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Moscow d’Edyr Augusto

Edyr Augusto

On va à la plage ?           

Dans un roman bref  le poète et journaliste brésilien Edyr Augusto, nous emmène sur l’île de Mosqueiro. Ce deuxième ouvrage paru en France est chronologiquement son premier livre. Ici pas de chausson pour ne pas pas rayer le parquet… Edyr Augusto n’occupe pas la scène pour distiller la légèreté…..

Oui la plage, certainement la chaleur, peut-être  le dépaysement mais à coup sûr pas la visite touriste bermuda…

Condensé de violence à ne pas glisser entre toutes les mains, nouvelle vision d’un « orange mécanique » dans la moiteur brésilienne…

Cent pages tendues d’une trashgédie avec pour moteur la pulsion et carburant le désir. Edyr Augusto nous embarque dans la dérive de son jeune héro, Tinho Santos, rude et violent. Scènes  et phrases courtes incisives, le texte ne s’élabore pas en chapitres, pas le temps. Comme Tinho, l’écriture est dans l’urgence. L’urgence à vivre d’une jeunesse qui ne possède rien sinon sa vitalité.

Pour Tinho et sa bande pas de limite, pas davantage de bien ou de mal. La relation au monde s’inscrit dans le physique. Une quête incessante, satisfaire les besoins premiers.

Une écriture sèche sans dimension psychologique qui affronte le lecteur, pas de détour.

Je vous l’ai dit Edyr Augusto est journaliste et son clavier pioche dans le temps présent.

Reportage ? Non, le livre est un roman, un vrai. Alors, comment Edyr Augusto réussit-il à nous tenir à distance  d’un voyeurisme malsain ou complaisant ?

Par l’écriture. Si elle est rapide, elle n’est pas bâclée. Si elle ne cache pas la misère, elle n’excuse rien. Jamais le lecteur ne s’apitoie sur Tinho.

L’île de Mosqueiro sert de théâtre à la confrontation des milieux sociaux et là on retrouve le journaliste. Deux univers se côtoient et se désirent, la bourgeoisie de Bélem et le monde étriqué de la pauvreté au quotidien.

Restons-nous extérieurs à ce fragment de vie, à Tinho et ses excès primaires ? Non pas de manichéisme, trop simple.

L’ébauche d’une chance, un souffle pour le lecteur…Dans la grâce, celle de Graça. Jeune-fille charnelle bien sûr mais dans ses yeux se joue une rédemption… L’idée d’un sentiment… Possible, impossible…

A la fois récit instantané photo d’une micro société et quelques jours de la vie de Tinho et sa bande. Tinho , personnage de tragédie au parcours sans issue ? Le regard de Graça ? La force et la liberté d’une bourgeoise ? Des voix, une voie, à prendre, à apprendre.

Nous lecteurs,  nous sommes dans ce cerceau malade et dès le début nous savons… Nous savons que….

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La petite communiste qui ne souriait jamais

Lola Lafon, auteur française confidentielle jusqu’à ce livre est médiatiquement plus connue comme auteur compositeur et interprète. Les éditions Actes Sud nous livrent ici son quatrième roman, les précédents avaient paru chez Flammarion.

Avec ce récit au titre déroutant elle arrive sur le devant de la scène littéraire, saluée de nombreuses critiques élogieuses. Pourquoi ? Très simple, c’est un bon livre !…
Vous voulez en savoir davantage ?
L’intérêt est dans ce qu’il dit et comment, l’histoire d’une vie sans tomber dans l’égotisme en s’ouvrant au lecteur et une écriture fluide sans glisser dans la facilité.

Biographie romancée de Nadia Comaneci, La « gamine Roumaine » élastique et impeccable et d’une époque, le bloc de l’est, la guerre froide, le monde divisé en deux.
Pour ceux qui ont raté l’épisode année 1976, ceux qui n’étaient pas nés… Les JO d’été à Montréal, elle est la première gymnaste à réussir un dix sur dix. Les compteurs s’affolent… Techniquement impossible d’afficher le score… Bing ! Ils se contentent de 1.00. Le monde entier reste scotché à sa tévé….

Une Histoire du monde et de la société, un regard sur les années 70.
Évocation de l’inertie, du passéisme du bloc de l’Est. Restitution du climat de suspicion… De barrières qui ne tiennent plus vraiment. De l’émerveillement devant la société de consommation… Même l’emballage d’un chewing gum peut subjuguer… Stop ! L’auteur ne cède pas à la caricature et c’est heureux. Elle nous fait deviner pourquoi des yeux d’enfants perçoivent le miraculeux où il s’agit de marketing.

Photo de la Roumanie, Ceausescu et Elena un monde que la rigidité va faire craquer. Le sport comme vitrine et comme arme. Hypocrisie ici comme ailleurs, sur les terrains de sport ce sont les nations qui s’affrontent. Les guerres se mènent par la défaite des corps. Même si le sport n’est pas une arme létale, sur les stades et dans les gymnases comme sur les champs de bataille, les nations sont victorieuses mais l’individu ne survit pas.

Une histoire personnelle.
Celle d’une petite fille qui ne l’est plus tant la volonté lui tient lieu de colonne vertébrale. Et il faut qu’il soit solide le squelette vu la discipline infligée. Infligée ? Non, choisie. Le lecteur est au cœur de ce qui anime ce corps. Soumission totale à un carcan féroce, à un entraîneur (Béla). Soumission consentie et consciente, elle est l’assurance de devenir le Zéro Défaut. La perfection du mouvement, le mouvement incarné, le mouvement lui-même. Cette gamine de quatorze ans a fait le choix de devenir. Celles qui subissent sont celles qui suivent le chemin des petites filles.

Et avec ça ma petite Dame ?

Formidable réflexion sur le corps des Femmes (Ah, nous y voilà !) et le regard de la Société. Description fine des indices d’un corps d’enfant qui devient femme. Avec pour corollaire, semble-t-il, l’impossibilité de conjuguer féminité et performance sportive. Pourquoi ? Car le regard des juges, des spectateurs se noie dans la chair. La sensualité dame le pion à la pureté du geste, de l’effort. La féminité est une maladie qui ronge le corps. Un corps dédié au sport ne peut s’embarrasser du désir suscité comme ressenti.

L’intelligence d’un récit scénarisé.

Récit caméra sur des moments forts, sans un gramme de graisse le récit, comme la petite et ses couettes . Trame renforcée par un effet de réalité avec une narration chronologique entrecoupée par le narrateur et « l’héroïne » entrant en dialogue.

Ce dispositif laisse accroire que l’auteur tisse les fils en réponse aux remarques que le personnage, à la fois réel et fictif, fait sur le récit.

Attention ! Non cela ne sent pas l’atelier d’écriture, ni l’exercice en sueur.
Le livre n’a pas besoin de lyrisme pour nous faire vivre les moments, les événements.

Nadia fille électrique, fil électrique à l’énergie parfaite est là et on la voie, on la suit sur l’écran de nos imaginaires… Bon on peut même vérifier sur You tube et c’est bluffant.

Oui ce bouquin m’a bousculée et même en s’éloignant du subjectif… Le livre tient la route mieux, il la conduit.

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Tu n’as jamais été vraiment là de Jonathan Ames

Jonathan Ames

L’auteur New-Yorkais  Jonathan Ames est aussi journaliste et acteur. Pour compléter l’affiche et sa fiche,  ajoutons qu’il est le créateur sur la chaîne « HBO » de la série « Bored to Death ». Beaucoup pour un seul homme ? Non !

Il nous livre ici un polar aussi noir qu’œdipien, sans un gramme de graisse, sans un zeste d’ennui. De l’action pur jus, de la sueur froide garantie.

Du polar à la Chandler, pas si vite, pas si simple ! Son privé, ex marine et ancien du FBI est habitué à naviguer dans les affaires glauques et pestilentielles.  Il n’en demeure pas moins un torturé existentiel.

Joe et son suicide programmé.  Un « Tic tac » qui rythme sa vie. Il le sait, il doit fermer le cercle que son père a ouvert pendant l’enfance. Aller au bout de la violence subie. Il doit attendre, attendra le décès de sa mère.

La vie de Joe, un bocal de noirceur. Il coupe court à toutes relations amicales ou amoureuses. Pas humain Joe ? Pas si sûr.

Ce refus n’est que la certitude de mettre les autres en danger. L’approcher c’est raccourcir sa durée de vie. Une évidence, un destin et nous le vérifierons en quelques pages.

Bref et court récit dans lequel pourtant tout est là, l’intrigue, le revirement, la compromission… Le pire du pire.

Mais aussi la part humaine d’un homme. Alors nous disons, Ouf !

Joe se voit confier des missions que ne peut accomplir la police. Des trucs pas bien propres, pas très reluisants. En dehors des clous.

Mc Cleary le donneur de missions, le contacte, cette fois il doit exfiltrer d’un circuit de prostitution, la fille adolescente d’un homme politique très en vue. Via internet et par écrans interposés elle s’est prise au piège d’un bellâtre… Le schéma est bâti, les cartes du jeu distribuées mais où se situe la réalité ?

L’histoire du père, des pères, à nouveau… Comme fil rouge… Comme fille rouge…Rouge et très noir.

Le commanditaire, un fils en politique, porte le passé du père, passé indélébile, prégnant, une délégation, un héritage et ce n’est pas pour le meilleur….

Les compromissions, le pouvoir, la mafia …

Tout du polar classique mais c’est sans compter l’auteur.

Jonathan Ames arrive tout en usant  des codes polar à nous laisser entendre la petite musique…

De l’inconvénient d’être né… Et c’est fort !

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Le garçon incassable

Le garçon incassable par Florence SeyvosFlorence Seyvos est condamnée à l’enfance et c’est bien pour nous !

Également auteur jeunesse et scénariste de Noémie Lvovsky dernièrement avec « Camille redouble », elle prend, reprend, tourne et retourne le sujet.
Elle nous avait donné en 1995 avec « les apparitions », prix Goncourt du premier roman, un récit délicat. Délivrant à chaque page l’histoire d’un enfant « différent » qui se vivait comme une voiture.
Dans son dernier livre paru aux éditions de l’Olivier « le garçon incassable » la narratrice, trente ans, part sur les traces de Buster Keaton afin d’écrire une biographie.
C’est le point départ du récit, montage cinéma de deux vies en parallèle.
Buster Keaton, visage énigmatique du burlesque en noir et blanc. Enfant déjà il est le gagne pain de ses parents, leur bête de foire, le clou de leur spectacle de music hall. Son point fort « la chute » Buster tombe et se relève, tombe et se relève sans jamais sourciller…Le public rit, nous non, mais quelle histoire de vie stupéfiante.
Nous découvrons au fil des pages ce qui sans doute a amené la narratrice au plus proche de ce parcours hors du commun.
Son demi-frère, Henry. Henry prognathe et squelettique, fragile et fort. Jeune enfant une chute l’a précipité au bas d’un escalier, il ne se relèvera jamais. Du moins il restera hors du monde, du temps, coupé, dans une bulle.
Son père ne renoncera pas à l’éducation de ce fils différent. Henry retranché en lui-même subira cet apprentissage comme un dressage. S’il acquiert le langage, ce n’est pour lui qu’une suite de mots qui viennent et reviennent à l’identique. Pas de réponses aux questions, pas de réactions aux situations, pas de communication avec l’autre, un ruban de phrases qu’il déroule. Il est en lui et n’utilise que sa propre bande son.
C’est au lecteur de faire le lien entre ces deux histoires. Florence Seyvos est un auteur du ténu, du paysage de l’enfance et des enfances décalées où lecteur prend sa place, toute sa place.
Jamais elle ne joue du voyeurisme, ni de la sensiblerie. Elle est dans le sensible, la force de personnages en marge et nous avec. Lisez-la, vous comprendrez.

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La disparition de Jim Sullivan

UTanguy Vieln roman en forme d’exercice littéraire ? Et là, je vous vois piquer du nez… Et bien non. Allez-y, lisez-le !

Tanguy Viel  nous livre un roman très français et l’un des meilleurs romans américains du moment.
Un roman très malin. Son truc… Il utilise l’écriture elle-même. Il déroule sous nos yeux la gestation et le processus du bouquin. Pour nous la sensation de lire une écriture qui s’invente, un livre qui se construit.

Il est parti d’un constat ma bibliothèque se vide des romans français au profit des romans américains. La littérature française n’aurait-elle pas su prendre le train d’une littérature monde ?

Il ne lui en fallait pas d’avantage …Son dernier roman sera un roman américain.
Alors vous vous dites…Non, stop j’abandonne d’avance.

Et bien non Tanguy Viel s’est mis au clavier et va nous dérouler un très bon roman de ceux dont les pages tournent seules…

Nous suivrons un personnage,  Dwayne Koster. Oui  Dwayne est professeur d’université, un peu sur le retour, un peu médiocre, un peu trompé par sa femme, qu’il trompe lui-même, oui l’amant de celle-ci est professeur d’université comme lui et bien sûr plus brillant….
Et encore, …Une jeune étudiante pas si fleur bleue, un barbecue avec les voisins, une histoire sombre de trafic qui tourne mal et même les guerres du Viêtnam et d’Irak.

Tout cela en 153 pages d’une écriture dense, simple, limpide.
Les ingrédients « classiques » du roman américain actuel. Cela suffit-il à faire un bon roman, non.
Mais le livre de Tanguy Viel est un très bon roman et cela qui compte, pour vous, pour nous….

La disparition de Jim Sullivan

Quartier charogne

nanaurousseauNan Aurousseau écrit en force; il taille dans le réel, souvent fort, très fort, pas pour les âmes sensibles. De lui nous avions lu des « fictions » ; des fictions… pas si sûr. Ici il nous livre son premier récit autobiographique.

Pourtant ces hommes, ces vies ressemblent aux vies cabossées que nous avons souvent croisées dans ses précédents romans. Part de réel, part de fiction ? Qu’importe, c’est l’écriture, ce sont ces histoires de mauvaises graines montées trop vite qui nous donnent envie de le lire. Ce ne sont pas les idées qui agitent Nan Aurousseau, c’est la vie. Dans ses pages on croise ceux grandis hors des lignes blanches. Ils vivent dans l’instant, pas à l’économie. Personnages à la morale réfractaire mais n’allez pas croire qu’il n’y a pas de sentiments dans ces livres là.

Dans ce dernier récit il nous livre son enfance et son adolescence, son père, sa mère, ses rencontres, son quartier. C’est sans concession à la nostalgie, au pathos d’une vie de « pauvres ». Ici on donne des coups comme on en reçoit et on ajoute ceux du mauvais sort. Pas de regard attendri sur ce passé, sur un père violent et alcoolique. Nan  Aurousseau lui a pardonné même si d’emblée il nous le présente comme un salaud. Il lui a pardonné comme on pardonne à ceux qu’on aime.

C’est aussi une époque, son âpreté. Les quartiers étaient des villages, la toile du web ne reliaient pas la planète entière, l’échange était frontal et on le comprend vite avec ce récit de vie.

De ce livre j’aurai moins retenu de l’intime de l’auteur que de cette atmosphère, de ce quotidien populaire, de ces rapports humains. Ce n’était pas la misère puisqu’on aimait la vie.

De ce livre encore et là on est proche de notre aujourd’hui, je garderai que la violence des expulsions de logement, marque un enfant jusqu’à son âge d’homme.

Vous pouvez retrouver une interview de Nan Aurousseau

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Sauver Mozart de Raphaël Jeruslamy

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C’est l’histoire d’un « attentat musical » ou comment un homme, d’origine juive et tuberculeux réussira dans une Autriche déjà nazie, à sauver une part d’humanité.  Non non, ne fuyez pas ! Car si le sujet semble aride il y a du plaisir à suivre ce héros « malgré lui » au fil des pages. Face à l’effondrement du monde et avec une idée aussi insolite que forte, il préservera l’essentiel pour lui : la culture.

Le narrateur, critique musical, est un mozartien adepte du festival de Salzbourg. Son journal d’une année, du 7 juillet 1939 au 2 août 1940, en forme de vignettes de vies  et de lettres adressées au fils est la trame du récit. Cette année cruciale dans l’histoire, il la passe exclu du monde en sanatorium. Si la maladie lui ronge le corps, elle laisse place à une judaïté jusqu’alors tenue à distance. Otto J. Steiner se savait Juif mais ne le ressentait pas vraiment. Nazisme et génocide en mettant à bas toute dignité, lui assignent  un destin, une identité. Otto combattra le monstre avec son arme, la musique. Bien sûr, il ne fera pas barrage au monstre et à sa marche. Mais il se sera dressé, donnant voix humaine contre l’inhumanité.

Dans ces lignes, pas de pathos, pas de voyeurisme des corps malades, pas d’effets  lyriques, ni grandiloquents. Une chronique au fil des jours qui soulève une interrogation philosophique souvent posée,  « la culture peut-elle sauver le monde » ? Mais l’auteur pose la question à hauteur d’individu, à notre portée en somme.
Une écriture sobre pour ce bref premier roman dont la lecture ne vous coûtera qu’une belle découverte…