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Direction Fiction, le rendez-vous des lecteurs 2017#2

Voici une petite sélection de romans parmi les nouveautés, que j’ai présenté lors du dernier rendez-vous le 10 juin :

Il y a un robot dans le jardin ou les tribulations d’un petit tas de ferraille déglingué mais terriblement attachant.  Par Deborah Install.

Le thriller Bondrée de Andrée A. Michaud a été récompensé par le Prix des lecteurs 2017 de Quais du Polar, et c’est mérité !

Gabacho est le premier roman d’une jeune mexicaine de 19 ans, Aura Xilonen. Un texte de fureur au langage vif et cru,  entre poésie et hyperréalisme.

Costa Brava est une bonne entrée en matière dans l’oeuvre d’Eric Neuhoff. Ce roman touchera tous ceux qui ont dans le coeur un lieu de vacances dont l’évocation les ramènent direct en enfance.

Le récit intimiste de Marie le Gall approche l’insondable mystère de sa soeur. Voir la chronique de Mon étrange soeur.

Bertie, comédien shakespearien né le même jour que George Clooney (!) est contraint de retouner vivre chez sa vieille maman à 50 ans passés. Marina Lewycka manie l’effet burlesque à la perfection dans Rien n’est trop beau pour les gens ordinaires.

Le dernier roman de l’américain Adam Haslett évoque l’histoire d’une famille dont deux individus sont malades. Imagine que je sois parti est un grand roman sur l’amour filial.

On termine avec un petit bijou d’émotions : Un amour de 1000 ans est le troisième roman français du japonais Akira Mizubayashi. Une histoire émouvante et bouleversante d’un homme amoureux d’une femme et de musique.

Mon étrange soeur de Marie Le Gall

Mon étrange soeur de Marie Le GallSon regard noir vous cloue sur place et son visage laisse entrevoir une personnalité tourmentée et follement tragique. On devine que c’est l’étrange sœur, aujourd’hui disparue, de Marie le Gall.

La Sœur est une enfant différente. Est-ce sa naissance difficile, une méningite contractée dans la petite enfance ou bien le bombardement de la ville pendant ses jeunes années qui l’ont rendue malade ? Les parents, démunis, ont cherché une cause, puis ont cessé de s’interroger, impuissants. Et ils ont fait « comme si ».

Lorsque Marie paraît, 19 ans après  la Sœur, elle ressent très vite qu’elle existe pour réparer quelque chose. Et c’est vrai que cette enfant redonne un élan et un espoir à sa famille. La Sœur semble être heureuse d’avoir la compagnie de sa jeune soeur. Ou peut-être pas. Qui peut deviner ce qu’elle ressent ? qui peut mesurer la profondeur de sa souffrance ou de son bonheur ?

Il suffisait d’un geste, d’un mouvement si singulier de ton corps, d’une inclination de ta tête et alors tout ce qui t’entourait cessait d’exister pour l’enfant que j’étais et qui avait capté le moindre dérangement de ta personne. Fascinée par ce que j’ignorais être ton drame, j’ai tout appris de ta vie, dans ton regard et dans celui des êtres qui te considéraient avec une pitié teintée de répulsion, une fausse compassion ou une réelle empathie parfois, avec surtout la curiosité des gens que l’on dit normaux et leur prétendue supériorité.
Dix-neuf ans, oui. Tu avais dix-neuf ans de plus que moi. Sans doute m’avais-tu tellement appelée dans ton exil sur la Terre, dans tes rêves ou tes prières ! J’ai fini par t’entendre. J’ai fini par naître. Ce fut comme si j’étais sortie de toi et non de notre mère. Jouets d’un destin absurde, deux sœurs unies dans un seul être, bancal, errant, perdu.

Marie grandit, évolue vers l’âge de raison, aux côtés de sa sœur, qui n’atteindra jamais ce palier.

Et puis un jour de énième « bêtise », on l’enferme pour de bon. Dans une maison de retraite ! Elle a trente ans. « La sainte vierge va la soigner ! » voilà avec quelle explication Marie doit se débrouiller pour surmonter sa soudaine solitude. Dès lors, Marie assiste au délabrement progressif de sa sœur.

Un récit familial très fort, sa famille étant déjà le thème d’un précédent titre La peine du menuisier que je vous recommande également.

A la toute fin, Marie s’interroge sur le lien qui l’a uni à sa sœur et ose une hypothèse que je ne peux révéler mais qui est stupéfiante et bouleversante.

Empruntez Mon étrange soeur

Il y a un robot dans le jardin de Deborah Install

installAmy rêve de posséder un bel androïde comme ses voisins. Un robot dernier cri qui s’occuperait des corvées ménagères. Car cette avocate surbookée ne peut pas compter sur son mari pour chercher du travail, ni pour s’occuper de la maison. D’ailleurs, elle ne cesse de le noyer sous la longue litanie de ses défauts.

Aussi, lorsque Tang débarque dans leur jardin, le petit robot déglingué va cristalliser la colère d’Amy : elle voit que Ben s’entiche du vieux tas de ferraille et qu’il se pique même de retrouver son fabriquant afin de le réparer! Lui qui n’est jamais sorti de son quartier londonien, lui qui n’est jamais allé au bout d’une idée, qui n’a jamais rien fait pour elle, le voilà prêt à s’envoler pour San Francisco flanqué de son épave ! c’en est trop pour Amy qui claque la porte.

La vie avec Tang est bien plus stimulante qu’avec Amy ! En s’occupant de lui, Ben renaît et se responsabilise. Et il s’attache de plus en plus : c’est vrai que Tang est attendrissant avec son « regard » triste, sa dégaine tintinnabulante lorsqu’il cavale derrière Ben. Et tous les problèmes qu’il provoque en gaffant comme un petit enfant, le rende terriblement humain…

Mais il faut faire vite, il est en danger : l’ampoule qu’il a au niveau du coeur est cassée et du liquide fuit…

Tang est le cousin germain de Wall-E et sans doute l’arrière petit fils de E.T. On ne peut pas s’empêcher de penser à ces références qui sont aussi des histoires d’amitiés improbables et magiques, émouvantes mais pas niaises. « Il y a un robot dans le jardin » est de leur trempe.

Empruntez Il y a un robot dans le jardin

Direction fiction, 2017/1

Le 25 mars dernier s’est tenu un rendez-vous des lecteurs lors duquel je vous ai présenté une sélection de nouveautés.

Petit résumé pour les absents :

Dans la forêt de la canadienne Jean Hegland est un roman éblouissant qui met en lumière la vulnérabilité de notre mode de vie et la fin d’un cycle de l’humanité, rien de mois. Un vrai choc.

Si vous ne connaissez pas Ernest J. Gaines, L’homme qui fouettait les enfants est une bonne entrée en matière dans son œuvre. Né dans les années 30 dans une plantation, il s’installe en Californie avec sa mère à l’adolescence et découvre la littérature mondiale qu’il dévore. N’y trouvant aucun écho avec sa propre vie de noir-américain, il décide d’écrire lui-même. Aujourd’hui, son œuvre est conséquente et ses livres sont étudiés à l’école.

La presse s’enthousiasme pour le dernier titre de Philippe Besson, et nous aussi. Arrête avec tes mensonges revient sur l’adolescence de l’auteur et son premier amour. Vérité ? Mensonge ? peu importe, ce roman sensible et cru est d’une infinie délicatesse.

Antoine Choplin a coutume de s’emparer d’un fait historique de notre histoire contemporaine et de le raconter par des témoins. Dans Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar, il aborde la Révolution de velours dans l’ancienne Tchécoslovaquie qui voit l’arrivée de Vaclav Havel au pouvoir. Un livre-hommage à l’engagement, et au pouvoir de la culture.

Cécile Coulon sait planter un décor, comme un écrin à la tragi-comédie humaine qui se met en place.  Trois saisons d’orage est une ample saga familiale portée par une écriture précise qui dépoussière le genre.

Quelle joie de lire à nouveau Sylvain Tesson et de le retrouver plus vif que jamais après son terrible accident. S’il nous a habitué aux récits des lointains, c’est en France que Sur les chemins noirs le ramène. Un cheminement à travers les paysages, du Mercantour au Cotentin, et un cheminement intérieur qu’il partage de façon salutaire avec le lecteur.

Prochaines dates du rendez-vous des lecteurs : samedi 29 avril à 14h pour un spécial Assises Internationales du Roman / Samedi 10 juin à 14h. Sur inscription, thé et café offerts

Palmarès des romans préférés des lecteurs de la Médiathèque

Il est temps d’élire vos coups de coeur de l’année 2016 !

Pour mémoire, les coups de coeur des lecteurs de la médiathèque étaient :
en 2015, Tatiana de Rosnay / Manderley for ever
en 2014, Joyce Maynard / L’homme de la montagne
en 2013, Bergsveinn Birgisson / La lettre à Helga

Parmi tous les romans présentés dans le cadre du rendez-vous Direction Fiction à la médiathèque, votez pour votre roman préféré. Notez votre réponse dans les commentaires ci-dessous, ou bien envoyez un mail à sghio@mairie-decines.fr

ALVAREZ, José /    Avec la mort en tenue de bataille

AUDEGUY, Stéphane / Histoire du lion Personne

BARBARSH, Tom / Les lumières de central park

BONNEFOY, Miguel / Jungle

BORIS, Hugo / Police

BOURDEAUT, Olivier / En attendant Bojangles

CABESOS, Violette / Portrait de groupe avec parapluie

CONSTANT, Paule / Des chauves souris des singes et des hommes

DAVRICHEWY, Kathévane / L’autre Joseph

ERNAUX, Annie / Mémoire de fille

FAYE, Gaël / Petit pays

FOREST, Philippe / Crue

FORBES, Michele    / Phalène fantôme

GUENASSIA, Jean-Michel / La valse des arbres et du ciel

HENDERSON, Smith / Yaak Valley

HUGHES, Kathryn    / Il était une lettre

KERNINON, Julia    / Le dernier amour d’Attila Kiss

KHIDER, Abbas / Lettre à la république des aubergines

LAROUI, Fouad / Ce vain combat que tu livres au monde

LEMAITRE, Pierre / Trois jours et une vie

MAGINI, Claudio    / Comme si j’étais seul

MINARD, Céline    / Le grand jeu

OVALDE, Véronique / Soyez imprudents les enfants

PHILLIPS, Jayne Anne / Tous les vivants

POSTEL, Alexandre / Les deux pigeons

POULAIN, Catherine / Le grand marin

RUSHDIE , Salman / Deux ans, huis mois et vingt huit nuits

SEETHALER, Robert / Une vie entière

SULZER, Alain Claude / Post-scriptum

TARDIEU, Laurence / A la fin le silence

TRUEBA, David / Blitz

Dans la forêt de Jean Hegland

Dans la forêt de Jean HeglandIl était une fois deux sœurs adolescentes, quasi jumelles.  Il y a quelques mois encore, elles vivaient  avec leurs parents, dans une maison isolée au sein d’une gigantesque forêt californienne.

Quelques temps auparavant, ce paradis boisé était devenu un vase clos étouffant pour ces enfants déscolarisées qui avaient fini par découvrir, pensaient-elles, tous les mystères que leur environnement leur proposait. Nell travaillait dur pour intégrer Harvard et rattraper tout son retard, tandis qu’Eva prenait des cours de danse dans la ville la plus proche.

Puis se produit soudain une série d’évènements et leur vie suit la courbe une orbe funeste : c’est d’abord la maladie de la mère, puis sa mort rapide. Dans le même temps l’électricité vient à manquer en ville, ainsi que l’essence. Les médicaments sont en rupture de stock et il semble qu’une épidémie décime les populations.

Avec la fin de l’essence, tout leur manque subitement : les provisions, le contact avec l’extérieur, les informations … Des échos lointains parviennent à leur connaissance : des émeutes éclatent un peu partout dans le pays, voire dans le monde entier. Mais comment savoir lorsqu’on est loin des lisières de la société des hommes ?

Le père parle du retour de l’électricité  dès la fin de l’été. Ils pourront bientôt retourner en ville avec la moitié du réservoir d’essence qu’il reste.  Mais dans le même temps, il entreprend de conserver tous les fruits et les légumes du potager, il coupe plus de bois qu’il n’en faudrait pour une seule année de chauffage …

Lorsque le roman commence, le père a disparu. L’électricité n’est finalement pas revenue et les bocaux sont consommés. Il ne reste plus guère d’allumettes. Sortir de la maison peut s’avérer dangereux, on ne sait pas qui traîne dans les environs et surveille de loin.

C’est le jour de Noël et Eva offre à sa sœur un cahier, rare objet qui n’ait été déjà utilisé et usé jusqu’à la corde. Nell écrit sa vie d’avant tandis qu’Eva passe ses journées à danser au son du métronome. Toutes deux tentent de ne pas sombrer dans le désespoir, à l’idée que tout ce qu’elles croyaient posséder pour toujours a disparu.

Dans ce premier roman, paru en 1996 et tout juste traduit en français, Jean Hegland arrive à maintenir un climat de tension terrible qui nous empêche de fermer le livre tout en nous faisant redouter d’arriver au bout.

La Nature était là bien avant nous et demeurera longtemps après la fin de l’Homme, voilà ce que dit ce livre. Il nous dit aussi, sans être donneur d’espoir pour autant, que la vie humaine sait remplir tous les interstices, aussi minuscules soient-ils.

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A la fin le silence de Laurence Tardieu

tardieuLaurence Tardieu revient sur l’année 2015 dans un récit introspectif au ton juste et sincère.

Tout commence par la vente de la maison des grands-parents niçois, à laquelle elle est très attachée mais dont les autres héritiers veulent se séparer. C’est un tel déchirement qu’elle se met à écrire sur cette maison pour ne pas la perdre complètement.

Puis l’attentat à Charlie Hebdo survient et fait dériver son besoin d’écriture vers cet évènement qui la sidère et la choque. Dès lors, les chapitres alternent entre son projet initial qui est de faire revivre les heures heureuses dans la maison familiale et le vertige qui la saisit à la sensation que le danger est désormais partout.

Laurence Tardieu décrit et décrypte ses sentiments dans un questionnement sur soi, qui finalement, nous renvoie à nous-mêmes : pourquoi se sentir si impliqué alors qu’on n’est pas directement victime ? pourquoi ce sentiment d’être en sécurité nulle part, même à l’intérieur de son foyer , et même dans l’intime de ses pensées ? Pourquoi subir avec autant de force cet évènement-là ?

L’auteur montre admirablement les mécanismes qui se mettent en place pour surmonter son traumatisme tout en continuant à vivre « normalement » alors que sa mémoire familiale disparaît avec la maison et que l’actualité essaie violemment de la terroriser.

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