Tous les articles par Marie-Thérèse

Sucre Noir de Miguel Bonnefoy

Sucre-noir-BonnefoySucre noir, le dernier roman de Miguel Bonnefoy nous met dans une situation délicate. L’atmosphère de ce beau roman est encore si présente que l’envie nous vient de tout dévoiler des détails de l’intrigue et des états d’âme des personnages. Tout dire pour prolonger la magie de la lecture… Mais restons discret.

Il est question d’un trésor, que plusieurs personnages cherchent ; pourtant un seul le trouvera, par hasard. Il est question d’amour entre Severo Bracamonte (l’un des chercheurs de trésor) et Serena Otero (l’héritière d’une plantation de cannes à sucre). Il est question d’histoires familiales, de développement économique et de catastrophes…

Tout cela se déroule en Amérique du sud, dans un pays inventé pour l’occasion où se retrouvent imaginaire, poésie et magie des récits traditionnels. Bref, ce livre est un régal et figure pour nous parmi les belles  surprises de cette rentrée littéraire 2017.

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Belle d’amour de Franz-Olivier Giesbert

Belle d'amourContrairement à ce que pourrait laisser entendre le titre, ce roman n’est pas une histoire à l’eau de rose. Bien au contraire !

Franz-Olivier  Giesbert écrit « son » histoire des croisades. Enfin,  des deux croisades de Louis IX : la septième et la huitième tout en ayant un regard sur aujourd’hui. Le récit se déroule donc principalement de 1248 à 1270 avec quelques passages contemporains.

Olivier, le narrateur, vit aujourd’hui à Marseille, il enseigne à l’université d’Aix-en-Provence comme spécialiste de l’Islam et du Moyen Age. Au cours de ses recherches il « tombe » sur Tiphanie Marvejols, une jeune femme embarquée dans la suite de Louis IX. Il décide  d’en faire un personnage de roman.  Il faut dire que le destin de cette femme est unique : bourrelle (féminin de bourreau), herboriste, et cuisinière elle finira emprisonnée rattrapée par l’Inquisition. L’occasion de découvrir – avec ou sans stupeur –  que son départ pour la croisade n’était pas si improvisé…

Olivier prétend écrire sous la dictée de Tiphanie, pourtant, c’est bien lui qui tient les rênes du récit ; notamment quand il s’agit de fournir quelques informations strictement historiques que son héroïne ne peut pas connaître.  Rien ne nous est épargné de la rudesse de l’époque  : celle des hommes, celle des combats et rien non plus de la violence faite à cette femme si belle.

On sent bien que l’écrivain Giesbert s’amuse…  En particulier avec la langue : Mr F.O.G. truffe son texte de chativaille, bougreries ou pesance dont la traduction est donnée en bas de page.

La vertu de ce texte parfois un peu rocambolesque (mais c’est voulu!) est de susciter notre intérêt pour l’histoire des croisades sur un mode plutôt insolite. Selon Giesbert, le thème doit aussi nous inciter à réfléchir sur aujourd’hui.

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A conserver précieusement de Ludmila Oulitskaïa

La grande écrivaine russe qu’est Ludmila Oulitskaïa nooulitskaïaus offre avec A conserver précieusement un texte insolite qui est à la fois une porte d’entrée dans son oeuvre – pour qui ne la connaît pas encore – et aussi un objet englobant son univers, ses références pour qui l’a déjà lu.

Objet est le terme adéquat car Ludmila Oulitskaïa commence ce récit par l’inventaire d’une boîte à chaussures (faisant office de vide-poches) dans laquelle elle entassait un sérieux bazar qu’elle nomme « précieux bric-à-brac ». Elle s’en débarrasse et note : « J’ai jeté à la poubelle ces trésors parfaitement inutiles. J’ai cru pendant un instant que j’étais délivrée de mon passé et qu’il ne me tenait plus à la gorge. Eh bien pas le moins du monde! Je me souviens de tous les petits riens que j’ai jetés – de tous, sans exception. »

A A conserver précieusementpartir de cette introduction Oulitskaïa va, non pas dérouler le fil des souvenirs (ce serait trop simple !) mais assembler tout ce qui compte pour elle en terme d’engagements, d’expériences, d’influences. Le terme le plus adéquat serait plutôt « rassembler » car ce qui nous est donné ici est bien un rassemblement de textes divers : articles de journaux, points de vue et réflexions sur ses proches mais aussi sur elle-même.
A conserver précieusement est une grande leçon de vie, d’humilité et une réponse à la question (au cas où on la poserait !!!) : à quoi sert un artiste ?

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Nouvelles définitions de l’amour de Brina Svit

Vous aimez les histoires d’amour ? Ça tombe bien : en voilà dix !

Nouvelles-definitions-de-lamourBrina Svit nous offre dix nouvelles sur un thème archi rebattu : l’amour. Mais… Brina Svit est une écrivaine : elle fait  donc œuvre d’originalité et de délicatesse – comme dans tous ses autres textes, d’ailleurs- et nous offre ses « Fragments d’un discours amoureux ». Elle choisit d’explorer les relations amoureuses dans des situations plutôt quotidiennes, souvent hétéroclites avec un soin tout particulier apporté aux personnages.

Cela va du veuf qui découvre que sa femme cultivait un jardin,  à une femme qui entre dans un magasin pour acheter une table le soir de Noël, à 17h, en passant par un homme qui sort faire des courses pour croiser la caissière du supermarché. Raconté comme ça, cela semble d’une banalité confondante, pourtant la lecture de chaque nouvelle est saisissante de singularité.

svitbrina-gallimardCeux qui connaissent les romans de Brina Svit savent de quoi il est ici question : sa faculté incroyable d’attraper le lecteur sur un ton léger pour lui montrer les coins plus obscurs des sentiments et des relations.

Ce qui reste une fois le livre refermé ? C’est l’ambiance sereine qui malgré tout se dégage de tous ces textes, avec bien sûr l’envie de relire une ou deux nouvelles de temps en temps.

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Le dimanche des mères de Graham Swift

Jane Fairchild est employée de maison chez les Niven, en Angleterre. La journée du 30 mars 1924 est le « dimanche des mères » : un jour dans l’année où les domestiques ont congé pour rendre visite à leur mère.

Jane est orphelG-Swiftine… Elle envisage de passer la journée dans la demeure de ses patrons occupée à lire. Elle est en effet passionnée de lecture et son patron l’autorise régulièrement à emprunter les livres de sa bibliothèque personnelle. Ce dimanche-là, elle aurait dû le passer avec Joseph Conrad qu’elle vient de découvrir. C’était sans compter sur la ruse de son amant pour organiser un dernier rendez-vous. Paul Sheringham, fils de bonne famille, doit épouser prochainement une riche héritière. Ce dimanche avec Jane est un moment d’adieu à leur relation vieille de 7 ans. Le rendez-vous est fixé dans la riche demeure des Sheringham. La maison est désertée par les parents qui, ce jour d’absence de domestique pour les servir, vont au restaurant. C’est apparemment un beau dimanche, le temps est quasi estival, nos deux jeunes gens sont magnifiques… Mais nous sommes en 1924, l’ombre de la première guerre mondiale plane : les Niven ont perdu leurs trois fils, les Sheringham, deux, il ne leur reste que Paul.

Ce beau roman, qui tient en une journée, dresse un très beau portrait de femme ainsi que l’ambiance d’une époque grâce à l’écriture subtile et sensuelle de Graham Swift. A découvrir sans délai.

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Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar d’Antoine Choplin

Antoine Choplin explore de nouveau  l’histoire du XXe siècle en s’attachant, comme toujours, à ses personnages secondaires.

L’intrigue de son detomas kusarrnier roman suit le parcours – presque une initiation – de Tomas Kusar, modeste employé des chemins de fer à Trutnov, dans la Tchécoslovaquie communiste. A l’occasion du bal des cheminots, une troupe  venue de Prague tente de donner une représentation théâtrale. C’est là que Tomas rencontre Václav Havel. Cette rencontre va (bien sûr) changer sa vie.

Presque tranquillement, Antoine Choplin évoque le processus de ce que l’on appelé la « révolution de velours » : le roman se ferme sur la victoire de Havel.
Le style est toujours aussi impeccable, sans fioriture inutile ni dialogues excessifs : Choplin utilise l’ellipse, le flash back, les phrases plutôt courtes. Sa marque de fabrique est de savoir parler des choses graves voire odieuse avec une délicatesse redoutable (à cet égard, lire dans La nuit tombée les pages sur le désastre de Tchernchoplinobyl) .

Ici, c’est la puissance de l’art théâtral  qui est à l’oeuvre doublée de la solidité d’une amitié qui va permettre à Tomas d’ouvrir sa conscience politique (voir les superbes pages 41 à 47 sur le pouvoir du théâtre).  On apprend beaucoup avec ces Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar : sur l’amitié, on l’a dit, sur l’histoire de la Tchécoslovaquie, sur l’engagement.

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Il faut également noter le remarquable travail de l’éditeur  : La Fosse aux ours  qui depuis 20 ans nous permet de découvrir des textes originaux. Certains sont sur les rayons de votre médiathèque : lisez-les !

 

Article 353 du code pénal de Tanguy Viel

La rentrée littéraire de cet hiver 2017 nous offre le plaisir de lire un nouveau roman de Tanguy Viel.

Il dresse iciviel le portrait de Martial Kermeur, un ouvrier breton qui a subi de plein fouet la désindustrialisation du Finistère. Il commet l’erreur de croire au mirage du promoteur Antoine Lazenec. Ce dernier, beau parleur, envisage de développer un complexe immobilier qui doit doper l’économie locale : l’aménagement d’une station balnéaire à Brest. Ce Saint-Tropez breton ne verra jamais le jour, Kermeur aura perdu dans cette sinistre affaire toutes ses économies. Lazenec quant à lui, perdra la vie.

Martial Kermeur est arrêté et, convoqué par un juge, doit expliquer ce qui l’a conduit à jeter par-dessus bord Lazenec article353au cours d’une balade en mer. Une partie de sa vie va donc être déroulée.
Le récit à la première personne nous embarque dans la tête du  personnage. Pourtant, cela nous oblige à porter un regard distancié sur la situation qu’il décrit. La bassesse de l’escroquerie nous saute au visage. L’écriture se donne des airs d’oralité et l’on écoute Martial Kermeur : on est presque à la place de ce juge à qui il raconte son histoire.

Lire  Article 353 du code pénal nous implique au-delà d’une simple lecture.  Une fois le livre refermé, Martial Kermeur occupe encore notre esprit.

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