Sous le ciel de l’Altaï de Li Juan

sous le ciel de l'AltaïLi Juan est une jeune auteur chinoise dont les récits rassemblés ici ont d’abord été publiés sur internet et repérés par la célèbre Wang Anyi.

Avant de fréquenter le lycée et de devenir citadine, Li Juan a vécu avec sa grand-mère et sa mère une vie de couturière itinérante, dans le sillage des bergers de l’Altaï. C’est cette vie pastorale, rude et simple, qu’elle dessine ici à grands traits fins, entre portraits pleins d’humanité et anecdotes amusantes. Le tout sous l’immense ciel céruléen et dans une nature grandiose. Et l’auteur d’ajouter, modeste, dans la préface :

S’il y a quelques belles pages parmi ces récits, ce n’est pas à moi qu’en revient le mérite, mais c’est que l’objet que je décrivais était beau en lui-même.

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Point cardinal de Léonor de Recondo

Léonor de RecondoMathilda et Laurent ne font qu’un. Je veux dire : c’est la même personne. Laurent, quadra marié à Solange depuis 20 ans, deux enfants adolescents, assiste en spectateur à sa vie de famille. Physiquement là, mais toujours ailleurs. Avec Cynthia, au Zanzibar, où il vit des heures de grande liberté.

Je suis une femme, tout va bien se passer.

Un jour, la vérité éclate. La famille implose, explose. Puis se recompose autour de la renaissance de Laurent et du douloureux  et nécessaire chemin vers sa féminité.

Avec une grande économie de mots, mais des mots soigneusement choisis, Léonor de Récondo nous livre une histoire intense, ancrée dans la banalité du quotidien.  Elle poursuit son exploration du motif du corps, entamée avec Pietra viva et Amours

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Sucre Noir de Miguel Bonnefoy

Sucre-noir-BonnefoySucre noir, le dernier roman de Miguel Bonnefoy nous met dans une situation délicate. L’atmosphère de ce beau roman est encore si présente que l’envie nous vient de tout dévoiler des détails de l’intrigue et des états d’âme des personnages. Tout dire pour prolonger la magie de la lecture… Mais restons discret.

Il est question d’un trésor, que plusieurs personnages cherchent ; pourtant un seul le trouvera, par hasard. Il est question d’amour entre Severo Bracamonte (l’un des chercheurs de trésor) et Serena Otero (l’héritière d’une plantation de cannes à sucre). Il est question d’histoires familiales, de développement économique et de catastrophes…

Tout cela se déroule en Amérique du sud, dans un pays inventé pour l’occasion où se retrouvent imaginaire, poésie et magie des récits traditionnels. Bref, ce livre est un régal et figure pour nous parmi les belles  surprises de cette rentrée littéraire 2017.

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Les règles d’usage de Joyce Maynard

JOYCE MAYNARDLaissons-nous prendre par la main par Wendy, 13 ans, qui vit à New York avec sa mère, son beau-père, Josh, et son petit frère, Louie. Un environnement affectueux et stable rythme sa vie de collégienne.

Les attentats du 11 septembre 2001 emportent sa mère en même temps qu’une partie de son enfance et de son innocence. D’abord l’attente de son retour en vain, puis l’acceptation de la réalité atroce de la mort.

Rapidement après le drame, son père biologique, Garret, dont elle n’est pas très proche, l’emmène vivre en Californie. En quelques semaines, la vie de l’adolescente bascule. Elle doit surmonter la perte de sa mère, l’éloignement d’avec sa famille, particulièrement de son petit frère, et s’adapter à un changement radical d’environnement et de vie quotidienne.

Joyce Maynard excelle à décrire les sentiments, émotions et pensées de Wendy avec authenticité, réalisme et bienveillance. Le récit nous fait partager cette vérité à la fois terrible et essentielle : «à ce drame, cette perte, je ne survivrai pas…et pourtant, la vie reprend le dessus encore plus forte qu’autrefois ».

les règles d'usage Joyce MaynardQue va décider Wendy pour elle-même après son expérience californienne ? Période durant laquelle elle a fêté ses 14 ans, fait l’école buissonnière, connut son premier flirt et bien d’autres choses encore qui apprennent la vie et font grandir, cahin-caha.

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les lendemains avaient un goût de miel de Marlène Schiappa

Entre réalité et fictschiappaion, Marlène Schiappa nous raconte avec beaucoup de tendresse, la vie de son aïeule disparue : Rose.

Après 10 ans de recherches généalogiques dans les archives, elle livre un roman à la fois drôle et émouvant, où l’on va de surprise en surprise.

Qu’y a-t-il dans ce mystérieux carton que Rose lui a légué ?

D’où vient ce joli collier de perles aperçu sur une photo ?

Comment Rose est- elle devenue riche, et surtout qu’est- il advenu de la lettre que la narratrice lui avait écrite à l’âge de 11 ans ?

A vous de le découvrir … !

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Mets le feu et tire-toi de James Mc Bride

James Mc BrideAvec la quatrième couverture on était déjà averti : « plus de deux cents millions d’exemplaires vendus, 320 albums enregistrés dont 16 ont été des hits 45 disques d’or».

James Brown, nom mythique, une légende, le pape de la soul, on croule sous les qualificatifs…!

Mais connait-on réellement le personnage ? Peut-on vraiment le décrire ?

En se lançant sur sa trace, James Mc Bride nous l’affirme d’emblée : Il ne recherche pas la vérité absolue, mais simplement démêler le vrai du faux essayant de brosser un portrait à hauteur d’homme. Une tâche d’autant plus ardue que la légende a été entretenue par James Brown lui-même. L’homme a en effet passé sa vie à se cacher,  obsédé qu’il était à ne pas révéler ses sentiments.

Le défi est considérable : On ne compte plus les documentaires consacrés au personnage et dans le marigot des escrocs, nombreux sont les candidats disposés à vendre la belle histoire, le scoop inédit.

L’écrivain lucide et honnête n’omet pas de nous confier qu’il agit avant tout par intérêt : il a besoin d’argent et répond à une commande de son éditeur. James Mc Bride est noir et musicien : l’ingrédient est parfait pour réaliser un best-seller.

L’auteur décide donc de se rendre sur la terre de naissance de Mister Dynamite en Caroline du Sud afin de retrouver les proches et musiciens qui l’ont côtoyé. Au fil des entretiens émerge le portrait Kaléidoscopique d’un personnage complexe et pétri de paradoxes.

Ce récit m’a passionné  parce qu’il recèle une mine d’informations tant musicales qu’historiques qu’il est bien sûr impossible de résumer.

L’auteur remet au premier plan des musiciens peu connus, voir complètement tombés dans l’oubli, mais largement responsables du succès de l’icône de la soul.

Ainsi Fred Wesley et Pee Wee Ellis véritables chevilles ouvrières de la matrice du son de Brown, les prodigieux guitaristes Nafloyd Scott rescapé du groupe qui a pré-existé à James Brown : Les  Famous Flames sans qui James Brown n’aurait pu décoller, et Jimmy Nolen créateur du chicken scratch reproduit des milliers de fois, aujourd’hui encore.

Ces portraits sont autant d’occasion pour l’auteur de se livrer, en jouant de sa double casquette d’écrivain et de musicien, à de passionnantes analyses musicales sur la soul, le jazz et surtout le funk. Surtout il n’hésite pas à les mettre en perspective avec notre époque quitte à choquer nombre de spécialistes. Brown disposait d’un véritable Staff et savait diablement s’entourer !

En revalorisant ces grandes figures musicales, Mc Bride en profite pour nous livrer une photographie d’une industrie musicale mafieuse, cupide peu soucieuse du bien-être de ses artistes noirs talentueux mais inconnus alors.

L’autre grand mérite de ce livre est aussi de replacer cette biographie dans le contexte historique et géographique du peuple afro-américain du sud des Etats-Unis.

A Barnwell, en Caroline du Sud, le spectre de la ségrégation n’est jamais bien loin et dans la famille du parrain de la soul, on a la mémoire tenace. Les ancêtres persécutés par l’homme blanc sont toujours présents.

En revisitant cette mémoire familiale, James Mc Bride nous donne ainsi les moyens de dépasser les nombreuses caricatures attachées au personnage et de comprendre les comportements très souvent paranoïaques voire égo maniaques de la star.

Toutefois l’auteur ne tombe pas dans la complaisance et met tout sur la table : James Brown pouvait se révéler truqueur, calculateur, voire manipulateur. Les témoignages de ses musiciens lors des nombreuses et délirantes répétitions permettent d’entrevoir l’extrême cruauté du personnage. Les silences d’un Pee Wee Ellis encore traumatisé à la simple évocation de ces douloureuses périodes sont à cet égard assez révélateurs.

Son rapport à l’argent explique aussi qu’il ait pu paradoxalement confier la gestion de sa fortune à un homme blanc. Et dans la tourmente de ses ennuis judiciaires, c’est encore à un autre blanc avocat qu’il fera appel.

James Mc Bride  parvient à restituer en arrière-fond toute la complexité d’une fracture raciale encore bien vivace au sud des Etats-Unis. En témoigne l’absence  de reconnaissance officielle de l’artiste dans sa ville natale.

Au final l’auteur a gagné son pari : Il est parvenu à humaniser l’icône.

Mets le feu et tire-toi

 


 

 

 

 

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Mets le feu et tire-toi de James McBride

Non, « Mets le feu et tire-toi » n’est pas un slogan insurrectionnel ! C’est la marque de fabrique du Pape de la SOUL et du FUNK : on donne tout sur scène et on rentre direct à la maison ; il ne fallait pas compter sur JAMES BROWN (3/05/33-25/12/03) pour faire du « public relation » après le concert !

Quelle bonne idée d’avoir confié  à James McBride une bio sur JAMES BROWN. Lui-même jazzman afro-américain, il nous déroule le fil d’une vie (et quelle vie !) d’un génie de la musique avec une connaissance aiguisée de la musique et de l’histoire des afro-américains. Il a refait tout le voyage, de la ville de naissance du musicien dans le sud rural et ségrégationniste, à New-York en passant par de nombreuses visites rendues aux personnes qui l’ont connu auprès desquelles il a recueilli d’émouvants témoignages.

Tout a été dit sur cet homme contrasté : despotique avec ses musiciens, violent avec les femmes, fidèle et généreux avec ses amis intimes, engagé et impliqué pour sa communauté, soucieux de l’importance de l’éducation des plus jeunes.

Mais tout est vrai ! Au fil des rencontres que James McBride nous relate, un portrait d’homme avec toutes ses contradictions et blessures d’enfance, dont il a tiré le meilleur dans sa vie d’artiste, nous est brossé. En fil conducteur du récit, on découvre l’incroyable imbroglio lié à sa succession. L’artiste souhaitait que sa fortune serve à l’éducation des enfants pauvres de sa ville d’origine. Des années plus tard, tout a été dilapidé à la suite de nombreux procès et de querelles familiales.

Que reste-il de JAMES BROWN ? Une œuvre foisonnante et d’une qualité inégalée. Un son inimitable et une inventivité enthousiasmante. On l’écoute encore et toujours !

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