Tous les articles par Catherine D

UNDERGROUND RAILROAD DE COLSON WHITEHEAD

Cora, 16 ans est esclave dans une grande plantation de coton du sud des Etats-Unis peu avant la guerre de Sécession. Le décor, simple, est planté. Rien ne nous est épargné : une cruauté, une oppression, une souffrance indicible de chaque instant. Le quotidien de Cora n’est pas sans nous rappeler certains récits des camps de la mort nazi, toute l’horreur institutionnalisée par un système qui prône les valeurs de supériorité d’une race sur une autre.
L’esclavage aux États-Unis a duré de 1619 à 1865, et, est lié inextricablement à l’essor du système capitaliste.
Aussi grand est le déni d’humanité, aussi forte est la puissance de vie de Cora, qui va, d’un Etat à l’autre, connaître le destin des esclaves évadés, traqués comme des animaux par des chasseurs de primes.
Au milieu du 19ème siècle, le sort des Noirs aux Etats-Unis change progressivement selon les Etats. Cora va donc rencontrer des affranchis et découvrir un incroyable réseau d’aide aux esclaves évadés, « l’Underground Railroad »(le chemin de fer clandestin), rendu possible grâce à des abolitionnistes –Noirs et Blancs- qui s’opposent à l’esclavage et à son système ignoble. Le romancier a choisi de donner littéralement vie à ce chemin de fer et insuffle ainsi au récit une dimension surréaliste.
Le roman de Colson Whitehead a été multi primé et a reçu un excellent accueil critique. L’auteur a beaucoup travaillé sur les archives pour écrire l’histoire de Cora. C’est donc aussi un livre d’Histoire des Etats-Unis. Un livre salutaire pour ne pas oublier que cette grande démocratie s’est aussi bâtie sur les pires injustices, le système esclavagiste et l’anéantissement des amérindiens. L’Amérique n’en a pas fini avec ses fantômes, l’Actualité nous le rappelle régulièrement. Des bataillons entiers de Cora et de ses semblables réclament justice et réhabilitation. Leur souffrance perdure à travers la destinée de leur descendance.
Pour aller plus loin sur la question raciale aux Etats-Unis, RACE histoires orales d’une obsession américaine de Studs Terkel chroniqué sur ce blog.
On peut aussi écouter le poignant negro spiritual No more Auction Block For Me (plus d’enchères pour moi) par Odetta.

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Colson-Whitehead

Les règles d’usage de Joyce Maynard

JOYCE MAYNARDLaissons-nous prendre par la main par Wendy, 13 ans, qui vit à New York avec sa mère, son beau-père, Josh, et son petit frère, Louie. Un environnement affectueux et stable rythme sa vie de collégienne.

Les attentats du 11 septembre 2001 emportent sa mère en même temps qu’une partie de son enfance et de son innocence. D’abord l’attente de son retour en vain, puis l’acceptation de la réalité atroce de la mort.

Rapidement après le drame, son père biologique, Garret, dont elle n’est pas très proche, l’emmène vivre en Californie. En quelques semaines, la vie de l’adolescente bascule. Elle doit surmonter la perte de sa mère, l’éloignement d’avec sa famille, particulièrement de son petit frère, et s’adapter à un changement radical d’environnement et de vie quotidienne.

Joyce Maynard excelle à décrire les sentiments, émotions et pensées de Wendy avec authenticité, réalisme et bienveillance. Le récit nous fait partager cette vérité à la fois terrible et essentielle : «à ce drame, cette perte, je ne survivrai pas…et pourtant, la vie reprend le dessus encore plus forte qu’autrefois ».

les règles d'usage Joyce MaynardQue va décider Wendy pour elle-même après son expérience californienne ? Période durant laquelle elle a fêté ses 14 ans, fait l’école buissonnière, connut son premier flirt et bien d’autres choses encore qui apprennent la vie et font grandir, cahin-caha.

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Mets le feu et tire-toi de James McBride

Non, « Mets le feu et tire-toi » n’est pas un slogan insurrectionnel ! C’est la marque de fabrique du Pape de la SOUL et du FUNK : on donne tout sur scène et on rentre direct à la maison ; il ne fallait pas compter sur JAMES BROWN (3/05/33-25/12/03) pour faire du « public relation » après le concert !

Quelle bonne idée d’avoir confié  à James McBride une bio sur JAMES BROWN. Lui-même jazzman afro-américain, il nous déroule le fil d’une vie (et quelle vie !) d’un génie de la musique avec une connaissance aiguisée de la musique et de l’histoire des afro-américains. Il a refait tout le voyage, de la ville de naissance du musicien dans le sud rural et ségrégationniste, à New-York en passant par de nombreuses visites rendues aux personnes qui l’ont connu auprès desquelles il a recueilli d’émouvants témoignages.

Tout a été dit sur cet homme contrasté : despotique avec ses musiciens, violent avec les femmes, fidèle et généreux avec ses amis intimes, engagé et impliqué pour sa communauté, soucieux de l’importance de l’éducation des plus jeunes.

Mais tout est vrai ! Au fil des rencontres que James McBride nous relate, un portrait d’homme avec toutes ses contradictions et blessures d’enfance, dont il a tiré le meilleur dans sa vie d’artiste, nous est brossé. En fil conducteur du récit, on découvre l’incroyable imbroglio lié à sa succession. L’artiste souhaitait que sa fortune serve à l’éducation des enfants pauvres de sa ville d’origine. Des années plus tard, tout a été dilapidé à la suite de nombreux procès et de querelles familiales.

Que reste-il de JAMES BROWN ? Une œuvre foisonnante et d’une qualité inégalée. Un son inimitable et une inventivité enthousiasmante. On l’écoute encore et toujours !

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La saga Mendelson

C’est avec beaucoup de tendresse que Fabrice Colin nous ouvre la malle aux trLa saga Mendelson Les exilésésors de la famille Mendelson dont l’histoire se raconte tout au long du XXème siècle.
Issac Mendelson, horloger, vit avec sa femme Batsheva et leursLa saga Mendelson Les insoumis deux enfants David et Leah à Odessa. En 1905, à l’issue de la mutinerie du Potemkine, un terrible pogrom contraint la famille à fuir à Vienne. De cet exil, naitront d’autres départs avec la montée du nazisme, puis la guerre.
David et Leah vont construire leur vie en Amérique et embrasser les causes, déchirements, réussites et défis de leur pays d’adoption. Et quel pays ! De la naissance du cinéma à Hollywood dans les années 20 aux années 60 avec la guerre du Vietnam et le combat pour les droits civiques, les Mendelson sont présents sur tous les fronts.
La lecture des 3 tomes de la saga : Les exilés, Les insoumis, les fidèles, nous permet de suivre cette extraordinaire famille sur 4 générations jusqu’aux années 2 000La saga Mendelson Les fidèles. On les aime, les comprend, et on se retrouve dans leurs amours, doutes et joies.
Le sens de la famille, l’amour de la vie et le courage dans l’adversité courent dans les veines des membres de cette famille illustrant une belle fidélité à leurs ancêtres, Isaac et Batsheva.

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tome 1 les Exilés

tome 2 les Insoumis

tome 3 les Fidèles

Du village à la ville, comment les migrants changent le monde de Doug Saunders

Dans ce livre optimiste, Doug Saunders, nous emmène aussi bien dans les grands pays émergents comme la Chine, le Brésil, l’Inde, qu’en EuroDu village à la villepe, aux Etats-Unis, en Turquie, ou au Kénya. Il observe autant les mouvements de populations rurales vers les villes, que les migrations des habitants des pays pauvres vers les pays plus développés. Il décrit le mécanisme de ce qu’il nomme les « villes-tremplins ». Il ne s’agit pas de situations figées, les migrants créent dans ces lieux les conditions favorables à l’éclosion d’une classe moyenne à la faveur d’un incroyable dynamisme économique qui contribuent aussi au développement de ceux qui sont restés au village.
Quelles sont les conditions de réussite pour ces nouveaux arrivants?

Selon l’auteur, l’accès à la propriété est important, mais également L’accès à l’éducation, la possibilité d’ouvrir une petite entreprise ou un commerce, les transports publics, sont autant de conditions requises pour qu’une ville-tremplin devienne un lieu de promotion sociale. La proximité des écoles, des hôpitaux crée de bonnes conditions de développement pour ces populations. Il s’agit donc bien d’une chance pour nos pays vieillissants d’accueillir ces migrants qui contribuent par leur volonté de sortir de la pauvreté et leur travail à la richesse nationale.
Voilà un essai fort instructif qui a le mérite de tordre le cou à la tentation de repli sur soi et d’exclusion liée à la crise économique.            A lire et à faire connaître !

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Automobile club d’Egypte d’Alaa El Aswany

Alaa El AswanyAlla El Aswany a des souvenirs précis de l’Automobile club du Caire qu’il a connu enfant avec son père qui en était l’Avocat. Ce lieu emblématique est donc au centre de son roman qui se passe à la fin des années 40. Un concentré d’histoire de l’Égypte se joue ici avec les puissants incarnés par les colons anglais alliés à l’aristocratie égyptienne, et le peuple des serviteurs et laissés pour compte opprimés et affamés.
Nous suivons tout particulièrement la famille d’Abdelaziz Hamam, notable ruiné de Haute Égypte contraint de devenir serviteur pour l’Automobile club afin de faire vivre les siens. Une fratrie de quatre enfants, Saïd, Kamel, Saliha et Mahmoud Hamam sont la jeunesse en marche de ces années sombres. Ils prennent tour à tour la parole afin de se raconter. En effet, le récit est construit comme une série, à chaque chapitre un personnage se raconte et l’épisode-chapitre s’arrête sur un suspens !
La force du roman réside dans l’incarnation et la vérité des personnages confrontés à des situations dramatiques et universelles concernant la famille, l’amour bien sûr, et la soif de justice et de liberté qui préfigure les combats pour l’indépendance.
Nous croyons Alla El Aswany quand il nous dit qu’il n’invente rien mais que ses personnages s’imposent à lui comme lors de cette visite impromptue narrée au début du livre que nous ne dévoilerons pas….
Comme dans la grande tradition de la culture littéraire, poétique et musicale égyptienne, il y a dans ce roman un supplément de chair et d’âme qui nous attache aux Égyptiens et à leur destin avec un relief tout particulier depuis le printemps arabe.

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A écouter :
Le jeune oudiste égyptien Mohamed Habozekry a composé ce morceau en hommage au 25 janvier 2011, qui marque le début de la révolution égyptienne.

 

Amour sur le rivage de Michal Govrin

L’Etat d’Israël à l’aube des années 60. Esther est une jeune fille Michal GOVRINqui s’apprête à entrer dans l’armée. Elle passe l’été entre une formation de dactylographie souhaitée par ses parents, et le bar de la plage où la jeunesse se retrouve le soir pour danser.

Pour Esther, c’est la fin de l’enfance qui s’annonce avec les premiers émois amoureux entre Moïse et Alejandro.  Le premier est en Israël pour la mort de sa mère, il est marié, a francisé son nom  et vit à Paris, le second est argentin en rupture familiale, et travaille comme saisonnier au bar de la plage.

Ces jeunes gens semblent comme tous les jeunes gens de leurs âges,  vibrant sur la musique de leur époque et impatients de connaître l’amour. Ils sont cela, mais pas seulement…L’errance, les persécutions et l’extermination qui hantent les destins de leurs parents se rappellent constamment à eux dans ce pays qui n’aAmour sur le rivage pas 15 ans d’âge, toujours en guerre, bâti notamment sur les terres de Palestiniens qui ont été chassés.

Michal Govrin a l’art de nous faire partager les émois et jubilations de ces personnages : l’amour, le soleil, la plage, les eucalyptus, les parfums enivrants, tout en ne cachant rien des failles béantes dont ces enfants sont les héritiers. L’insouciance ne leur est pas permise malgré le désir de vivre tout simplement. L’histoire du peuple juif tisse un lien entre eux au-delà de leur volonté et façonne leur manière d’être au monde.

MICHAL GOVRIN est née à Tel-Aviv. Romancière, poétesse et directrice de théâtre, elle est l’auteur d’une dizaine de livres. Elle vit à Jérusalem et enseigne également à l’université de Tel-Aviv.

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