Que font les rennes après noël de Olivia Rosenthal


Dans Que font les rennes après Noël , Olivia Rosenthal met en regard le comportement de l’homme vis à vis de l’animal et des autres humains. D’abord, on entend la voix d’une petite fille qui se sent en captivité dans sa famille, sous la totale dépendance de sa mère, et qui désire ardemment un animal de compagnie, ce qui lui sera refusé. Alternent alors de courts paragraphes qui font intervenir des personnes dont les métiers sont en rapport avec les animaux et qui viennent « témoigner » de leurs savoirs et expériences : ils parlent des bêtes marquées, dressées, parquées, protégées, soignées, euthanasiées, dépecées, accommodées en sauce. La petite fille connaîtra une adolescence fragile puis, après quelques années de docilité, finira par comprendre où se trouve sa liberté. Sans rien démontrer, ce roman polyphonique tisse des liens entre l’apparente soumission des hommes et l’usage des animaux par l’homme et questionne le rapport de domination exercé sur la nature.
Si ce thème vous intéresse, je vous conseille la lecture de « Mémoires de la jungle » de Tristan Garcia, où un singe savant doit réapprendre les codes de la vie sauvage pour survivre.

Olivia Rosenthal participe à la table ronde intitulée « le rôle et la présence de l’animal dans le roman », en compagnie du romancier turc Yigit Bener et de l’allemand Marcel Beyer.

Les auteurs qu’on aime et qui nous accompagnent…

FesJ’ai découvert Tahar Ben Jelloun vers l’âge de 18 ans et c’est l’auteur dont j’ai le plus de livres dans ma bibliothèque. J’aimais ses récits où s’entremêlent le destin de personnes aux prises avec des sentiments humains très forts, et l’univers des contes imprégnés de magie et de poésie. Très intéressée par les questions d’injustice et de marginalisation sociale, j’ai lu aussi « La plus haute des solitudes », essai issu d’une thèse de doctorat en psychiatrie sociale sur les conditions de vie des travailleurs immigrés. J’aimais particulièrement cet auteur en tant que romancier et aussi pour ses engagements et prises de position sur les questions sociales et politiques.

Le temps a passé et je ne l’ai plus lu, d’autres écrivains ayant inspiré mes lectures.

Puis je suis allée en 2009 au festival de musiques sacrées du monde à Fès, et en me promenant dans la Médina parmi les fassis, je me suis sentie bien, un peu « chez moi », et j’ai pensé avec tendresse à Tahar Ben Jelloun qui est né à Fès en 1944. J’ai aimé cet instant de complicité imaginaire et à la fois bien réel.

Il faut lire les romans de Tahar Ben Jelloun : La nuit sacrée prix Tahar Ben JellounGoncourt, L’enfant de sable, Moha le fou, Moha le sage, La prière de l’absent, Les yeux baissés, mais aussi ses chroniques et articles notamment sur les évènements de Tunisie, d’Egypte et de Lybie. Il reste le citoyen engagé contre toute forme de barbarie et d’injustice pour qui écrire est une nécessité vitale et un acte militant. Tahar Ben Jelloun est très présent dans les salons du livre et intervient dans les écoles et universités au Maroc, en France et en Europe.

Direction Fiction, deuxième

Cette semaine ne manquez pas le second rendez-vous Direction Fiction. Il se déroulera jeudi à partir de 19h à la Médiathèque. Comme à leur habitude, lecteurs et bibliothécaires échangeront autour de leurs dernières lectures. Nous ferons également un gros plan sur les romans de l’américaine Laura Kasischke, que vous aurez la possibilité d’aller rencontrer lors de sa venue aux Assises. Pour en savoir plus, rejoignez-nous jeudi !

deux « romans » sur Haïti

Le 12 janvier 2010, à 16h53 heure locale, Port-au-Prince s’est effondrée. Certains écrivains mettent des années avant de digérer un traumatisme collectif pour commencer à écrire dessus. Dany Lafferrière, lui, se jette sur son carnet dès les premières minutes. Non pas avec l’idée de vivre un moment dont il faudra témoigner, mais pour se protéger du séisme, l’écriture étant un refuge permettant de s’extraire du cauchemar qui le secoue. Cela donne un recueil de fragments qui balisent le parcours de l’auteur dans cette ville en ruine, à la recherche de ses proches. Ses descriptions sont émaillées de réflexions sur ce pays et son peuple fascinant, sa joie de vivre, sa solidarité et sa dignité. Lorsqu’il quitte cet enfer au bout de quelques jours, qu’il se retrouve téléspectateur des évènements depuis son domicile de Montréal, c’est pour constater que les infos choisies par les médias fabriquent le roman du séisme. En publiant Tout bouge autour de moi, Dany Lafferrière montre une réalité bien loin des clichés passés en boucle à la télé.
Photo : D. Laferrière à la Médiathèque de Décines en 2009

Yanick Lahens a elle aussi vécu ces quelques minutes terribles. Son roman Failles concentre ses interrogations nées depuis le séisme : comment ce peuple pourra imaginer son avenir, lui qui a perdu d’un coup tous les signes visibles de sa mémoire collective ? Que raconter après ça ? Comment écrire ? Pour elle, cette catastrophe qu’on n’a pas su voir arriver fait écho à d’autres catastrophes causées par l’homme (les guerres, la paupérisation, la dégradation de la biosphère, …), que nous feignons d’ignorer.

Yanick Lahens parle de Failles ici

Modiano, vous avez Modiano ! Patrick Modiano ?

J’avais 20 ans, on échangeait avec gourmandise sur tous ces « jeunes auteurs » (=vivants) qu’un de nos professeurs – qui faisait la pluie et le beau temps en matière de prescription de lectures – nous conseillait de lire. On se prêtait avec curiosité Rue des boutiques obscures, l’exemplaire en folio souffrait beaucoup.
A l’époque Modiano avait 35 ans …
Sur le petit écran, chaque vendredi soir, Bernard Pivot faisait la pluie et le beau temps en matière de découverte littéraire et il invitait ce grand timide aux yeux sombres qui tout à la fois nous faisait souffrir pour lui par ses silences et nous impressionnait. Tout cela nous donnait envie de le lire.
Pendant des années, on a suivi le développement de son oeuvre sans forcément tout lire, en sachant qu’on ne serait pas déçu.

Aujourd’hui, quelque 30 ans après…

Modiano est toujours vivant (un peu moins jeune comme nous tous), quant à son oeuvre, elle est toujours aussi fluide malgré un « côté » un peu sombre.

Il est invité la semaine des AIR pour un entretien avec Marie Desplechin.

Vous n’avez rien lu de Patrick Modiano ? Quelle chance : vous allez le découvrir ! Et pour commencer : écoutez son texte. Jean-Louis Trintignant a enregistré Un pedigree (Gallimard, écoutez lire) et… Rue des boutiques obscures (Naïve) – disponible dans toutes les bonnes médiathèques -. Le timbre particulier presque métallique de Trintignant saura vous embarquer chez Modiano.

crédit photo : JP Guilloteau /L’Express

Des vents contraires : un roman d’Olivier Adam

Sarah a subitement disparu depuis un an et sans plus jamais faire un signe de vie. Paul, son mari, vit seul avec ses deux enfants et doit faire face : au quotidien, aux questions, à ses inquiétudes, à l’inconcevable…Il décide alors de retourner vivre à Saint-Malo, sa ville natale, espérant trouver… un peu de répit ? des forces ? la grâce ? un refuge ? Sarah ?
Je découvre cet auteur, je découvre son univers, les personnages de ce roman où il est question de paternité, de l’absence, du manque, du deuil, des liens familiaux…Où il est surtout question de combats ordinaires, de gens ordinaires. Et je les trouve tous terriblement humains, souvent « sur le fil », prêts à tomber (d’ailleurs, il y en a qui bascule), tourmentés mais aussi capables d’espérer, de résister. C’est rassurant !
Malgré une légère accumulation de malheurs, quelques passages larmoyants, un style plutôt descriptif qui ont, je l’avoue, un peu gêné ma lecture, j’ai été « touchée » car tout cela sonne juste.
Sûrement parce qu’Olivier Adam écrit au plus près des émotions ; on sent sa sensibilité et son attachement aux personnages, à leur histoire, au paysage aussi, aux couleurs, aux odeurs, aux éléments.
Avant d’avoir le plaisir de le rencontrer prochainement à la médiathèque, de l’interroger, de l’écouter, je vais continuer de le découvrir en lisant ses autres romans.

Black Bazar de Alain Mabanckou

 Une plongée dans la communauté des africains de Paris avec pour guide « fessologue », le narrateur « spécialiste de la face B des filles ». Au début de l’histoire, sa compagne nommée « couleur d’origine » l’a quitté pour vivre avec un joueur de tam-tam. Son quartier général est le bar le Jip’s, rue St Denis, idéal pour ces conversations de comptoir avec les copains du quartier.

Son voisin, monsieur Hippocrate (malade imaginaire), passe son temps à l’espionner, il le harcèle avec des réflexions racistes et se vente d’être « français de souche …On apprend au bout d’une quarantaine de pages qu’il est martiniquais !
Notre héros achète une machine à écrire pour raconter son existence, ses rencontres, ses amitiés, ses rêves et ses cauchemars ainsi que les souvenirs de son pays. Fessologue est aussi un véritable Sapeur (membre de la Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes) et passe son temps à acheter vêtements de marques et chaussures dont ses placards sont pleins.
Ce récit est réjouissant car il brasse pèle-mêle tous les clichés des blancs sur les noirs et des noirs sur les blancs et toute couleur intermédiaire.. Mabanckou avec humour et intelligence amène ses personnages et les lecteurs, à se remettre constamment en question sur le regard que nous portons tous les uns sur les autres et les clichés qui collent à la peau de chacun.
Il n’est pas sans faire penser à Dany Laferrière, écrivain Haïtiens pour l’humour décapant, les questions sur l’identité et aussi les réflexions autour du rôle et de la force de l’écriture.