Mets le feu et tire-toi de James Mc Bride

James Mc BrideAvec la quatrième couverture on était déjà averti : « plus de deux cents millions d’exemplaires vendus, 320 albums enregistrés dont 16 ont été des hits 45 disques d’or».

James Brown, nom mythique, une légende, le pape de la soul, on croule sous les qualificatifs…!

Mais connait-on réellement le personnage ? Peut-on vraiment le décrire ?

En se lançant sur sa trace, James Mc Bride nous l’affirme d’emblée : Il ne recherche pas la vérité absolue, mais simplement démêler le vrai du faux essayant de brosser un portrait à hauteur d’homme. Une tâche d’autant plus ardue que la légende a été entretenue par James Brown lui-même. L’homme a en effet passé sa vie à se cacher,  obsédé qu’il était à ne pas révéler ses sentiments.

Le défi est considérable : On ne compte plus les documentaires consacrés au personnage et dans le marigot des escrocs, nombreux sont les candidats disposés à vendre la belle histoire, le scoop inédit.

L’écrivain lucide et honnête n’omet pas de nous confier qu’il agit avant tout par intérêt : il a besoin d’argent et répond à une commande de son éditeur. James Mc Bride est noir et musicien : l’ingrédient est parfait pour réaliser un best-seller.

L’auteur décide donc de se rendre sur la terre de naissance de Mister Dynamite en Caroline du Sud afin de retrouver les proches et musiciens qui l’ont côtoyé. Au fil des entretiens émerge le portrait Kaléidoscopique d’un personnage complexe et pétri de paradoxes.

Ce récit m’a passionné  parce qu’il recèle une mine d’informations tant musicales qu’historiques qu’il est bien sûr impossible de résumer.

L’auteur remet au premier plan des musiciens peu connus, voir complètement tombés dans l’oubli, mais largement responsables du succès de l’icône de la soul.

Ainsi Fred Wesley et Pee Wee Ellis véritables chevilles ouvrières de la matrice du son de Brown, les prodigieux guitaristes Nafloyd Scott rescapé du groupe qui a pré-existé à James Brown : Les  Famous Flames sans qui James Brown n’aurait pu décoller, et Jimmy Nolen créateur du chicken scratch reproduit des milliers de fois, aujourd’hui encore.

Ces portraits sont autant d’occasion pour l’auteur de se livrer, en jouant de sa double casquette d’écrivain et de musicien, à de passionnantes analyses musicales sur la soul, le jazz et surtout le funk. Surtout il n’hésite pas à les mettre en perspective avec notre époque quitte à choquer nombre de spécialistes. Brown disposait d’un véritable Staff et savait diablement s’entourer !

En revalorisant ces grandes figures musicales, Mc Bride en profite pour nous livrer une photographie d’une industrie musicale mafieuse, cupide peu soucieuse du bien-être de ses artistes noirs talentueux mais inconnus alors.

L’autre grand mérite de ce livre est aussi de replacer cette biographie dans le contexte historique et géographique du peuple afro-américain du sud des Etats-Unis.

A Barnwell, en Caroline du Sud, le spectre de la ségrégation n’est jamais bien loin et dans la famille du parrain de la soul, on a la mémoire tenace. Les ancêtres persécutés par l’homme blanc sont toujours présents.

En revisitant cette mémoire familiale, James Mc Bride nous donne ainsi les moyens de dépasser les nombreuses caricatures attachées au personnage et de comprendre les comportements très souvent paranoïaques voire égo maniaques de la star.

Toutefois l’auteur ne tombe pas dans la complaisance et met tout sur la table : James Brown pouvait se révéler truqueur, calculateur, voire manipulateur. Les témoignages de ses musiciens lors des nombreuses et délirantes répétitions permettent d’entrevoir l’extrême cruauté du personnage. Les silences d’un Pee Wee Ellis encore traumatisé à la simple évocation de ces douloureuses périodes sont à cet égard assez révélateurs.

Son rapport à l’argent explique aussi qu’il ait pu paradoxalement confier la gestion de sa fortune à un homme blanc. Et dans la tourmente de ses ennuis judiciaires, c’est encore à un autre blanc avocat qu’il fera appel.

James Mc Bride  parvient à restituer en arrière-fond toute la complexité d’une fracture raciale encore bien vivace au sud des Etats-Unis. En témoigne l’absence  de reconnaissance officielle de l’artiste dans sa ville natale.

Au final l’auteur a gagné son pari : Il est parvenu à humaniser l’icône.

Mets le feu et tire-toi

 


 

 

 

 

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Mets le feu et tire-toi de James McBride

Non, « Mets le feu et tire-toi » n’est pas un slogan insurrectionnel ! C’est la marque de fabrique du Pape de la SOUL et du FUNK : on donne tout sur scène et on rentre direct à la maison ; il ne fallait pas compter sur JAMES BROWN (3/05/33-25/12/03) pour faire du « public relation » après le concert !

Quelle bonne idée d’avoir confié  à James McBride une bio sur JAMES BROWN. Lui-même jazzman afro-américain, il nous déroule le fil d’une vie (et quelle vie !) d’un génie de la musique avec une connaissance aiguisée de la musique et de l’histoire des afro-américains. Il a refait tout le voyage, de la ville de naissance du musicien dans le sud rural et ségrégationniste, à New-York en passant par de nombreuses visites rendues aux personnes qui l’ont connu auprès desquelles il a recueilli d’émouvants témoignages.

Tout a été dit sur cet homme contrasté : despotique avec ses musiciens, violent avec les femmes, fidèle et généreux avec ses amis intimes, engagé et impliqué pour sa communauté, soucieux de l’importance de l’éducation des plus jeunes.

Mais tout est vrai ! Au fil des rencontres que James McBride nous relate, un portrait d’homme avec toutes ses contradictions et blessures d’enfance, dont il a tiré le meilleur dans sa vie d’artiste, nous est brossé. En fil conducteur du récit, on découvre l’incroyable imbroglio lié à sa succession. L’artiste souhaitait que sa fortune serve à l’éducation des enfants pauvres de sa ville d’origine. Des années plus tard, tout a été dilapidé à la suite de nombreux procès et de querelles familiales.

Que reste-il de JAMES BROWN ? Une œuvre foisonnante et d’une qualité inégalée. Un son inimitable et une inventivité enthousiasmante. On l’écoute encore et toujours !

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Les filles au lion de Jessie Burton

les filles au lion - Jessie BurtonLondres, 1967.
Odelle,  jeune Jamaïcaine, s’ennuie ferme dans le magasin de chaussures où elle travaille depuis cinq ans. Le jour où elle est embauchée comme secrétaire dans une prestigieuse galerie d’art, elle pense enfin avoir trouvé un job à sa portée, elle qui ne rêve que d’art et d’écriture. Elle y fait la connaissance de l’étrange et lunatique Marjorie Quick, qui l’a recrutée, et de l’intimidant  directeur de la galerie.

Sa rencontre (fortuite ?) avec le séduisant Lawrie Scott va donner un tour nouveau à son existence monotone, car très vite le jeune homme lui montre un tableau hérité de sa mère, et dont il ne sait rien. La toile représente deux jeunes femmes et un lion dans une composition macabre, dont la force, le style et les couleurs intriguent immédiatement la jeune femme.

Soumis aux directeurs de la galerie, le tableau ne leur semble pas étranger…

En parallèle, l’auteur déroule une autre histoire : une trentaine d’années plus tôt en Andalousie, alors que l’Espagne s’apprête à vivre un des épisodes les plus douloureux de son histoire, on entre dans la maison d’un riche marchand d’art anglais, où il vit avec sa femme dépressive et leur fille Olive, qui se rêve en artiste peintre. Isaac et Teresa, deux jeunes gens du village, se rapprochent de la famille peu à peu, risquant de modifier un équilibre déjà fragile…

Les deux intrigues, on s’en doute, finiront par se croiser. Quel est le secret des Filles au lion ?

Après l’immense succès rencontré par Jessie Burton avec « Miniaturiste », voici un roman qui explore des thèmes forts : la place des femmes dans la création artistique, le colonialisme (britannique) et le racisme ordinaire, la quête d’identité dans un pays dont on est étranger….

Ce sont aussi des portraits de femmes fortes, qui doivent faire face à des choix difficiles pour exister.  Et qui nous rappellent les combats de celles qui nous ont précédées.

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L’homme qui s’envola d’Antoine Bello

Walter, 40 ans, P.D.G à haut potentiel, a tout pour plaire ! La société de sa femme (5 000 employés) excelle sur le marché de la livraison express du Nouveau-Mexique (sud-ouest des Etats-Unis). Il aime sa femme, la belle Sarah et ses 3 magnifiques enfants. Il mène une vie parfaite, une vie rêvée pour beaucoup.L'homme qui s'envola

Mais les moments d’évasion lors de ses fréquents déplacements à bord de son jet ne lui suffisent plus. En un mot, Walter n’aime pas sa vie. Il se sent dépossédé de son existence.

Aussi il met en scène sa fausse mort lors du crash de son avion contre un massif rocheux, pour mener enfin sa quête du temps. Malheureusement rien ne se passe comme prévu. Surtout quand l’assurance de l’avion fait appel à Nick Shepherd, redoutable détective ultra-spécialisé dans la recherche des personnes disparues. Avec l’aide précieuse de Sarah, Nick dévoile la vraie personnalité de Walter.

Commence alors un road-movie époustouflant. Est-ce que Walter arrivera à poursuivre sa quête ?

Dès le début du livre, le lecteur est emporté dans le tourbillon de cette aventure menée par une main de maître. L’écrivain Antoine Bello, franco-américain et entrepreneur, nous décrit à merveille la société américaine, les vastes étendues. Il nous interpelle sur l’amour de nos proches et nous questionne sur la pression de la société pour les hommes à haut potentiel comme Walter.

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Le verger de marbre d’Alex Taylor

Beam a 19 ans et il aide quelque fois son père sur le bateau bac qui fait la traversée de la Gasping River. Et il le remplace ce soir où monte un homme qui refuse d’abord de payer la traversée, et qui tente ensuite de lui voler sa recette. Sans doute plaisante t-il. Sans doute veut-il charrier le jeune homme. Mais pour se défendre sans doute également, Beam le tue.

taylor-alex-le-verger-de-marbreEt Beam prend la fuite. Son père à qui il s’est confié le pousse à partir car il a semble t-il reconnu cet homme. Car dans ce Kentucky profond, on est sur le territoire de Loat Duncan, un personnage qui fait régner une terreur où se mêlent ses intérêts et son bon plaisir. Et Duncan va en effet partir en chasse parce que Beam a tué son fils.

Au fil de cette errance se dessine le portrait d’une autre Amérique. Violente, folle, anarchique. Rien ne semble pouvoir arrêter les outrances de Duncan et de son homme de main. Ni le shérif et sa loi, ni le père et sa bonne volonté. Pas plus que le courage et la ténacité de quelques uns. Duncan va jusqu’au bout, et tout le monde s’en accommode à sa façon… Un roman tragique et captivant.

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Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous de Nathalie Stragier

Andrea est une jeune lycéenne qui rêve de liberté et de nouveauté. Lorsqu’elle accepte d’aider Pénélope, une adolescente venue du futur, elle ne se doute pas que c’est la pire décision de sa vie qu’elle vient de prendre. En effet, Pénélope détient  un secret sur notre avenir qu’elle ne doit absolument pas révéler… sous peine de mort.

Malgré cela, très vite, une complicité va naître entre les deux jeunes filles.  Pénélope, coincée dans notre époque qu’elle ne comprend pas, enchaîne situations catastrophiques sur situations catastrophiques, au grand dam d’Andrea…

Cette histoire, légère et humoristique cache, sans en avoir l’air, de  belles réflexions sur notre époque, notre mode de vie, nos relations et plus particulièrement sur les relations homme-femme…

Une comédie à suspense où quiproquos et situations rocambolesques s’enchaînent.

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La file indienne d’Antonio Ortuno

liv-11170couv_m-la-file-indienneIrma devait emmener sa fille à Disney Land. Son mari, dont elle est séparée, et qu’elle n’a sans doute jamais aimé, a décidé de faire ce sacrifice pour payer ce voyage à sa fille. Il est professeur dans un lycée au Mexique. Il gagne mal sa vie.

Mais Irma doit aller à Santa Rita. Assistante sociale de l’organisme d’état de soutien aux migrants, elle doit aider celles et ceux qui ont survécu à l’incendie criminel commis dans le refuge de l’organisme. Beaucoup de salvadoriens, d’hommes et de femmes du Costa Rica ou du Honduras veulent rejoindre les Etats Unis pour abandonner une vie misérable. Mais ils doivent pour cela traverser le Mexique, et ils sont à la merci de passeurs, de bandes criminelles et de fonctionnaires corrompus.

Irma est au centre de cette tragédie à Santa Rita. Elle communique avec un journaliste qui enquête sur cette affaire. Et elle va essayer de soutenir Yein, une jeune femme qui a survécu à l’incendie mais qui a perdu son mari. Yein ne veut pas parler, Yein se méfie et elle veut se venger. Une vengeance qui va dévoiler bien des compromissions dont Irma va devenir un témoin impuissant… Un roman tragique et haletant, où l’on souffre avec ces personnes soumises à toutes les violences.

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