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Je ris parce que je t’aime d’Alexandre Sneguiriev

sneguiriev Fiodor et Léna sont deux jeunes russes, étudiants en architecture. Ils sont amoureux. Un jour, à 17 ans, Léna est enceinte. Or, l’enfant qui naît de leur union s’avère être trisomique. A la naissance, c’est le choc. Une réalité  incompréhensible, insurmontable. Léna, qui semblait mieux accepter « ce coup du sort » prend la fuite et Fiodor, d’abord incrédule, puis tour à tour en colère et rongé par la honte, finira par laisser Vania « aux bons soins » de ses parents sans aucun état d’âme.

Le livre débute à la mort des parents. (Deux décès relativement rapprochés) Fiodor n’a alors d’autre alternative que de récupérer son fils, maintenant devenu adolescent et de tâcher tant bien que mal de l’assumer. Un fils qu’il ne connaît pas, ou si peu. Un fils élevé par sa grand-mère dans la religion et la superstition, (tout ce que Fiodor déteste) un fils, souvent drôle aussi, fragile  physiquement (il est cardiaque) et psychologiquement. Un fils attachant et qui raisonne avec une logique bien différente du commun des mortels.

Tous deux vont emménager dans l’ancien appartement des parents de Fiodor et séjourner dans leur vieille datcha. Pour Fiodor, c’est la régression totale. Cette installation avec son fils dans ces lieux a comme une odeur de moisi, la couleur d’une vieille couverture défraîchie tricotée au crochet et le goût du champignon* !  (Le champignon, c’est la kombucha cette boisson pétillante  obtenue grâce à une culture de bactéries et de levures dans du thé et que les russes utilisaient comme ersatz du Coca) Pour lui, c’est aussi la fin de la liberté, c’est devoir exercer une surveillance quasi constante et chronophage, assumer le regard des gens … Bref, pas une mince affaire. Toutefois, ce n’est qu’une question de temps : Fiodor a pour projet de partir travailler aux USA et de confier Vania à une institution…

Sauf que tout ne va pas vraiment se dérouler comme il l’avait envisagé.  Petit à petit, Fiodor réalise que Vania a besoin d’être protégé du monde alentour, car il est innocent et sans défense. Et puis, Vania est imprévisible et bouleversant. Malgré ses lubies et ses certitudes inculquées par sa grand-mère, il a parfois des fulgurances pleines de bon sens et des élans affectifs dont Fiodor lui-même se sent bien incapable. Au fil des jours, Fiodor s’attache.

Finalement ils vont constituer un drôle de tandem, ce père et ce fils si différents. Vivre des situations rocambolesques souvent comiques. Faire des rencontres. S’amuser ensemble… et Fiodor, petit à petit, va apprendre la tendresse.

« Je ris parce que je t’aime » est un très beau roman dénué de mièvrerie mais très touchant. Alexandre Sneguiriev y aborde avec humour des sujets graves comme la prise en charge des enfants handicapés, leur intégration, et surtout le désarroi des parents, tout ceci sur fond d’une Russie sclérosée sur laquelle il porte un regard lucide et patriote à la fois.

 

 

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