Archives du mot-clé AIR 2015

Big brother de Lionel Shriver

« Mon frère veBig Brothernait d’arriver, et son apparence devait le mettre terriblement mal à l’aise; je voulais qu’il se sente accueilli et aimé. C’était le seul moyen pour qu’il se reprenne en main […] j’ai passé mon bras autour de ses épaules. Le mouvement de dégoût, léger mais manifeste, que j’ai éprouvé en touchant mon propre frère m’a choquée ».

C’est un choc quand Pandora, chef d’une entreprise fleurissante, retrouve son frère Edison à l’aéroport. Quatre ans qu’elle ne l’avait pas revu. Elle avait gardé le souvenir de ce jeune prodige du jazz, séduisant et élancé mais c’est un homme obèse qui se présente à elle. Méconnaissable et usé par la vie… que lui était-il arrivé  ?

Elle avait accepté de l’héberger un temps, malgré la réticence de son mari Fletcher, artiste-ébéniste, dont les fanfaronnades du frangin l’agaçaient prodigieusement. La cohabitation risquait d’être compliquée ! Ce qui allait bientôt se vérifier : entre un mari obsédé de sport et de diététique et un frère adepte de la malbouffe, les rapports sont explosifs !  Rapidement, les tensions contaminent le couple.

Pandora se retrouve dans une situation terrible et doit faire un choix : aider son frère ou sauver son mariage.

Lionel Shriver, qui est en réalité une femme, nous invite à réfléchir sur nos modes de consommations, nos habitudes alimentaires mais aussi sur l’exclusion des personnes obèses sur lesquelles la société jette un regard méprisant.

Rencontrez Lionel Shriver à Lyon lors des Assises Internationales du Roman, un événement conçu et réalisé par Le Monde et la Villa Gillet

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La trinité bantoue de Max Lobe

Un bantou chez les Helvètes

Mwana est originaire du Pays Bantou et travaille à Genève comme commercial et homme à tout faire pour l’entreprise de cosmétiques Nkamba African Beauty, dirigée par un de ses compatriotes. Un jour, sans explication ni préavis, il est licencié.

Commence alorsMax Lobe pour Mwana une redoutable période de vaches maigres. Mi attristé, mi amusé, le lecteur va le suivre dans ses tribulations pour tenter d’échapper à la précarité. De rendez–vous infructueux avec sa conseillère chômage, à la récupération humiliante de nourriture aux « Colis du Cœur », Max Lobe nous détaille avec un humour décapant les affres de Mwana aux prises avec une société suisse elle-même secouée par d’importantes manifestations. Dans un contexte de campagne électorale où l’UDC (Unionmoutons noirs Démocratique du Centre) propose une politique discriminatoire et tandis que l’affaire de « l’affiche du mouton noir » fait rage, Mwana va malgré lui se retrouver au cœur de cette turbulence, puisque le seul emploi qu’il finit par dégotter est un stage dans une ONG en lutte contre la xénophobie !

 

 

Outre ces problèmes pécuniaires, il doit de surcroit faire face à des bouleversements plus intimes : le cancer de Monga Mingà, sa mère chérie venue suivre des soins à Genève, l’inertie de son compagnon Ruedi le Rouquin alias « le petit Grison », un jeune suisse, éternel étudiant fauché et roi de la « glandouille », quand il ne doit pas se débattre avec les humeurs intempestives de sa frangine Kosambela, elle-même affublée de deux bambins métis un tantinet bougeons qu’elle lui donne à garder…

On s’amuse beaucoup à la lecture du roman drôle et profond de ce jeune auteur genevois. Nombre des scènes vécues par son personnage sentent le vécu, et même si le trait est parfois forcé pour la caricature, on réalise bien qu’il y a là une forme de témoignage. Le texte est parsemé d’expressions très imagées issues de la langue lingala qui ajoutent à la cocasserie des situations, et confèrent à l’ensemble une originalité et une fraîcheur qui en font un livre très agréable à lire.

Rencontrez Max Lobe à Lyon lors des Assises Internationales du Roman, un événement conçu et réalisé par Le Monde et la Villa Gillet

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Virginie Despentes

Vernon Subutex de Virginie Despentes

Vernon Subutex de Virginie Despentes C’est l’histoire d’un enfant du rock
Vernon Subutex était un disquaire parisien réputé, mais il a été contraint de mettre la clé sous la porte. A qui la faute ? A internet, au culte du tout-gratuit. Et aussi la faute à Vernon qui n’a pas réagi lorsqu’il a vu de gros nuages noirs menacer son activité. C’est d’ailleurs un trait de sa personnalité, la fatalité, l’acceptation de son sort. Il fait avec. C’est un « doux vaincu ».
Aujourd’hui, il n’a plus un rond. Il a vécu quelques temps sur ses maigres économies, puis avec les subsides de l’Etat. Il a squatté à droite, à gauche, chez d’anciennes connaissances avec qui il a partagé les temps glorieux du rock à Paris dans les années 90. Aujourd’hui, il n’a plus qu’un seul horizon : le bas des jambes des gens vers qui il tend la main.

Dans un premier temps, elle [la vie] t’endort en te faisant croire que tu gères et, sur la deuxième partie, quand elle te voit détendu et désarmé, elle repasse les plats et te défonce

Une traversée sociale de Paris
On suit Vernon dans sa galère : les premières nuits dehors, le samu social, les autres sdf… Le tour de force de Despentes, c’est de faire de cette histoire le portrait social de la France. Elle montre la violence de l’époque, les rapports de classe, les injustices et les égoïsmes avec une colère qui fait du bien à lire. Son regard engagé est d’une grande justesse et la rage de sa plume n’est pas exempte d’humanité, loin de là.
C’est aussi un roman sur la perte et la précarité : celle des liens amicaux, du confort qui n’est jamais acquis, celle de la vie-même. Et aussi de notre société dont on sent qu’elle peut s’effondrer à tout moment, car ne reposant sur rien de solide.
La bonne idée de l’auteur, c’est de greffer une histoire secondaire à celle de la dérive de son personnage. Vernon est en possession d’un enregistrement d’une rock star de sa connaissance qui vient de se suicider. Et il est pourchassé sans le savoir par des personnes voulant à tout prix mettre la main sur le document.

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L’homme descend de la voiture de Pierre Patrolin

L'homme descend de la voiture de Pierre Patrolin

Immersion dans l’espace mental d’un homme.
Cet homme est le plus souvent dans sa voiture. En fin de journée, il a coutume de faire de grands détours avant de rentrer chez lui. Sa vie, nous n’en savons presque rien si ce n’est qu’il vit avec une femme, qu’il a un foyer, un travail, des collègues. Et une voiture, donc. Neuve. Il éprouve un grand plaisir à la conduire, à écouter ses bruits, à renifler l’odeur écoeurante du plastique, à mesurer les mouvements de son corps au gré des virages et des pentes.

Traverser les bois à la nuit tombante ou rouler sans but dans les faubourgs moches de la ville dans un petit habitacle clos, voilà des moments propices à l’émergence de pensées mouvantes, bizarres, mais néanmoins familières à tout conducteur.

Tout à coup, un fusil apparaît dans l’histoire
Un jour, l’homme découvre une housse, oubliée de tous, derrière une porte de son garage. Elle contient un fusil, certes ancien, mais encore parfaitement apte à expédier n’importe qui ad patres. Cet évènement le trouble. Le fusil devient un objet aussi obsessionnel que la voiture dans les pensées de l’homme. Il ne peut s’empêcher de le déplacer, de cachette en cachette. Jusqu’à sa chambre, entre le sommier et le matelas, carrément sous le corps de sa femme… Le roman entreprend alors une pente dramatique à fort suspens.

« Je l’ai tuée sans méchanceté, elle ne voulait pas sortir. J’avais d’abord baissé la vitre de la portière, en pressant l’index sur le poussoir de l’accoudoir. Avec délicatesse.Elle volait autour de moi. Elle bourdonnait sous le pare-brise, sans décider de s’approcher de la vitre que j’avais ouverte afin qu’elle puisse s’enfuir. Ensuite, la mouche s’était posée sur le plastique neuf du tableau de bord. Noire, un peu brillante sur le grain mat de la garniture de polypropylène. Les ailes immobiles quand je l’ai écrasée. »

Ou plutôt, c’est le lecteur, troublé par l’irruption d’une arme létale dans ce roman jusqu’alors très patelin, qui appelle le sang de tous ses voeux. Depuis qu’il détient un fusil, cet homme nous semble psychologiquement égaré.

Je ne dirai pas où cette voiture et ce fusil conduisent le lecteur. Mais ce roman déroutant va en amuser plus d’un.

Rencontrez Pierre Patrolin à Lyon lors des Assises Internationales du Roman, un événement conçu et réalisé par Le Monde et la Villa Gillet

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