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Le médecin personnel du roi de Per Olov Enquist

Nous voici au Danemark, en plein XVIIIe siècle. L’histoire que nous conte Per Olov Enquist, on la connaît pour peu qu’on ait vu Royal affair de Nicolaj Arcel.  Medecin personnel roi Le médecin personnel du roi de Per Olov Enquist

C’est donc l’histoire passionnée et passionnante d’un pays, d’une société, d’un couple. Le médecin allemand Johann Friedrich Struensee arrive au service du roi Christian VII de Danemark en 1768. Ce jeune roi est psychologiquement fragile : il est sujet à des crises de nerfs, déteste sa fonction et délaisse sa jeune femme Caroline-Mathilde. Celle-ci, 16 ans à peine quand elle l’épouse, reste nostalgique de son pays l’Angleterre. Le Danemark l’insupporte ou plutôt, c’est la Cour qui l’insupporte : trop pétrie de religion et de conventions. Struensee apporte avec lui l’esprit des Lumières, il est libre penseur et attaché au progrès social et politique. Pour le roi et la reine, cet homme incarne la modernité, la liberté. Christian VII lui concède le pouvoir. Il devient l’amant de Caroline Mathilde.

A cette époque le Danemark est toujours quasi féodal : le servage est encore en vigueur,  le roi  lui-même est soumis aux décisions d’un Conseil tout puissant. Progressivement le médecin allemand évince les conseillers  et met en oeuvre  les principes des Lumières : liberté de la presse, abolition de la torture, amélioration de l’éducation et de la santé… Une révolution semble en marche.  Pourtant tout finira mal :  Struensee est exécuté en avril 1772, les réformes sont abolies.

Comme toujours avec cet écrivain, la magie opère. Per Olov Enquist est précis, direct – comme s’il avait assisté aux événements. Il mêle rêverie, spiritualité et sensualité  dans l’approche des personnages. On les suit avec bonheur, surprise et effroi. Ce roman est un enchantement autant intellectuel qu’émotionnel.

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Les endormeurs d’Anna Enquist

 

Drik est psychothérapeute, Suzanne médecin anesthésiste. Ils sont frères et soeurs.
Drik vient de perdre sa femme Hannah. Son beau- frère Peter lui propose de recevoir Allard un jeune étudiant en médecine qui veut Anna Enquistdevenir psychiatre. Pour cela, il doit entamer une analyse didactique. C’est aussi l’occasion pour Drik de reprendre du service.
Trés vite il perçoit chez le jeune homme des angoisses profondes liées à l’absence de père . Au fil des consultations, celui-ci finit par lui avouer qu’il ne veut plus être psy et qu’il s’oriente vers l’anesthésiologie. Il décide cependant de poursuivre l’analyse à titre personnel.
Allard va être affecté dans l’unité de soin de Suzanne. Elle devient sa référente.Le stagiaire s’amourache de sa tutrice qui déboussolée succombe à ses avances.
C’est le début d’un engrenage infernal: Drik et Suzanne sont confrontés au dilemme du secret. Secret de l’infidélité  pour l’anesthésiste terrifiée à l’idée que cette relation s’ébruite au sein de l’hôpital, secret médical pour Drik qui continue de recevoir le jeune amant de sa soeur en consultation.
Pour couronner le tout, un quatrième personnage proche des protagonistes entre en scène rendant plus complexe encore le huis clos familial. Tous les ingrédients sont alors réunis pour que la situation dégénère et devienne explosive.

Ce roman m’a absolument captivé.
Le style est sobre, précis parfois clinique à l’image de ces professionnels de la santé habitués à prendre en charge la douleur de leurs patients.
On suit le quotidien de Suzanne : Les interventions chirurgicales, le mépris des chirurgiens envers le reste des équipes soignantes, les méthodes managériales plus ou moins assumées par la direction pour « re-souder le personnel ». On est dans ses pensées, ses souvenirs, ses échecs.
Le face à face entre Drik et son jeune patient est aussi passionnant. Le jeune Allard se révèle assez rebelle aux remarques de son psychanalyste: il reste inaccessible. Bientôt les consultations prennent l’apparence du duel jusqu’à la faute professionnelle pour le thérapeute.
Au fil des pages c’est l’enfance traumatisante du frère et de la soeur qui arrive au premier plan. Les circonstances restées mystérieuses de la mort de leur mère au cours d’ une randonnée en compagnie de leur père ont semés le  doute et  les soupçons. La colère et culpabilité  se bousculent dans les têtes.Anna-Enquist-les endormeurs

Dans sa postface Anna Enquist explique que ce roman répond à une commande du département « littérature et médecine » du centre hospitalier de l’université libre d’Amsterdam. Invitée à s’immerger dans un service, la romancière, qui est également psychanalyste, a choisi l’anesthésiologie.
Le regard de la romancière prend ici tout son acuité. Dépassant le simple reportage romancé, l’auteur parvient à incarner le récit à l’aide de personnages qui s’étoffent et se complexifient jusqu’à l’inévitable dénouement.

 

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La bibliothèque du capitaine Nemo de Per Olov Enquist

Celle ou celui qui débutera la lecture de ce livre devra accepter d’être ébranlé : « La bibliothèque du Capitaine Nemo » requiert en effet un lâcher-prise. Tant pour ce qui est raconté que pour comment c’est raconté ! On découvre peu à peu de quoi il retourne et on comprend la difficulté du narrateur.enquist

Le narrateur est né le même jour que Johannes, son ami le plus proche. Chaque jeune mère a quitté la maternité avec l’enfant de l’autre : méprise incroyable de la sage-femme et … des mamans. Quelques années après, un nouvel échange est sensé rétablir l’ordre. C’est une forme de chaos qui s’installe. Le narrateur nous dit tout de ce bouleversement  : « L’histoire parle de Johannes et d’Eeva-Lisa et de moi,  d’Alfild et de maman dans la maison verte. » Il donne à voir une furieuse nostalgie de sa première maison ( = la maison verte) et de celle qu’il continue à appeler maman puis dans la foulée de nommer par son prénom Joséphine. C’est le roman de l’abandon et de la consolation par l’imaginaire : les livres d’aventure et leurs personnages ont leur rôle à jouer.

On sort de ce livre avec des questions sans réponse mais qu’importe, on a été trimballé dans cette incroyable histoire avec un grand bonheur.

L’artisan de phénomène c’est  l’écrivain suédois Per Olov Enquist, dont tous les romans sont des pépites à découvrir. Une fois terminé celui-ci : enchaînez-donc  avec : « L’extradition des Baltes » et « Le Second »

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