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Le coeur du Pélican de Cécile Coulon

coulonAprès la dernière chronique sur L’Hippopotame de Stéphen Fry, restons dans le thème de l’animalier et prenons donc de la hauteur avec cette fois-ci Le cœur du Pélican de Cécile Coulon. Bon, nous n’allons pas nous envoler bien haut. Bien au contraire nous allons rester scotchés au sol, ou plutôt à la piste d’athlétisme où nous allons suivre le personnage central de ce roman.

L’histoire ? Elle est plutôt simple. Anthime, encore enfant, emménage avec ses parents et sa jeune sœur dans une petite ville banale. Le jeune garçon ne se démarque pas particulièrement du lot. Mais un jour, lors d’un banal jeu entre gamins, Anthime va laisser tout le monde pantois. Le jeune garçon possède un talent extraordinaire : il est rapide, très rapide même. Il a certainement l’étoffe d’un champion. Et ce don, Anthime va l’exploiter. Très vite il veut devenir le meilleur, écraser ses concurrents. Il court surtout après la reconnaissance des autres et la notoriété qui arrive rapidement. Adolescent, il devient la pelican_barthelemycoqueluche de son collège en s’illustrant au cross annuel. Jeune adulte il est l’idole de la ville. Il est devenu le Pélican, emblème qu’il porte sur son maillot. Le Pélican, c’est aussi une figure biblique moyenâgeuse de l’animal qui peut s’arracher le cœur pour le donner à manger aux autres.

Vient alors le tournant tragique. Je ne vous le cache pas, on l’attend. Oserait-on dire qu’on l’espère… ? Le corps du tout jeune homme va le lâcher. Le Pélican s’est brûlé les ailes. S’en suit alors une chute qu’on ne qualifiera pas de descente aux enfers. Non c’est plus insidieux que cela. Anthime va continuer à vivre avec ses regrets. Il n’aura pas la vie dont il aurait rêvé, il n’aura pas non plus la femme qu’il désirait, on ne l’aimera pas comme il l’aurait souhaité… Et c’est d’ailleurs dans ce registre que Cécile Coulon excelle.

Pour moi ce livre est avant tout la découverte de cette toute jeune auteure de 25 ans, qui souffle un air frais sur la littérature française. Les mots sont justes et chacun d’eux nous paraît bien choisi, bien pesé. On est emmené dans le sillage de ce personnage de tragédie, on se prend à le détester, à l’aimer, à le prendre en pitié. Bref, on veut savoir comment tout cela va se terminer. Cécile Coulon possède ce don assez rare de faire d’une petite histoire quelque chose de grand.

Ce roman nous pose aussi cette question ou devrait-on dire LA question : finalement après quoi court-on ?

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Drift de Thierry Di Rollo

driftJe l’avoue je ne lis pas beaucoup de romans de Science Fiction. Mais l’amateur occasionnel que je suis a été très agréablement surpris par ce roman du français Thierry Di Rollo.

Les fans du genre ne seront pas trop déroutés puisque Di Rollo aborde des thèmes chers à ce type de littérature mais avec beaucoup de brio. Le roman se divise en deux grandes parties. Une première où le personnage principal du texte évolue dans un monde post-apocalyptique très sombre et une deuxième qui prend la tournure d’un space opéra.

L’histoire est assez classique et je vous entends déjà me dire : « c’est du déjà vu ». Mais les talents d’écriture et d’imagination de Di Rollo et les thématiques abordées créent l’adhésion immédiate du lecteur à cet univers. Enfin, cela a fonctionné pour moi.

L’histoire donc, c’est celle de Darker, un habitant de MorneVille. Il parcourt sur le dos de son ambiote (une mante géante génétiquement modifiée) une Terre devenue exsangue.

Les habitants de la planète suffocante se divisent maintenant en deux classes sociales : les Justes (l’élite minoritaire) et les autres (majoritaires et pauvres).

Les Justes vivent sur le dernier coin de Terre encore vivace. Ils bénéficient des dernières technologies leur permettant de vivre agréablement presque éternellement et en bonne santé enfermés dans leur gated community. Ils préparent « l’Arrachement » ou leur évacuation de la Terre à bord d’un immense vaisseau spatial nommé le Drift abandonnant la planète bleue, devenue bien sombre, et le reste de ses habitants à une mort certaine et à petit feu.

Les pauvres, eux, vivent dans la crasse et la misère de bidonvilles sur les parties d’une Terre vidée de ses ressources. Ils ne sortent plus que la nuit et s’entretuent pour quelques bouffées de K-Beckin, une drogue puissante, dont le marché est régulé par les Justes afin de conserver l’ordre social établi.

Darker, le héros, parcourt le monde des pauvres tel un cowboy du XXIIe siècle, sur son insecte géant, pistolet laser à la ceinture. Il va finalement (on s’en doute) faire partie du voyage des Justes à bord du Drift à la recherche d’un nouveau monde.galaxie-andromede

C’est ainsi que va débuter la deuxième partie du roman, où Thierry Di Rollo nous conte le voyage vers un ailleurs vivable sous forme de space-opéra.

La force de l’auteur est donc de proposer un univers riche avec presque deux romans dans un seul. Il aborde de nombreuses thématiques passionnantes avec talent : l’écologie, l’immortalité, les inégalités sociales, l’amour, la bêtise humaine…

Pour conclure, nous avons ici un roman de science-fiction dense, porté par une écriture très plaisante et sans concession, qui plaira sans doute aux amateurs du genre mais également aux lecteurs occasionnels de SF comme moi.

Alors on se laisse tenter par un voyage dans les étoiles ?

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La cravate de Milena Michiko Flasar

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« Penses-tu qu’on ait besoin de nous ? Je veux dire, de gens comme nous, qui dévions du chemin, qui nous sommes retirés. »

Taguchi Hiro a 20 ans. Il vit reclus dans sa chambre chez ses parents. Il est ce qu’on appelle au Japon un Hikikomori. Après 2 années d’enfermement, Hiro tente de sortir de chez lui et se rend au parc non loin de là. L’expérience de la liberté est une vraie épreuve. Le monde extérieur lui semble très agressif. Mais désormais, le parc l’attire chaque jour presque inexorablement. Il s’installe toujours sur le même banc, regarde les gens passer et voit l’influence des saisons sur la nature.

C’est là qu’il va rencontrer Cravate, un salaryman d’une cinquantaine d’année qui va faire renaître chez Hiro une forme de lien social perdu depuis longtemps. Les deux personnages s’observent chaque jour, assis l’un en face de l’autre. Des journées entières passent et les deux apprennent à se connaître sans même se parler. Que fait Cravate ici toute la journée qu’il pleuve, qu’il vente ou bien qu’il neige ? N’a-t-il pas un travail ? Une famille ? Puis, inévitablement, vient le jour où les deux hommes vont se parler…

Petit à petit et avec beaucoup de pudeur les deux personnages se livrent l’un à l’autre. On se laisse entraîner par les récits de ses deux personnages broyés par une société inhumaine.

On apprend alors ce qui a poussé Hiro à se couper du monde. On découvre aussi qu’Ohara Testu a perdu son travail et qu’il est incapable de l’avouer à sa femme.

Milena Michiko Flasar par une écriture lumineuse et très impressionnante de maîtrise pour un premier roman, nous hypnotise. Par de courts chapitres nous découvrons par bribe chaque protagoniste empreint d’une humanité extraordinaire. Et le choix de cette construction nous donne envie de découvrir la suite, mais surtout pas trop vite, on aime se laisser bercer par le rythme de chaque personnage. Dans ce texte, chaque souffle, chaque détail, chaque silence compte…

Un premier roman avec une écriture rare, une très belle histoire, plein d’humanité, bref, une magnifique surprise à découvrir.

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La Brigade de l’Oeil de Guillaume Guéraud

Imaginez un monde où ont été bannies toutes formes d’images. Impossible de regarder une photographie ou un film sans risquer à chaque instanLa Brigade de l'Oeil de Guillaume Guéraudt d’être attrapé par la terrible Brigade de l’Œil. C’est ainsi que vivent les habitants de Rush Island en 2037. Avec la loi Bradbury, l’impératrice impose à ses sujets cette terrible censure et tout contrevenant est considéré comme un terroriste. Mais, certains bravent pourtant l’interdit au risque d’être condamnés par le Brigade de l’œil à perdre la vue. Les films, les images, les vidéos retrouvées sont, eux, immédiatement brûlés par des agents sans pitié.

C’est dans ce monde que vit Kao, 15 ans. Il est fasciné depuis toujours par les images et les distribue même sous le manteau au péril de sa vie. C’est peut-être parce que son grand père était projectionniste avant que la loi liberticide ne soit promulguée. Un des « clients » de Kao va un jour lui donner un fragment de pellicule. Un bout de film ! Il a été récupéré chez une vieille femme où se trouveraient des centaines de bobines !

Kao va peu à peu découvrir tout un réseau de « résistants » qui se battent dans l’ombre afin de protéger et de faire redécouvrir les trésors peu à peu éradiqués par la dictature en place.

Guillaume Guéraud, rend un hommage très maîtrisé et palpitant à l’incontournable Fahrenheit 451 de Bradbury (racontant une F755société dans laquelle les livres sont bannis) et adapté au cinéma par Truffaut. Guéraud nous propose une écriture sans concession dans un style vif et très impressionnant. Une lecture un peu sombre mais abordable pour les adolescents et jeunes adultes qui seront à la fois sensibilisés à des problématiques de censure et se laisseront entraîner dans les aventures de Kao.

Bref, un livre passionnant et bien écrit, que demander de plus…

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Rédemption de Matt Lennox

Rédemption de Matt Lennox« Leland King était de retour en ville. Il n’avait pas encore d’idée sur la question. »

Voici comment débute ce qui est pour moi le coup de cœur de ce début d’année. Matt Lennox nous offre un premier roman noir ou plutôt en nuances de gris porté par une écriture à la fois fluide et précise. Un régal.

Vous l’aurez compris ce livre va raconter le retour de Leland dans sa ville natale, une bourgade de l’Ontario profond au Canada. Lee revient donc en 1980 après 17 ans passés en prison. Beaucoup de choses ont changé. Il retrouve sa vieille mère mourante, son jeune neveu Pete et sa sœur Donna. Cette dernière s’est mariée au pasteur Barry pendant son incarcération, et vit désormais dans une maison où l’on peut lire sur le fronton : « Ma famille et moi, nous servirons le Seigneur. » Dans cette ville qui semble figée, il y a aussi Stan Maitland, le flic à la retraite, qui, des années auparavant, avait conduit le jeune Leland jusqu’à la prison.

Mais Lee essaie de se racheter une conduite. Il trouve un job honnête, un appartement et une petite amie. Il rend visite de temps en temps à sa famille se prend d’affection pour son ado de neveu. Mais quelque chose cloche. Il y a visiblement un malaise profond. Dans la maison de Donna, on ne parle que de Dieu ou de la Bible, les autres sujets ne sont pas dignes d’intérêt. Pourtant, au fil des pages, le lecteur comprend qu’un lourd secret pèse sur cette famille, que quelque chose de terrible est arrivé et va se produire.

Le lecteur est ainsi amené subtilement dans une forme d’angoisse, dans un tourbillon dont il ne pourra sortir qu’une fois qu’il aura posé ce livre. Matt Lennox construit ses personnages (même les plus secondaires) avec brio. Il excelle également dans la description de détails qui forgent les différents profils psychologiques des protagonistes. L’ambiance, elle aussi, est parfaitement rendue, la petite ville de l’Ontario devenant presque un personnage à part entière.

Je ne veux pas vous dévoiler trop de choses ici, mais ce livre a bien occupé mes nuits blanches tellement il est difficile d’en décrocher. Alors vous savez ce qu’il vous reste à faire…

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L’indien blanc de Craig Johnson

Craig_JohnsonEn écho au Festival Quais du polar qui invite l’auteur américain au chapeau de cowboy et aux santiags, les 04, 05 et 06 avril 2014.

Craig Johnson a fait à peu près tous les métiers qui existent : policier, cowboy, charpentier, pêcheur, chauffeur routier… et la meilleure idée qu’il ait eu est sans doute d’être devenu écrivain.

Lire Craig Johnson c’est s’imprégner de la nature, des grands espaces du Wyoming dans le comté d’Absoraka, le moins peuplé des Etats-Unis. L’auteur fait partie des « nature writers » de talent capable de vous faire entendre le bruit du vent dans les arbres ou le cri des oies sauvages alors que vous êtes assis dans votre canapé.

Craig Johnson c’est aussi l’art d’amener des enquêtes bien ficelées dans un univers qui semble pourtant si tranquille. On s’attache très vite au héros récurent, le Longmire-se-voit-offrir-une-deuxieme-saison-par-A-E_portrait_w532shérif Walt Longmire : un grand gaillard, qui n’a presque jamais quitté sa terre natale sauf pour faire la guerre au Vietnam. Il est entouré de son adjointe, la charmante Vic, sa fille Cady et passe beaucoup de temps avec son ami l’imposant Henry Standing Bear surnommé amicalement la Nation Cheyenne.

Les Indiens, il en est aussi souvent question dans les romans de Craig Johnson. Les problèmes sociaux des différentes tribus, la culpabilité de l’homme blanc, le mysticisme de certaines traditions sont toujours abordés de manière intelligente et sans aucun stéréotype.

N’hésitez donc pas à ouvrir un des livres de l’américain parmi ceux-ci, vous ne le regretterez pas et n’arriverez certainement pas à vous arrêter : Little Bird, Le camp des morts, L’indien blanc, Enfants de poussière ou Dark Horse. Les aventures du shérif Longmire ont également été adaptées en série télé récemment.

Pour cette chronique j’ai choisi un roman un peu atypique dans l’œuvre de Craig Johnson puisque cette fois-ci nous quittons le comté d’Absoraka presque désert pour la 6e ville des Etats-Unis : Philadelphie.

Henry Standing Bear est invité par l’Académie des Beaux-Arts de Pennsylvanie dans le cadre d’une exposition sur l’art indien. Le shérif Longmire en profite pour l’accompagner et passer quelques temps chez sa fille Cady qui habite Philadelphie et a fait carrière dans un prestigieux cabinet d’avocat. Toutefois rien ne va se passer comme prévu. Alors qu’elle devait rejoindre son père dans indien-blancla soirée Cady est agressée et grièvement blessée puis plongée dans le coma. Longmire attaqué dans sa propre chair va mener l’enquête alors qu’il est hors de sa juridiction. Le shérif entame alors une plongée en eaux troubles dans le monde cossu des avocats de Phillie.

Une chose est sûre : Craig Johnson s’adapte très bien à l’univers urbain. Les habitués seront peut-être décontenancés de ne pas retrouver le Wyoming sauvage mais l’auteur nous entraîne merveilleusement bien dans les rues de cette cité. Craig Johnson a pris des risques et pourtant cela fonctionne à merveille. Déplacés dans cet univers urbain les personnages, habitués aux grands espaces, font face à des situations inédites quelque peu inconfortables voire cocasses. Mais la psychologie des différents protagonistes très fouillée et le talent de l’auteur pour créer une ambiance au moins aussi importante que l’intrigue font de l’Indien blanc un très très bon roman.

Allez donc rencontrer Craig Johnson aux Quais du Polar. Si vous voyez un chapeau de cowboy dépasser de la foule c’est qu’il n’est pas loin.

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Pur d’Antoine Chainas

En écho au Festival Quais du polar qui invite un des auteurs les plus marquants du polar français contemporain, les 04, 05 et 06 avril 2014.

CHAINASAntoine Chainas est discret, il ne fréquente guère les festivals et ne laisse généralement pas ceux qui le lisent indifférents. C’est pourquoi c’est une chance de pouvoir le rencontrer lors du festival Quais du polar et c’est aussi l’occasion de (re)découvrir son dernier roman : Pur

Chainas nous propose cette fois-ci une plongée dans ces nouveaux quartiers hautement sécurisés qui fleurissent un peu partout, ces propriétés privées habitées par  les plus riches, ces îlots à l’abri des regards extérieurs et de la « populace », protégés par des grilles sous l’œil des caméras et des vigiles. Les gated-communities.

Elles sont monnaie courante dans certains pays comme le Brésil, l’Afrique du Sud ou les Etats-Unis, mais Chainas choisi d’encrer son histoire en France dans un temps qui nous semble très très proche et plutôt dans le Sud où les inégalités sociales se creusent. Chainas nous offre un portrait sans concession d’une société dichotomique où les pauvres restent en bas, près du littoral, et les riches respirent le bon air de la moyenne montagne.

Patrick, le personnage principal de ce roman, travaillPUR CHAINASe pour les sociétés chargées de trier sur le volet les futurs habitants de la communauté. Il établit des questionnaires qui permettent de sélectionner les rares élus. Riche, blanc, catholique pratiquant, voilà à peu près le portrait robot du bon candidat. Patrick a une bonne situation. Il est beau, dans la fleur de l’âge et son couple pourrait faire la une des magazines. Mais, puisqu’il doit y avoir un mais, tout va basculer…

Patrick et sa femme ont un grave accident de voiture. Elle ne s’en sort pas. Les circonstances sont floues. Le couple s’est pris le bec quelques minutes auparavant avec deux maghrébins dans une station service. Une aubaine pour le parti du maire sortant qui a fait de la sécurité et de la peur des étrangers sont cheval de bataille pour la course à sa réélection. Le but est donc d’instrumentaliser la vengeance de Patrick grâce à des groupuscules d’extrême droite à la solde de l’élu. Ce vent mauvais attise alors les braises de la haine dans une société déjà bien mal en point.

Magouilles politiques, xénophobie, société malade. Pur est un roman noir. L’écriture de Chainas fonctionne comme une éclaboussure qui vient souiller un ordre établi. La noirceur de l’âme de chaque personnage ressort comme un relent qui nous met parfois mal à l’aise mais dont l’ambigüité tellement humaine est parfaitement rendue.

Quais du polar c’est l’occasion de plonger dans le noir, alors pourquoi s’en priver. Allez rencontrer cet auteur en avril à Lyon !