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A travers les champs bleus, de Claire Keegan

L’écriture de Claire Keegan ressemble à la musique de Miles Davis : un chant pur,  où les mots, à l’instar des notes, s’échappent comme des aveux murmurés, où les silences s’imposent jusqu’au  dénuement et finissent malgré tout par prendre toute la place.Claire Keegan

Déjà dans « Les trois Lumières »,  en véritable orfèvre de la suggestion, Claire Keegan dressait un portrait familial de gens simples et taiseux. Petites vies observées minutieusement et dépeintes avec un sens du détail et une pudeur  rarement égalés. Ce court roman m’était apparu comme un livre lumineux et découvrir l’univers de cette auteure fut un peu comme accoster sur un îlot de tendresse.

Avec son nouveau recueil de nouvelles, l’enchantement se poursuit.  Dans « A travers les champs bleus » on  retrouve des personnages de femmes fortes qui s’avouent rarement vaincues. Qu’il soit question de choses graves : inceste, misère sexuelle des prêtres,  pauvreté en milieu rural,  alcoolisme domestique, ou de choses plus légères, Claire Keegan n’y va pas par quatre chemins : elle dissèque les sentiments humains avec dans le regard qu’elle porte sur son Irlande natale une acuité qui frise le documentaire.  Cela pourrait paraître sordide, dur à encaisser…  Ce serait sans compter sur la poésie de l’écriture !

Dans « Le cadeau d’adieu » seconde nouvelle du recueil, une jeune fille s’apprête à quitter sa famille et partir à l’étranger. Elle est la cadette, et contrairement à ses frères, elle n’a pas fait d’études. Son père lui a imposé très tôt de rester à la ferme et de travailler aux champs. Pas de jeux, pas de distraction, pas d’école : pas d’enfance. Claire Keegan nous décrit la vie de cette fillette corvéable à merci, et plus grave encore : les visites obligées de l’enfant certains soirs dans la chambre paternelle…

J’ai été personnellement estomaquée par cette nouvelle. Quel est ce mystérieux « cadeau d’adieu » à sa fille en partance niché dans la main fermée du père ?

Claire Keegan n’assène pas, elle jalonne sa narration d indices inquiétants, induit le trouble, mais toujours, et on ne peut que lui en savoir gré, libère de petits rais de lumière au travers des portes closes et des secrets enfouis.

Merci.

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