Archives du mot-clé AIR 2012

Le chapeau de M Briggs de Kate Colquhoun

Londres 1864. Mr Briggs, employé de banque à la City, prend le train du soir après sa journée de travail. Quelques minutes après, on retrouve son compartiment imprégné de sang. Puis c’est son corps qui est découvert sur les rails, le crâne défoncé.

Ce roman, habilement sous-titré « récit sensationnel du premier meurtre commis à bord d’un train anglais », démarre sur les chapeau de roue et nous happe dès les premières pages.

Kate Colquhoun nous fait saisir le sentiment d’insécurité des londoniens, insécurité liée aux progrès des transports, aux échanges internationaux, à l’arrivée d’étrangers, bref, aux prémices de la mondialisation.

L’auteur s’est basée sur les rapports de police mais aussi sur les nombreux articles de presse car c’est un fait divers ayant réellement eu lieu et dont lequel la presse sensasionnaliste s’est délectée à outrance. Attisant toujours le voyeurisme des lecteurs. Et comme les anglais du siècle dernier, le lecteur est captivé et tenu en haleine, jusqu’au grand procès du coupable.

Les questions que le roman soulève font écho à notre époque : la présomption d’innoncence, la recherche du coupable à tout prix, au mépris parfois de la recherche de la vérité, la manipulation des jurés, la peine de mort.

Relatant parfaitement le fil des évènements, à la manière d’un documentaire, c’est toute la société anglaise victorienne qui revit sous la plume de l’auteur. Et c’est passionnant.
Retrouvez Kate Colquhoun aux prochaines Assises Internationales du Roman, conçues et organisées par Le Monde et la Villa Gillet

Seul le silence de R.J. Ellory

Josef a 12 ans lorsque qu’il découvre le corps mutilé d’une fillette. Le premier d’une longue série …
Pendant plus de 30 ans, les meurtres se répètent de loin en loin. Parfois très rapprochés. Et puis, cela s’arrête lorsque la police croit avoir mis le coupable hors d’état de nuire. La vie reprend son cours normal. Puis subitement, les meurtres recommencent.

Dans ce coin perdu du sud des Etats-Unis, chacun y va de son commentaire, guette les faits et gestes des voisins, tout le monde se sent harcelé par le monstre. Chaque enfant est une proie, aucun parent n’est à l’abri.

Devenu écrivain, Josef restera brûlé par sa vision insoutenable, et il n’aura de cesse de tenter d’éteindre sa souffrance, en mettant la main sur le serial killer… dont le nom sera révélé à la toute dernière page, comme tout bon thriller qui se respecte.

En exergue, une citation de Cynthia Ozick résume bien le tourment de Josef « Ce que nous nous rappelons de notre enfance, nous nous le rappelons pour toujours-fantômes permanents, estampés, écrits, imprimés, éternellement vus. »
Ce roman est un piège pour le lecteur. Dévorant, captivant, il fait partie des livres qu’on emmène partout dans son sac pour pouvoir s’y plonger dès lors qu’on a 5 minutes devant soi.

R.J. Ellory sera présent à Lyon lors des 6ème Assises Internationales du Roman, conçues et organisées par la Villa Gillet et Le Monde.

Crédit photo : E. Garault pour Lire

La faculté des rêves de Sara Stridsberg


A l’automne 2009, je tombai littéralement par hasard sur le roman de Sara Stridsberg. La quatrième de couverture m’avait intriguée. L’auteure revenait sur le parcours de Valérie Solanas, une féministe radicale qui avait voulu assassiner Andy Warhol en 1968 et qui avait imaginé une société sans aucun homme en écrivant le SCUM manifesto .
J’avais vaguement entendu parler de tout cela et me demandais ce que pouvait en dire un roman
Dès les premières lignes, j’étais embarquée : non seulement dans cette manière de fait divers mais surtout dans la tête de Valérie Solanas.
Le génie de Sara Stridsberg – car il faut bien parler de génie – c’est d’utiliser plusieurs procédés d’écriture pour être au plus près de la psychologie dérangée de son personnage. Elle invente les dialogues entre Valérie et son entourage, elle invente des souvenirs d’enfance, elle joue avec la chronologie. Bref la lecture de « La faculté des rêves » est une réelle expérience.
Sara Stridsberg sera présente à Lyon en mai prochain pour la 6e édition des Assises Internationales du Roman organisée par la Villa Gillet et le Monde.