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Le garçon incassable

Le garçon incassable par Florence SeyvosFlorence Seyvos est condamnée à l’enfance et c’est bien pour nous !

Également auteur jeunesse et scénariste de Noémie Lvovsky dernièrement avec « Camille redouble », elle prend, reprend, tourne et retourne le sujet.
Elle nous avait donné en 1995 avec « les apparitions », prix Goncourt du premier roman, un récit délicat. Délivrant à chaque page l’histoire d’un enfant « différent » qui se vivait comme une voiture.
Dans son dernier livre paru aux éditions de l’Olivier « le garçon incassable » la narratrice, trente ans, part sur les traces de Buster Keaton afin d’écrire une biographie.
C’est le point départ du récit, montage cinéma de deux vies en parallèle.
Buster Keaton, visage énigmatique du burlesque en noir et blanc. Enfant déjà il est le gagne pain de ses parents, leur bête de foire, le clou de leur spectacle de music hall. Son point fort « la chute » Buster tombe et se relève, tombe et se relève sans jamais sourciller…Le public rit, nous non, mais quelle histoire de vie stupéfiante.
Nous découvrons au fil des pages ce qui sans doute a amené la narratrice au plus proche de ce parcours hors du commun.
Son demi-frère, Henry. Henry prognathe et squelettique, fragile et fort. Jeune enfant une chute l’a précipité au bas d’un escalier, il ne se relèvera jamais. Du moins il restera hors du monde, du temps, coupé, dans une bulle.
Son père ne renoncera pas à l’éducation de ce fils différent. Henry retranché en lui-même subira cet apprentissage comme un dressage. S’il acquiert le langage, ce n’est pour lui qu’une suite de mots qui viennent et reviennent à l’identique. Pas de réponses aux questions, pas de réactions aux situations, pas de communication avec l’autre, un ruban de phrases qu’il déroule. Il est en lui et n’utilise que sa propre bande son.
C’est au lecteur de faire le lien entre ces deux histoires. Florence Seyvos est un auteur du ténu, du paysage de l’enfance et des enfances décalées où lecteur prend sa place, toute sa place.
Jamais elle ne joue du voyeurisme, ni de la sensiblerie. Elle est dans le sensible, la force de personnages en marge et nous avec. Lisez-la, vous comprendrez.

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