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Encore de Hakan Günday

encore-gunday« Encore », roman publié en 2013 dans sa version turque originale, nous parvient après traduction sur cette fin d’année 2015 et se trouve en l’occurrence d’une criante actualité.

Gazâ, 9 ans, est le fils d’un passeur de clandestins dans une petite bourgade de Turquie. Soumis à une autorité paternelle implacable, il va se trouver dès son jeune âge propulsé dans un monde impitoyable où l’humain n’a de valeur que sa valeur marchande.

Qui sont-ils, tous ces hommes, venus d’Afghanistan, de Syrie, d’Iraq ou d’ailleurs pour vouloir franchir au péril de leur vie, ce pont entre  « l’Orient aux pieds nus et l’Occident bien chaussé » ?

D’où qu’ils viennent, Gazâ comprend vite que ce sont des hommes, des femmes, des enfants, prêts à tout pour échapper à l’enfer et qu’ils n’ont qu’un seul objectif : tâcher de gagner un monde meilleur où ils pourront vivre en paix. Après l’école, Gazâ remplit ses tâches. C’est lui qui est chargé de la distribution de l’eau, des vivres, de l’aération de la citerne où sont entassés les migrants avant d’embarquer à bord de bateaux et de se perdre dans la nuit. Ce que l’enfant comprendra vite aussi, c’est que lui, simple fils de passeur, a droit de vie et de mort sur ces migrants. Petit à petit, sous nos yeux et au fil des pages, Gazâ va se transformer en monstre : un excellent élève, à l’école de la cruauté. « Ce sont les conditions qui sculptent l’âme. »

Le livre d’Hakan Günday dérange.  L’histoire de Gazâ contée d’une écriture fluide et puissante subjugue autant qu’elle horrifie et induit un questionnement subtil quant à l’implication des sociétés occidentales dans ce terrible jeu de pouvoir où des populations entières sont sacrifiées : « C’est un jeu d’enfant d’exploiter des clandestins dans des caves, de les faire travailler 18h par jour à la fabrication de sacs à main de contrefaçon, de les entasser dans des logements insalubres, de les baiser de toutes les façons possibles… » Une manière de nous signifier que le passeur a le sale rôle certes,  mais qu’il n’est peut-être pas le seul dans cette affaire…

Par ailleurs, au-delà des notions de géopolitique et du questionnement sociétal, Hakan Günday nous interroge sur l’humain. « Encore » est un beau roman qui conscientise et met en garde, comme pour nous dire que l’insupportable serait de s’habituer à l’horreur dans une indifférence complice, puisque l’horreur est ailleurs…

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