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les faibles et les forts, de Judith Perrignon

les faibles et les fortsMary Lee est en colère : Une descente de Police a eu lieu à son domicile et son petit fils Marcus vient de subir une fouille au corps particulièrement humiliante. Pour Elle, Dana sa fille, Wes, Jonah et Deborah ses petits enfants, c’est un véritable traumatisme.

La fratrie décide néanmoins de respecter le programme prévu pour la journée: Partir au bord de la rivière, pique-niquer, s’y rafraîchir car la journée promet d’être étouffante. Il faut aussi sauver les apparences face aux voisins qui les accompagne pour cette sortie. Au fil des chapitres, chaque personnage nous livre la façon dont il a vécu cette brutale intrusion jusqu’au dramatique dénouement.

 L’auteur remonte ensuite le fil de l’histoire du pays ainsi que celle de la famille. Nous sommes en 1949, dans la ville de Saint Louis dans le Missouri. Emporté par l’euphorie d’une élection triomphante, le maire adjoint s’est lâché en laissant entendre que l’accès aux noirs aux piscines municipales n’avait rien d’illégal. Pressé de se justifier auprès des journalistes, il va confirmer ses propos. Cette déclaration fait le tour de la ville et la jeunesse noire se précipite dés l’ouverture des équipements municipaux, embrasant les rues de la ville au bord de la guerre civile.

Mary Lee présente lors de ces affrontements raciaux en a conservé un douloureux souvenir : Son grand frère Howard fait partie des nombreuses jeunes victimes lynchées par les extrémistes de la communauté blanche. Handicapé à vie pour surdité, 50 ans après ces événements dramatiques, il erre dans la demeure familiale tel un fantôme du passé. La boucle est bouclée, la mémoire intime rejoint la grande histoire celle de la ségrégation, de la lutte pour les droits civiques.

Je n’ai pas pu lâcher ce roman. Peut être à cause de sa forme. Le récit s’ouvre d’abord comme un chant choral. On est happé par toutes ces voix qui résonnent à nos oreilles: tout sonne juste. Le flash-back des années 50 apporte une perspective historique nécessaire à ce qui de prime abord ne relevait que d’un simple fait divers romancé. L’auteur parvient aussi à restituer l’effervescence créée par le drame dans le pays, en mettant en scène de façon assez spectaculaire et très émouvante la voix radiophonique d’un des sauveteurs.

Enfin en surplomb, il y a le personnage de Mary Lee incarnation vivante de ces mémoires familiale et historique particulièrement touchantes auquel l’auteur a su prêter sa voix par la plume de la fiction.

Tous ces registres s’emboîtent naturellement les uns aux autres de façon assez convaincante.

60 % des afros-américains ne savent pas nager. Oui vous avez bien lu. Comme vous j’ai été sidéré par ce chiffre. Le2 Août 2010 six adolescents sont retrouvés noyés dans la Red River à Shreveport en Louisiane. Ces révélations ont provoqué l’écriture de ce roman. Judith Perrignon  enquêtait alors à Détroit dans la communauté noire américaine. Ce fut pour l’auteur l’occasion de passer de longs moments avec Mary Lee.

Ce récit est un vibrant hommage qu’elle lui rend ainsi qu’aux siens.

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