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Pigeon vole, de Melinda Nadj Abonji

Idilko est née  en Yougoslavie, en Serbie, du temps où le maréchal Tito était encore président. Elle, et sa sœur Nomi sont extrêmement attachées à leur grand-mère, Mamika, qui les a élevées en Pannonie, bien avant qu’elles  partent rejoindre leurs parents en Suisse.
« Pigeon vole » est un livre sur l’exil et sur l’expatriation, mais aussi et d’abord un livre sur l’enfance, une enfance heureuse, entourée de tendresse et d’amour. On y respire des odeurs de goulash mijoté, de paprika, de concombre aigre-doux, mêlées à la gaîté, au partage et à la douceur de vivre. Le souvenir de la grand-mère Mamika, figure maternelle par excellence, est étroitement liée à toutes ces sensations. C’est « la babouchka » que les fillettes retrouvent avec bonheur à l’occasion des vacances, c’est elle qui les rattache à leur terre natale.
Loin d’une narration linéaire, l’auteur nous livre une succession de petits instantanés, des moments de vie, avec en filigrane le paysage politique d’un pays recomposé, coincé entre ouest et est. Malgré un contexte sociopolitique difficile, la narration est souvent drôle, et certaines scènes, comme celle d’une dispute entre frères lors d’une fête de mariage, sont des morceaux d’anthologie. On n’est pas très loin du film d’Emir Kusturica « Le temps des gitans » et en lisant Pigeon vole, on croirait presque entendre les échos de la musique de Goran Bregovic !
J’ai personnellement été très touchée par ce roman et  sans doute la proximité du personnage principal avec l’auteure n’est-elle pas étrangère à la sympathie qu’inspire cette fillette déracinée. Comme Idilko, Melinda Nadj Abonji a été élevée par une grand-mère aimante, et comme elle, elle a vécu un exil douloureux en Suisse.
 L’écriture poétique et très imagée emporte, et en révélant un peu de ce qu’on pourrait appeler « l’âme balkanique », nous donne des envies de voyage…