Archives du mot-clé Coetzee

Disgrâce de John Maxwell Coetzee

J.M. CoetzeeJ’ai ouvert ce roman dans le train, dès les premières pages il m’a complètement déstabilisée… et pourtant je l’ai lu d’une traite, sans décrocher !

David Lurie est blanc et professeur de poésie au Cap en Afrique du Sud. A 52 ans, sa vie sentimentale et professionnelle semble sur le déclin. Coup de grâce, il se fait renvoyer à de l’université après avoir couché avec une étudiante. Il décide alors de rejoindre sa fille à la campagne, où elle vit assez modestement en vendant les produits de sa ferme sur le marché et en hébergeant des chiens.

Il pense trouver derrière l’ennui apparent de sa nouvelle existence sinon la paix du moins le temps d’écrire un opéra sur la vie de Byron, projet qui lui tient à cœur depuis des années… Et il tente de trouver un équilibre entre son bénévolat à la SPA, qu’il vit comme une sorte de rédemption, un peu de travail dans la ferme et de longues plages d’écriture.Disgrace, de J.M. Coetzee

Mais très rapidement la descente aux enfers continue. Sa fille est violée par trois jeunes noirs, sans doute trahie par l’homme –noir aussi– qui travaille pour elle mais cherche petit à petit à racheter toutes ses terres. Pétrie de culpabilité après des siècles de dominations blanche, elle refuse de porter plainte ou de partir. Lurie n’accepte pas son silence et sa soumission alors même qu’il a montré auparavant qu’il était lui aussi coupable d’user de son pouvoir sur une élève manifestement perturbée…

Ce livre m’a profondément troublée car la manière dont les personnages agissent et réagissent est à l’opposé de ce que je pourrais imaginer faire et penser dans une situation semblable. Il montre bien à quel point la société sud africaine peine à se reconstruire après l’apartheid. Et combien il est difficile de rétablir des rapports sociaux « normaux » lorsqu’on porte une histoire aussi dure. Ainsi la violence semble faire partie de la société, et être acceptée. Personne n’en parle directement mais tout le monde sait…

La fille de Lurie en vient à penser que ce qui lui arrive est normal : le prix à payer pour avoir à nouveau le droit de vivre sur une terre qui a été volée… Elle confie : « Oui c’est humiliant. Mais c’est peut-être un bon point de départ pour recommencer. C’est peut-être ce que je dois apprendre à accepter. Repartir du sol. Sans rien. Sans atouts, sans armes, sans propriété, sans droits, sans dignité […] comme un chien. »

Car il est aussi question de chiens dans ce livre étrange. Un étonnant parallèle est fait entre rapports blancs/noirs et rapports hommes/chiens. Pris dans ce tourbillon calme de violence masquée, David Lurie cherchera au moins à aider les chiens à mourir le plus paisiblement possible… Cela ne l’aidera pas à trouver des réponses, mais à garder un minimum de dignité.

-> Vérifier la disponibilité de ce roman à la médiathèque <-