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Tes yeux dans une ville grise, de Martin Mucha

martin muchaNous français, quelles représentations nous faisons-nous du Pérou d’aujourd’hui et de ses habitants ? Quelles images ce pays nous évoque t-il ? Une Cordillère des Andes verdoyante avec ses éleveurs de lamas aux ponchos bariolés, condors mythiques planant au dessus d’un Machu Pichu enneigé sur des airs de flûte de pan… Quelques noms Incas qui résonnent exotiques, Arequipa, Atahualpa, Titicaca… Une certaine idée d’un Eldoraldo qu’on devine quand-même un peu rude ?

Heureusement la littérature est là qui nous éclaire et nous aide à mieux connaître le monde si nous ne sommes pas grands voyageurs ou incollables en géographie !

Pour ce premier roman, Martin mucha nous offre une balade édifiante dans le Lima des années 2000.

Jeremias le narrateur,  est un jeune péruvien indien qui parcourt sa ville de long en large à bord de Combis (sortes de navettes de transport public à mi chemin entre le camping-car et l’autobus) pour se rendre à l’université. Au fil de ses tribulations, il livre ses impressions en une myriade de petits instantanés et au fur et à mesure de ses rencontres, des ses observations et de ses réflexions, il compose un portrait kaléidoscopique d’une agglomération bigarrée de 10 millions d’habitants aux prolongements tentaculaires. Pas d’images idylliques ici, plutôt un constat sombre et désespéré d’une mégapole séparée en deux par une barrière de briques qui divise deux univers. « Lima a son propre mur de Berlin, comme une cicatrice, longue de plusieurs kilomètres ». Dans le quartier pauvre, Pamplona, le quotidien de la rue c’est : les braquages, les vols à la tire, la drogue, (enfants de 12 ans qui sniffent de la colle) l’insécurité est partout : mendicité, crimes de rue, armes, délinquance. « Pamplona, c’est toute la misère accumulée, abritant les migrants de la Sierra et de la Selva qui ont laissé derrière eux la pauvreté de la campagne ». De l’autre côté du mur, le quartier riche : villas avec piscine, écuries, Mercedes, Jaguar et Ferrari dans les garages…

Jeremias a été élevé par son grand-père, un Aymara, (ethnie originaire de Titicaca) analphabète, ancien ouvrier agricole dans les plantations de café. Lui avait vécu dans la rue dès l’âge de 8 ans. Avant tout, ce qu’il désirait, c’était une vie meilleure pour son petit fils.

Et c’est sans doute son éducation qui fait de Jeremias un adolescent particulier. Il vient des quartiers pauvres, mais ne vole pas, ne se bat pas, ne mendie pas. Plutôt surdoué même, d’une sensibilité extrême, il porte sur le monde qui l’entoure un regard emprunt de justesse et d’humanité.

Au fil des pages, on s’attache à ce jeune homme. Sa douceur, sa générosité, sa grande intelligence, font de ce personnage un être hors du commun qui nous émeut.  Tant et si bien qu’à la fin du livre, on a presque l’impression de quitter un ami.