Tous les articles par Catherine D

La saga Mendelson

C’est avec beaucoup de tendresse que Fabrice Colin nous ouvre la malle aux trLa saga Mendelson Les exilésésors de la famille Mendelson dont l’histoire se raconte tout au long du XXème siècle.
Issac Mendelson, horloger, vit avec sa femme Batsheva et leursLa saga Mendelson Les insoumis deux enfants David et Leah à Odessa. En 1905, à l’issue de la mutinerie du Potemkine, un terrible pogrom contraint la famille à fuir à Vienne. De cet exil, naitront d’autres départs avec la montée du nazisme, puis la guerre.
David et Leah vont construire leur vie en Amérique et embrasser les causes, déchirements, réussites et défis de leur pays d’adoption. Et quel pays ! De la naissance du cinéma à Hollywood dans les années 20 aux années 60 avec la guerre du Vietnam et le combat pour les droits civiques, les Mendelson sont présents sur tous les fronts.
La lecture des 3 tomes de la saga : Les exilés, Les insoumis, les fidèles, nous permet de suivre cette extraordinaire famille sur 4 générations jusqu’aux années 2 000La saga Mendelson Les fidèles. On les aime, les comprend, et on se retrouve dans leurs amours, doutes et joies.
Le sens de la famille, l’amour de la vie et le courage dans l’adversité courent dans les veines des membres de cette famille illustrant une belle fidélité à leurs ancêtres, Isaac et Batsheva.

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tome 1 les Exilés

tome 2 les Insoumis

tome 3 les Fidèles

Du village à la ville, comment les migrants changent le monde de Doug Saunders

Dans ce livre optimiste, Doug Saunders, nous emmène aussi bien dans les grands pays émergents comme la Chine, le Brésil, l’Inde, qu’en EuroDu village à la villepe, aux Etats-Unis, en Turquie, ou au Kénya. Il observe autant les mouvements de populations rurales vers les villes, que les migrations des habitants des pays pauvres vers les pays plus développés. Il décrit le mécanisme de ce qu’il nomme les « villes-tremplins ». Il ne s’agit pas de situations figées, les migrants créent dans ces lieux les conditions favorables à l’éclosion d’une classe moyenne à la faveur d’un incroyable dynamisme économique qui contribuent aussi au développement de ceux qui sont restés au village.
Quelles sont les conditions de réussite pour ces nouveaux arrivants?

Selon l’auteur, l’accès à la propriété est important, mais également L’accès à l’éducation, la possibilité d’ouvrir une petite entreprise ou un commerce, les transports publics, sont autant de conditions requises pour qu’une ville-tremplin devienne un lieu de promotion sociale. La proximité des écoles, des hôpitaux crée de bonnes conditions de développement pour ces populations. Il s’agit donc bien d’une chance pour nos pays vieillissants d’accueillir ces migrants qui contribuent par leur volonté de sortir de la pauvreté et leur travail à la richesse nationale.
Voilà un essai fort instructif qui a le mérite de tordre le cou à la tentation de repli sur soi et d’exclusion liée à la crise économique.            A lire et à faire connaître !

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Automobile club d’Egypte d’Alaa El Aswany

Alaa El AswanyAlla El Aswany a des souvenirs précis de l’Automobile club du Caire qu’il a connu enfant avec son père qui en était l’Avocat. Ce lieu emblématique est donc au centre de son roman qui se passe à la fin des années 40. Un concentré d’histoire de l’Égypte se joue ici avec les puissants incarnés par les colons anglais alliés à l’aristocratie égyptienne, et le peuple des serviteurs et laissés pour compte opprimés et affamés.
Nous suivons tout particulièrement la famille d’Abdelaziz Hamam, notable ruiné de Haute Égypte contraint de devenir serviteur pour l’Automobile club afin de faire vivre les siens. Une fratrie de quatre enfants, Saïd, Kamel, Saliha et Mahmoud Hamam sont la jeunesse en marche de ces années sombres. Ils prennent tour à tour la parole afin de se raconter. En effet, le récit est construit comme une série, à chaque chapitre un personnage se raconte et l’épisode-chapitre s’arrête sur un suspens !
La force du roman réside dans l’incarnation et la vérité des personnages confrontés à des situations dramatiques et universelles concernant la famille, l’amour bien sûr, et la soif de justice et de liberté qui préfigure les combats pour l’indépendance.
Nous croyons Alla El Aswany quand il nous dit qu’il n’invente rien mais que ses personnages s’imposent à lui comme lors de cette visite impromptue narrée au début du livre que nous ne dévoilerons pas….
Comme dans la grande tradition de la culture littéraire, poétique et musicale égyptienne, il y a dans ce roman un supplément de chair et d’âme qui nous attache aux Égyptiens et à leur destin avec un relief tout particulier depuis le printemps arabe.

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A écouter :
Le jeune oudiste égyptien Mohamed Habozekry a composé ce morceau en hommage au 25 janvier 2011, qui marque le début de la révolution égyptienne.

 

Amour sur le rivage de Michal Govrin

L’Etat d’Israël à l’aube des années 60. Esther est une jeune fille Michal GOVRINqui s’apprête à entrer dans l’armée. Elle passe l’été entre une formation de dactylographie souhaitée par ses parents, et le bar de la plage où la jeunesse se retrouve le soir pour danser.

Pour Esther, c’est la fin de l’enfance qui s’annonce avec les premiers émois amoureux entre Moïse et Alejandro.  Le premier est en Israël pour la mort de sa mère, il est marié, a francisé son nom  et vit à Paris, le second est argentin en rupture familiale, et travaille comme saisonnier au bar de la plage.

Ces jeunes gens semblent comme tous les jeunes gens de leurs âges,  vibrant sur la musique de leur époque et impatients de connaître l’amour. Ils sont cela, mais pas seulement…L’errance, les persécutions et l’extermination qui hantent les destins de leurs parents se rappellent constamment à eux dans ce pays qui n’aAmour sur le rivage pas 15 ans d’âge, toujours en guerre, bâti notamment sur les terres de Palestiniens qui ont été chassés.

Michal Govrin a l’art de nous faire partager les émois et jubilations de ces personnages : l’amour, le soleil, la plage, les eucalyptus, les parfums enivrants, tout en ne cachant rien des failles béantes dont ces enfants sont les héritiers. L’insouciance ne leur est pas permise malgré le désir de vivre tout simplement. L’histoire du peuple juif tisse un lien entre eux au-delà de leur volonté et façonne leur manière d’être au monde.

MICHAL GOVRIN est née à Tel-Aviv. Romancière, poétesse et directrice de théâtre, elle est l’auteur d’une dizaine de livres. Elle vit à Jérusalem et enseigne également à l’université de Tel-Aviv.

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Comme les amours de Javier Marias

Javier MariasVoilà un récit qui nous raconte dès le départ un meurtre odieux pour lequel nous nous attendons à suivre une classique enquête policière. Maria Dolz, la narratrice, éditrice madrilène, observe tous les matins dans le café où elle prend son petit déjeuner, un couple qui semble très amoureux qu’elle surnomme « le couple parfait ».

Un jour, elle apprend par le journal que le mari, Miguel Deverne, a été sauvagement assassiné.

Comme les amoursElle continue de fréquenter le café finit par entrer en contact avec la veuve Luisa et fait la connaissance d’un de ses amis proches, Javier Diaz-Varela dont elle devient la maîtresse.

Javier Marias nous entraîne dans les pensées de Maria, nous invite à explorer le cheminement des possibles à partir de ce drame. L’auteur excelle à transcrire toutes les réflexions et conjectures qui animent les personnages. Nos certitudes d’aujourd’hui sont érodées par nos désirs naissants et changeants. Même le pire ne résiste pas à l’impératif du présent qui balaie tout sur son passage, la passion entre les êtres, les promesses amoureuses. L’oubli est là, tapi en embuscade… Pire, le jeu des rencontres qui peuvent être heureuses, prennent quelques fois leur source au cœur d’une tragédie, d’un assassinat peut-être.

Bien sûr, nous voulons savoir ce qui s’est passé pour Miguel Deverne mais au fil de la lecture, nous comprenons que là n’est pas l’essentiel dans cette fable sur l’amour et la mort. L’auteur multiplie les pistes avec brio nous obligeant à sonder nos âmes. On ne sort pas indemne de ce brillant roman.

Javier Marias est l’un des plus importants écrivains espagnols de notre époque. Il a été élu à l’Académie royale espagnole en 2006. Il est auteur d’une dizaine de romans.

Interview de l’auteur :

http://javiermariasblog.wordpress.com/2013/08/31/javier-marias-comme-les-amours/

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Toni Morrison

Home de Toni Morrison

Il n’est pas nécessaire d’écrire un roman épais pour tout dire !

La preuve avec le 10ème roman de Toni Morrison prix Nobel de littérature 1993.Home
Nous sommes dans les années 50 aux Etats-Unis. Franck Money, soldat noir de retour de la guerre de Corée, s’enfuit d’un hôpital psychiatrique. Il est hanté par les horreurs de la guerre qui se mêlent à ses souvenirs d’enfance (lynchage, grande pauvreté) constamment ravivés par la violence quotidienne de l’Amérique ségrégationniste.
Franck entreprend de traverser les Etats-Unis de Seattle en Géorgie afin de porter secours à sa sœur Cee malade et en danger. Enfants, Ils étaient tout l’un pour l’autre, comme le frère et la sœur de certains contes cruels, luttant face à l’arbitraire du monde des adultes. On pense au film « La nuit du chasseur » avec ces enfants fuyant le meurtrier de leur mère, soudés par leur instinct de survie.
Le talent de Toni Morrison s’exprime à la fois par sa façon de bien planter le décor réaliste de cette Amérique raciste, mais aussi de créer un environnement poétique dans lequel la nature est rassurante. Dans leurs périples Franck et Cee découvrent aussi la solidarité réconfortante qui leur permettra de cheminer et peut-être de réussir à se sentir « at home ».

Comment vivre et devenir un homme et une femme libres quand le déterminisme est si pesant ? Cela passe aussi par la capacité àToni Morrison rester fidèle aux rêves et sensations de l’enfance particulièrement lorsque celle-ci est marquée par la pauvreté, la violence et la solitude. La force de la vie en chacun surgit quelquefois quand on ne l’attend plus.
Le récit est parfaitement construit, concis et lyrique. On sent chez l’auteur les qualités de la maturité, c’est-à-dire une grande maîtrise du récit et de l’écriture alliée à un sens du timing aiguisé.

Interview de l’auteur

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Zeitoun de Dave Eggers

zeitoun Il s’agit d’un récit qui se lit comme un suspens ! Lorsque vous ouvrirez Zeitoun, vous ne le lâcherez plus ! Dans un premier temps, l’auteur nous présente les protagonistes de cette histoire bouleversante : une famille américaine qui vit à la Nouvelle Orléans, le père d’origine syrienne, est un entrepreneur reconnu, sérieux et doué dans son métier. Sa femme, Kathy convertie à l’Islam, travaille avec lui ; ils élèvent 4 enfants.
Mais voilà, nous sommes en 2005 peu avant l’ouragan Katrina. Kathy part avec les enfants se mettre à l’abri mais Abdulrahman dit Zeitoun (le nom de la famille), reste pour veiller sur leurs biens….
Il comprend vite en voyant tout son quartier sous les eaux que cette tempête est bien plus dévastatrice que celles essuyées auparavant par sa ville. Il possède un canoë qui lui permet de se déplacer et de porter secours. Il décide de rester malgré les suppliques de sa femme lui demandant de la rejoindre.

Après quelques jours, c’est le grand basculement pour Zeitoun. Arrêté avec trois autres personnes pour pillage alors qu’ils occupent une de ses maisons, ils vont entrer de la façon la plus violente dans un espace de non droit digne des pires dictatures. Bienvenue dans l’univers ultra militarisé et paranoïaque de la mandature Bush après le 11 septembre 2001 !
Un récit très bien mené par Dave Eggers qui s’attache à narrer les faits tels qu’ils se sont déroulés en étant le plus fidèle possible aux pensées et ressentis de cette famille malmenée mNew Orleans après Katrinaais jamais résignée.

Pour aller plus loin : l’excellente série Treme (coréalisation de David Simon) raconte la vie des habitants du quartier populaire de Treme à la Nouvelle Orléans après Katrina. On suit et on aime nos héros,  Big Chief Lambreaux, Antoine Batiste, Janette, LaDonna, Toni et les autres, mais la star de la série est la Musique, jubilatoire et fidèle à l’esprit de cette ville unique…

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