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L’homme descend de la voiture de Pierre Patrolin

L'homme descend de la voiture de Pierre Patrolin

Immersion dans l’espace mental d’un homme.
Cet homme est le plus souvent dans sa voiture. En fin de journée, il a coutume de faire de grands détours avant de rentrer chez lui. Sa vie, nous n’en savons presque rien si ce n’est qu’il vit avec une femme, qu’il a un foyer, un travail, des collègues. Et une voiture, donc. Neuve. Il éprouve un grand plaisir à la conduire, à écouter ses bruits, à renifler l’odeur écoeurante du plastique, à mesurer les mouvements de son corps au gré des virages et des pentes.

Traverser les bois à la nuit tombante ou rouler sans but dans les faubourgs moches de la ville dans un petit habitacle clos, voilà des moments propices à l’émergence de pensées mouvantes, bizarres, mais néanmoins familières à tout conducteur.

Tout à coup, un fusil apparaît dans l’histoire
Un jour, l’homme découvre une housse, oubliée de tous, derrière une porte de son garage. Elle contient un fusil, certes ancien, mais encore parfaitement apte à expédier n’importe qui ad patres. Cet évènement le trouble. Le fusil devient un objet aussi obsessionnel que la voiture dans les pensées de l’homme. Il ne peut s’empêcher de le déplacer, de cachette en cachette. Jusqu’à sa chambre, entre le sommier et le matelas, carrément sous le corps de sa femme… Le roman entreprend alors une pente dramatique à fort suspens.

« Je l’ai tuée sans méchanceté, elle ne voulait pas sortir. J’avais d’abord baissé la vitre de la portière, en pressant l’index sur le poussoir de l’accoudoir. Avec délicatesse.Elle volait autour de moi. Elle bourdonnait sous le pare-brise, sans décider de s’approcher de la vitre que j’avais ouverte afin qu’elle puisse s’enfuir. Ensuite, la mouche s’était posée sur le plastique neuf du tableau de bord. Noire, un peu brillante sur le grain mat de la garniture de polypropylène. Les ailes immobiles quand je l’ai écrasée. »

Ou plutôt, c’est le lecteur, troublé par l’irruption d’une arme létale dans ce roman jusqu’alors très patelin, qui appelle le sang de tous ses voeux. Depuis qu’il détient un fusil, cet homme nous semble psychologiquement égaré.

Je ne dirai pas où cette voiture et ce fusil conduisent le lecteur. Mais ce roman déroutant va en amuser plus d’un.

Rencontrez Pierre Patrolin à Lyon lors des Assises Internationales du Roman, un événement conçu et réalisé par Le Monde et la Villa Gillet

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