Abigaël de Magda Szabo

Voilà un beau roAbigaëlman comme on les aime ! Du romanesque, un souffle puissant, du suspense dans ce récit initiatique ancré dans la réalité historique de la Hongrie pendant la seconde guerre mondiale.
Qu’arrivera-t-il à Gina, adolescente choyée lorsque son père militaire avec lequel elle a grandi dans un environnement privilégié et bourgeois, lui ordonne d’être pensionnaire dans la très rigoriste institution Matula à Arkod ville protestante du nord de la Hongrie ?
Pourquoi cette décision de la part de son père chéri, quand a-t-elle démérité ? Rétive à l’autorité, Virgina Vitay va se heurter aux règles de l’établissement, aux enseignants et être rapidement ostracisée par ses camarades de classe.
Dans sa grande solitude et ses questionnements, une lueur d’espoir surgit un beau jour, avec un message bienveillant signé Abigaël, nom de la statue qui trône dans le jardin du pensionnat. Qui se cache derrière Abigaël ?
Au fil des semaines et des humiliations, Gina va peu à peu trouver le sens de ce cataclysme qui a bouleversé son existence dorée. Elle va changer, notamment avec ses camarades qu’elle traitait de haut.
La guerre rode à l’extérieur, Matula forteresse hors du temps, échappera t’elle à la fureur ambiante ?
L’écriture de Magda Szabo est superbe, on est immédiatement embarqué dans cette histoire tant par le style impeccable que par la profondeur des personnages.

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vous trouverez d’autres titres de cette auteur à la médiathèque : Le vieux puits, L’instant, La ballade d’Iza, Le faon

Magda Szabo

Les huit montagnes de Paolo Cognetti

 

 8 montagnesQuotidien d’une famille italienne dans les années 80.

Pietro, le petit garçon est le narrateur.

La famille vit à Milan l’hiver et tout l’été à Grana dans le Val d’Aoste, où Pietro retrouve Bruno, une petit gosse du coin élevé à la dure par un oncle et avec lequel il découvrira la montagne et nouera une belle amitié.

Le père, lui, est un fou de montagne. Il la ressent viscéralement, et ce n’est qu’en gagnant les sommets où son fils le suit péniblement,  qu’il parvient à trouver la consolation. Il est un homme dur, emporté, perpétuellement en colère. Contre les patrons, l’armée, les curés, les petits chefs… Et si la mère, qui est une femme volontaire, estime que l’éducation passe par l’école, a contrario, pour le père, l’apprentissage de la vie se fait par la montagne : « C’est là où les derniers conifères cèdent la place aux hauts pâturages que se trouvent les réponses »

La trame de ce récit pourrait faire penser un peu à « La gloire de mon père » avec ce garçon de la ville un peu timoré, face au garçon de la montagne plein d’un bon sens très pragmatique. Mais on est loin de la mièvrerie pagnolesque. Chaque membre de la famille est en constant décalage, ce qui rend difficile la communication et laisse l’impression que chacun est dans une grande solitude.  Cette solitude, Pietro la ressentira tout au long de son existence, elle l’accompagnera partout dans sa vie d’homme libre qu’il se choisit, et du Val d’Aoste à l’Everest, lui aussi, comme son père, escaladera les sommets pour trouver les réponses…

« Les huit montagnes » est un très beau roman d’apprentissage, de filiation et d’amitié où l’émotion affleure à chaque page.

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Le diable en personne de Peter Farris

Maya est sous l’emprise de Mexico, un caïd de la ville d’Atlanta à la tête notamment d’un vaste trafic de prostituées. C’est la préférée du Maire de la ville et elle connait ses secrets, de multiples corruptions et de sombres affaires immobilières qu’il lui a dévoilées sur l’oreiller. Maya en sait trop, Il faut l’éliminer. Deux membres du clan Mexico, qui trempe lui aussi dans les affaires du maire, vont s’en charger.

Arrivé sur le lieu de l’exécution, Maya parvient à s’enfuir. Elle est pourchassée, et ses 2 poursuivants l’on repérée. Elle n’a aucune chance de s’en sortir. Mais nous sommes ici sur les terres de Leonard Moye et rien ne se fait1555-cover-fields-590af2909b829 sans sa permission. Maya est sauvée, elle doit la vie à ce personnage étrange et impressionnant qui vit seul sur ce territoire désolé. Une amitié se crée alors entre la jeune fille et le vieil homme, tous les deux marqués par la vie. Une amitié qui va la protéger encore de la chasse que va mener Mexico et les proches du maire.

On apprécie dans ce roman les rebondissements de cette traque, par où se dévoilent des agissements crapuleux d’hommes politiques liés à des bandes criminelles. On apprécie aussi le charme de cette amitié qui se construit entre ces deux êtres écorchés.

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UNDERGROUND RAILROAD DE COLSON WHITEHEAD

Cora, 16 ans est esclave dans une grande plantation de coton du sud des Etats-Unis peu avant la guerre de Sécession. Le décor, simple, est planté. Rien ne nous est épargné : une cruauté, une oppression, une souffrance indicible de chaque instant. Le quotidien de Cora n’est pas sans nous rappeler certains récits des camps de la mort nazi, toute l’horreur institutionnalisée par un système qui prône les valeurs de supériorité d’une race sur une autre.
L’esclavage aux États-Unis a duré de 1619 à 1865, et, est lié inextricablement à l’essor du système capitaliste.
Aussi grand est le déni d’humanité, aussi forte est la puissance de vie de Cora, qui va, d’un Etat à l’autre, connaître le destin des esclaves évadés, traqués comme des animaux par des chasseurs de primes.
Au milieu du 19ème siècle, le sort des Noirs aux Etats-Unis change progressivement selon les Etats. Cora va donc rencontrer des affranchis et découvrir un incroyable réseau d’aide aux esclaves évadés, « l’Underground Railroad »(le chemin de fer clandestin), rendu possible grâce à des abolitionnistes –Noirs et Blancs- qui s’opposent à l’esclavage et à son système ignoble. Le romancier a choisi de donner littéralement vie à ce chemin de fer et insuffle ainsi au récit une dimension surréaliste.
Le roman de Colson Whitehead a été multi primé et a reçu un excellent accueil critique. L’auteur a beaucoup travaillé sur les archives pour écrire l’histoire de Cora. C’est donc aussi un livre d’Histoire des Etats-Unis. Un livre salutaire pour ne pas oublier que cette grande démocratie s’est aussi bâtie sur les pires injustices, le système esclavagiste et l’anéantissement des amérindiens. L’Amérique n’en a pas fini avec ses fantômes, l’Actualité nous le rappelle régulièrement. Des bataillons entiers de Cora et de ses semblables réclament justice et réhabilitation. Leur souffrance perdure à travers la destinée de leur descendance.
Pour aller plus loin sur la question raciale aux Etats-Unis, RACE histoires orales d’une obsession américaine de Studs Terkel chroniqué sur ce blog.
On peut aussi écouter le poignant negro spiritual No more Auction Block For Me (plus d’enchères pour moi) par Odetta.

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Colson-Whitehead

Le coeur sauvage de Robin MacArthur

Les onze no00-Le coeur sauvageuvelles de ce « cœur sauvage » se déroulent dans l’état du Vermont où Robin MacArthur suggère plus qu’elle ne dit l’attachement viscéral à la terre natale.

Petites bourgades reculées, prairies verdoyantes, forêts profondes, montagnes, lacs, rivières… composent cette Nature sauvage grandiose où s’enracine le sentiment d’appartenance des personnages à cette région préservée du Nord-Est des Etats-Unis.

Et c’est bien ce lien indéfectible qui les relie. Qu’ils soient paysans, ouvriers, bûcherons o00-Vermont verdoyantu charpentiers, qu’ils en soient partis ou qu’ils y aient vécu toute leur vie en nourrissant des rêves d’ailleurs, ils ont tous leur pays chevillé au corps, ce pays âpre où se côtoient agriculteurs ruinés, anciens hippies, ados rebelles, ou encore solitaires fauchés vivant dans des mobil-homes déglingués.

Peut-être est-ce parce que Robin 00-Portrait Robin MacArthurMacArthur  est aussi chanteuse de folk- song (Groupe Red Heart The Ticker) que son écriture est si musicale et l’on ne peut que tomber sous le charme de ces nouvelles toutes en subtilité où elle évoque avec sensibilité autant la nature bucolique que les relations humaines.

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Le coeur battant de nos mères de Brit Benett

L’histoire se déroule dans la communauté noire et religieuse d’Oceanside en Californie. Là, des mères, telles des choeurs vont   suivre et raconter 20 ans de l’histoire de Nadia et de Luke.

Au début du récit, Nadia n’a que 17 ans. Elève brillante, un bel avenir lui est promis ; elle va pouvoir partir étudier à l’université.

Cette joie est ternie par la mort soudaine de sa mère qui vient de se suicider. Un geste inexplicable la laissant avec de nombreuses interrogations dont une qu’elle s’est toujours posée : sa mère l’aimait-elle ?

Profondément perturbé par cette perte, son père ne lui est d’aucun secours pour apaiser sa détresse,

Quant au fils du pasteur, Luke, avec qui elle a une liaison, il  va s’avérer être peu enclin aux responsabilités lorsque Nadia lui annonce qu’elle est enceinte. Après lui avoir donné de l’argent pour avorter, il va la laisser se débrouiller seule.

Un goût d’inachevé va alors hanter ces 2 êtres : pour Nadia, le fait d’être abandonnée, d’avoir avorté –  Pour Luke, d’avoir sacrifié son bébé.

Une très belle écriture porte l’histoire de ce tout premier roman de Brit Bennett, jeune auteure d’à peine 30 ans,  finaliste de nombreux prix littéraires.

P.

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Sous le ciel de l’Altaï de Li Juan

sous le ciel de l'AltaïLi Juan est une jeune auteur chinoise dont les récits rassemblés ici ont d’abord été publiés sur internet et repérés par la célèbre Wang Anyi.

Avant de fréquenter le lycée et de devenir citadine, Li Juan a vécu avec sa grand-mère et sa mère une vie de couturière itinérante, dans le sillage des bergers de l’Altaï. C’est cette vie pastorale, rude et simple, qu’elle dessine ici à grands traits fins, entre portraits pleins d’humanité et anecdotes amusantes. Le tout sous l’immense ciel céruléen et dans une nature grandiose. Et l’auteur d’ajouter, modeste, dans la préface :

S’il y a quelques belles pages parmi ces récits, ce n’est pas à moi qu’en revient le mérite, mais c’est que l’objet que je décrivais était beau en lui-même.

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