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Sigmaringen de Pierre Assouline

AssoulineSigmaringen, c’est le nom d’une bourgade d’environ 20 000 habitants du Bade-Wurtemberg (sud-est de l’Allemagne). C’est un lieu qui aurait pu rester simplement une destination touristique agréable en raison de son magnifique château – propriété des Hohenzollern et de paysages alentours tout aussi agréables à l’oeil.

Pourtant l’endroit est lié à notre Histoire – certes pas la plus lumineuse. Devant l’avancée des Alliés et l’imminence de leur victoire, le gouvernement de Vichy a déménagé en Allemagne précisément à Sigmaringen !  Il y est resté de septembre 1944 à avril 1945, pour l’occasion ce territoire-là est devenue une enclave française. Le gouvernement a pris le nom de Commission gouvernementale française pour la défense des intérêts nationaux . Il faut ajouter que d’autres Français (environ 2000)  moins officiels ont aussi fait le voyage vers Sigmaringen :  poussés par la force de leurs convictions erronées. Ceux-là seront logés dans les deux hôtels de la ville et souffriront de la faim du froid et de la maladie.

C’est donc sur un pan quelque peu méconnu de l’histoire de la seconde guerre mondiale que se penche Pierre Assouline. Tous sont là : Pétain, Laval, Darnand et autre De Brinon sous l’oeil du majordome Julius Stein.
C’est en effet ce dernier qui décrit le quotidien des « exilés ». Il y observe les relations houleuses, les jalousies, les volontés de revanche inutile … Il doit régler les problèmes d’intendance et les vols de petites cuillères.
Tout cela sans prendre parti et en affichant un détachement professionnel impressionnant.
Pourtant, il n’en pense pas moins… et n’est pas si glacé qu’il le montre.

Pierre Assouline dit souvent au cours d’interview récentes que son modèle de Julius Stein, lui a été  inspiré par la série télévisée britannique Downton Abbey, les films Les vestiges du jour (James Ivory) La règle du jeu (Jean Renoir).
Force est de constater que ce parti pris de donner la parole aux domestiques donne un statut de fantoches encore plus évident aux protagonistes plus directement historiques. Ah la force de la fiction !

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Cela donne bien sûr envie de creuser le sujet.

Cela donne envie de lire (ou de relire) des lignes un peu moins classiques notamment celles de Louis Ferdinand Céline que Pierre Assouline convoque à la page 146 :

« Soudain, un individu de grande taille, voûté, maigre mais solide, frappant par son regard halluciné, entra dans le café, provoquant, par sa seule présence magnétique, des murmures et des regards par en dessous…/…
« Vous l’avez-vu, celui-là, dis-je à Mlle Wolfermann. Ne me dites pas que vous le connaissez aussi…
-Celui-là, comme vous dites, c’est un très grand écrivain.
-Ah…
-Louis-Ferdinand Céline. »

En 1957, L-F Céline publie D’un château l’autre, roman dans lequel il revient sur le séjour à Sigmaringen. Ce roman est le 1er volet d’une série – qu’on appelle, selon : la Trilogie nordique ou la Trilogie allemande. Cet ensemble est donc composé de D’un château l’autre, Nord, Rigodon.

On remercie Pierre Assouline de nous rendre doublement curieux : de l’histoire et de la littérature !