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Marx et la poupée de Maryam Madjidi

 

Maryam MadjdiTéhéran 1980,  aux premières heures de la révolution Iranienne, une petite fille Maryam,  vit en direct dans le ventre de sa mère une manifestation estudiantine. Celle-ci paniquée par les viols et tortures aperçus des couloirs de l’université, tente d’échapper à la police qui réprime à tour de bras les opposants politiques. Seule issue possible : sauter du deuxième étage ! par miracle, les deux échappent à la mort.

Dans la famille de Maryam Madjidi, on n’a pas peur d’affronter les autorités Iraniennes. Le père et la mère, pleinement engagés dans l’opposition communiste, n’hésitent  pas à faire de leur foyer un des épicentres de la contestation. Ils sont prêts à faire de lourds sacrifices pour la cause révolutionnaire.

La jeune Maryam  devient bien malgré elle,  sous le regard effrayé de sa grand-mère, la mascotte du réseau clandestin. Quoi de plus malin, en effet que d’utiliser les couches d’un bébé pour transmettre les comptes-rendus des réunions politiques. « L’Enfant du Parti » se doit de donner ses jouets : détachement matériel et abolition des privilèges obligent !

Très vite le prix à payer devient trop grand. Le danger de la répression est omniprésent. Tous sont contraints à l’exil.

Commence alors, en France, pour les parents, une nouvelle vie remplie d’amertume. Pour notre jeune héroïne c’est le début d’un processus qui va la révéler à elle-même.

Ce premier roman m’a beaucoup touché. J’y ai retrouvé l’atmosphère de Persépolis : un peu comme si Maryam était la petite sœur de Marjane Satrapi. Le regard porté sur l’enfance permet à la romancière de jouer avec les formes littéraires : on est à la fois dans le journal intime, la fable poétique, la chronique quotidienne.
De ces vies coupées en deux par l’exil, l’écriture sensible de l’auteur touche à l’essentiel. Les chapitres se succèdent, et on se retrouve ballotté dans le temps. Les trajectoires individuelles rassemblées mettent en perspective la terrible absurdité du parcours de ces réfugiés, devenus simples  » blédar  » par l’obtention de la nationalité française. Le couple a laissé derrière lui son passé d’opposants politiques et mène en exil une fantomatique existence.

On ne peut s’empêcher de ressentir une immense tendresse pour les membres de cette famille, notamment pour la grand-mère souvent convoquée dans les souvenirs de la narratrice. Toutefois avec réalisme sont aussi évoqués les relations conflictuelles ainsi que les traumatismes des souvenirs iraniens.
J’ai également beaucoup apprécié l’humour de la narratrice lorsqu’elle décrit ses stratégies de séduction destinées à piéger les « orientalistes » amateurs d’images d’Epinal.
J’ai aussi aimé l’évocation des saveurs subtiles de la cuisine iranienne comparée aux plats servis à la cantine.
On reste affligé, interloqué de constater la persistance de classes « ghetto » dans lesquelles sont marginalisés les enfants non francophones.

Au final toutefois, on sort de ce roman plein d’espoir. Les réflexions de Maryam Madjidi sur le thème des racines et de l’identité sont assez revigorantes et un véritable antidote au repli sur soi :  La petite fille devenue femme s’est enfin réconciliée avec elle-même.

Marx et la poupée
Marx et la poupée

 

 

 

 

 

 

 

 

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