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L’inaperçu de Sylvie Germain

L'inaperçu de Sylvie Germain

Une femme seule court le long des quais déserts et sombres en ce début de soirée. Elle semble serrer un enfant contre elle. Un père Noël des grands magasins la voit depuis un pont, où il prend une pause avant de retourner se faire photographier avec les hordes de gamins. Elle va se suicider, se dit-il. Et il décide de la rattraper pour l’empêcher de mettre fin à ses jours.
Comme souvent dans les romans de Sylvie Germain, les points de vue des personnages sont biaisés. Ils interprètent des situations par rapport à leur psychologie, leurs valeurs, leur histoire personnelle, leur état d’âme du moment. Ce père Noël a sans doute déjà eu la tentation de la mort …Mais la femme qui court sur le quai ne fait que rentrer chez elle. Et ce qu’il pressent être un nourrisson n’est en réalité qu’un petit tapis qu’elle vient de voler dans un magasin, elle ne sait même pas pourquoi.
Nous voilà alors dans le portrait d’une famille bourgeoise de province à la fin des années 60. La voleuse de tapis, Sabine, est une jeune veuve qui a hérité de la direction du magasin de son mari. Elle vit dans sa belle-famille, entre une belle mère effacée et son imposant beau-père autocrate. Et la tante « chut », vieille fille à l’indécent secret. Il y a aussi ses 4 jeunes enfants, trois garçons et sa fille au pied tranché. Et puis Pierre, le père Noël du début du livre…
Il sera aussi question d’un billet de loterie gagnant, d’une mystérieuse « bouquetière » qui dépose des fleurs sur l’arbre contre lequel le mari de Sabine s’est tué, d’un remariage du patriarche, d’une amie imaginaire, d’une mort par fou-rire, d’un mariage de convenance, d’une femme tondue pour avoir aimé du mauvais côté … .Il sera surtout question de Pierre, personnage dont on ne sait rien lorsqu’il est présent dans la famille, mais dont on apprendra la terrible blessure dès lors qu’il disparaît.
L’inaperçu, ce sont les régions méconnues que chacun porte en soi et qui sont invisibles aux yeux des autres. Sylvie Germain jette la lumière sur ces zones d’ombre dans ce magistral roman où se mêlent l’Histoire et l’intime.

Sylvie Germain rencontrera ses lecteurs à la médiathèque le 30 mai à 15h. Elle est aussi l’invitée des Assistes Internationales du Roman, conçues et organisées par la Villa Gillet et Le Monde, qui se tiendront du 27 mai au 2 juin 2013 à Lyon.

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Magnus de Sylvie Germain

Magnus de Sylvie GermainVoici la critique écrite par les élèves de 1ère L du lycée Charlie Chaplin à Décines :

L’Allemagne, la guerre, l’errance, un enfant, des secrets de famille : Magnus nous raconte la quête d’identité du héros éponyme, perdu dans le monde hostile de sa mémoire et qui a pour seul indice de son passé un ours en peluche, dont il a pris le nom. Au cours de son périple, il croisera le chemin de plusieurs personnes qui l’aideront à se retrouver.

La structure de ce roman est particulière : les chapitres narratifs alternent avec des notules, donnant des éléments factuels et des séquences citant d’autres auteurs. Cela ouvre le récit, mais peut aussi nous faire perdre le fil. Malgré la présence de personnages incarnant la sagesse et l’espoir, Magnus offre une vision douloureuse de la vie, la mort est très présente autour du héros et son passé reste flou. Après un fragment plein d’action, tout s’achève trop simplement mais cette fin déceptive peut être lue comme un retour à la sérénité.

Le roman pose de nombreuses questions : comment grandir dans l’illusion et le mensonge ? Comment devenir adulte sans être torturé par l’ignorance de ses origines ? Sans jamais tomber dans le pathétique, l’auteure arrive parfaitement à transmettre des émotions à travers son récit.

« II y a tant de force et de douceur mêlées dans les mots », il y en a tant mêlées dans l’écriture de Sylvie Germain.

Sylvie Germain rencontrera ses lecteurs à la médiathèque le 30 mai à 15h. Elle est aussi l’invitée des Assistes Internationales du Roman, conçues et organisées par la Villa Gillet et Le Monde, qui se tiendront du 27 mai au 2 juin 2013 à Lyon.

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Tobie des marais de Sylvie Germain

Dès l’ouvertuTobie des marais de Sylvie Germainre du roman, le lecteur a le coeur battant grâce à la première scène : un petit enfant sur un tricycle, parcourant la grand route en tous sens sous un orage dantesque. Plus tôt dans la journée, la mère de l’enfant est morte, apprend-on. Et de quelle façon ! les morts violentes et les disparitions inexpliquées sont monnaie courante dans la famille du petit Tobie. Ceux qui restent deviennent fous de douleur et perdent la tête.

Et voici qu’on change d’époque pour apprendre l’histoire de cette famille maudite : Déborah, l’arrière grand-mère qui a traversé le siècle en est la figure principale. Juive polonaise, émigrée refoulée à Ellis Island par la dure Amérique, elle échoue par hasard dans le marais poitevin, très loin des siens et de sa terre. La mort ne voudra pas la délivrer avant qu’elle ait connu tous les malheurs possibles. En revanche, la mort prendra tous ceux qu’elle aime avant leur heure.

Tobie semble être l’héritier d’une bien tragique histoire. Plus il avance en âge, moins il arrive à s’extraire de sa douleur et de son chagrin.

Mais un jour, il rencontre brièvement Raphaël, au prénom d’ange, qui va l’aider à oser être heureux et savoir accueillir le bonheur lorsqu’il se présente.

Sylvie Germain réinvente brillamment le Livre de Tobie, un épisode de l’ancien testament, qui est surtout l’histoire du passage de l’enfance à l’âge adulte. Elle ancre un récit biblique, avec ses codes et ses sentences universelles, dans un quotidien contemporain. Cela en fait une histoire forte, qui touche au coeur.

Sylvie Germain rencontrera ses lecteurs à la médiathèque le 30 mai à 15h. Elle est aussi l’invitée des Assistes Internationales du Roman, conçues et organisées par la Villa Gillet et Le Monde, qui se tiendront du 27 mai au 2 juin 2013 à Lyon.

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Love Hotel de Christine Montalbetti

Love Hotel de Christine MontalbettiLe love hotel est une institution au Japon. C’est à la fois un lieu de prostitution, un endroit où on peut retrouver secrètement sa maîtresse/son amant, comme c’est le cas dans ce roman, mais aussi un hôtel pour couples légitimes fuyant la promiscuité qui règne dans leurs foyers. Les chambres du Love Hotel de Kyoto n’ont pas de fenêtre. On y est comme dans un cocon. Une parenthèse dans laquelle chacun vient oublier le monde et ses possibles menaces. C’est là que le narrateur a coutume de retrouver Natsumi pour de longs après-midi d’amour.

Le temps s’étire lentement, entre moments érotiques et histoires de fantômes. Car Natsumi raconte à l’homme les mythes et les contes qui hantent l’archipel japonais. Lui, il divague silencieusement, bercé par la voix et les histoires de sa shéhérazade nippone. Des histoires de naufrages, de morts, de spectres. Par moment, il est traversé par un sombre pressentiment, comme une onde sismique qui se propagerait dans tout son être, jusqu’au lecteur.

Ces décrochages narratifs nous balottent, mais très doucement. Comme c’est l’intériorité de l’homme qui est dévoilée ici, nous sommes immergés dans cette intimité de l’autre comme jamais nous ne pouvons l’être dans la vie et comme rarement nous le sommes en littérature.

On en apprendra peu sur les protagonistes sinon qu’il est un écrivain occidental en résidence et qu’elle est mariée à un homme très occupé. Le sujet du livre n’est pas leur histoire personnelle, mais plutôt la catastrophe dont ils ignorent tout au moment où elle se produit. Pourtant, il ne fait que penser à elle ne serait-ce qu’en regardant les petites vaguelettes que leurs corps font dans la baignoire ou au thé qui se répand en volutes sombres dans l’eau claire. Ou en faisant l’amour avec Natsumi, dont l’annagramme du prénom ne présage rien de bon.

Christine Montalbetti est invitée aux Assistes Internationales du Roman, conçues et organisées par la Villa Gillet et Le Monde, qui se tiendront du 27 mai au 2 juin 2013 à Lyon.

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Eclats de sel de Sylvie Germain

Ludvikeclats-de-sel-sylvie-germain-9782070743605 avait quitté Prague pour vivre une passion amoureuse à l’Ouest, avec Esther. Mais la trahison d’Esther et l’échec de sa relation le renvoient à Prague, dans un exil à rebours en son pays natal.
Il a hâte de rendre visite à son vieux maître, Joachym Brum, qui l’a formé dans sa jeunesse. Alors que Ludvik s’attend à voir l’homme à l’intelligence, la sagesse, et l’esprit intacts, le voilà face à un vieillard dont la mémoire s’est envolée et qui attend la mort. Ludvik est impétueux et égoïste : au lieu de compatir et d’accompagner son vieil amis jadis tant admiré, il le fuit, déçu par sa rédition devant la mort.
Au gré de ses sorties en ville, Ludvik va faire d’étonnantes rencontres. Des personnages vont lui tenir des propos incohérents. Cela commence avec un employé de banque, puis un kiosquier, un enfant, une femme de ménage … Tous lui tiennent un propos sur le thème du sel. D’abord interloqué et agacé, Ludvik se laisse séduire par la poésie qui émane de ces discours. Le sel est un élément hautement symbolique. Mais que veulent lui dire tous ces gens ? Peu à peu, Ludvik comprend le sens de tout cela. Il comprend que ces gens l’aident à réfléchir au sens de sa propre vie, comme l’avait fait Brum.
L’écriture créative de l’auteur fait de ce roman à mille tiroirs un moment de lecture ensorcelant !

Sylvie Germain rencontrera ses lecteurs à la médiathèque le 30 mai à 15h. Elle est aussi l’invitée des Assistes Internationales du Roman, conçues et organisées par la Villa Gillet et Le Monde, qui se tiendront du 27 mai au 2 juin 2013 à Lyon.

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