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Sucre Noir de Miguel Bonnefoy

Sucre-noir-BonnefoySucre noir, le dernier roman de Miguel Bonnefoy nous met dans une situation délicate. L’atmosphère de ce beau roman est encore si présente que l’envie nous vient de tout dévoiler des détails de l’intrigue et des états d’âme des personnages. Tout dire pour prolonger la magie de la lecture… Mais restons discret.

Il est question d’un trésor, que plusieurs personnages cherchent ; pourtant un seul le trouvera, par hasard. Il est question d’amour entre Severo Bracamonte (l’un des chercheurs de trésor) et Serena Otero (l’héritière d’une plantation de cannes à sucre). Il est question d’histoires familiales, de développement économique et de catastrophes…

Tout cela se déroule en Amérique du sud, dans un pays inventé pour l’occasion où se retrouvent imaginaire, poésie et magie des récits traditionnels. Bref, ce livre est un régal et figure pour nous parmi les belles  surprises de cette rentrée littéraire 2017.

 Empruntez Sucre noir

Jungle, de Miguel Bonnefoy

Jungle Chez l’éditeur Paulsen, la collection Démarches propose des odyssées humaines à des auteurs, afin qu’ils en reviennent avec un livre. Miguel Bonnefoy, jeune auteur vénézuélien a relevé le défi. Il a fait partie d’une expédition de 14 hommes : deux semaines dans la jungle au Vénézuela dans l’état de Bolivar. Il s’agissait de gravir l’Auyantepuy (Montagne du Diable) et de descendre en rappel à plus de 1000 m d’altitude, le long du Salto Angel.

Ce qui frappe chez Miguel Bonnefoy, c’est au prime abord la puissance lyrique de son écriture. « Jungle » n’est pas un énième récit de voyage ou d’aventure, ce n’est pas une apologie de l’exploit ou du sport extrême. C’est avant tout un  livre lumineux parsemé d’instants de grâce , offerts au lecteur  comme autant de petites pépites étincelantes.

Qu’il nous conte le vol lourd d’un papillon bleu grand comme deux mains ouvertes venu inopinément se poser sur sa paume, nous dise la saveur d’une cascade ou le parfum  de  forêt qui émane d’un fruit mûr, il s’attache avant tout à traduire. Traduire la jungle, entité impalpable, bruissante, poisseuse, odorante et dangereuse. Traduire la vie en son coeur, celle de la Nature et des hommes qui l’habitent. Traduire ces hommes et ces femmes, au travers de leurs silences, de  leurs gestes ancestraux, de leurs rituels,  et par là même, effleurer la mémoire secrète d’un peuple, si éloigné, mais également si proche…

C’est que Miguel Bonnefoy est un auteur à l’identité multiple. De père chilien et de mère vénézuélienne, il a vécu au Portugal, à Caracas et en France et écrit en langue française. De fait, des enjeux plus intimes liés à l’origine vont  affleurer au fil du récit et révéler un fort sentiment d’appartenance à la terre vénézuélienne ainsi qu’ un profond attachement mêlé de respect au peuple Indien. La poésie du texte n’excluant pas quelques incursions vers un constat plus politique :

Extrait : « Depuis très longtemps, les exploiteurs d’or viennent chercher les jeunes au village, me dit-il. Ils les embauchent très jeunes, tu vois, quand ils ont encore les poumons roses. Comme l’or naît au fond des fleuves, ils les font descendre à dix mètres en profondeur, sans bombes d’oxygène, pour déplacer une pompe à eau qui permet d’extraire le limon. Les jeunes quittent l’école, abandonnent l’agriculture. Le vieux système colonial de recrutement n’a pas changé. (…) D’aussi loin qu’il se souvienne, il avait toujours vu des blancs frapper aux portes des cases et proposer aux jeunes une existence d’argent facile. La mine a provoqué de profonds changements dans leur communauté. Elle a amené des différences de ressources entre des habitants qui n’avaient pas l’habitude d’en avoir.  Les champs se sont dépeuplés, le prix de la nourriture a augmenté. Il continua en secouant la tête : -Les jeunes acceptent, que veux-tu. Ils veulent une moto, un portable, des vêtements neufs. C’est tout naturel… »

Après « Le voyage d’Octavio », son premier roman (sorti en 2015), Miguel Bonnefoy nous livre donc avec « Jungle » son propre voyage au pays de ses racines, un très beau carnet intime de son « retour au pays natal »…

 

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