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Mon étrange soeur de Marie Le Gall

Mon étrange soeur de Marie Le GallSon regard noir vous cloue sur place et son visage laisse entrevoir une personnalité tourmentée et follement tragique. On devine que c’est l’étrange sœur, aujourd’hui disparue, de Marie le Gall.

La Sœur est une enfant différente. Est-ce sa naissance difficile, une méningite contractée dans la petite enfance ou bien le bombardement de la ville pendant ses jeunes années qui l’ont rendue malade ? Les parents, démunis, ont cherché une cause, puis ont cessé de s’interroger, impuissants. Et ils ont fait « comme si ».

Lorsque Marie paraît, 19 ans après  la Sœur, elle ressent très vite qu’elle existe pour réparer quelque chose. Et c’est vrai que cette enfant redonne un élan et un espoir à sa famille. La Sœur semble être heureuse d’avoir la compagnie de sa jeune soeur. Ou peut-être pas. Qui peut deviner ce qu’elle ressent ? qui peut mesurer la profondeur de sa souffrance ou de son bonheur ?

Il suffisait d’un geste, d’un mouvement si singulier de ton corps, d’une inclination de ta tête et alors tout ce qui t’entourait cessait d’exister pour l’enfant que j’étais et qui avait capté le moindre dérangement de ta personne. Fascinée par ce que j’ignorais être ton drame, j’ai tout appris de ta vie, dans ton regard et dans celui des êtres qui te considéraient avec une pitié teintée de répulsion, une fausse compassion ou une réelle empathie parfois, avec surtout la curiosité des gens que l’on dit normaux et leur prétendue supériorité.
Dix-neuf ans, oui. Tu avais dix-neuf ans de plus que moi. Sans doute m’avais-tu tellement appelée dans ton exil sur la Terre, dans tes rêves ou tes prières ! J’ai fini par t’entendre. J’ai fini par naître. Ce fut comme si j’étais sortie de toi et non de notre mère. Jouets d’un destin absurde, deux sœurs unies dans un seul être, bancal, errant, perdu.

Marie grandit, évolue vers l’âge de raison, aux côtés de sa sœur, qui n’atteindra jamais ce palier.

Et puis un jour de énième « bêtise », on l’enferme pour de bon. Dans une maison de retraite ! Elle a trente ans. « La sainte vierge va la soigner ! » voilà avec quelle explication Marie doit se débrouiller pour surmonter sa soudaine solitude. Dès lors, Marie assiste au délabrement progressif de sa sœur.

Un récit familial très fort, sa famille étant déjà le thème d’un précédent titre La peine du menuisier que je vous recommande également.

A la toute fin, Marie s’interroge sur le lien qui l’a uni à sa sœur et ose une hypothèse que je ne peux révéler mais qui est stupéfiante et bouleversante.

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