ! Justement.  Adam,  pour constituer son « groupe d’éclaireurs », -le réseau Télémaque-, va contacter divers personnages parmi ses connaissances, tous d’horizons  différents mais qui ont en commun d’être des références dans leur matière. Leur principal objectif : faire une cartographie du terrain et découvrir une nouvelle source d’énergie renouvelable.

Nathan ,  microbiologiste canadien passionné par la botanique et la faune sauvage. Tomas,  suédois,  « observateur immobile », voyageur chevronné sur Google Earth.  Mia,  Ukraino-brésilienne de 33 ans, exploratrice anthropologue, éco-féministe et casse-cou, ou encore June,  une jeune française de 22 ans qui se définit elle-même « capable de tout et faiseuse de rien » !

Voici le noyau central de la fine équipe composée par Adam, et les voilà tous lancés aux quatre coins du monde pour y remplir leur mission.  Très vite, les investigations du Réseau Télémaque vont déranger des pouvoirs en place, mettre en cause les grands lobbys financiers et ses membres vont devenir la cible des puissants.

Pierre Ducrozet livre un roman foisonnant et saisissant de clairvoyance quant aux défis que l’humanité doit relever pour offrir un avenir  à notre belle planète…

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