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Lettre à la république des aubergines

Salim est arrêté après avoir participé à une discussion entre amis à propos de livres interdits par le régime Irakien de Saddam Hussein.
Un oncle influent parvient néanmoins à le libérer des geôles du tyran à la condition qu’il quitte le Pays : c’est le début d’un exil de deux ans

Abbas Khider
Abbas Khider

en Libye.
Sans nouvelles de sa fiancée Samia, il est déterminé à lui faire parvenir une lettre.
Mais comment entrer en correspondance avec sa bien-aimée alors que ces régimes politiques pratiquent la censure : ne risque-t-elle pas d’être victime de représailles ?
Salim va rapidement découvrir l’existence d’un réseau clandestin : occasion inespérée d’acheminer son courrier. On va donc suivre le parcours de la missive au fil du récit.
Prétexte pour Abbas Khider de donner ainsi la parole à tous les intermédiaires concernés par ce trafique : du conducteur de taxi aux chauffeurs de cars, en passant par les officiers de la police de sûreté jusqu’enfin l’épouse d’un haut dignitaire de l’Etat Irakien : tous ont voix au chapitre. On est dans la Libye de Khadafi, l’Egypte de Moubarak, la Jordanie du Roi Abdallah et enfin l’Irak de Saddam Hussein : l’heure n’est pas vraiment à la démocratie.
J’ai beaucoup aimé ce roman assez court mais impressionnant par la richesse de son contenu. Le trajet effectué par la lettre fil conducteur de ce récit nous tient en haleine : aura-t-elle une chance de parvenir à sa destinatrice ?
Elle permet à l’auteur de nous immerger dans la vie quotidienne d’hommes et de femmes de cette région du monde. L’atmosphère paranoïaque créée par le totalitarisme de ces régimes est assez bien restituée et se révèle vite étouffante : on risque l’emprisonnement à tout moment et Abbas Khider ne se prive pas de l’illustrer concrètement lors d’un épique passage de la frontière Libyenne à l’Egypte.
Au détour des conversations, on mesure aussi à quel point l’humour se révèle être la véritable politesse du désespoir. Les dialogues assez cocasses mettent d’ailleurs assez bien en évidence l’absurdité des décisions politiques qui impactent leurs vies quotidiennes.
La pluralité des points de vue incarnée à la fois par la voix des victimes ou des bourreaux permet d’appréhender la complexité des situations. Dans la société irakienne être le membre d’une famille d’un soldat martyr abattu lors de la guerre Iran Irak peut être gratifiant ou cauchemardesque selon son statut familial. Ainsi un jeune policier peut espérer échapper au conflit militaire et occuper un poste essentiel dans le système répressif et la veuve d’un héros se voir abuser par tous les hommes qui s’en approchent.
Dans ce pays l’heure est à l’embargo américain et les traumatismes de la guerre avec l’Iran ont laissé des traces dans la société civile. Le régime politique est aux abois, acculé à persécuter une partie de ses minorités notamment Kurde : une véritable ambiance de fin de règne.
A hauteur d’hommes le romancier parvient par le biais de ses personnages à nous faire côtoyer les cercles intimes du pouvoir et met en évidence la collusion d’intérêts entre des hommes d’affaires sans scrupules avec des hauts dignitaires de l’Etat.
Le plus impressionnant demeure l’emprise du tyran Saddam Hussein véritable « Père » de la nation Irakienne et objet de tous les fantasmes et craintes auprès « ses » proches sujets. Le Rais et sa famille n’hésite pas à s’appuyer au gré de dispendieux avantages matériels sur une caste qui lui est totalement dévouée contribuant ainsi à attiser la haine du reste de la population. La déliquescence paraît inévitable.

Lettre à la république des aubergines

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