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L’humour a du sens

Comment l’humour peut servir le roman ? met-il en relief la réalité décrite ? permet-il de rythmer différemment un texte ? Comment les écrivains parviennent à manier ce « truc » littéraire à double tranchant ?


Philippe Djian joue sur le registre grinçant et ironique lorsqu’il décrit les relations difficiles entre ses personnages masculins et féminins ou entre enfants et parents. Dans quasiment tous ses romans, les uns sont abandonnés par les autres, certains battent leur coulpe en tentant la reconquête, d’autres préfèrent la fuite en avant et la reconstruction loin du point de douleur, le tout sur fond d’impuissance créatrice (il y a toujours un écrivain en panne d’inspiration, dans l’histoire). Ses romans pourraient être amers, si ce n’était le regard tendre et bienveillant que l’auteur pose sur ses personnages.

Il y a beaucoup de malice dans les nouvelles du Cimetière des rêves de la libanaise Hanan el-Cheikh : une femme mariée en aime un autre. Dans l’impossibilité de quitter son mari, elle se fait passer pour folle, en espérant qu’il la quitte de lui-même. Mais c’est sans compter la compassion du mari et de la belle-mère à son égard… Tous les ans, une jeune fille revient bredouille de la foire aux mariés. Les années passent, malgré tous ses préparatifs et sa grande beauté naturelle, aucun homme ne la choisit. Pourtant, l’un d’entre eux va la suivre jusque chez elle et percer son secret : c’est elle-même qui décourage les hommes en s’inventant une maladie mortelle. Car elle a tout simplement peur que la vie congugale l’enferme et ne lui procure plus autant de plaisir que les premiers frissons qu’elle ressent chaque année, à la foire aux mariés.
Ces histoires recèlent une grande tension, elles sont très courtes, tout en prennant leur temps, et se terminent par une pirouette.

Hanan el-Cheikh et Philippe Djian seront accompagnés de Goran Petrovic et Alan Warner pour la table ronde intitulée « l’humour », le mercredi 25 mai à 21h.

crédits photos : C. Hélie-Gallimard (Djian) / Mink Lindberg (el-Cheikh)

L’hameçon

Longtemps j’ai tourné autour de Philippe Djian…
Je savais bien qu’il faudrait le lire… un jour. Dans mon entrourage, on me le conseillait, pourtant je ne sais quoi m’empêchait de me lancer. Et puis le voilà invité par la Villa Gillet.
Je ne pouvais plus reculer ! Par où commencer ?
Prudente, j’ai choisi un recueil de nouvelles au cas où ça ne m’aurait pas plu (comme quoi, j’avais vraiment des a priori).

Bien fait pour moi : j’ai été ferrée comme un poisson égaré.

Crocodiles (publié en 1989), c’est le titre du recueil : chaque nouvelle nous embarque dans une ambiance bien particulière – mettant en évidence les relations humaines : voisinage, familiales. La langue est bien trempée et l’humour de rigueur. Pas un humour grosse rigolade. Non! Plutôt une belle ironie sarcastique sur nos travers de pauvres humains, avec à peine cachée derrière, une touche de tendresse.

Après, j’ai enchaîné avec Assassins (publié en 1994, 1er volume d’une trilogie).
Rien que le titre déjà… Et la première phrase, donc ! La fameuse première phrase (il paraît que Philippe Djian est quasi obsédé par la première phrase) : « Je travaillais pour un assassin. »
Pour la beauté du geste – et du texte – voici les deux suivantes : « Cette réflexion prenait toute sa valeur lorsque je me penchais sur la rivière. Je travaillais pour un assassin comme la plupart des habitants de la ville, mais personne ne disait rien. »

Si après ça on n’a pas envie de lire la suite c’est vraiment qu’on n’a pas de coeur !
Ah, et puis, il faut lire Impuretés (publié en 2005) époustouflant sur des relations familiales vénéneuses et désespérées.

Pour se donner encore plus envie de lire c’est par là : Philippe Djian – France Inter