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911

911

Faits divers :

« Un jeune homme victime d’une fracture ouverte du coude git dans une cage d’escalier. Son entourage refuse qu’on le transporte à l’hôpital…

-Un asthmatique en détresse respiratoire doit être intubé d’urgence sur un trottoir. Personne ne lui a porté secours…

-Un enfant est mordu par un Rottweiler. Tous s’interrogent sur le sort du chien…

-Une vieille diabétique alcoolique perd un orteil en ôtant sa chaussette et juge l’affaire sans grande gravité…

-Une fillette est retrouvée morte de faim dans son berceau. La mère à côté, tire sur sa cigarette de crack en disant : « de toute manière, cela fait déjà plusieurs jours qu’elle n’était pas bien… »
911 ambulance

 

 

 

 

Non, nous ne sommes pas dans un sketch des Monty Python ! Nous sommes à Harlem dans les années 90 et les situations décrites plus haut ne sont autres que le récit d’interventions des ambulanciers urgentistes de la Station 18.

Ollie Cross, le narrateur vient d’y être affecté après avoir raté le concours d’entrée à la fac de médecine. Il est un bleu qui débarque au sein d’une équipe de pros, tout frais émoulu avec sa candeur, ses illusions et ses incompétences… Mais il va apprendre, et vite, car ici, à la station 18, on ne mollit pas ! Tout est question de vie ou de mort et il n’y a pas de place pour le questionnement existentialiste et les atermoiements.

On suit donc l’initiation D’Ollie, menée de main de maître par son coéquipier Rutkowsky. Ancien infirmier du Vietnam,- surnommé le Roi de la perf-, brute épaisse et grand adepte de la dérision, jamais surpris ni déstabilisé. Avec ses attitudes de misanthrope, c’est lui qui va mettre en selle le jeune homme, et lui permettre de faire sa place au sein de cette équipe de choc où tous l’attendent au tournant, prêts à « le dégommer » à la moindre faiblesse. Mais là n’est pas le pire…

Le pire, c’est la rue, ce quartier, lieu d’extrême pauvreté où règne la violence et où la défiance envers toute institution, même médicale est de mise. Au fil des interventions, on va assister à la transformation progressive d’Ollie, à son détachement, au durcissement de sa personnalité.

La force de ce roman qui frise parfois le documentaire, c’est de montrer qu’à naviguer ainsi en milieu hostile, ces hommes de l’urgence n’ont d’autre alternative que de se blinder au maximum, parce que ce qu’il faut avant tout, c’est sauver des vies, coûte que coûte. Pas de temps de réflexion, pas de droit à l’hésitation, il faut ranimer, intuber, ligaturer, transfuser, surtout ne pas compatir ni s’apitoyer.

Shannon Burke connaît son sujet ayant lui-même exercé 5 ans la profession d’ambulancier à New-York. Mais au-delà de l’intérêt du témoignage, 911 offre un vrai bon moment de lecture de par la vivacité de l’écriture et le rythme tambour battant du récit.

Alors, si vous décidez de vous laisser embarquer, allumez le gyrophare, enclenchez la sirène et attachez votre ceinture… Ceux de la Station 18 ne font pas dans la limitation de vitesse !

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