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Zulu de Caryl Ferey

En écho au Festival Quais du polar qui invite l’auteur français les 04, 05 et 06 avril 2014.

Caryl Ferey publie rFereyégulièrement depuis 1994.

Zulu qui sort en 2008 chez Gallimard (Série noire bien sûr) va collectionner les prix : 7 au total !  Il faut dire que ce livre les mérite tant il est exceptionnel. Nous voilà en Afrique du sud après l’apartheid.  Une étudiante blanche, fille d’un ancien champion des Springboks est retrouvée sauvagement assassinée dans un jardin botanique de Cape Town. Ali Neuman, chef de la police noir, doit faire la lumière sur ce crime. Il est accompagné de deux policiers blancs : Brian Epkeen, et Dan Fletcher. Tous trois – et nous avec eux eux – font faczulue à  la violence, la perversion et la corruption.  On est bien loin de la carte postale touristique sur un pays arc-en-ciel. Il s’agit bien là d’un roman résolument très noir et très fort. L’écriture de Caryl Ferey, la construction du récit, la psychologie des personnages offrent au lecteur un grand moment de littérature. Une fois refermé le livre, et pas mal secoué, on se dit que le prochain livre qu’on va ouvrir sera un autre de Caryl Ferey.

En 2012, le roman est adapté pour le cinéma avec Forest Whitaker dans le rôle d’Ali Neuman et Orlando Bloom dans le rôle de Brian Epkeen. Le film fera la clôture du festival de Cannes en 2013 pour le plus grand bonheur de Caryl Ferey.

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L’indien blanc de Craig Johnson

Craig_JohnsonEn écho au Festival Quais du polar qui invite l’auteur américain au chapeau de cowboy et aux santiags, les 04, 05 et 06 avril 2014.

Craig Johnson a fait à peu près tous les métiers qui existent : policier, cowboy, charpentier, pêcheur, chauffeur routier… et la meilleure idée qu’il ait eu est sans doute d’être devenu écrivain.

Lire Craig Johnson c’est s’imprégner de la nature, des grands espaces du Wyoming dans le comté d’Absoraka, le moins peuplé des Etats-Unis. L’auteur fait partie des « nature writers » de talent capable de vous faire entendre le bruit du vent dans les arbres ou le cri des oies sauvages alors que vous êtes assis dans votre canapé.

Craig Johnson c’est aussi l’art d’amener des enquêtes bien ficelées dans un univers qui semble pourtant si tranquille. On s’attache très vite au héros récurent, le Longmire-se-voit-offrir-une-deuxieme-saison-par-A-E_portrait_w532shérif Walt Longmire : un grand gaillard, qui n’a presque jamais quitté sa terre natale sauf pour faire la guerre au Vietnam. Il est entouré de son adjointe, la charmante Vic, sa fille Cady et passe beaucoup de temps avec son ami l’imposant Henry Standing Bear surnommé amicalement la Nation Cheyenne.

Les Indiens, il en est aussi souvent question dans les romans de Craig Johnson. Les problèmes sociaux des différentes tribus, la culpabilité de l’homme blanc, le mysticisme de certaines traditions sont toujours abordés de manière intelligente et sans aucun stéréotype.

N’hésitez donc pas à ouvrir un des livres de l’américain parmi ceux-ci, vous ne le regretterez pas et n’arriverez certainement pas à vous arrêter : Little Bird, Le camp des morts, L’indien blanc, Enfants de poussière ou Dark Horse. Les aventures du shérif Longmire ont également été adaptées en série télé récemment.

Pour cette chronique j’ai choisi un roman un peu atypique dans l’œuvre de Craig Johnson puisque cette fois-ci nous quittons le comté d’Absoraka presque désert pour la 6e ville des Etats-Unis : Philadelphie.

Henry Standing Bear est invité par l’Académie des Beaux-Arts de Pennsylvanie dans le cadre d’une exposition sur l’art indien. Le shérif Longmire en profite pour l’accompagner et passer quelques temps chez sa fille Cady qui habite Philadelphie et a fait carrière dans un prestigieux cabinet d’avocat. Toutefois rien ne va se passer comme prévu. Alors qu’elle devait rejoindre son père dans indien-blancla soirée Cady est agressée et grièvement blessée puis plongée dans le coma. Longmire attaqué dans sa propre chair va mener l’enquête alors qu’il est hors de sa juridiction. Le shérif entame alors une plongée en eaux troubles dans le monde cossu des avocats de Phillie.

Une chose est sûre : Craig Johnson s’adapte très bien à l’univers urbain. Les habitués seront peut-être décontenancés de ne pas retrouver le Wyoming sauvage mais l’auteur nous entraîne merveilleusement bien dans les rues de cette cité. Craig Johnson a pris des risques et pourtant cela fonctionne à merveille. Déplacés dans cet univers urbain les personnages, habitués aux grands espaces, font face à des situations inédites quelque peu inconfortables voire cocasses. Mais la psychologie des différents protagonistes très fouillée et le talent de l’auteur pour créer une ambiance au moins aussi importante que l’intrigue font de l’Indien blanc un très très bon roman.

Allez donc rencontrer Craig Johnson aux Quais du Polar. Si vous voyez un chapeau de cowboy dépasser de la foule c’est qu’il n’est pas loin.

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Pur d’Antoine Chainas

En écho au Festival Quais du polar qui invite un des auteurs les plus marquants du polar français contemporain, les 04, 05 et 06 avril 2014.

CHAINASAntoine Chainas est discret, il ne fréquente guère les festivals et ne laisse généralement pas ceux qui le lisent indifférents. C’est pourquoi c’est une chance de pouvoir le rencontrer lors du festival Quais du polar et c’est aussi l’occasion de (re)découvrir son dernier roman : Pur

Chainas nous propose cette fois-ci une plongée dans ces nouveaux quartiers hautement sécurisés qui fleurissent un peu partout, ces propriétés privées habitées par  les plus riches, ces îlots à l’abri des regards extérieurs et de la « populace », protégés par des grilles sous l’œil des caméras et des vigiles. Les gated-communities.

Elles sont monnaie courante dans certains pays comme le Brésil, l’Afrique du Sud ou les Etats-Unis, mais Chainas choisi d’encrer son histoire en France dans un temps qui nous semble très très proche et plutôt dans le Sud où les inégalités sociales se creusent. Chainas nous offre un portrait sans concession d’une société dichotomique où les pauvres restent en bas, près du littoral, et les riches respirent le bon air de la moyenne montagne.

Patrick, le personnage principal de ce roman, travaillPUR CHAINASe pour les sociétés chargées de trier sur le volet les futurs habitants de la communauté. Il établit des questionnaires qui permettent de sélectionner les rares élus. Riche, blanc, catholique pratiquant, voilà à peu près le portrait robot du bon candidat. Patrick a une bonne situation. Il est beau, dans la fleur de l’âge et son couple pourrait faire la une des magazines. Mais, puisqu’il doit y avoir un mais, tout va basculer…

Patrick et sa femme ont un grave accident de voiture. Elle ne s’en sort pas. Les circonstances sont floues. Le couple s’est pris le bec quelques minutes auparavant avec deux maghrébins dans une station service. Une aubaine pour le parti du maire sortant qui a fait de la sécurité et de la peur des étrangers sont cheval de bataille pour la course à sa réélection. Le but est donc d’instrumentaliser la vengeance de Patrick grâce à des groupuscules d’extrême droite à la solde de l’élu. Ce vent mauvais attise alors les braises de la haine dans une société déjà bien mal en point.

Magouilles politiques, xénophobie, société malade. Pur est un roman noir. L’écriture de Chainas fonctionne comme une éclaboussure qui vient souiller un ordre établi. La noirceur de l’âme de chaque personnage ressort comme un relent qui nous met parfois mal à l’aise mais dont l’ambigüité tellement humaine est parfaitement rendue.

Quais du polar c’est l’occasion de plonger dans le noir, alors pourquoi s’en priver. Allez rencontrer cet auteur en avril à Lyon !

Underworld USA de James Ellroy

EllroyEn écho au Festival Quais du polar qui invite ce grand écrivain américain, les 04, 05 et 06 avril 2014

James Ellroy est un monstre ! Monstre littéraire s’entend. Aujourd’hui James Ellroy a à son actif plus d’une vingtaine de publications. Son univers est noir, effrayant, sale, déstabilisant : il fascine ou rebute, c’est l’apanage des écrivains dignes de ce nom.  Le premier livre de lui que j’ai eu sous l’oeil c’est le Dalhia noir, le premier volume du Quatuor de Los Angeles *.  Celui qui raconte le meurtre d’Elisabeth Short, une starlette. Je garde encore aujourd’hui le souvenir du choc des mots, des situations décrites avec un goût ambigu pour les détails morbides. Ainsi la description du corps mutilé d’Elisabeth Short …  m’a valu d’éteindre prestement la lampe de poche qui éclairait ce texte si noir, sous la tente. Une expérience fondatrice : je garde encore la sensation d’euphorie frissonnante de ces lectures nocturnes sous la tente à la lampe de poche . Depuis, je le lis tout de même en plein jour.

Une fois le Quatuor terminé, la lecture d’Underworld USA** s’est imposée naturellement. L’ambiance restait tout aussi ténébreuse mais changeait de cap : finit le roman noir. Ellroy démarrait avec American tabloid une somme politico-historique-trash qui plongeait dans l’histoire de l’Amérique des années 60. Il s’agissait selon lui de « faire la contre-histoire souterraine des Etats-Unis – détruire les mythes mensongers établis pour leur substituer ma propre mythologie. ».  Une entreprise résolument obsédante et plutôt réussie : une fois le roman fini les personnages restent un bon moment à nos côtés. Avec eux Ellroy nous a embarqués  dans l’ombre de Kennedy, jusqu’à celle de Nixon.

Quelques cinéastes se sont frottés à son univers : Curtis Hanson, en 1997 en adaptant LA confidential, et Brian de Palma en 2006 avec l’adaptation du Dalhia noir. Sans égaler la puissance du texte, les deux restent de très beaux moment de cinéma.

Son prochain roman « Extorsion » est annoncé pour fin mars chez Rivages : il faut encore patienter quelques jours pour se replonger dans le « cirque Ellroy » comme l’évoque un article de Télérama paru en 2010.

* Le Dalhia noir, Le grand nulle part, LA confidential, White jazz

**American tabloid, American death trip, Underworld USA

Pour aller plus loin :
Visionner le Carnet de route de François Busnel
Visiter le site officiel de James Ellroy

ET… allez le rencontrer début avril à LYON !