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La douleur porte un costume de plumes de Max Porter

porterAu-delà d’un titre magnifique Max Porter nous livre ici un premier
roman qui ne l’est pas moins.
La mère vient de mourir laissant le père et les deux jeunes enfants
comme on l’imagine : interdits, défaits par le chagrin. Un coup est
frappé à la porte : le père ouvre et un corbeau entre dans la maison. Il
apporte avec lui une odeur pestilentielle, une extravagance  outrancière et, par dessus tout, sa fantaisie. Le corbeau restera dans
la maison le temps nécessaire pour traverser le deuil.
Ce personnage atypique bouscule le quotidien, dans l’histoire racontée,  et bouscule aussi l’écriture de ce récit.
Chaque personnage prend la parole à tour de rôle avec un style
particulier : Papa, Les garçons et … évidemment Corbeau qui dit à chacun ses 4 vérités : ce qui leur permet de sortir de la douleur.
Max Porter – qui est éditeur et donc grand connaisseur de la littérature britannique – situe son roman  dans une espèce d’héritage : celui de Ted Hughes.
Un mot sur Ted Hughes : cet écrivain anglais dans la foulée du décès de sa femme Sylvia Plath  publie un recueil de poèmes qu’il nomme Le corbeau et qui donne également la parole à l’oiseau avec une inventivité déconcertante.
Le père endeuillé doit publier une thèse sur… Ted Hughes, mais son travail n’avance pas. Encore une fois, c’est son drôle de visiteur qui le tirera hors de la page blanche.
Ce texte est à la fois très fascinant à lire et très déstabilisant.
Une preuve de plus de la puissance de la littérature qui par les mots
vous travaillent au corps. Une très belle découverte.

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La théorie de la lumière et de la matière, de Andrew Porter

Attention, chef d’oeuvre !

Derrière ce titre alambiqué se cache un petit trésor. Andrew Porter, grand nouvelliste dans la lignée de Raymond Carver et John Cheever, a reçu de nombreux prix pour ce recueil.

Voici donc dix nouvelles évoquant un moment fort d’une vie : amour de jeunesse, implosion d’une famille ou mort d’un ami. Les personnages sont à la croisée des chemins.

Peau, une nouvelle-instant d’une page, montre deux jeunes amants, rêvassant, nus. Dans un état de grande lucidité, l’homme voit le destin de son couple, et sait qu’immanquablement, quelque chose le brisera, malgré cet état de grâce actuel dont ils jouissent ensemble.

Dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, une jeune étudiante en physique est remarquée par son prof. Ils nouent une relation privilégiée. Leurs conversations glissent vers les confidences plus intimes sans être jamais déplacées. Heather est finalement troublée par cet homme qui a le double de son âge et dont elle a besoin du regard bienveillant et stimulant. Parallèlement, elle cotoie Colin, un étudiant en médecine. Elle ne l’aime pas vraiment mais sais déjà qu’elle se mariera avec lui. Un quiproquo l’oblige alors à faire un choix entre deux destins possibles : une vie confortable et conventionnelle avec son jeune amant (la matière) ou une vie intellectuellement riche et instable avec son professeur (la lumière).

Les atmosphères d’amertume, de nostalgie, de mélancolie, se succèdent au fil des histoires. Une écriture impeccable, une narration tranquille, des histoires en apparence toutes simples, mais recelant des drames intimes.