Tous les articles par Michelle

Le coeur sauvage de Robin MacArthur

Les onze no00-Le coeur sauvageuvelles de ce « cœur sauvage » se déroulent dans l’état du Vermont où Robin MacArthur suggère plus qu’elle ne dit l’attachement viscéral à la terre natale.

Petites bourgades reculées, prairies verdoyantes, forêts profondes, montagnes, lacs, rivières… composent cette Nature sauvage grandiose où s’enracine le sentiment d’appartenance des personnages à cette région préservée du Nord-Est des Etats-Unis.

Et c’est bien ce lien indéfectible qui les relie. Qu’ils soient paysans, ouvriers, bûcherons o00-Vermont verdoyantu charpentiers, qu’ils en soient partis ou qu’ils y aient vécu toute leur vie en nourrissant des rêves d’ailleurs, ils ont tous leur pays chevillé au corps, ce pays âpre où se côtoient agriculteurs ruinés, anciens hippies, ados rebelles, ou encore solitaires fauchés vivant dans des mobil-homes déglingués.

Peut-être est-ce parce que Robin 00-Portrait Robin MacArthurMacArthur  est aussi chanteuse de folk- song (Groupe Red Heart The Ticker) que son écriture est si musicale et l’on ne peut que tomber sous le charme de ces nouvelles toutes en subtilité où elle évoque avec sensibilité autant la nature bucolique que les relations humaines.

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A coups de pelle, de Cynan Jones

Daniel  est un jeune fermier éleveur de brebis au Pays de Galles.

On est en pleine saison d’agnelage quand sa femme bien aimée, son alter ego, meurt soudainement d’un coup de sabot de cheval.

Il devra faire face. A son immense chagrin tout d’abord, au sentiment violent de perte qui l’étreint, mais aussi à la solitude et à la difficulté de devoir assumer seul tous les travaux de la ferme et ses responsabilités.

Il devra également affronter « Le Grand Gars », un individu rustre et brutal commandité par d’autres paysans pour les débarrasser des rats et des renards, un être dénué de toute compassion, fasciné par la mort et la violence. Et là n’est pas sa seule activité : « Le Grand Gars » n’hésite pas à braconner sur les terres de Daniel pour y déloger des blaireaux dans leur terrier. Ces pauvres animaux serviront d’appâts vivants lors de combats de chiens qu’il organise et pour lesquels des hommes de la ville, amateurs de spectacles sanglants se livrent à des paris clandestins lors d’expéditions nocturnes aussi cruelles qu’illicites…

On va suivre tour à tour cet éleveur doux et sensible plein de compassion pour ses brebis, touchant, dans son acharnement à préserver la vie coûte que coûte, (Une scène où il aide une agnelle à mettre bas et où il épargne l’agneau trop malingre, est bouleversante) et ce braconnier sanguinaire, animé par une cruauté sordide et par la cupidité.

Pulsion de vie contre pulsion de mort. Cynan Jones nous plonge au cœur de cette lutte muette et fantomatique : les deux personnages ne s’adressant quasiment jamais la parole. Tout juste s’ils s’aperçoivent  de loin en loin, ombres furtives ou voix lointaines devinées dans l’obscurité de la lande…

Comme dans  le précédent roman de l’auteur : « Une longue sécheresse », la langue est précise, sans fioritures. L’écriture témoigne d’une puissante simplicité, émeut ou horrifie, mais ne laisse jamais indifférent et Cynan Jones, lui-même paysan dans cette contrée rude et sauvage malmenée par les vents et les pluies battantes,  sait de quoi il parle.

Avec « A coup de pelle », il livre un chant d’amour poignant. Une ode à la terre, sa terre, mais aussi à son épouse disparue, à l’Amour, à la Nature, à un monde rural simple et pur qui se meurt, confronté aux exigences toujours plus contraignantes de la globalisation. Surtout, il compose un hymne à la vie. Celle qui palpite dans le ventre des agnelles qu’il aide à mettre bas, celle qui persiste au fil des saisons, nous nourrit, nous réchauffe et nous émerveilleRésultat de recherche d'images pour "cynan jones", face à la noirceur des hommes et du monde.

 

 

 

 

 

 

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Gabacho d’Aura Xilonen

1ère scène du romAura Xilonenan : un jeune garçon, Liberio, qui travaille dans une librairie d’une petite ville américaine, se fait méchamment passer à tabac par une bande de voyous, pour avoir défendu une belle jeune fille, Aireen, dont il va tomber éperdument amoureux.

Le livre débute par un uppercut donc, et c’est bien de cela dont il s’agit avec ce premier livre  d’Aura Xilonen, jeune auteure mexicaine de 19 ans. Le lecteur encaisse dès les premières pages une prose sidérante de vitalité, qui le place d’emblée au coeur d’un récit palpitant.

Liberio est mexicain. C’est un jeune clandestin qui a traversé seul le Rio Bravo à la nage. « J’ai plongé dans le Rio Bravo et j’en suis ressorti à la force de mes bras des heures plus tard, la peau sur les os et à moitié mort, respirant comme si c’était la première fois. »  Il est un modèle d’expertise en survie. Son quotidien, c’est : se cacher, fuir, encaisser les coups… Se relever, toujours. Se laisser abattre, jamais.  Il est un concentré d’énergie avec un seul but : sauver sa peau.

C’est tout ce que l’on sait de lui. Il n’a pas de papiers d’identité, ne connait ni son âge ni sa famille. Son corps est marqué de tout ce qu’il a vécu.  Ses cicatrices racontent son histoire. Il n’a rien, donc  rien à perdre. Pas de parents, pas d’amis. Jamais été à l’école. Vierge de tout apprentissage, si ce n’est celui de la rue. De ce fait, le regard qu’il porte sur le monde qu’il doit affronter n’est parasité par rien et témoigne d’une acuité et d’une lucidité hors normes. maxresdefaultLorsqu’il délivre ses impressions, c’est dans une langue éblouissante, originale et hilarante. Aura Xilonen, à travers la voix de Liberio donne ici la parole à ceux qui ne l’ont quasiment jamais. Elle délivre un récit de survie drôle et vivifiant dans une prose à la fois lyrique et réaliste qui fait de Gabacho un roman punchy que l’on oubliera pas de sitôt.

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L’homme qui fouettait les enfants d’Ernest J. Gaines

L'homme qui fouettait les enfants

Le roman débute dans la salle du tribunal d’une petite bourgade de Louisiane. Un jeune  noir, Jean-Pierre,  vient d’être reconnu coupable par le jury. (On ne sait pas encore de quoi)  Juste à l’instant où les deux policiers en faction le prennent par le bras pour l’emmener, un cri résonne dans la salle : « Fils ! » Juste ce mot, suivi d’un coup de feu et le jeune homme s’écroule, abattu par le vieux Brady Sims, son propre père… Grand branle-bas dans le tribunal donc, et lorsque les 2 adjoints du shérif s’apprêtent à arrêter le meurtrier, celui-ci  ne se démonte pas plus que ça et annonce qu’il exige 2 heures. 2 heures de temps, pour régler quelques affaires… Et  quitte le tribunal !

A l’étonnement de tous, Mapes, le shérif, lui accordera ces 2 heures. Pourquoi Mapes, ce shérif blanc, brutal et réputé intraitable cède t-il à la requête d’un vieux noir dépenaillé qui vient d’abattre un homme, – et de surcroît son propre fils- en plein tribunal ? Mystère !

Louis Guérin, jeune journaliste qui débute dans la feuille de chou locale est chargé par son rédacteur en chef de faire du vieux Brady « un portrait humain ». Mais comment faire le portrait d’un homme dont on ne sait rien et dont personne ne veut parler ?

A moins de passer l’après-midi chez le barbier local, à écouter discutailler les vieux du patelin… D’anecdotes en digressions erratiques, (C’est que l’on prend son temps pour raconter les histoires quand on est vieux et desoeuvré dans ce coin-ci de l’Amérique !) ils vont révéler la personnalité du vieux, mais pas que.

Louis a 2 heures pour écrire son article…Brady a 2 heures pour régler « ses affaires »…Et nous, lecteurs, avons 2 heures, (111p)  pour un régal de lecture.

 

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Avec la mort en tenue de bataille, de José Alvarez

 

Espagne, 1935. Leopoldo,  Inès et leurs cinq enfants forment une famille petite bourgeoise sobre et unie.  Si Inès est une femme aimante, Leopoldo, qui est capitaine au long cours, reste un mari secret.   Lorsqu’ éclate la guerre civile, le navire de indexLeopoldo est à l’ancre à Buenos Aires. Inès l’attend…. Bientôt, il ne donnera plus de nouvelles et elle finira par se rendre à l’évidence : son époux a déserté son pays et sa famille. Il ne reviendra pas.

Autour d’elle gravitent Don Alfonso,  prêtre et ami de la famille, Conception, la sœur inséparable d’Inès, Pedro, leur frère, engagé  avec les   partisans républicains et Francisco, son ami, qui vivent cachés chez elle.

Inès sans son mari est seule dans la tourmente et se retrouve brusquement et bien malgré elle promue chef de famille. Désemparée,  sans réelle conscience politique, elle peine à réaliser ce qui est en train d’arriver à son pays.  Lorsqu’elle commet l’erreur de se confier au prêtre Don Alfonso qu’elle estimait être son ami, le lendemain, son frère est emmené par les miliciens et battu à mort. A leur tour, les 2 sœurs seront arrêtées et emprisonnées dans les arènes, aménagées par les franquistes en camp de concentration, et Inès perdra la trace de ses enfants.  Massacres, humiliations, tortures : « L’Espagne était entrée dans une ère nouvelle dont elle percevait l’épouvante. »

A l’intérieur du camp, Inès va rapidement s’affirmer et entrer en résistance. Elle va soigner et sauver des hommes, accoucher des femmes… On découvre alors sous cette apparence de jeune mère timide et effacée, un être volontaire et combattif. « C’était comme si une force mystérieuse lui commandait d’agir. Contre son passé, contre son éducation, contre la religion, même… »

Au delà de ce beau portrait de pasionaria, l’intérêt fondamental de ce roman est qu’au fur et à mesure de l’évolution de son personnage, l’auteur nous  immerge au coeur de ce chaos général que fût la guerre civile espagnole.  Par là-même et loin de tout manichéisme, il  dévoile avec  subtilité les mécanismes diaboliques qui ont mené l’Espagne à ces affrontements fratricides. Les références historiques sont précises et très documentées. Du coup, on apprend beaucoup. Notamment que la cruauté et  et la trahison ne sont pas toujours l’apanage de l’ennemi…

 

 

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Les maraudeurs de Tom Cooper

La vie est rude à Jeanette en Louisiane pour les marins pêcheurs, mais à force de travail, si on ne compte pas ses heures, on parvient toutefois à s’en sortir. Jusqu’au jour où l’ouragan Katrina emporte tout sur son passage : petites baraques rudimentaires, cabanes, bateaux de pêche… laissant derrière lui des familles endeuillées, démunies et en colère et surtout une effroyable marée noire.

Les habitants du Bayou de la Barataria, profondément  attachés à leur terre (ou plutôt devrait-on dire à leurs marécages !) tentent quand-même tant bien que mal de faire avec cette dure réalité et aucun d’entre eux n’envisage vraiment de partir. Ce sont des durs, des pas causants, des pas prêts à quitter le navire (la barque !) à la première embûche…

C’est donc dans cette Barataria sinistrée que débute le roman, et l’auteur nous introduit dans l’intimité de chacun des personnages principaux à tour de rôle.

Ainsi, Gus Lindquist, le pêcheur manchot qui s’est fait piquer sa prothèse et  n’a qu’une seule obsession : retrouver le trésor du flibustier Laffite sensé gésir quelque part au fond du bayou,

Les frères Toup, deux jumeaux violents et sérieusement  dérangés  qui font pousser de la marijuana de façon industrielle bien planquée sur une île. Eux sont tout chiffonnés de voir Gus se balader partout avec son détecteur de métaux et bien décidés à le dissuader coûte que coûte de fourrer son nez partout,

Wes Trench, un adolescent, fils de crevettier, qui rêve de construire son propre bateau,

Hanson et Cosgrove, deux repris de justice qui se sont connus en effectuant des travaux d’intérêt général, (en l’occurrence, le démazoutage des cormorans et autres bêtes à plumes engluées, au service d’une ONG) prêts à tout pour se faire un petit magot sans travailler,

Et enfin, arrivant de la Nouvelle Orléans mais originaire de la Barataria, il y a Brady Grimes. Lui, aurait donné sa vie pour ne plus jamais remettre les pieds sans ces marais, mais la BP pour laquelle il travaille l’a mandaté pour partir à la chasse aux signatures, tenter d’acheter les habitants à coup de petits chèques afin qu’ils ne portent pas plainte contre la Compagnie…

Je vous laisse imaginer l’accueil qui lui sera réservé…

« Les Maraudeurs » est un livre désopilant écrit dans une langue élégante et qui se lit comme un roman à suspens.

(A rapprocher de « Le secret du bayou » de John Biguenet. Albin Michel 2008. Terres d’Amérique)

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Entre les rounds, de Rodolphe Barry

entre les roundsPremier recueil de nouvelles de l’auteur et documentariste français Rodolphe Barry, « Entre les rounds » est une ode au Grand Ouest américain.

Pas de boxeurs ici, malgré ce que le titre pourrait laisser supposer, mais des  hommes et des femmes aux prises avec leurs doutes, leurs désillusions  ou leurs rêves, et que Barry saisit à l’instant crucial où ils s’apprêtent à sortir des cordes et faire « un pas de côté » dans leur existence.

Ainsi, cette infirmière, Nora, qui à l’instant de prendre la bretelle d’autoroute pour se rendre à l’hôpital où elle travaille,  choisit de prendre une autre direction.

Cet écrivain en devenir qui décide sur une impulsion de traverser trois états pour rendre visite à son idole, l’auteur Cormac MacCarthy.

Ou encore ce père de famille qui abandonne son caddie sur le parking du supermarché et prend la route seul vers le Wyoming…

Tous ont en commun un profond sentiment de lassitude. Lassitude dans leur vie, leur travail, leur couple… et éprouvent un violent désir de liberté et de solitude. En un mot, ils étouffent et ont un furieux besoin d’espace !

Quoi de plus grandiose que l’Ouest américain pour assouvir cette impérieuse soif de se perdre dans l’immensité pour  mieux se retrouver ?

Rodolphe Barry aime viscéralement l’Amérique et les américains et cela se ressent. Ainsi, avec Wanda, Nora, Sam, Bud, Sterling et les autres, on avale les kilomètres en écoutant Johnny Cash, on fait escale dans des motels délabrés, on regarde de vieux films avec Henry Fonda en mangeant des donuts et avec eux, on espère qu’une vie meilleure se profile au bout des chemins de traverse…

« Il avait plu pas mal de mauvais coups ces dernières semaines, et cette accalmie avait la douceur d’un temps mort entre deux rounds. »

 

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