Modiano, vous avez Modiano ! Patrick Modiano ?

J’avais 20 ans, on échangeait avec gourmandise sur tous ces « jeunes auteurs » (=vivants) qu’un de nos professeurs – qui faisait la pluie et le beau temps en matière de prescription de lectures – nous conseillait de lire. On se prêtait avec curiosité Rue des boutiques obscures, l’exemplaire en folio souffrait beaucoup.
A l’époque Modiano avait 35 ans …
Sur le petit écran, chaque vendredi soir, Bernard Pivot faisait la pluie et le beau temps en matière de découverte littéraire et il invitait ce grand timide aux yeux sombres qui tout à la fois nous faisait souffrir pour lui par ses silences et nous impressionnait. Tout cela nous donnait envie de le lire.
Pendant des années, on a suivi le développement de son oeuvre sans forcément tout lire, en sachant qu’on ne serait pas déçu.

Aujourd’hui, quelque 30 ans après…

Modiano est toujours vivant (un peu moins jeune comme nous tous), quant à son oeuvre, elle est toujours aussi fluide malgré un « côté » un peu sombre.

Il est invité la semaine des AIR pour un entretien avec Marie Desplechin.

Vous n’avez rien lu de Patrick Modiano ? Quelle chance : vous allez le découvrir ! Et pour commencer : écoutez son texte. Jean-Louis Trintignant a enregistré Un pedigree (Gallimard, écoutez lire) et… Rue des boutiques obscures (Naïve) – disponible dans toutes les bonnes médiathèques -. Le timbre particulier presque métallique de Trintignant saura vous embarquer chez Modiano.

crédit photo : JP Guilloteau /L’Express

Des vents contraires : un roman d’Olivier Adam

Sarah a subitement disparu depuis un an et sans plus jamais faire un signe de vie. Paul, son mari, vit seul avec ses deux enfants et doit faire face : au quotidien, aux questions, à ses inquiétudes, à l’inconcevable…Il décide alors de retourner vivre à Saint-Malo, sa ville natale, espérant trouver… un peu de répit ? des forces ? la grâce ? un refuge ? Sarah ?
Je découvre cet auteur, je découvre son univers, les personnages de ce roman où il est question de paternité, de l’absence, du manque, du deuil, des liens familiaux…Où il est surtout question de combats ordinaires, de gens ordinaires. Et je les trouve tous terriblement humains, souvent « sur le fil », prêts à tomber (d’ailleurs, il y en a qui bascule), tourmentés mais aussi capables d’espérer, de résister. C’est rassurant !
Malgré une légère accumulation de malheurs, quelques passages larmoyants, un style plutôt descriptif qui ont, je l’avoue, un peu gêné ma lecture, j’ai été « touchée » car tout cela sonne juste.
Sûrement parce qu’Olivier Adam écrit au plus près des émotions ; on sent sa sensibilité et son attachement aux personnages, à leur histoire, au paysage aussi, aux couleurs, aux odeurs, aux éléments.
Avant d’avoir le plaisir de le rencontrer prochainement à la médiathèque, de l’interroger, de l’écouter, je vais continuer de le découvrir en lisant ses autres romans.

Black Bazar de Alain Mabanckou

 Une plongée dans la communauté des africains de Paris avec pour guide « fessologue », le narrateur « spécialiste de la face B des filles ». Au début de l’histoire, sa compagne nommée « couleur d’origine » l’a quitté pour vivre avec un joueur de tam-tam. Son quartier général est le bar le Jip’s, rue St Denis, idéal pour ces conversations de comptoir avec les copains du quartier.

Son voisin, monsieur Hippocrate (malade imaginaire), passe son temps à l’espionner, il le harcèle avec des réflexions racistes et se vente d’être « français de souche …On apprend au bout d’une quarantaine de pages qu’il est martiniquais !
Notre héros achète une machine à écrire pour raconter son existence, ses rencontres, ses amitiés, ses rêves et ses cauchemars ainsi que les souvenirs de son pays. Fessologue est aussi un véritable Sapeur (membre de la Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes) et passe son temps à acheter vêtements de marques et chaussures dont ses placards sont pleins.
Ce récit est réjouissant car il brasse pèle-mêle tous les clichés des blancs sur les noirs et des noirs sur les blancs et toute couleur intermédiaire.. Mabanckou avec humour et intelligence amène ses personnages et les lecteurs, à se remettre constamment en question sur le regard que nous portons tous les uns sur les autres et les clichés qui collent à la peau de chacun.
Il n’est pas sans faire penser à Dany Laferrière, écrivain Haïtiens pour l’humour décapant, les questions sur l’identité et aussi les réflexions autour du rôle et de la force de l’écriture.

Autres cauchemars, de Yigit Bener

Yigit Bener a la passion des mots. Parfaitement francophone, puisqu’il a passé une bonne partie de sa vie en Belgique et en France, il a été pendant près de 20 ans, l’interprète de chefs d’Etat étrangers et d’ambassadeurs pour son pays, la Turquie. Il est aussi le traducteur de Laclavetine, Koltès et Céline. D’ailleurs, il a reçu un prix pour « Gecenin sonuna Yolculuk » (c’est joli non ?) la traduction du Voyage au bout de la nuit.
Yigit Bener est également un écrivain. A ce jour, seul son recueil de nouvelles Autres cauchemars est traduit en français. Nous l’avons évidemment acheté pour nos lecteurs.
Autres cauchemars rassemble des histoires courtes mettant en scène des bestioles, plutôt du genre insecte infâme que gentil mammifère tout doux. Bien sûr, ces personnages d’animaux servent de pretexte à parler des humains. On y rencontre un enfant qui regarde une tortue traverser la route et qui espère qu’on l’autorisera à s’en occuper si elle se dirige dans son jardin … tandis que des soldats en manque de distraction s’approchent en jeep. On y entend une écrevisse rouge de colère qui crève (littéralement) de ne pas ressembler à son lointain cousin noiraud, car l’homme n’ébouillante pas le cafard avant de le démanteler pour sucer sa chair. On y croise aussi un adolescent devant faire face simultanément à une aguicheuse qui change négligemment de vêtements devant lui et à un scorpion. Qui est le plus vénéneux des trois personnages ? Qui est la proie de qui ? Qui piquera en premier ?
Ces nouvelles sont pleines d’inventivité, tantôt hilarantes, tantôt douce-amères. On a hâte de lire les romans de cet auteur. A quand la traduction française ?

Discours sur l’origine de l’univers de Etienne Klein

D’où vient l’univers ? qu’était-il avant d’exister sous sa forme actuellement connue ? pour quoi existe-t-il ? aura-t-il une fin ? quiconque s’est laissé éblouir par le spectacle d’une nuit d’été avec le bruit des vagues en fond sonore s’est posé ces questions. Avec son Discours sur l’origine de l’univers, Etienne Klein, chercheur au Commissariat à l’énergie atomique, montre que les réponses sont encore hors de portée du cerveau humain. Si vous pensiez qu’on saurait la vérité de notre vivant, qu’on verrait le visage de Dieu au fond de l’univers à droite après la dernière planète, que l’accélérateur de particules du Cern nous livrerait la clé du mystère, c’est raté. Au terme de cette lecture, on se sent perdu et plus seul que jamais, mais reconnaissant envers l’auteur de nous avoir extirpé de notre ignorance. En effet, Etienne Klein lève le voile sur l’état des connaissances scientifiques et c’est passionnant. D’abord on parcourt l’histoire de l’étude de l’univers en tant qu’objet de science. Puis, on s’attaque aux choses ardues : déconstruction de l’idée que le néophyte se fait du big bang (« un piège sémantique ») qui impliquerait qu’il y ait eu un instant zéro. Or, nous apprenons que ce fameux big bang n’a été qu’un moment de l’histoire de l’univers (qui, sans vouloir vous faire peur, pourrait sans doute se reproduire, et mieux vaudrait ne pas être dans les parages, vu les conditions physiques qui règnent à ce moment-là), que « quelque chose » existait avant et qu’on n’est pas près de pouvoir décrire cet « avant » à cause d’un mur (le mur de Planck). Cependant, les scientifiques s’attaquent courageusement à cet Everest sur la base de 3 théories principales, notamment celle qui imagine la superposition de plusieurs dimensions de notre univers, pouvant entrer en contact les unes avec les autres au gré de « vibrations ».
Vous l’aurez compris, ce n’est pas une lecture de plage. Quoique ? : Etienne Klein s’adresse au grand public. Avec des mots simples, des analogies marrantes, et même des bons mots, il nous fait toucher du doigt des concepts vertigineux et nous fait partager des connaissances qui ne sont pas l’affaire des savants uniquement, mais aussi l’affaire de quiconque s’est laissé éblouir par le spectacle d’une nuit d’été avec le bruit des vagues en fond sonore.

Retrouvez Etienne Klein aux Assises le samedi 28 mai à 21h, en compagnie de l’écrivain Maylis de Kerangal et du philosophe allemand Hartmut Rosa autour d’une table ronde sur « la mondialisation : vertige du temps et de l’espace »

7 titres sont disponibles à la Médiathèque, dont Discours sur l’origine de l’univers.

A l’abri de rien de Olivier Adam

Ca a l’air simple au début, puis l’impression d’une lecture facile cède le pas devant l’intérêt puis l’inquiétude qu’on ressent à l’égard du personnage de Marie. Marie, c’est un prénom plutôt marqué dans notre imaginaire… Pourtant Marie n’a rien d’une sainte, c’est une femme ordinaire qui vit dans le Nord de la France ; elle est au chômage, vit dans une zone pavillonnaire, est mariée, a deux enfants. Son quotidien est rude d’autant qu’elle ne peut oublier un pan écrabouillé de sa jeunesse.
Et là où elle habite passent les réfugiés de pays en guerre qui veulent passer en Angleterre… Le texte est ancré dans le social ; ancrage assumé par Olivier Adam qui déclare : « je n’ai pas à avoir peur du social et de la politique dans mes livres » ( Salon du livre de Paris, 2009). Ce roman fait davantage pour nos consciences que le même sujet traité au journal de 20h . On est au plus près des tracas (des fracas aussi) de Marie ; grâce à une écriture du je parfaitement maîtrisée, c’est sa voix qu’on entend.
Comment Olivier Adam a t’il réussi ce tour de force de se glisser dans la tête de son personnage ? Ecrire est un vrai boulot : on salue le travail et on se promet d’en parler avec lui le 24 mai.

PS : Publié en 2007, A l’abri de rien, a reçu 3 prix différents et complémentaires le Prix Roman France Télévisions* ; le Prix du roman populiste** ; le Prix Jean Amila-Meckert***.
* créé en 1994 par les chaînes de l’audiovisuel public pour récompenser des livres susceptibles d’intéresser un large public

**créé en 1929 pour récompenser une œuvre romanesque qui « préfère les gens du peuple comme personnages et les milieux populaires comme décors à condition qu’il s’en dégage une authentique humanité »

*** créé en 2005 par le Conseil Général du Pas-de-Calais et l’association Colères du présent, dans le but de récompenser chaque année le meilleur livre d’expression populaire et de critique sociale.

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