Il y a un robot dans le jardin de Deborah Install

installAmy rêve de posséder un bel androïde comme ses voisins. Un robot dernier cri qui s’occuperait des corvées ménagères. Car cette avocate surbookée ne peut pas compter sur son mari pour chercher du travail, ni pour s’occuper de la maison. D’ailleurs, elle ne cesse de le noyer sous la longue litanie de ses défauts.

Aussi, lorsque Tang débarque dans leur jardin, le petit robot déglingué va cristalliser la colère d’Amy : elle voit que Ben s’entiche du vieux tas de ferraille et qu’il se pique même de retrouver son fabriquant afin de le réparer! Lui qui n’est jamais sorti de son quartier londonien, lui qui n’est jamais allé au bout d’une idée, qui n’a jamais rien fait pour elle, le voilà prêt à s’envoler pour San Francisco flanqué de son épave ! c’en est trop pour Amy qui claque la porte.

La vie avec Tang est bien plus stimulante qu’avec Amy ! En s’occupant de lui, Ben renaît et se responsabilise. Et il s’attache de plus en plus : c’est vrai que Tang est attendrissant avec son « regard » triste, sa dégaine tintinnabulante lorsqu’il cavale derrière Ben. Et tous les problèmes qu’il provoque en gaffant comme un petit enfant, le rende terriblement humain…

Mais il faut faire vite, il est en danger : l’ampoule qu’il a au niveau du coeur est cassée et du liquide fuit…

Tang est le cousin germain de Wall-E et sans doute l’arrière petit fils de E.T. On ne peut pas s’empêcher de penser à ces références qui sont aussi des histoires d’amitiés improbables et magiques, émouvantes mais pas niaises. « Il y a un robot dans le jardin » est de leur trempe.

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Nouvelles définitions de l’amour de Brina Svit

Vous aimez les histoires d’amour ? Ça tombe bien : en voilà dix !

Nouvelles-definitions-de-lamourBrina Svit nous offre dix nouvelles sur un thème archi rebattu : l’amour. Mais… Brina Svit est une écrivaine : elle fait  donc œuvre d’originalité et de délicatesse – comme dans tous ses autres textes, d’ailleurs- et nous offre ses « Fragments d’un discours amoureux ». Elle choisit d’explorer les relations amoureuses dans des situations plutôt quotidiennes, souvent hétéroclites avec un soin tout particulier apporté aux personnages.

Cela va du veuf qui découvre que sa femme cultivait un jardin,  à une femme qui entre dans un magasin pour acheter une table le soir de Noël, à 17h, en passant par un homme qui sort faire des courses pour croiser la caissière du supermarché. Raconté comme ça, cela semble d’une banalité confondante, pourtant la lecture de chaque nouvelle est saisissante de singularité.

svitbrina-gallimardCeux qui connaissent les romans de Brina Svit savent de quoi il est ici question : sa faculté incroyable d’attraper le lecteur sur un ton léger pour lui montrer les coins plus obscurs des sentiments et des relations.

Ce qui reste une fois le livre refermé ? C’est l’ambiance sereine qui malgré tout se dégage de tous ces textes, avec bien sûr l’envie de relire une ou deux nouvelles de temps en temps.

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Je m’appelle Nathan Lucius de Mark Winkler

Dès le début de ce roman nous sommes dans la tête de Nathan Lucius, un trentenaire qui nous fait partager sa vie, assez banale, au travers de ses pensées. Elles peuvent être parfois pleines d’un humour grinçant, ou franchement étonnantes.

Même s’il va boire des verres avec sa chef le soir après le travail, Nathan n’aime ni son boulot, ni ses collègues. Il vit seul et ne laisse entrer personne chez lui : c’est son antre, son havre de paix. Il entretient une vague aventure avec sa voisine, une femme fantasque.

La seule touche émouvante dans sa vie c’est sa relation avec Madge, une vieille dame antiquaire avec qui il partage une chaleureuse amitié.

Or, un jour, Madge atteinte par un cancer lui demande d’abréger ses souffrances.

Nathan ne sait trop quoi penser de cette requête. Et puis la vie de Nathan bascule, la nôtre aussi.

Le talent de l’auteur réside dans le fait de nous faire partager le monde tel que le voit Nathan. On ne le quitte pas d’un pouce et dans ce nouvel univers, il nous dévoile, par petites touches, sa vie, ses secrets…

Un remarquable thriller psychologique servi par une écriture et une narration intelligentes.

P.

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Gabacho d’Aura Xilonen

1ère scène du romAura Xilonenan : un jeune garçon, Liberio, qui travaille dans une librairie d’une petite ville américaine, se fait méchamment passer à tabac par une bande de voyous, pour avoir défendu une belle jeune fille, Aireen, dont il va tomber éperdument amoureux.

Le livre débute par un uppercut donc, et c’est bien de cela dont il s’agit avec ce premier livre  d’Aura Xilonen, jeune auteure mexicaine de 19 ans. Le lecteur encaisse dès les premières pages une prose sidérante de vitalité, qui le place d’emblée au coeur d’un récit palpitant.

Liberio est mexicain. C’est un jeune clandestin qui a traversé seul le Rio Bravo à la nage. « J’ai plongé dans le Rio Bravo et j’en suis ressorti à la force de mes bras des heures plus tard, la peau sur les os et à moitié mort, respirant comme si c’était la première fois. »  Il est un modèle d’expertise en survie. Son quotidien, c’est : se cacher, fuir, encaisser les coups… Se relever, toujours. Se laisser abattre, jamais.  Il est un concentré d’énergie avec un seul but : sauver sa peau.

C’est tout ce que l’on sait de lui. Il n’a pas de papiers d’identité, ne connait ni son âge ni sa famille. Son corps est marqué de tout ce qu’il a vécu.  Ses cicatrices racontent son histoire. Il n’a rien, donc  rien à perdre. Pas de parents, pas d’amis. Jamais été à l’école. Vierge de tout apprentissage, si ce n’est celui de la rue. De ce fait, le regard qu’il porte sur le monde qu’il doit affronter n’est parasité par rien et témoigne d’une acuité et d’une lucidité hors normes. maxresdefaultLorsqu’il délivre ses impressions, c’est dans une langue éblouissante, originale et hilarante. Aura Xilonen, à travers la voix de Liberio donne ici la parole à ceux qui ne l’ont quasiment jamais. Elle délivre un récit de survie drôle et vivifiant dans une prose à la fois lyrique et réaliste qui fait de Gabacho un roman punchy que l’on oubliera pas de sitôt.

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Marx et la poupée de Maryam Madjidi

 

Maryam MadjdiTéhéran 1980,  aux premières heures de la révolution Iranienne, une petite fille Maryam,  vit en direct dans le ventre de sa mère une manifestation estudiantine. Celle-ci paniquée par les viols et tortures aperçus des couloirs de l’université, tente d’échapper à la police qui réprime à tour de bras les opposants politiques. Seule issue possible : sauter du deuxième étage ! par miracle, les deux échappent à la mort.

Dans la famille de Maryam Madjidi, on n’a pas peur d’affronter les autorités Iraniennes. Le père et la mère, pleinement engagés dans l’opposition communiste, n’hésitent  pas à faire de leur foyer un des épicentres de la contestation. Ils sont prêts à faire de lourds sacrifices pour la cause révolutionnaire.

La jeune Maryam  devient bien malgré elle,  sous le regard effrayé de sa grand-mère, la mascotte du réseau clandestin. Quoi de plus malin, en effet que d’utiliser les couches d’un bébé pour transmettre les comptes-rendus des réunions politiques. « L’Enfant du Parti » se doit de donner ses jouets : détachement matériel et abolition des privilèges obligent !

Très vite le prix à payer devient trop grand. Le danger de la répression est omniprésent. Tous sont contraints à l’exil.

Commence alors, en France, pour les parents, une nouvelle vie remplie d’amertume. Pour notre jeune héroïne c’est le début d’un processus qui va la révéler à elle-même.

Ce premier roman m’a beaucoup touché. J’y ai retrouvé l’atmosphère de Persépolis : un peu comme si Maryam était la petite sœur de Marjane Satrapi. Le regard porté sur l’enfance permet à la romancière de jouer avec les formes littéraires : on est à la fois dans le journal intime, la fable poétique, la chronique quotidienne.
De ces vies coupées en deux par l’exil, l’écriture sensible de l’auteur touche à l’essentiel. Les chapitres se succèdent, et on se retrouve ballotté dans le temps. Les trajectoires individuelles rassemblées mettent en perspective la terrible absurdité du parcours de ces réfugiés, devenus simples  » blédar  » par l’obtention de la nationalité française. Le couple a laissé derrière lui son passé d’opposants politiques et mène en exil une fantomatique existence.

On ne peut s’empêcher de ressentir une immense tendresse pour les membres de cette famille, notamment pour la grand-mère souvent convoquée dans les souvenirs de la narratrice. Toutefois avec réalisme sont aussi évoqués les relations conflictuelles ainsi que les traumatismes des souvenirs iraniens.
J’ai également beaucoup apprécié l’humour de la narratrice lorsqu’elle décrit ses stratégies de séduction destinées à piéger les « orientalistes » amateurs d’images d’Epinal.
J’ai aussi aimé l’évocation des saveurs subtiles de la cuisine iranienne comparée aux plats servis à la cantine.
On reste affligé, interloqué de constater la persistance de classes « ghetto » dans lesquelles sont marginalisés les enfants non francophones.

Au final toutefois, on sort de ce roman plein d’espoir. Les réflexions de Maryam Madjidi sur le thème des racines et de l’identité sont assez revigorantes et un véritable antidote au repli sur soi :  La petite fille devenue femme s’est enfin réconciliée avec elle-même.

Marx et la poupée
Marx et la poupée

 

 

 

 

 

 

 

 

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F, l’histoire de la femme qui devait tuer Orson Welles, d’Antonio Xerxenesky

 

Ana, brésilienroselyne orson1ne de 25 ans qui vit à Los  Angeles est une tueuse professionnelle.

C’est une artiste dans son genre, elle tue de sang froid, sans état d’âme.  Chaque meurtre doit être un assassinat parfait, comme s’il s’agissait d’une  mort naturelle.

Sa dernière mission : l’exécution d’Orson Welles avec une date butoir : le 10 octobre1985.

En attendant, Ana décide de connaître l’œuvre du grand maître et se rend à Paris où une  rétrospective lui est consacrée.  La jeune femme se plonge dans sa filmographie et développe une obsession pour le réalisateur.

Le roman se lit comme le journal  intime de la narratrice, elle nous raconte son histoire avec des flashbacks qui mêlent  vraisemblance  et surréalisme.

Elle imagine que la disparition de Welles serait son « chef-d’œuvre » son Citizen Kane à elle.

Alors assassinera ou assassinera pas ?

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Direction fiction, 2017/1

Le 25 mars dernier s’est tenu un rendez-vous des lecteurs lors duquel je vous ai présenté une sélection de nouveautés.

Petit résumé pour les absents :

Dans la forêt de la canadienne Jean Hegland est un roman éblouissant qui met en lumière la vulnérabilité de notre mode de vie et la fin d’un cycle de l’humanité, rien de mois. Un vrai choc.

Si vous ne connaissez pas Ernest J. Gaines, L’homme qui fouettait les enfants est une bonne entrée en matière dans son œuvre. Né dans les années 30 dans une plantation, il s’installe en Californie avec sa mère à l’adolescence et découvre la littérature mondiale qu’il dévore. N’y trouvant aucun écho avec sa propre vie de noir-américain, il décide d’écrire lui-même. Aujourd’hui, son œuvre est conséquente et ses livres sont étudiés à l’école.

La presse s’enthousiasme pour le dernier titre de Philippe Besson, et nous aussi. Arrête avec tes mensonges revient sur l’adolescence de l’auteur et son premier amour. Vérité ? Mensonge ? peu importe, ce roman sensible et cru est d’une infinie délicatesse.

Antoine Choplin a coutume de s’emparer d’un fait historique de notre histoire contemporaine et de le raconter par des témoins. Dans Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar, il aborde la Révolution de velours dans l’ancienne Tchécoslovaquie qui voit l’arrivée de Vaclav Havel au pouvoir. Un livre-hommage à l’engagement, et au pouvoir de la culture.

Cécile Coulon sait planter un décor, comme un écrin à la tragi-comédie humaine qui se met en place.  Trois saisons d’orage est une ample saga familiale portée par une écriture précise qui dépoussière le genre.

Quelle joie de lire à nouveau Sylvain Tesson et de le retrouver plus vif que jamais après son terrible accident. S’il nous a habitué aux récits des lointains, c’est en France que Sur les chemins noirs le ramène. Un cheminement à travers les paysages, du Mercantour au Cotentin, et un cheminement intérieur qu’il partage de façon salutaire avec le lecteur.

Prochaines dates du rendez-vous des lecteurs : samedi 29 avril à 14h pour un spécial Assises Internationales du Roman / Samedi 10 juin à 14h. Sur inscription, thé et café offerts